Le Cœur battant du monde, Sébastien Spitzer (Albin Michel), par Aurélie

1851, année du début du roman mais surtout année de la naissance de Freddy, fils caché (pendant plus d’un siècle) de Karl Marx.

En s’appuyant sur de nombreux documents, Sébastien Spitzer nous propose un grand roman où les influences de Dickens et de Zola subliment le récit d’une vie vécue dans l’ombre.

De Londres à Manchester en passant par Liverpool et l’Irlande, le lecteur est bringueballé en 1re comme en 3e classe sur les chemins de fer qui mènent les hommes vers le progrès tout en les rendant toujours plus dépendants à l’argent et à leurs privilèges.

Non sans certains paradoxes, Marx et Engels se battent avec pour l’un sa plume et l’autre sa fortune mais c’est ce sont bien les femmes qui les entourent qui emplissent peu à peu les pages de ce roman de leur force et de leurs actes.

Freddy n’aurait pu trouver plume plus passionnée pour le sortir des coulisses de l’Histoire. Ce livre confirme pour moi le talent d’un auteur qui avait été une magnifique découverte avec « Ces rêves qu’on piétine », son 1er roman paru à la rentrée 2017 aux éditions de l’Observatoire.

Aurélie.

Ici n’est plus ici, Tommy Orange (Albin Michel – Terres d’Amérique), par Yann et Fanny

James Welsh, Sherman Alexie, Louise Erdrich, Joseph Boyden, Richard Wagamese et bien d’autres ont, depuis quelques décennies, permis l’émergence d’une littérature amérindienne riche et vivante grâce à laquelle les premières nations parviennent à faire entendre leurs colères, leurs combats et leurs difficultés à trouver une place dans le monde actuel. Loin des clichés auxquels il serait tentant de les assimiler, ces voix tentent chacune à sa manière de remettre en perspective l’histoire de leur pays (qu’il s’agisse du Canada ou des Etats-Unis) et le rôle que l’homme blanc a voulu leur attribuer, dans l’imagerie de la conquête de l’Ouest en particulier. C’est tout le poids de ces violences et mensonges qui pèse sur la plupart de ces textes, à l’instar de celui qui nous intéresse aujourd’hui, signé par un jeune auteur dont la toujours excellente collection Terres d’Amérique nous propose le premier roman.

Tommy Orange est né en 1982 dans l’Oklahoma mais c’est en Californie qu’il a grandi, plus précisément dans la ville d’Oakland, où il a choisi de situer l’action de « Ici n’est plus ici » (« There there » en V.O.). Auréolé de plusieurs prix littéraires outre-Atlantique, il a également été finaliste du Pulitzer et du National Book Award.

 » A l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier. Ensemble, ils vont faire l’expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux. » (4ème de couverture).

Roman choral, « Ici n’est plus ici » présente ainsi une succession de destins cabossés où alcool, drogue, violences conjugales, dépression et pauvreté sont le lot quotidien des personnages de Tommy Orange. Ils n’ont en commun que leur appartenance aux premières nations et une vie chaotique, un mal-être chronique et l’incapacité de s’adapter à ce monde que les blancs ont modelé autour d’eux après avoir spolié leurs terres. Entre colère et résignation, ils cherchent leur place, tentant de redéfinir leur identité et d’être reconnus comme des américains avant d’être des indiens. Mais il y a belle lurette que le rêve américain a cédé sous les coups de boutoir du racisme et du communautarisme et il est parfois difficile de se plier à cette réalité.

