Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives (Gallimard) par Aurélie

Tenir jusqu'à l'aubeEn lisant ce livre je me répétais « Mais oui, c’est ça, c’est exactement ça ! ».

Je reste sans voix devant la magie de la plume de Carole Fives : d’une situation bien spécifique elle nous emmène par la main vers un universel qui nous éclate au visage.

Une vérité habilement noyée dans notre quotidien est tirée à la surface mot après mot et l’auteure met le doigt exactement là où la société fait montre de dysfonctionnements gravissimes mais passant presque inaperçus.

Ce livre devrait être lu par toute femme pour remettre les choses en perspective et par tout homme pour enfin se poser les bonnes questions et nous regarder d’un autre oeil.

Un roman d’utilité publique !

Les Billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin (Zoé) par Aurélie

Les billes du PachinkoUn tout petit livre qu’on met des heures à lire c’est souvent signe, pour moi, de grande qualité littéraire.

Je me suis laissé flotter aux côtés de la narratrice durant ces quelques semaines de vacances passées au Japon entre ses grand-parents venus de Corée 50 ans auparavant et une petite fille mélancolique qui la touche étrangement.

Petites scènes du quotidien loin du sien, temps suspendu avant d’accompagner ses grand-parents sur leur terre natale, plongée toute en douceur dans une culture qui constitue une partie d’elle-même.

Aurélie.

Les frères Lehman, Stefano Massini (Editions du Globe) par Aurélie

Les frères LehmanJe me suis perdue dans cet ouvrage, impatiente de me replonger chaque soir dans cette Amérique des Frères Lehman, dans ce texte en vers libres qui ne connaît pas de frontières de genres, qui nous laisse effleurer le rêve américain et ses limites avec humour, brio, décalage, profondeur.

Un texte inclassable et génial à découvrir au plus vite. Un texte qui propulse une nouvelle fois les éditions du Globe au rang de ceux qui osent et qui réussissent à nous embarquer dans un éblouissant voyage littéraire.

Traduction (plus qu’impressionnante) de l’italien par Nathalie Bauer.

Nada, Cabanes et Manchette, Dupuis (2018) par Perrine

La BD est parfois frustrante par sa rapidité, ce n’est pas le cas avec les magnifiques adaptations de Max Cabanes. C’est dense et riche tant par le texte de Manchette que par le dessin. C’est du noir pur jus, avec des personnages désabusés, essorés et brisés par leur passé, leurs désillusions ou leurs espoirs déments. Embarqués dans un projet fou d’enlèvement politique, par conviction ou par appât du gain, on se demande si au moins l’un d’entre eux croit vraiment en une possible réussite.

Résultat de recherche d'images pour "Nada max cabanes"Les flics y sont aussi pourris que les politiques, on se prend d’affection pour les criminels, on se surprend à souhaiter qu’ils y arrivent ces pauvres gars.

Oeuvre d’art à part entière, Nada fait pour moi partie de ces albums qu’il faut savourer, pour plonger dans chaque planche afin d’en saisir chaque détail.

Perrine

 

Résumé :

Résultat de recherche d'images pour "Nada max cabanes"Ils sont six : Épaulard, l’expert vieillissant ; D’Arcy, l’alcoolique violent ; Buenaventura Diaz, le caméléon aux identités multiples ; Treuffais, le prof de philo désabusé ; le jeune Meyer, dont la femme folle finira bien par le tuer un de ces quatre ; et Cash, la putain auto-proclamée à l’intelligence troublante. Des profils aussi disparates que leurs passés respectifs. Pourtant, ensemble, ces paumés d’extrême gauche formeront le groupe « Nada ». Leur premier coup d’éclat : enlever l’ambassadeur américain, en visite discrète dans une maison close parisienne. Une opération aussi risquée exige audace et maîtrise. Mais si le gang de marginaux l’exécute sans coup férir, la suite ne sera pas si simple. Chargé de l’affaire, le rusé commissaire Goémond va mener une sanglante traque aux ‘anarchistes’… Entre morts inutiles, dégâts collatéraux et pressions politiques, les membres du groupe « Nada » s’apprêtent à passer les plus longues heures de leur existence… Avant quelle fin ? 

La petite gauloise, Jérôme Leroy (La manufacture de livres) par Le Corbac

Résultat de recherche d'images pour "la petite gauloise leroy"Le titre, sans aucune raison apparente, m’a fait me souvenir de mon paternel. Il fumait des gauloises brunes sans filtres. C’était  fin 70 – courant 80. Il fumait partout. Tout le temps. Dans la voiture, dans les w-c, dans la salle de bain…

Dans ces temps, là je me souviens d’une époque légère et insouciante, grave et en pleine évolution/transformation. Des changements s’annonçaient, des nuages s’amoncelaient, la société bougeait et le monde tournait encore droit.

Ce furent des années riches et pleine de béatitude enfantine vis à vis de ce que je voyais arriver dans le Monde.

