3 minutes, 7 secondes, Sébastien Raizer, La Manufacture de Livres

Profil atypique que celui de Sébastien Raizer.   Co-fondateur, dès 1992, des éditions du Camion Blanc, spécialisées dans le rock, il y traduit des textes de l’anglais et en publie également sous son nom.  Ainsi verront le jour plus de 400 titres. Arrivé en littérature avec Le chien de Dédale en 1999 (Verticales), il poursuit avec Corrida détraquée chez Grasset en 2001 avant de se lancer dans une trilogie ambitieuse et exigeante parue à la Série Noire : L’alignement des équinoxes (2015 à 2017). Fasciné par le Japon et sa culture, Sébastien Raizer vit actuellement à Kyoto.

Pour son premier ouvrage à La Manufacture de Livres, il frappe fort avec    3 minutes, 7 secondes, une novella d’à peine plus de 100 pages qui plonge le lecteur au coeur du vol MU 729, entre Shangaï et Osaka et lui fait partager les quelques minutes restant à vivre à l’équipage et aux 316 passagers avant qu’un missile nord-coréen n’entre en contact avec l’avion.

Parti de Shangaï avec du retard, le vol MU 729 doit également calculer sa trajectoire en fonction du typhon Talim, en provenance d’Okinawa. On le voit, ce ne sera pas le trajet le plus serein pour le commandant Nomura.

En se focalisant à la fois sur les relations troubles entre les membres du personnel de service et sur les pensées et divagations de quelques passagers, Sébastien Raizer offre un tableau pris sur le vif, un instantané de vie dans un dernier voyage vers la mort. Des hallucinations/souvenirs de Nomura lorsqu’il est informé de l’envol du missile aux réflexions du sino-américain Glenn Wang concernant l’hypothèse d’un jeu psychique et collectif permettant l’expérience de la mort, le voyage est autant mental que physique. Yan Van Welde, autre passager, condense à lui seul ces deux aspects puisqu’il est voyageur-photographe et c’est dans le cadre de son projet en cours, intitulé Plein Est, qu’il est présent dans l’avion et se remémore les images marquantes des étapes précédentes.

« Je me demande même si une part de moi ne souhaite pas secrètement que ce cinglé ait raison et qu’un missile nord-coréen vienne bel et bien annuler le vol Shangaï-Osaka. Le rayer de la carte du ciel – nous ne sommes déjà plus sur terre, de toute façon. Mourir sur terre serait manifestement plus tragique et plus douloureux. Mais ici ? Nous ne sommes déjà plus nulle part, endormis dans un long et monotone et interminable flottement, en apesanteur de nous-mêmes. »

Aussi court que réussi, 3 minutes, 7 secondes parvient à se montrer déstabilisant, voire dérangeant dans ses dernières pages, et ce huis-clos céleste mêle avec virtuosité le physique et le cérébral, le sexe et la mort au long de ces 187 secondes de tension.

Yann.

 

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