Au coeur de la folie, Luca d’Andrea, Denoël, par Bruno D.

Traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza.

Après  L’essence du mal  premier livre de cet auteur italien, voici  Au cœur de la Folie . On ne peut pas dire que le romancier n’a pas de la suite dans les idées et on devine que l’on va partir pour un voyage mouvementé où les repères risquent d’exploser et ou la vie ….ou la survie ne tiendra finalement pas à grand chose.

Nous sommes en 1974, en hiver, région sud Tyrol, Marlène la belle, fuit son mari, Herr Wegener, respecté et finalement pas très respectable, emportant avec elle dans un précieux pochon, des saphirs à la valeur inestimable, confiés par l’organisation «  Le Consortium », puissance incarnée du mal le plus profond. Seulement, voilà, hiver et routes difficiles couplés à la peur, font que Marlène se plante en voiture au fin fond d’une vallée très isolée et perd connaissance. Elle est sauvée et recueillie par Simon Keller, un « Baur », sorte d’homme des montagnes, énigmatique, presque sauvage et rustre, inquiétant, mais néanmoins plein d’attention pour la jeune femme.

Les 50 premières pages sont d’une précision chirurgicale avec la présentation de personnages froids et cyniques, dangereux ; des êtres construits dans la violence du passé, et ayant survécus à de drôles d’exactions. Effrayant ! Sacré contraste entre Herr Wegener, Georg, à la noirceur absolue, et la beauté des paysages immaculés de blanc servant de décor.

Et puis, il y a le Consortium avec « L’homme de Confiance », un être méticuleux, un fantôme, bras armé de l’officine, une bombe à retardement lâchée dans la nature et que l’on n’arrête pas ; invisible, doté de multiples ressources, insensible à la douleur, un Terminator au service du Mal !

La folie se déchaîne au cœur de ce roman et c’est aussi l’occasion pour l’auteur de confronter le monde merveilleux des contes et légendes locales pour enfants au monde réel et terrifiant des adultes, tout en n’omettant pas de parler de traditions et transmission du savoir ancestral.

C’est un scénario glauque et violent ou la vérité n’est jamais toute blanche ou toute noire. Seul peut être « Le Maso », chalet isolé, lieu d’habitation depuis 1333 de la famille du « Baur », transmis de génération en génération, semble un havre de paix, inatteignable, loin de la cruauté moderne…..mais je dis bien « semble » parce la monstruosité, la désolation, ou « Lissy » ne sont jamais bien loin, et au cœur de cet isolement, au cœur de la folie, personne ne vous entend crier !

Entre légendes de montagne et peur primale, ce huis clos suffocant et fantastique réveille nos pires consciences et nous emmène dans un univers particulier qu’affectionne visiblement Luca D’Andréa. Pas encore du Stephen King, mais en deux romans et petit à petit, on ne pourra que remarquer quelques similitudes et convergences, comme un hommage au Maître du genre. Merci aux éditions Denoël et à Joséphine Renard de faire parvenir jusqu’à nous ces « Sueurs froides » transalpines et de nous faire découvrir de nouveaux auteurs.

Bruno

Les frères Lehman, Stefano Massini, Globe, traduit par Nathalie Bauer

Objet improbable autant que pertinent en ce dixième « anniversaire » de la crise des subprimes, Les frères Lehman, excellemment traduit par Nathalie Bauer, représente à la fois un pari un peu fou et une nouvelle aventure éditoriale pour les éditions Globe, emmenées par l’infatigable Valentine Gay. De quoi s’agit-il exactement ?

En 2013, Stefano Massini, célèbre dramaturge italien, publie Chapitres de la chute, impressionnante pièce de théâtre dans laquelle il revient sur le destin des frères Lehman, fondateurs de la banque du même nom, dont la faillite en 2008 provoqua une crise économique aux retombées mondiales. Frustré par la forme théâtrale qui lui impose des coupes afin de rendre son texte adaptable, l’auteur finit par le publier quelques années plus tard dans sa version initiale, celle qui est aujourd’hui proposée par Globe, à savoir un récit courant sur plus de 800 pages.

A l’ampleur extraordinaire de son roman, Stefano Massini a ajouté la contrainte de l’écrire en vers libres, telle une Odyssée contemporaine. De l’arrivée de Heyum Lehman aux Etats-Unis en 1844 jusqu’à la chute en septembre 2008, ce sont ainsi plus de 160 ans que le lecteur halluciné verra défiler sous ses yeux.