 » Toutes ces histoires que nous n’avons pas racontées pendant si longtemps, que nous n’avons pas écoutées, font simplement partie de ce qu’il faut soigner. Non que nous soyons brisés. Et ne faites pas l’erreur de nous trouver résistants. Ne pas avoir été détruits, ne pas avoir abandonné, avoir survécu, n’a rien d’un titre honorifique. Diriez-vous de la victime d’une tentative de meurtre qu’elle est résistante ? « 

Ce grand pow wow (rassemblement d’origine religieuse, devenu plus festif et destiné à maintenir l’héritage culturel des amérindiens du Nord) organisé à Oakland est donc l’occasion pour les protagonistes du roman de renouer avec leurs racines en essayant par la même occasion de redonner un sens à leur vie. Mais ils seront rattrapés par cette violence que la plupart d’entre eux ont côtoyée à un moment où un autre de leur vie, et que le pays subit régulièrement sans que rien ne soit fait pour y remédier …

Tommy Orange met le doigt là où ça fait mal et laisse gronder sa colère tout au long des 330 pages de ce roman dont il sera difficile de se défaire après l’avoir lu. Fustigeant, dès le prologue, la violence et les trahisons qu’infligèrent les blancs aux autochtones, il décrit sans faux semblants les conséquences directes et indirectes de ces décennies durant lesquelles les premières nations se virent combattues puis parquées afin d’assouvir la soif inextinguible des pays colonisateurs. Aussi noir soit le constat, les personnages d’ « Ici n’est plus ici » parviennent pour la plupart à garder la tête haute, à retrouver un peu d’estime de soi et ce n’est pas le moindre mérite de Tommy Orange que de parvenir à sauvegarder cette fierté sans laquelle les amérindiens, leur culture et leurs combats ne seraient plus qu’un souvenir fumant.

Traduit de l’américain par Stéphane Roques.

Yann.

« Ici n’est plus ici » est à la fois comme un tambour dont la résonance reste longtemps en nous, comme la puissance d’un chant ancestral qui vous remue les tripes, comme un tag poétique violemment posé sur un mur bétonné.

Tommy Orange donne le ton dès la première page : le parallèle, effarant et terriblement à propos, entre cette mire à tête d’Indien qui persista sur tous les écrans américains jusqu’à la fin des années 70 et la décapitation du grand chef Metacomet dont la tête fut plantée sur une lance et exhibée vingt-cinq années durant. Voilà ce qu’est l »héritage Indien, l’héritage d’un génocide.

« Ici n’est plus ici » (traduction essentielle de Stéphane Roques) ne fait ni dans la dentelle colonialiste ni dans le romantisme des Premières Nations.

Ce roman est une histoire construite par douze personnages, femmes et hommes, qui tissent entre eux un lien. Ils nous font revenir sur leurs douleurs physiques ou psychologiques, leurs violences subies ou rendues, leurs failles, leurs désobéissances, leurs luttes.

Dans ce roman ultra contemporain, Orange nous raconte la sédentarisation, l’ostracisation,l’alcoolisme, la perdition, les massacres, mais aussi l’espérance, le pardon, la filiation, l’amour.

Avec une plume d’une rare intensité, Orange nous dit au travers de ses personnages, ce que peut vouloir dire être « Indien » aujourd’hui, dans cette société américaine: devoir se fondre dans cette masse urbaine, se laisser parfois réveiller ou surprendre par d’anciens héritages, d’anciennes blessures, essayer de trouver un sens à cette existence d’effacé(e)s et de disparu(e)s.

Douze destins se rejoignent donc pour un pow-wow, une célébration amérindienne de ce qui fut et persiste à être, à l’ombre d’un grand stade et non plus de sequoias. Douze personnages sédentaires solitaires qui se retrouvent pour éprouver leur héritage, chacun(e) à sa manière, ici, ailleurs, partout et nulle part.

Voici un roman d’un grâce fulgurante, véritable coup au cœur de cette Rentrée 2.019. »

Fanny.

Aucun homme ni dieu, William Giraldi (Autrement / J’ai Lu), par Seb.