Les années 90 et mon adolescence furent celles des premiers émois, des premières fois, des rudes apprentissages de la vie.

Ce furent aussi des années de bouleversements géopolitiques, d’une envenimation des relations entre certains états, la libération d’autres et l’arrivée progressive d’une nouvelle forme de contestations.

Les médias devenaient de plus en plus présents, envahissant même les repas de famille, devenant un rituel quotidien à suivre, à voir et entendre. Le malheur des autres venaient réchauffer nos foyers, des actes dont on ne parlait pas avant crevaient dorénavant l’écran, affichant sans pudeur le malsain, l’horreur quotidienne ou la perversité humaine.

Puis vinrent les années 2000 et l’âge adulte (attention j’ai pas dit la maturité) et la nécessité de rentrer dans les cases. De passer au Métro-boulot-dodo. Avoir une femme, une maison, des gosses, un job qui rapporte et tirer sur les pis de la vache à lait du client pour se créer une vie confortable. Des années d’abrutissement à courir dans le bon couloir, à respecter les normes, à écouter la société et la politique, à s’adapter et à suivre le troupeau.

Et pendant ce temps là, le monde faisait tout pareil mais à une autre échelle, avec des effets différents et des motivations autres. Le Monde aussi rentrait dans des cases : idéologiques, économiques, religieuses, politiques, financières.

Mais l’être humain ne se parque pas, à un moment donné il se rebelle et décide d’agir. Souvent tard, souvent mal, souvent sous l’effet d’une manipulation ou d’un endoctrinement.

Et puis parfois un individu décide d’agir juste pour AGIR. Pour lutter, pour prendre délibérément le parti de la destruction pour faire réagir.

Tout ça donc pour revenir à Jérôme Leroy… Je suis resté sur ma faim avec son roman, j’en voulais plus, j’en voulais encore, je voulais comprendre les non-dits, entendre les explications, saisir cette rébellion. Lire La petite gauloise ce fut comme voir un film en accéléré.

Et pourtant que j’aime ce que j’y ai lu.

Avec un certain cynisme, Jérôme Leroy nous refile une belle leçon de nihilisme. Abnégation, haine du système, volonté de détruire pour reconstruire, marquer le moment de manière violente pour dénoncer un système obsolète ou radicalement contesté… Un parfum d’anarchisme envahit ses pages.

Tout le talent de Monsieur Leroy (hormis de nous faire un excellent récit) réside dans la mise en opposition de ce nihilisme avec une Foi. Dans les deux approches se trouve le radicalisme de l’action, le radicalisme de l’acte.

Voilà ce que nous sommes tous devenus nous claque dans la tronche Jérôme Leroy.

Au même titre que Tuer Jupiter de François Médéline, cette petite gauloise est un très beau reflet de notre époque et de ses emmerdements.

Ps : Jérôme négocie un moindre pourcentage sur tes ouvrages afin que Pierre puisse te laisser libre en terme de nombre de pages….

Le Corbac.

Cannisses, Marcus Malte (IN8) par Perrine

Résultat de recherche d'images pour "Canisses malte"Je suis fréquemment émue par mes lectures, il m’arrive même relativement souvent de pleurer sur un bouquin, mais de m’effondrer en larmes avant la fin du premier chapitre, c’est rare.

Probablement parce que je suis mère ou que comme la plupart des gens, j’ai perdu des proches sans y être forcément préparée, mais plus certainement parce que Marcus Malte est un écrivain de grand talent qui avec Cannisses m’a envoyé un terrible uppercut à l’estomac.

84 toutes petites pages extrêmement resserrées pour découvrir un homme qui vient de perdre sa femme d’un cancer et se retrouve avec ses deux jeunes garçons. Un homme qui ne comprend pas pourquoi sa femme est décédée dans la mesure où ils ne méritaient pas que cela leur arrive. Et puis en face il y a ses voisins, un couple et une petite fille, bien installés dans le quartier, avec leur petite vie parfaite sur fond de mélodie du bonheur. Injuste non ?

« A quoi ça tient le bonheur ? A presque rien. A un fil. A l’emplacement d’une maison ». Alors la solution est forcément là, dans la maison, celle qu’il n’a pas achetée puisqu’il a préféré celle d’en face. Celle qui recèle de la promesse d’un bonheur  encore possible. Celle qui est actuellement occupée par ses imbéciles heureux de voisins… Alors ?

Alors prenez une petite heure pour plonger avec Marcus Malte dans cette perle de noirceur pour découvrir comment la douleur peut si facilement nous pousser à la folie…

A noter qu’il existe une version sur scène de Cannisses (oui c’est en effet la raison qui m’a amenée à découvrir ce titre de 2012), que j’espère avoir l’occasion de découvrir !

Shtum, Jem Lester (Stéphane Marsan) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "Shtum Jem Lester stephane marsan"Un palimpseste. C’est ce que s’avère être ce roman plus qu’étonnant.

On pense partir d’un schéma assez simple : le combat d’un père pour son fils autiste ; la mère faible ayant déserté le tableau et le grand-père un peu cramé les accueillant en faisant payer à notre héros le prix fort.