Sur le fonds, Les frères Lehman relate avec précision le destin de cette famille juive arrivée de Bavière et qui crée tout d’abord un commerce de vêtements, avant de se lancer assez vite dans celui du coton, avec ce que cette pratique implique, en particulier l’esclavage. Très vite, avec un sens du commerce jamais mis en défaut, Heyum (devenu Henry) et ses frères également arrivés de Bavière, ont l’exclusivité de la production d’un grand nombre de plantations de l’Alabama, où ils sont installés, mais également d’états environnants. L’appât du gain aidant, ils vont progressivement se tourner vers d’autres marchés, ayant très vite compris les besoins insatiables de cette société en pleine expansion. A la frénésie de cette fin de XIXème siècle, où tout décidément reste à faire, les frères Lehman participent en ne perdant jamais de vue leur objectif initial : faire prospérer leur affaire. Ils ont également une extraordinaire capacité de visionnaires car ils parviennent à inventer de nouveaux métiers, de nouveaux concepts, comme celui d’intermédiaire, de revendeur, leur permettant ainsi d’engranger le début de leur fortune.

Après le coton viendront le sucre, le charbon, le pétrole … Rien n’échappe à leur regard acéré, à leur avidité. Se développant en même  temps que le Nouveau Monde, la société des frères Lehman doit également faire face aux crises que traverse celui-ci. Leur pragmatisme à toute épreuve, leur absence de remords et leur capacité à faire les bons choix les amèneront au fil des années à faire évoluer leur métier, passant d’abord du commerce à la banque avant de plonger résolument dans la finance, ce monde virtuel où tout n’est qu’algorithmes et lignes de calculs à n’en plus finir. Tendant peu à peu vers une dématérialisation totale des affaires les fondateurs de Wall Street puis de Standard and Poor’s, sont sur tous les fronts de la finance et il devient impossible de les éviter.

« Il n’y a qu’une seule règle

pour survivre à Wall Street

et elle consiste à ne pas succomber (…)

qui s’arrête est perdu

qui reprend son souffle est mort

qui s’installe est piétiné

qui réfléchit peut le regretter amèrement (…)

chaque banquier est un guerrier

et ceci est le champ de bataille.

Pour nous , lecteurs de 2018 qui connaissons la fin de l’histoire, chaque étape de cette ascension vertigineuse est un pas de plus vers le gouffre. Le cynisme et l’amoralité dont font preuve les frères Lehman puis leurs descendants durant des années précipiteront leur chute, eux qui se sont crus un temps au-dessus des plus puissants de ce monde.

Profitant de la liberté que lui offre la forme d’écriture choisie, Stefano Massini s’en donne à coeur joie (et ici s’impose un mot sur le remarquable travail de traduction effectué par Nathalie Bauer) et fait se côtoyer des extraits de textes religieux, des inventaires, des dialogues, des visions de cauchemars nocturnes et, vers le milieu du roman, une liste ahurissante autant qu’effrayante, dite des « 120 règles du miroir » qui, à elle seule, résume parfaitement la « philosophie » des Lehman.

Histoire du capitalisme autant que destin familial, Les frères Lehman se dévore et donne le vertige, tant par sa virtuosité que par le rappel incessant que notre société repose encore sur les mêmes bases et que la crise de 2008 n’a vraisemblablement servi de leçon à personne … Le destin de la fratrie cristallise la cupidité, l’arrogance et la violence qui caractérisent l’espèce humaine et c’est en ce sens que le roman de Stefano Massini est peut-être le plus inquiétant.

« Nous sommes tous égaux

car nous avons tous un portefeuille (…)

nous sommes tous égaux

car nous avons tous un compte en banque ».

Et l’Histoire de leur donner tort.

Yann.

Stavros, Sophia Mavroudis, Jigal par Bruno D.

Stavros Nikopolidis est un personnage atypique. Commissaire de la police athénienne, il a été durement touché dans sa chair lorsqu’il y a une dizaine d’année un archéologue fut retrouvé mort sur le chantier des fouilles du Parthénon, dont sa femme était responsable. Morceau de frise du Parthénon disparu et sa femme par la même occasion, de quoi plonger notre bon vivant au 36ème dessous. Ce colosse aux pieds d’argile, âme en peine errante et déboussolée, noyé dans l’ouzo et les substances diverses, ne doit son salut qu’à ses amis qui l’ont cherché et retrouvé dans un piteux état.

Rodolphe, identifié comme l’assassin probable et responsable, revient comme dans un mauvais rêve le narguer dix ans après, alors que notre commissaire semble s’être acheté une conduite et une vie que son fils Yannis, la cuisine grecque et le jeu du Tavli contribuent chaque jour à ensoleiller.

Sophia Mavroudis nous immerge dans une Grèce multiculturelle qui panse encore les plaies de cinquante cinq années d’ Histoire nauséabonde allant de la dictature des colonels à la dictature européenne d’aujourd’hui. Le grec, maillon fort d’une culture qui a donné à l’humanité toute ses lettres de noblesse avec une certaine sagesse, grâce à ses nombreux philosophes et un art de vivre avéré pour la nonchalance, est malmené depuis quelques années par une pauvreté et une austérité qui pèse lourdement sur ce peuple d’hédonistes.