« Les annales de la connaissance humaine sont muettes face à la sauvagerie tapie en chacun de nous. »

Lorsque j’ai ouvert ce livre, je ne savais pas trop à quoi m’attendre, j’étais donc dans le meilleur état d’esprit possible pour commencer un roman. Tout ce que j’en savais, je le tenais d’un des libraires que je coudoie, qui travaille chez Page et plume à Limoges. Sébastien (c’est son prénom, très classe hein ?!) m’avait simplement dit « tiens, prends celui-là, c’est un sacré bouquin, tout à fait ce que tu aimes ». Etant donné mes goûts assez éclectiques, je n’étais pas vraiment avancé, mais la petite ride au coin de son œil, cet air complice, avec cette étincelle dans l’autre œil m’avaient tranquillisé.
En effet, c’est un sacré bouquin. D’une rare noirceur. De cette noirceur qui nimbe les choses et les rend belles, leur donne cette patine, cette allure qui fait croire qu’elles ont toujours été comme ça.
Nous sommes en Alaska, aux confins du monde. Dans un village d’autochtones, un enfant a disparu. Sa mère dit qu’il a été enlevé par des loups. Elle a sollicité Russell Core pour le retrouver, parce qu’il est un spécialiste du canis lupus. Elle a lu le best-seller qu’il a écrit sur le sujet, elle lui fait confiance. Alors Russell Core va écouter cette mère étrange, dans cette maison si dépouillée, au milieu de ce village presque fantôme. Il va partir en quête, dans ces montagnes hostiles, au milieu de cette nature impitoyable, sous le regard souverain du Denali. Mais rien, absolument rien ne va se passer comme prévu. D’ailleurs, quelque chose était-il prévu ?

Avec ce roman noir, William Giraldi brosse un portrait d’une région méconnue, même si quelques ouvrages marquants l’ont déjà mise sous le feu des projecteurs (Sukkwan island, de Davide Vann par exemple, ou Denali de Patrice Gain). Dans ce livre d’une densité opposée à celle de la population de l’Alaska, on trouve de la nature plein les pages. Elle est partout. D’abord par l’immuable : les saisons qui incarnent cette Grande Loi qui fait plier tout ce qui vit. On est tout de suite sous le joug de cette force presque surnaturelle. Les longues nuits, le froid coupant, le ciel infini aux couleurs changeantes, la neige capable de tomber indéfiniment et de recouvrir absolument tout, même les remords, même la noirceur de l’âme humaine.
C’est difficile de parler de ce roman singulier, qui traîne une atmosphère pesante comme on traîne sa mélancolie. L’hostilité des lieux et le plafond de nuages lourds de tant de choses y sont pour beaucoup, mais pas seulement. Au travers de cette histoire nous découvrons aussi une manière de vivre en dehors du monde. Ces indiens, rassemblés autour de ces quelques maisons séparées par des rues de terre et un relief tourmenté, sont presque des statues. Ils se meuvent comme des ombres, semblent ne jamais devoir parler, ils agissent selon des règles écrites ou proférées avant que l’homme blanc n’ai posé un pied sur ce continent, ils pensent autrement. Ils ont instauré des lois dans les strates des lois officielles, fonctionnent de côté, marginaux discrets, individus discriminés par un monde qui est incapable de les concevoir autrement que comme des grains de sable dans la machine « moderne ».
L’Alaska est partout dans ces lignes, son cœur palpite sous nos mains, ses soubresauts nous secouent et ses frémissements nous intriguent. Et dans les nuées, plane cette écriture âcre et pure, qui nous englue dans le récit, nous capture. La beauté côtoie le mystère et l’horreur, nous sommes tantôt émerveillés tantôt fascinés, souvent inquiets et angoissés. La menace plane ou rôde, se faufile ou s’immisce, on ne sait trop. Il y a dans ce roman, comme une sensation d’inéluctable, l’impression d’une fin inévitable, une sorte de compte à rebours au terme duquel il faudra avoir le cœur bien accroché.
L’auteur nous offre des cadeaux comme cette phrase « Le soleil refusait encore sa lumière au jour… », ou encore « D’autoroutes en routes, de routes en pistes, de villes en grands espaces, les lumières des hommes se faisaient de plus en plus rares. », ou bien encore ceci « À la fin de l’année, sous cette latitude, le soleil se levait et se couchait dans un intervalle si court, il semblait presque qu’il abandonnait, incapable de se résoudre à porter le jour jusqu’à cette terre. »
Vous l’aurez compris, c’est une histoire primitive portée par une plume lyrique et pourtant acérée. Un récit qui interroge sur le pardon et la rédemption et la possibilité de ce miracle.
Si vous ouvrez ce livre, vous éprouverez la curiosité, l’inquiétude et puis l’angoisse, ensuite l’oppression, puis la peur viendra. Vous endurerez la fatigue des jours sans fin, des nuits trop longues, vous souffrirez du froid et des silences, l’isolement sapera vos nerfs comme la pluie érode la roche. Mais vous ferez un sacré voyage sans avoir rempli une seule valise. L’Alaska, le Denali, les loups, les hommes, les armes, la nature sans pitié, l’immensité des terres et la profondeur abyssale du mal. Oui, vous aurez tout cela, et peut-être plus encore…