C’est tellement plus compliqué, tellement beau, tellement riche, tellement plein d’esprit.

Plusieurs paliers nous laissent croire que, ça y est, on a enfin compris où l’auteur voulait en venir. Mais finalement il va toujours plus loin, creusant à la fois la psychologie de ses personnages, leur histoire familiale et la capacité de résistance de lecteurs de plus en plus stupéfiés.

Après avoir mis à jour différentes strates du récit, nous voici face à quelques pages (p.255 à 259) qui nous laissent flotter dans une petite bulle de compréhension ouatée et limpide avant de replonger dans des chapitres déchirants.

Je sors toute « chose » de cette lecture. Je vous souhaite le même Grand Huit dès que vous pourrez mettre la main sur ce texte à part qui m’a laissée complètement « shtum ».

Aurélie.

Traduit de l’anglais par Emanuelle Ghez. 

Pension complète, Jacky Schwartzmann (Seuil) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "Schwartzmann seuil pension complète"Un polar qui déborde d’humour sur les pas de Dino, gigolo au Luxembourg (je ne le dis pas trop fort, il n’apprécie pas trop cette étiquette), devant se mettre au vert dans le sud de la France pour quelques semaines.

Quelques péripéties l’amèneront à croiser la route d’un Prix Goncourt asocial et plein aux as, d’un enquêteur fan de running, d’un mystérieux tueur en série. Des rencontres qui vont être le cadre d’une réflexion nécessaire quant à sa vie de presque cinquantenaire n’ayant encore rien accompli de tangible.

J’ai voulu en lire seulement deux pages avant de le placer sur ma pile de lecture pour plus tard, je n’ai pas pu le lâcher avant la dernière ligne !

Cette petite pépite drôle et sanglante est disponible chez vos libraires depuis octobre. De mon côté je vais me pencher très rapidement sur ses deux précédents romans Mauvais coûts (Points) et Demain c’est loin (Seuil), je vous encourage à faire de même !

La femme à part, Vivian Gornick (Rivages) par Aurélie

La femme à part par GornickVivian Gornick est sans aucun doute une femme à part. Le gros coup de coeur que j’avais eu pour sa plume dans « Attachement féroce » se confirme avec ce nouveau texte que nous proposent les éditions Rivages à la rentrée.

Vivian déambule dans New York et partage avec nous des scènes de vie, un regard profond sur sa ville, une analyse fine des sentiments amicaux, des relations amoureuses qui ont ponctué sa vie tournée vers la littérature et une farouche volonté d’indépendance. Solitude et vieillesse apparaissent alors comme deux spectres que l’auteure tient en respect grâce à la magie de ses mots.

Voilà un mois maintenant qu’il m’accompagne dans tous mes déplacements et sur ma table de nuit. Quelques lignes ou pages chaque jour de cette prose sublime qui pousse à l’introspection tout en nous faisant côtoyer de grands auteurs, de simples passants ou les lieux emblématiques d’une ville qui nous envoûte.

Que vous soyez amoureux de New York, passionné de littérature américaine ou juste curieux de découvrir une des plus grandes auteures de notre époque, ce livre est pour vous ! « Attachement féroce » est bien sûr toujours disponible chez vos libraires. Tous deux sont traduits par Laetitia Devaux.

RIP, Gaet’s et Julien Monier (Petit à Petit) par Perrine

RIP RIPDerrick, je ne survivrai pas à la mortTome 1 : Derrick, je ne survivrai pas à la mort

RIP raconte le quotidien d’une bande de pauvres gars qui ont un métier des plus… réjouissant ! Leur job ? Débarrasser les logements des morts, mais pas n’importe lesquels, ceux qui n’ont plus de famille, ceux dont tout le monde se fout, ceux qu’on retrouve donc au bout de plusieurs semaines quand l’odeur devient insoutenable pour les voisins. Âmes sensibles donc s’abstenir !

Leur boîte revend aux enchères tout ce qui a de la valeur et eux peuvent garder ce dont les autres ne veulent pas, des conserves périmées aux paquets de PQ. Job de merde donc et la tentation est grande quand on voit passer des liasses ou des bijoux. Trop grande, lorsqu’ils sont appelés pour une vieille qui s’occupait seule de son fils handicapé, qui l’âge aidant, a passé l’arme à gauche, rejointe peu après par son fils, incapable de s’occuper de lui ou de prévenir qui que ce soit (vous noterez au passage le charme de notre société où ce genre de choses peut arriver…).

Résultat de recherche d'images pour "RIP BD Gaet's"C’est noir, c’est glauque et ça en dit long sur la nature humaine. J’ai beaucoup aimé le dessin, la qualité des personnages et l’originalité de l’ensemble. Bref, vivement la suite !

PS : Petit à petit est une maison d’édition normande avec une bien belle production que je vous recommande ! (chauvinisme quand tu nous tient !)

Perrine.