Stavros est un concentré des maux grecs et son personnage d’ours mal léché mis en scène par l’auteur est délicieux d’ambiguïté. L’enquête est compliquée, tortueuse et les faux semblants ne manquent pas. Ce pays aux mille îles qui est la porte grande ouverte du sud de l’Europe vers les Balkans pour toutes sortes de trafics est un gigantesque terrain de jeu pour individus peu scrupuleux issus des pays de l’est, aidés par une autorité en place bien laxiste au mieux, corrompue au pire. La romancière nous propose un scénario nébuleux où Stavros, accompagné de son équipe, Dora, Niko, Eugène, Matoula et un bien énigmatique Livanos, son supérieur, auront de quoi s’occuper. Enfin, équipe c’est vite dit parce que le « Coco « en question a tendance à faire cavalier seul et il est bien difficile à suivre !

C’est plaisant et divertissant, mais j’ai relevé par moment un petit manque de liant, certainement l’effet premier roman. Ce n’est que mon humble avis, habitué grâce à Jimmy Gallier, le directeur de collection que je remercie, à ne boire que du petit lait. C’est cependant sérieux et solide avec un regard très honnête et juste sur la Grèce d’hier et d’aujourd’hui.

Sophia Mavroudis nous livre ici une Grèce en quête de rédemption, avec une population habituée à se prendre des murs dans la gueule, mais qui reste fière et debout malgré tout. Cette Grèce, c’est aussi celle de Georges Moustaki, Demis Roussos, Mélina Merkouri ou Nana Mouskouri, qui ont porté aux quatre coins du monde toute l’étendue de cette culture. C’est ce que Sophia Mavroudis nous livre sur un plateau, entre horreurs et richesses, elle nous fait partager l’amour de la Grèce, et ça je dois bien avouer que c’est fort réussi pour une première œuvre.

 

Bruno

Retour à Killybegs, Sorj Chalandon, Grasset et Le Livre de Poche par Seb

 

Résultat de recherche d'images pour "Retour à Killybegs"« Nous étions des gamins. Je regardais le visage de mes amis. Nous voulions nous battre pour la liberté de notre pays, honorer sa mémoire, préserver sa terrible beauté. Peu importaient nos pactes et nos alliances. Nous étions prêts à mourir les uns pour les autres. Mourir vraiment. Et certains d’entre nous allaient tenir promesse.

Je n’ai plus posé de questions. Et Danny a gardé les siennes.

Lui et moi allions faire la guerre aux Anglais, comme nos pères la faisaient. Et nos grands-pères aussi. Poser des questions, c’était déjà déposer les armes. »

Irlande. L’Irlande éternelle, charnelle. L’Irlande des rebelles, terre des insoumis, le bras levé dans la lande, la fureur dans les yeux et dans les veines. Tyrone Meehan a été l’un d’eux. Un « terroriste » aux yeux des Anglais, un soldat parlant gaélique qui lutte pour sa patrie aux yeux des « Papistes ». Il a été un membre de l’IRA, il a tout connu, la peur, le combat, les embuscades, les attentats. Mais aussi la fraternité des frères d’armes, cette chose indicible et tellement puissante, et encore la sensation indescriptible de jouir de la liberté, car combattre l’occupant c’est déjà être libre.

Tyrone Meehan a perdu des camarades, des compagnons. Il a connu les geôles terribles des britanniques, il a eu faim, froid, il a éprouvé l’immense fatigue de ceux qui ne se rendent jamais. Mais un jour, dans une rue de Belfast, alors qu’il tient tête aux Anglais et à leurs blindés, sa vie va emprunter la trajectoire tortueuse qui est promise à tous ceux qui se fourvoient dans le mensonge. Et rien ne sera plus comme avant, rien n’aura plus jamais le même goût, la même couleur. Même ce ciel d’Irlande, gris et tourmenté, qui excrète des larmes amères et glacées, il semble le toiser d’un regard revanchard et vengeur.

Ce roman d’une rare puissance m’a mis sur les fesses, il m’a renversé, et j’ai eu plusieurs fois le souffle coupé. Le souffle coupé par la poésie qui se dégage de l’écriture qui malgré tout se montre parfois abrupte et cinglante. La poésie qui habite aussi les personnages, qui en fait des êtres nimbés dans la brume mystérieuse qui porte au pinacle, qui fait entrer dans la légende. J’ai aimé ces héros, moi qui suis étranger à la religion, j’ai ressenti la grande empathie que ceux qui observent éprouvent pour ceux qui se battent et qui se dressent. Sous le vent marin, dans le flou des brouillards profonds, au milieu des rues dévastées de Belfast, entre les maisons semblables arborant des façades balafrées par la guerre, dans la nuit la plus obscure ou sous un soleil voilé par le sang, j’ai découvert un pays viscéral, qui prend aux tripes, j’ai presque senti le goût râpeux du whisky et la fumée âcre des fins d’incendies rongent les éboulis et les bâtisses des quartiers catholiques.