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Mathilde Bach.

Seb.

Une assemblée de chacals, S. Craig Zahler (Gallmeister), par Le Corbac

Que dire d’assez fort pour donner envie?
Que ce livre est une sacrée pépite, tamisée dans le sang et la poussière de l’Ouest américain; récupérée dans le cours violent d’une culpabilité rédemptrice, charriée dans la volonté d’oublier ce qu’on a commis ?
Que ce roman est un ouvrage profondément humain, écrit avec ferveur, conçu comme une œuvre d’art stylisée dans laquelle chaque mot est une teinte qui enrichit la toile de ces hommes dépeint comme chaque adulte que nous sommes et qui assument leurs erreurs de jeunesse mais aussi ce qu’ils ont été sans renier leur passé ?
Que cette histoire est un opéra déchirant, plein de tristesse et de remords, romantique à souhait, baroque et mélancolique, dans lequel le rythme est celui de l’affrontement, affrontement du passé, affrontement des démons, affrontement de l’humain et de l’inhumain, le tout mené à la baguette par les fusils, les colts et les accès de violence que en véritable maestro S. Craig Zahler ?
Que plus qu’un western, ce récit est celui de l’humanité, celle qui fait des erreurs et tente de les oublier, celle qui assume son passé et tente de le corriger, celle de la vengeance, de l’amour, de l’amitié, du sacrifice et du pardon ?
J’avais été emballé par Les Spectres de la Terre Brisée (S. Craig Zahler-Gallmeister), là je ne sais comment le dire mais c’est encore mieux. II se dégage de cette chevauchée meurtrière, de cette course à la rédemption un romantisme « baroque » qui me fait vibrer.
Tout y est beau et fort, puissant et riche.
Les personnages, la violence, les dialogues, les descriptions, le scénario… tout est sa place et judicieusement travaillé. Aucun excès, ni lassitude ni ennui dans ce vent nostalgique que fait souffler Mister Zahler dans ses pages où coulent le sang, la sueur, les larmes. Déversement d’amour et de colère, déluge de feux et d’une terreur mesurée et amenée comme il se doit, Une assemblée de chacals est une véritable tempête émotionnelle, une pluie de sensations, un tonnerre de fureur…
Bref une de mes plus belle lecture de l’année…
Sellez votre fauteuil, astiquez vos lunettes, chargez vos neurones et chevauchez avec passion cet excellent roman.
Et bon mariage…

Le Corbac.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Janique Jouin de Laurens.

Le couteau, Joe Nesbo (Gallimard – Série Noire), par Le Boss

Le retour de Harry Hole, avec une superbe couverture, si le ramage est aussi beau que… On y va !

Mon pauvre Harry, il ne t’a pas ménagé ton créateur, te faire cela à toi. Tout ce que tu subis alors que lui, peinard tranquille encaisse les ronds…

Déjà ton nom, « trou », bref …

Alors j’ai pas tout lu la série de cet inspecteur, j’ai commencé chez Gaïa, plus en poche, pour en finir ici, chez Gallimard.

De mémoire, je pense que c’est un des plus noirs et un des plus intimistes. Nous partons dans l’exploration des addictions, de la perte.

Après on peut aussi louer le talent de l’écrivain, rien que l’intro, et les 50 pages suivantes c’est « open bar » pour Harry…

L’auteur, à travers sa trame, va puiser au fond de chacun des personnages qu’il a créé et utiliser toutes les ficelles du polar pour nous emmener en bateau, et on va aller loin.