Mais ce qui est très fort, c’est que Sorj Chalandon, par ce ton de confession, cette narration à la première personne du singulier, m’a fait aimer ce traître moi qui méprise la trahison. Je tiens cet acte en horreur, pour moi rien n’est pire que ça. Trahir c’est profaner sa conscience. Malgré cela, malgré la charge violente contre mes principes, j’ai épousé la cause, ou plutôt j’ai pardonné à Tyrone Meehan, moi qui ne pardonne jamais.

Avec une écriture dotée d’une très forte personnalité, l’auteur nous fait toucher du doigt l’ampleur des événements qui ont fait vivre ces territoires dans une convulsion permanente pendant si longtemps. Il nous démontre aussi le poids de l’héritage atavique. Au travers de la confession de Tyrone Meehan, c’est presque un siècle d’histoire d’Irlande qui se déroule devant nous comme un testament sanglant. Un siècle de sentiments exacerbés, avec autant d’amour que de haine, autant de drames que de beauté, autant de regrets que d’espoir.

Ce roman est un ouragan qui emporte tout. Les idées, les principes et les dogmes, et aussi tant de vies sacrifiées pour « la cause ». Ce récit nous assène une chose importante, il dit que lorsqu’on a choisi ce chemin de Résistance, qu’on lutte ou qu’on finisse par trahir, on gagne quelque chose, qu’il nous appartient de découvrir. Mais une chose est sûre, il n’y a pas jamais de retour.

Mais la grande démonstration, c’est celle de la dévastation que génère le mensonge d’abord, la honte ensuite, lorsqu’il est trop tard, et comment elle vous ronge de l’intérieur, comme un petit brasier jamais rassasié.

Ce roman nous souffle aussi que les femmes et les hommes debout et fiers ne sont jamais asservis, car le cœur ne peut être mis sous le joug.

Je veux quand même partager avec vous ce qu’est la plume de Sorj Chalandon tant elle est difficile à décrire. Page 87 : Je n’étais pas triste. Pourtant la tristesse, en Irlande, c’est ce qui meurt en dernier.

Ou encore ceci : Ses mots dans mon dos. Mes pas de fuyard. Il n’y a que dans les églises et les prisons que les voix vous poursuivent.

Enfin, je vous laisse avec ce bijou page 279, le mot de la fin à Sorj Chalandon, chapeau bas Monsieur.

Nous n’étions pas un pays, pas même une ville, juste une famille intense.

Seb.

Terres fauves, Patrice Gain, Editions Le Mot et Le Reste par Yann

 

L’Alaska, terre sauvage s’il en est, n’en finit pas d’alimenter rêves et fantasmes, crainte et fascination. Il n’est donc pas surprenant que Patrice Gain, homme de la montagne et des grands espaces, y situe son troisième roman, après La naufragée du lac des Dents Blanches (2016) et Denali (2017), également parus aux éditions marseillaises du Mot et Le Reste.

Sollicité par le gouverneur Kearny, David McCae, écrivain new-yorkais, a accepté d’écrire les mémoires du politicien. Afin d’étayer le récit de témoignages élogieux, McCae part en Alaska à la rencontre de Dick Carlson, alpiniste renommé et ami du gouverneur. Mais la rencontre ne se déroule absolument pas comme prévu et, suite à l’enregistrement involontaire de déclarations plutôt compromettantes, McCae va faire l’expérience de la violence des hommes en même temps que la découverte d’un milieu aux antipodes de ce qu’il connaît.

Patrice Gain creuse le sillon entamé avec ses deux précédents romans mais, là où on pouvait auparavant émettre quelques réserves sur l’écriture un peu scolaire et un scénario affaibli par excès de bons sentiments (en particulier sur La naufragée du lac des Dents Blanches), il franchit un cap avec Terres fauves en balayant d’un revers de main cette forme de bienveillance préjudiciable à la force de ses histoires. Il dépeint ainsi, à travers le personnage de Dick Carlson, une forme d’archétype du mal, un concentré d’égoïsme, de méchanceté, de mensonge et de suffisance. Carlson et ses acolytes , en mettant en péril la vie de McCae, lui feront prendre conscience de l’inépuisable capacité au mal dont est capable l’être humain.

Abandonné à son sort, McCae, le citadin, va également devoir faire connaissance avec la vie sauvage dans tout ce qu’elle a de plus rude et d’inhospitalier, affrontant avec terreur des moments particulièrement difficiles. Mais, en opposant l’indifférence de la nature à la malveillance de l’homme, Patrice Gain choisit son camp et c’est ce que sera amené à faire David McCae, nouveau Candide au pays de la dernière frontière.

Patrice Gain noircit le propos et donne ainsi à  ses Terres fauves une rugosité qui manquait à ses précédents romans. Les grands espaces et la vie sauvage s’accommodent finalement assez peu des bons sentiments et c’est en dévoilant la noirceur de l’homme qu’on leur restitue ce qui en fait la force et la beauté. On ne peut qu’espérer que l’auteur poursuive dans cette voie et continue à explorer cette mythologie nord américaine qui le fascine depuis son entrée en littérature.

 

La disparition d’Adèle Bedeau, Graeme Macrae Burnet, Sonatine, par Bruno D.

Surprenant roman de cette rentrée littéraire avec une préface qui jette le trouble d’entrée. Adapté au cinéma par Claude Chabrol au cours de l’été 1988, mais finalement non, récit autobiographique de Raymond Brunet, mais finalement peut être que non, soit des zones d’ombres judicieusement semées dès le départ par le romancier tel un Simenon qui écrivait « tout est vrai sans  que rien ne soit exact ».

Saint Louis, ville de 20 000 habitants à la frontière franco-suisse près de Mulhouse va servir de décor principal à l’action de cette histoire. Action, c’est vite dit parce qu’on est plutôt dans une fine observation de la vie quotidienne de cette ville moyenne endormie ou rien de bien excitant ne se passe habituellement.

L’auteur, fort adroitement et avec une minutie de chaque instant nous conte l’existence de Manfred Baumann, 36 ans directeur de banque effacé au passé obscur et de l’inspecteur Gorski devenu flic par conviction alors que ses parents le destinaient à reprendre l’affaire familiale. Baumann a pour habitude de déjeuner au restaurant La Cloche, repaire d ‘habitués, là ou une serveuse plantureuse, Adèle Bedeau officie. Du jour au lendemain, cette dernière disparaît sans laisser aucune trace, et vient raviver les souvenirs d’une affaire vieille de 20 ans avec un meurtre pas vraiment élucidé, celui de Juliette Hurel.

Alsace figée dans le temps, atmosphère singulière, l’ambiance est glauque et mystérieuse, faite de ces toutes petites choses mises bout à bout qui constituent la vie, et qui ne valent rien aux yeux de tous, sauf pour les gens directement concernés. Références appuyées au Maître du noir, Simenon, et à la caméra d’un Claude Chabrol qui savait filmer et mettre en lumière cette vie provinciale comme personne, l’auteur nous sert une copie fine, lente et obsédante de deux êtres en proie à bien des questions et en quête de rédemption semble t il. Baumann et Gorski, destins croisés soumis aux aléas de la vie, au gré des rencontres et des tourments. Fin limier pour l’un, et gauche pour l’autre dans ses rapports avec les humains ; enfermés dans leurs éducations et marqués par leur jeunesse, leur évolution est plutôt évidente et d’une fortune classique.

Sauf que la banalité n’existe pas et que la vie de nos deux héros est racontée avec une certaine virtuosité par GMB.

Bien que très lent (ce n’est pas ce que j’aime habituellement), j’ai plongé dans cette ambiance des années 80 avec plaisir, c’est dû en grande partie au talent de l’auteur qui a su retransmettre au travers de son écriture attachante, cette impression poisseuse et étouffante qui donne du piment à la condition humaine. La fin avec ses surprises n’est d’ailleurs pas en reste . Une réussite assurément !

Traduit par Julie Sibony.

Bruno D.

Nord Michigan, Jim Harrison, 10/18, par Seb

« Ils passèrent la soirée assis sous la véranda. Le début du mois de mai avait été froid et pluvieux mais le temps s’était finalement réchauffé et des cosses d’érable tombaient des arbres comme des sauterelles vert pâle. La menthe jaillissait dans le fossé le long de la route et les premiers lilas fleurissaient. La mère de Joseph était installée dans la balancelle, trop faible pour se déplacer. Seuls ses yeux, qui étaient bleus et limpides, étaient restés mobiles. Elle n’avait pas dit un mot depuis plus d’une heure. Joseph était contracté et il avait la gorge serrée. Il sentait que ce serait sans doute la dernière fois qu’ils étaient assis ensemble sous la véranda. »

Toi qui me suis un peu, depuis ces années de chroniques, tu sais combien je l’aime Big Jim. Il ne se passe pas un an sans que j’y revienne, comme le cerf revient à la source pour s’abreuver en écoutant tous les bruits de la nature. Là, quand je tiens un Jim Harrison dans mes mains, j’écoute tous les bruits de la littérature. Et le monde truculent et savoureux de l’auteur. Cette fois ça a encore fonctionné, il m’a emmené, dans ce nord du Michigan, ce coin bouseux, boueux, sauvage et reculé. Comme une île presque vierge qui se serait trop rapprochée du reste du monde.