Mais la richesse de ce roman, du moins à mes petits yeux, tient sur les rapports et les sentiments des personnages M. Nesbo vous êtes allé loin et je vous en félicite, vous pourriez clore la série ici, sans souci.

C’est quand même la fin d’une époque, je ne sais le devenir de ce personnage et de ceux qui l’accompagnent depuis le début, mais ce livre frappe la série.

C’est par ailleurs sûrement le meilleur que j’ai pu lu lire, pas de badinage.

Ne commencez jamais cette série par celui ci.

Traduit par Céline Romand-Monnier.

Le Boss.

Rafael, derniers jours, Gregory McDonald (10/18), par Lou

Eh boï tu sais c’est où toi Morgantown ? Attends j’vais te raconter un peu en même temps que l’histoire de Rafael. 

Tu vois on m’avait dit que ce livre il fallait absolument que je le lise et quand j’ai répondu bavazi dis pourquoi qu’faut que j’le lise ? on m’a dit c’est l’histoire d’un père qui se sacrifie pour sa famille. 

J’voulais pas dire au client qu’des histoires comme ça j’en avais soupé. J’en avais ras le cul des histoires où papa qui fait des conneries revient tout rédempteur à essayer de se racheter, ça a niqué la vie du gosse mais là faut qu’il pardonne parce que papa est triste et boum surprise le paternel clamse à la fin et le fils comprend à quel point il était grand au fond. Ras le cul.

Mais comme y’a que les zobs qui changent pas d’avis j’ai changé d’avis tu vois et franchement je regrette pas. Y’a même Philippe qui m’a dit que j’en aurai mal à mon bide, et Julien qui m’attend au tournant si j’en dis du mal et tout. C’est son livre préféré dans la vie presque. Pression. 

Bin mon vieux j’ai une sale boule dans le ventre et la gorge remplie d’un truc comme quand tu regardes un drame des années 90 que t’as beau faire ton fier et ton trou du cul insensible et tout, alors que vient se dérouler sous tes yeux une histoire qui t’crève le coeur. 

Pas de rédemption ni rien de ce genre. Morgantown (j’y viens ayé) c’est juste un bled qu’en est même pas un déjà. Genre si Dieu il existe il a craché par Terre à cet endroit là précisément. En mode bidonville un peu mais j’imagine dans le sud-ouest désertique des États-Unis quoi. Et comme dans toute biodiversité qui naît de n’importe quoi y’a toute une troupe de gens qui vivent là, dont Rafael.

J’ai dit ils vivent mais en fait ils … subsistent (ch’crois que c’est comme ça qu’on dit quand cherche pas à être insultant). Ils ont pas de passé, pas d’avenir. Ils se partagent tout et y’a des gosses un peu partout. Des gosses, des vieux et des adultes malades. Et Luis qu’a un camion, mais c’est un vrai zob en plus d’être le frère de Rafael. 

Bref Rafael il parait un peu teubé à première vue, je crois qu’on aurait dit simplet à une époque. Simplet avec un look d’Indien apparemment vu que c’est de ça qu’on l’traite dans le bouquin, mais quand il demande à son père si c’est un Indien son père il lui dit juste de fermer sa gueule. Pas de passé, pas d’histoire j’te dis. 

Rafael il a qu’une envie, c’est que sa famille et les gens de Morgantown ils se tirent de là bas. Qu’ils aillent à la ville, qu’ils jouent au base-ball, deviennent docteur, fassent de la musique. Il en a marre que les gens crèvent comme ça. Et il a pas un rond, et il est alcoolique, il sait qu’il va crever sans que ça fasse de pli ou quoi. 

Alors un jour qu’il est rond il se rend dans un entrepôt qoù y’a un gars qui s’appelle McCarthy (comme Cormac ouais) et il lui propose un boulot : 25 000 dollars pour jouer dans un Snuff Movie. Et Rafael il accepte parce qu’en fait crever ça lui fait pas peur. Simplet on pensait ? Lucide le gars, genre de savoir quand il va crever et comment, ça le rend, lumineux (dans nos têtes hein parce que dans le livre t’as juste envie d’y mettre deux claques à dire mais putain arrête tes conneries mon gars).

Autant j’ai le coeur accroché quand je vois des trucs gores ou violents et tout la faute à quand j’étais gosse et franchement les premières scènes j’m’ai dit « bon ça va si c’est que ça c’est dégueulasse mais admettons » autant en fait au bout d’un moment c’est pas que t’en peux plus mais tu somatises. Genre ton corps il fait des soubresauts tu vois ? C’est pas la spasmophilie encore mais t’es au 3e barreau sur l’échelle quand même. 

J’ai trouvé le sujet vraiment très bien traité, genre pas du tout mélo ni larmoyant ou quoi. Genre malgré une atmosphère poisseuse au début comme dans U-Turn un peu (faut que tu vois ce film minou il est énorme) et des envies de lire dans ton frigo tellement ça cagne des fois dedans, ce livre est putain beau. 

On essaye pas de t’enfler en te filant de l’espoir, y’a pas d’héroïsation (rien à foutre si ça veut rien dire t’as compris) du personnage principal, même les « méchants » ils ont juste l’air dégueulasses mais au final ils pourraient être n’importe qui tellement ça se tient. 

Cette histoire elle a été publiée y’a longtemps hein, genre en 1991 et j’ai vu après avoir fait des recherches et tout que y’a eu un film avec Johnny Depp et Holy Shit Marlon Brando dedans ! (sorti en 1997), et Luiz Guzman qui est à peu près le 2e portoricain après Danny Trejo (qui est américain) à jouer dans tous les films mexicains que t’as vu. Bref je veux voir ce film alors si vous avez des retours à faire dessus t’hésites pas tu laisses un commentaire et tout.

Voilà t’as été bien courageux si t’as tenu la route jusqu’au bout de mon ressenti, je peux que te conseiller de lire ce court roman profitez en il est souvenu épuisé tellement il est bien et pas souvent réédité. Pour ceux qui l’ont lu bien joué vous m’avez transmis le virus il mérite sa place dans ma bibli à coté de tous les romans américains qui défoncent ses parents !

Hasta luego hijo.a.s

Lou.

Traduit par Jean-François Merle.

A sang perdu, Rae DelBianco (Le Seuil), par Yann, Aurélie et le Boss

Il est un peu lassant de découvrir à longueur d’année le nouveau Cormac McCarthy, encore plus quand le successeur en question propose un roman bien loin de tenir la route (ah ah ah) face à l’oeuvre du grand romancier américain. Alors, inévitablement, c’est avec une pointe de méfiance teintée d’agacement que l’on reçoit ce premier roman de Rae DelBianco (titre original Rough animals), même si la recommandation est cette fois signée par le très respectable Philipp Meyer.

330 pages plus loin, le lecteur essoufflé se voit contraint d’admettre que, oui, ma foi, peut-être, quand même, wow ! Alors, clarifions et nuançons notre propos : Rae DelBianco n’est pas le nouveau Cormac McCarthy. C’est un premier point. A sang perdu est un p… de bon roman, c’est un second point et c’est le plus important.

D’abord, il y a cette photo en 4ème de couverture, jeune femme blême au regard cerclé de noir, impressionnante. Puis ces quelques lignes de présentation qui nous apprennent entre autre qu’elle s’est lancée dans l’élevage de bétail à l’âge de 14 ans. Respect. Ensuite vient le texte.

« Depuis la mort de leur père, Wyatt et Lucy vivent isolés sur le ranch familial de Box Elder, Utah. Jusqu’au matin où leur troupeau de bétail est décimé par une gamine sauvage au regard fiévreux, un semi-automatique dans une main, un fusil de chasse dans l’autre. Rendu fou par la perspective de perdre la terre de ses ancêtres, Wyatt s’engage dans une course-poursuite effrénée : douze jours à parcourir sans relâche un monde cauchemardesque, peuplé de motards junkies, de cartels de drogue sanguinaires et de coyotes affamés, au risque de s’éloigner à jamais de la seule personne personne qu’il ait jamais aimée. » (4ème de couverture).