C’est dans cet endroit que vit Joseph, il est sans doute heureux, même s’il ne se pose jamais la question, il doit le sentir d’une manière immarcescible. Sa vie, son quotidien, c’est d’abord la classe qu’il donne, il est instituteur d’une école à plusieurs niveaux. Il aime son métier, il adore faire partager son amour des livres à ses élèves, même s’il se désespère parfois du désintérêt de quelques-uns. Mais Joseph est aussi fermier, à mi-temps on pourrait dire. Une ferme que ses parents décédés lui ont laissée, par la force des choses, ses frangines s’étant dépêchées de filer à « la ville ». Mais Joseph affiche une quarantaine bien frappée, il sent qu’il se trouve à un tournant de sa vie, du genre qui dira plus tard s’il éprouve de la satisfaction ou des regrets en lorgnant dans le rétroviseur. Il ne peut plus assumer ses deux jobs en même temps, et peut-être ne peut-il pas choisir. Et il est affublé d’un handicap hérité de l’enfance, une jambe récalcitrante qui se traîne un peu trop.

Le choix. Tout se trouve là. Plusieurs choix. Trop de choix. Car par-dessus cela, il y a Rosalee, la fille de sa vie, son amoureuse de toujours. Tout va bien entre eux, cependant, lorsqu’une grande élève, Catherine, presque majeure, lui fait des appels du pied, sa libido de quadra s’emballe et il entame une relation bien dangereuse. La drôlesse y croit, et elle sait y faire au sexe, et Joseph n’en demandait pas tant. Lui qui passe déjà pour un original, un type bizarre et politiquement incorrect, dans cette Amérique contrite et puritaine, profonde comme les lacs qui bordent le Michigan, il prend un très gros risque.

Dans une contrée si étroite, où tout le monde se connaît, conserver un tel secret est-il du domaine du possible ? Mais peut-être que cette aventure tombe à pic, peut-être que c’est l’évènement qui va dépoussiérer l’existence de Joseph, l’étincelle qui va enfin démarrer le moteur de sa vie.

Joseph se trouve au carrefour, le grand carrefour. Devant, Catherine, derrière Rosalee, à droite la ferme, à gauche l’école. Et à l’horizon, l’océan qu’il a toujours voulu voir et explorer.

Entre bitures formidables et emballement des sentiments, entre l’emportement des hormones et les coups de semonces de sa conscience, Joseph aura fort à faire. Il peut compter sur son fidèle ami, le docteur, avec qui il partage l’amour de la chasse, la passion de la pêche et la faiblesse du goulot. Leur relation, franche, qui se nourrit d’une belle altérité, est un peu la poutre du roman, le truc qui tient le reste, même si, je n’en doute pas une seule seconde, l’ensemble tiendrait quand même la route si le docteur n’avait pas eu cette importance-là.

Une fois encore, sous le maquillage des excès, Jim Harrison pourfend un certain style de vie, piétine la bien-pensance et fait un bon gros doigt aux coincés du cul et de la vie. Mais en creux, se dessine un questionnement profond, moins truculent, plus pointu, celui de l’âge qui gagne inexorablement, et de ce que l’on perd quand il survient. De la vie que l’on veut vraiment, des choix que l’on doit faire pour réaliser ses désirs, et des dégâts que cela peut engendrer sur ceux que l’on aime.

Une nouvelle fois, l’auteur de Légendes d’automne nous façonne un anti-héros banal dans ses bottes, en prise avec une nature parfois ingrate mais toujours impartiale, perclus de doutes, miné par les questions, bouleversé par ses sentiments, dépassé par son caractère.

Big Jim revient sur ses thèmes de prédilection, l’âge et le sexe, les bonnes choses de la vie, la place des individus et les choix de vie, la vieillesse, l’amitié, l’amour, le désir.

Allez, cap au Nord, entre les sillons de terre grasse, poussent les pages d’un très beau roman, resserré, presque intime, émouvant.

Traduit par Sara Oudin.