Le ton est donné dès les premières pages, avec une scène d’ouverture assez impressionnante, parfaite introduction à l’odyssée sauvage qui va s’ensuivre. Si Rae DelBianco ne s’encombre pas, c’est le moins que l’on puisse dire, d’une trame complexe, elle force néanmoins l’admiration par sa façon de traiter l’histoire, et l’énergie qu’elle y insuffle, faisant ainsi d’ « A sang perdu » un texte électrique à la tension permanente. Ici, les moments de répit sont rares et ne servent qu’à permettre aux protagonistes malmenés de panser leurs blessures avant de retourner dans l’arène. D’un motel miteux à un désert hostile, une violence inouïe accompagne Wyatt dans sa traque et le lecteur ébahi se souviendra avec une émotion particulière de cette scène hallucinante dans un Walmart. Rae DelBianco ne se défausse pas, chez elle, pas d’ellipses ni de rebondissements salvateurs, on suit chaque combat au plus près, à chaque seconde. C’est sans doute cette noirceur, cette écriture au coeur de l’action et de la violence des hommes qu’a voulu saluer Philip Meyer en comparant la jeune autrice à Cormac McCarthy et il est indéniable qu’elle impressionne durablement.

Là où on aurait pu craindre un énième roman de série B (ou Z, peu importe) avec motards sous amphets, coyotes et gangs de trafiquants, Rae DelBianco a l’intelligence d’entrecouper la quête de Wyatt de flashbacks sur divers épisodes de sa vie et en particulier la mort de son père et elle apporte ainsi un éclairage nouveau sur le lien qui unit Wyatt à sa soeur tout en offrant en même temps une réflexion plus ouverte sur la culpabilité et le pardon. Elle parvient à éviter l’excès, la surenchère et son roman gagne progressivement en épaisseur, sortant de la violence pure et d’un rythme effréné pour mieux considérer les hommes et leur folie.

Véritablement habité, pour ne pas dire hanté, ce premier roman devrait secouer la rentrée littéraire et l’on ne peut que s’en réjouir tant il nous semble mériter d’être découvert. Inutile de préciser que l’on guettera avec beaucoup d’intérêt les prochains textes de cette romancière dont on espère encore beaucoup.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Théophile Sersiron.

Yann

Cette couverture qui vous regarde droit dans les yeux est celle de l’un des meilleurs romans de cette rentrée littéraire, un 1er roman qui plus est.

Cela fait 5 ans que le temps s’est arrêté dans le ranch de Wyatt et de sa soeur jumelle Lucy. Depuis la mort du Père, depuis qu’il s’agit juste de s’occuper des bêtes et de la propriété, jour après jour, en tentant d’étouffer une culpabilité écrasante.

Le lecteur a bien peu de temps pour mesurer cette pesanteur étrange puisqu’elle vole en éclat dès le début du roman avec l’arrivée d’une créature au comportement paraissant presque diabolique à nos deux reclus.

Une ado, semblant à peine sortie de l’enfance, entre dans leur vie comme une furie et menace l’équilibre financier du ranch déjà précaire. Wyatt n’a d’autre choix que de se lancer à sa poursuite pour récupérer son dû.

Il entame alors une traque qui l’emmènera bien plus loin que ce qu’il pensait, au fin fond du désert et de son âme, à la limite de l’inhumanité et de ses possibilités physiques.

Un roman au rythme infernal. On a à peine le temps de reprendre son souffle lors d’appartés concernant le passé des jumeaux que l’action reprend de plus belle dans un présent dont on se demande s’il mènera à un quelconque futur.

Un très très grand roman qui vous laissera exsangues après quelques heures de lecture effrénée, sonnés par la puissance de l’écriture, par une narration sans faille et la philosophie tout personnelle d’une gamine éblouissante de violence et de sagesse.

Aurélie.

Bon, on me l’a chaudement recommandé, soit, je lis, mais douche froide et même pas l’écossaise.

A sang perdu par Delbianco

Il faudrait vite arrêter de citer Cormac Mccarthy à tout bout de champ.