Invasion, Luke Rhinehart, Aux Forges de Vulcain par Le Corbac

« Des boules de poils intelligentes débarquent sur Terre »… quand j’ai lu cette première phrase de 4ème de couverture, j’ai tout de suite pensé à CRITTERS, surtout avec la suite: « elles n’ont d’autre but que de s’amuser ».
Pour s’amuser, elles s’amusent, et gentiment en plus. Rien à voir avec ces boules de poils aux crocs acérés des années 80 qui viennent foutre le bordel sur notre chère planète, assoiffées de sexe et de sang, lubriques et agressives.
Quoique…
Quoique les Protéens ( c’est ainsi qu’ils se nomment), ne sont pas arrivés sur Terre pour se prendre la tête mais plutôt pour nous la prendre.
Luke Rhinehart étant américain, sa base sera…américaine.
Mais il n’empêche que son livre est universel et ne peut nous laisser indifférents.
Roman de la contestation, roman de la rébellion, roman de lutte, roman révolutionnaire.
Déjà, avec  L’Homme Dé, il avait rué dans les brancards, secouant les règles de bienséance et chamboulant les bonnes mœurs sociétales de la middle-class.
L’âge ne l’a pas assagi, bien au contraire.
Ce joyeux trublion se permet d’écrire avec toute l’arrogance du bouffon: critiquer et donner son désaccord sur ce qu’il pense de la gouverne de son seigneur et maître sans perdre la tête (au sens propre bien évidemment).
Acide et cruelle, réaliste et positionnée avec outrance, sa plume nous dessine le portrait de ce couple de rebelles, de réfractaires à l’hégémonie des médias et de la consommation, à la préséance de la renommée et de la richesse sur le bien commun.
Luttant depuis leur enfance contre cet absolutisme bienpensant, contre l’endoctrinement d’une société basée sur la consommation et l’enrichissement avec comme finalité le pouvoir, la domination mais toujours avec ce manque de reconnaissance.
Cette jeune nation que sont les Etats-Unis d’Amérique est encore bien vacillante, titubante encore parfois sur ses jeunes jambes.
Besoin d’expansion géographique, politique et économique donc militaire en fait, besoin d’étendre son pouvoir et de se faire voir, nécessité de se démarquer de ses vieux oncles européens et donc de devoir faire plus fort…ou pire.
Théorie complotiste, omniscience des services de renseignements dans la vie de chaque individu, surveillance, méfiance…où est donc l’insouciance ?
Insouciance, légèreté, amusement, gaudrioles et autres fariboles… C’est ce qu’il nous manque. L’humour et l’amour de la plaisanterie, le plaisir de chahuter, de s’amuser, de rire et de ne pas se prendre au sérieux; voilà ce que l’Homme a perdu.
Alors vi, je le dis Luke Rhinehart exagère, caricature jusqu’à l’excès, piétine les plates bandes et dépasse la ligne blanche très souvent mais bon Dieu que c’est bon!
Cultivé et informé, se positionnant clairement sur une opinion politique et un point de vue humaniste, Luke Rhinehart nous offre une œuvre picaresque à la Cervantès, le récit de ces petites gens si banales qui n’abandonneront jamais leurs idéaux ni leur foi en l’espèce humaine et qui toujours lutteront contre ces gigantesques moulins corporatistes, capitalistes, énigmatiques, administratifs et incompétents.
Une comédie dramatique dans l’air du temps, un drame comique qui devrait nous interpeller.
Le Corbac.

Sur le ciel effondré, Colin Niel, Le Rouergue

Après un détour réussi par la Lozère, Colin Niel revient en Guyane pour la quatrième enquête d’André Anato, capitaine de gendarmerie d’origine ndjuka, amené à collaborer avec Angélique Blakaman, aluku, revenue médaillée de métropole après une intervention remarquée lors d’une prise d’otages. Un jeune amérindien est signalé disparu de son village du Haut-Maroni. Contactée par le père de l’adolescent, Blakaman fera tout ce qui est en son pouvoir pour le retrouver, au risque d’y laisser sa santé, mentale autant que physique.
Obia (paru en 2015) avait impressionné par son ampleur et la maîtrise du récit, auxquelles venait s’ajouter un tableau incroyablement vivant de la Guyane d’aujourd’hui. Colin Niel parvient à renouveler de manière éclatante la réussite que constituait ce précédent opus et, après y avoir exploré les séquelles de la guerre civile au Surinam et le trafic de drogue constant entre Guyane et métropole, il complète le tableau avec une description impressionnante de vérité de la vie sur le fleuve, dans cette région reculée du Haut-Maroni, où les populations natives d’amérindiens ont vu au fil des ans leur environnement se dégrader sous la poussée démographique liée à l’exploitation, légale ou non, de l’or présent en grandes quantités dans le sous-sol amazonien. Cet or qui, pour beaucoup, est une aubaine ressemble plus à une malédiction pour les amérindiens car le mercure utilisé pour l’extraction du minerai pollue les rivières et les poissons dont ils se nourrissent.  Ici, les garimpeiros brésiliens ont peu à peu chassé les noirs-marrons des exploitations aurifères et une ville s’est créée face à Maripasoula, sur la rive surinamienne, New Albina, ville de tous les trafics, de toutes les tensions également …
Dans cet environnement, difficile pour les populations amérindiennes de conserver et perpétuer leur mode de vie traditionnel. Ainsi les jeunes se retrouvent-ils tiraillés, pour ne pas dire écartelés, entre vie moderne et respect des coutumes. Envoyés étudier au lycée à Cayenne, ils se retrouvent brutalement confrontés à la réalité de la vie citadine dont ils ne connaissent rien, victimes de moqueries, voire de violences de la part des autres élèves, et le choc est rude. Dans ces conditions, le taux de suicides chez les jeunes amérindiens est bien plus élevé que dans d’autres catégories de la population. C’est un drame silencieux qui se joue en forêt, devant lequel les adultes se retrouvent complètement démunis.
Certains, dans l’espoir de donner un sens à leur vie, se tournent vers les nouvelles religions amenées par les évangélistes, toujours en quête d’âmes fraîches pour nourrir leur dieu et contribuer ainsi de leur côté à l’affaiblissement des croyances traditionnelles. Jouant sur la peur et la crédulité des populations locales, ces soldats de dieu s’implantent en force dans la région et certains villages se créent sous leur impulsion, entièrement habités de nouveaux convertis.
Pendant ce temps, sur la côte, à Cayenne, les jeunes, fascinés par le phénomène des gangs aux Etats-Unis, désoeuvrés, souvent au chômage, se laissent gagner par cette violence et des crews apparaissent ainsi dans les cités de la préfecture guyanaise, se lançant des provocations via Facebook, pouvant mener à des affrontements sans merci.
On le voit, la réalité guyanaise est multiple et complexe et ce n’est pas la moindre qualité de Colin Niel que d’éviter tout manichéisme, toute tentation de raccourci ou de résumé pour rendre le tableau plus compréhensible. Il se penche avec attention et empathie sur chacun de ses personnages et ses descriptions sonnent toujours juste, que l’action se situe dans les bidonvilles de Cayenne, dans ces villes-champignons poussées au bord du fleuve sans existence légale ou dans les légendaires Monts Tumuc-Humac, à la jonction de la Guyane, du Brésil et du Surinam.
Au-delà de l’indiscutable valeur documentaire de son roman, Colin Niel parvient une nouvelle fois à tenir son récit avec une grande maîtrise, soucieux d’efficacité autant que de crédibilité. Surtout, il se garde bien de juger ou de critiquer les contradictions de cette société guyanaise en proie à de nombreux dysfonctionnements et qui semble, chaque jour davantage, sur le point d’imploser. Le constat est dur mais objectif. Les 500 pages de Sur le ciel effondré se dévorent et le lecteur en sortira sonné, à la fois par le dépaysement et par une plongée réussie dans les tréfonds de l’âme humaine.
On ne pourra évidemment que vous recommander les trois premiers volumes de cette série d’exception, Les hamacs de carton, Ce qui reste en forêt et Obia (tous au Rouergue et en poche chez Babel), rassemblés ce mois-ci en une magnifique intégrale.