Alors que l’auteur est depuis des années sur « The passenger » on espère par ailleurs qu’il sortira un jour… Alors à nos moutons, nos vaches…

bon une histoire de plus chez les ricains, famille, drogue, poursuite, « nature writing »….

C’est bien écrit, bravo, mais rien de neuf à l’ouest…

Aussi vite lu qu’oublié, à vous les studios… putain personne répond…

Allo ?

je suis pas mainstreaaaaaaaaaaammmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm……?

Le Boss.

Willnot, James Sallis (Rivages/Noir), par Le Boss

Et de deux en un, il trainait depuis un moment j’ai donc attaqué un poche

pour après lire le dernier Sallis.
Si on retrouve un peu , voir beaucoup les mêmes ingrédients, à 8 ans d’écriture l’auteur a encore progressé sur ses thèmes favoris ?
Oubliez dans les romans de Sallis le coté polar ou résolution de meurtres voir tout du polar.Ses livres sont là pour explorer les sentiments, provoquer introspection le tout sur une belle bande son, ou le rire et les pleurs se partageront, ainsi que d’autres sentiments qui jalonnent la vie.
Je défi quiconque de ne pas être touché par ces vies qu’ils racontent.
Par contre le fan de polar, sera en reste, . Je n’ose même pas imaginer la te^te d’une personne habitué aux thrillers finir un de ces livres..^^
Tout mystère ou semblant d’action n’est que prétexte à à découvrir de simples histoires de vies. Fan de littérature en général les références surtout française sont nombreuses, tu lis, tu découvres tu t’instruis et tu vis leurs vies.
c’est simplement beau, les histoire de Sallis, tellement bien écrit qu’il devrait donner des cours, à 70 % des écrivains.
Je plaisante, ils n’y arriveraient pas.
Talent quand tu nous tiens….

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Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hubert Tézenas.

Le Boss

Le karaté est un état d’esprit,Harry Crews (Sonatine), par Le Boss

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Harry Crews, que de souvenirs,

un bon gros roman bien loufoque et déjanté comme les années décrites.

Ici l’auteur se lance dans une approche « euphorique » sur le Karaté, pour décrire une Amérique de doux dingues, les seventies. Comme la scène au milieu du livre, pendant l’élection de la miss, on dirait du M. brooks ou le film 1941 de spielberg, totalement déjanté.

Notre personnage principal mordu de Faulkner (il a brodé un pull), va entreprendre par la force des choses l’apprentissage du karaté. Soit il a un déjà un bon vécu de routard.

Ce livre m’a rappelé la foire aux serpents, lu quand j’avais vingt ans. Encore un livre que mon frère avait laissé trainé ?.

J’en suis sorti dans le même état hilare, totalement déjanté, c’est donc parfait , rien n’a changé

Pour les autres commencer peut être par un  de ses livres ou cela parle de faucons, plus simple

Là c’est un road trip sous lsd, avec champi, bonne descente après la dernière page.

Le Boss.

Traduit de l’anglais par Patrick Raynal.

Roissy, Tiffany Tavernier (Sabine Wespieser) par Aurélie

RoissyJ’ai toujours aimé les aéroports, toujours eu l’impression d’y être comme dans une bulle, hors du temps. J’avais gardé ce roman précieusement de côté pour le commencer en attendant un vol.

L’héroïne de ce livre ne se souvient de rien. Voilà 8 mois qu’elle « vit » à Roissy, faisant tout pour passer inaperçue,  s’inventant des vies, se liant parfois à d’autres sdf même si elle se sent différente d’eux. L’aéroport est pour elle un refuge dans lequel elle flotte, loin d’un passé qui essaye de remonter à la surface, loin des existences des gens « normaux », loin d’une vie qu’elle devrait affronter.

Une rencontre va tout changer, va l’empêcher de se fondre dans le néant.

Mémoire, traumatisme, marginalité, deuil, rédemption, amour, autant de thèmes traités avec délicatesse et justesse dans ce roman singulier et extrêmement fort.

À découvrir sans faute parmi les plus belles pépites de la rentrée littéraire.

Aurélie.