Sur le ciel effondré, Colin Niel (Rouergue noir) par Perrine

Résultat de recherche d'images pour "Sur le ciel effondré"Quel bonheur de retrouver notre capitaine Anato, que j’avais beaucoup aimé dans Obia. Traumatisé par la recherche infructueuse de ses origines, il a fini par abandonner sa quête et lutte contre des douleurs physiques inexpliquées. Il explore à son tour les remèdes mystiques, en faisant appel à différents obiaman.

Nous replongeons donc dans cette Guyane que Colin Niel m’avait amenée à découvrir, cette fois en s’intéressant plus particulièrement aux exploitations aurifères, à leur impact environnemental bien sûr, mais aussi sociétal. Dans cette région française (ne l’oublions pas), les différentes ethnies cohabitent plus qu’elles ne vivent ensemble, alimentant un racisme ordinaire, une incompréhension, une indifférence ou une peur de l’autre. L’abandon politique est omniprésent, la population n’a pas de sentiment d’appartenance à la France et ce ne sont ni la pauvreté, ni le manque de moyens ou de perspectives d’avenir qui risquent d’améliorer la situation. Dans ce contexte, de très nombreux jeunes se suicident, notamment parmi les Wayanas.

Comme dans sa trilogie Guyanaise, Colin Niel nous transmet merveilleusement bien son amour de la Guyane, mais un amour lucide. Ce n’est clairement pas un décor de carte postale malgré des paysages sublimes magnifiquement retranscrits, mais l’auteur nous propose un constat clair de l’énorme gâchis que représente la situation. Il milite pour sa réhabilitation et pour que les pouvoirs publics s’intéressent enfin au problème et y proposent des solutions.

Cependant, c’est avec un immense respect que Colin Niel traduit les différences entre les ethnies, avec dans cet opus une grande importance accordée aux traditions et aux religions ancestrales. Il nous emmène à travers des conflits de générations, la difficulté des parents de ne pas faire les bons choix et celle des enfants de trouver leur place dans ce territoire.

L’identité est une nouvelle fois au cœur du roman, avec l’idée que de connaitre son histoire, celle de son peuple, et de se l’approprier permettra à chacun des personnages de se construire un avenir. D’ailleurs parlons en de ces personnages… tous si profonds, si brisés, si humains ! Colin Niel est un orfèvre qui les cisèle avec une précision qui les rend extrêmement touchants. Je lui en veux d’ailleurs encore beaucoup de leur faire autant de mal ! Chacun lutte avec ses démons, chacun est finalement très seul, et vous donne envie de les prendre dans vos bras en leur promettant que tout va s’arranger.

Résultat de recherche d'images pour "la série guyanaise colin niel"Sur le ciel effondré est donc un roman qui vous transporte, qui vous éclaire, qui vous émeut, qui nous pousse à réfléchir sur l’évolution des peuples et des territoires et de soi même, qui vous fait voyager, qui est magnifiquement bien écrit. Donc un roman qu’il faut acheter vous l’aurez compris (et prenez en bonus l’intégrale de la trilogie guyanaise si vous ne les avez pas encore !)