Roissy, Tiffany Tavernier (Sabine Wespieser) par Aurélie

RoissyJ’ai toujours aimé les aéroports, toujours eu l’impression d’y être comme dans une bulle, hors du temps. J’avais gardé ce roman précieusement de côté pour le commencer en attendant un vol.

L’héroïne de ce livre ne se souvient de rien. Voilà 8 mois qu’elle « vit » à Roissy, faisant tout pour passer inaperçue,  s’inventant des vies, se liant parfois à d’autres sdf même si elle se sent différente d’eux. L’aéroport est pour elle un refuge dans lequel elle flotte, loin d’un passé qui essaye de remonter à la surface, loin des existences des gens « normaux », loin d’une vie qu’elle devrait affronter.

Une rencontre va tout changer, va l’empêcher de se fondre dans le néant.

Mémoire, traumatisme, marginalité, deuil, rédemption, amour, autant de thèmes traités avec délicatesse et justesse dans ce roman singulier et extrêmement fort.

À découvrir sans faute parmi les plus belles pépites de la rentrée littéraire.

Aurélie.

Invasion, Luke Rhinehart (Aux Forges Vulcain) par Aurélie

InvasionLes PP débarquent sur notre planète et tout le monde ne voit pas leur arrivée d’un bon oeil. Ces petites créatures qui ressemblent à des ballons de plage poilus vont en effet bouleverser le fonctionnement de nos sociétés proches de la rupture.

Billy est l’un des 1ers hommes à accueillir un PP dans sa famille et entrevoit très vite son intelligence hallucinante et son arme secrète étonnante : s’amuser autant que possible. Louie et ses congénères vont entamer une révolution par le jeu qui va complètement déstabiliser les sérieux détenteurs de l’argent, de la morale et du pouvoir un peu partout dans le monde.

Je serais curieuse de savoir quel a été la réaction des lecteurs quand ce roman a envahi les librairies aux États-Unis. Avec cette critique très drôle mais néanmoins particulièrement acerbe du fonctionnement de son pays, l’auteur a certainement ouvert bien des yeux autour de lui mais n’a pas dû se faire que des amis…

Un roman qui trouve une place parfaite dans l’audacieux catalogue de David Meulemans !

Une seule chose à ajouter : Luke Rhinehart for president !

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Francis Guévremont

Trois fois la fin du monde, Sophie Divry (Notabilia) par Aurélie

Trois fois la fin du mondeJoseph, 22 ans, entre en prison pour la 1re fois suite à un braquage durant lequel son frère est décédé. Rien n’aurait pu le préparer à ce qu’il allait y subir. Son plus grand rêve : la solitude, retrouver ne serait-ce qu’une miette d’intimité. Il va être exaucé au-delà de ses souhaits…

Je m’arrête là et vous conseillerais de faire comme moi : ne lisez pas la 4e de couv’, ne vous laissez pas dévoiler la suite. J’aimerais alors voir vos yeux s’écarquiller quand vous découvrirez la deuxième partie du roman.

Sophie Divry nous donne accès à une nouvelle facette de son génie littéraire. Comme pour chacun de ses livres, elle nous entraîne dans un univers complètement nouveau et nous surprend encore et encore.

Elle fait partie des rares auteurs qui ne m’ont JAMAIS déçue. A chaque fois je retrouve avec un immense plaisir son sens unique de la poésie, sa plume qui sait se renouveler tout en gardant ce quelle possédait déjà de si particulier, son imagination qui crée une bulle ouatée autour de ses lecteurs tout en les faisant réfléchir aux choses essentielles de l’existence.

J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany (Actes Sud) par Aurélie

J'ai couru vers le NilLa révolution égyptienne. Avec sa plume pleine de verve dont j’attendais le retour depuis le fabuleux  Automobile Club d’Égypte, Alaa El Aswany nous captive en nous permettant d’approcher le cœur des événements qui ont ébranlé son pays en 2011.

Dans ce roman choral, ce sont les voix de tous les Égyptiens qui retentissent, ceux qui croient à la révolution, ceux qui se découvrent en elle, ceux qui pensent tout perdre, ceux qui suivent, ceux qui sont lâches, ceux qui ont peur du changement, ceux qui sont prêts à mourir pour lui, ceux qui subissent, ceux qui s’aiment au milieu du tumulte.

On retrouve également le don de l’auteur pour dépeindre la société égyptienne, pour mettre en avant toujours avec une pointe d’humour ou d’ironie ses travers et les défauts, petits ou grands, de ce peuple qui cache souvent son hypocrisie derrière de belles formules et n’a pas l’habitude de remettre en cause le pouvoir en place.

Et la Femme dans tout ça ? L’auteur nous ouvre les yeux sur la place bien particulière qu’on lui assigne ou qu’elle pense pouvoir se choisir.

À vous de vous perdre dans les contradictions de « la république du comme si », dans les méandres d’un système où la violence règne en maître.

Encore interdit de publication en Égypte, J’ai couru vers le Nil est paru en France le 5 septembre dans la traduction de l’arabe (Égypte) de Gilles Gauthier.

Des mirages plein les poches, Gilles Marchand (Aux forges de Vulcain) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "gilles marchand nouvelles 2018"Les nouvelles c’est pas mon truc. Oui mais voilà, quand elles sont écrites par Gilles Marchand, c’est pas pareil.

Cet écrivain a une façon bien à lui de nous laisser pénétrer dans son univers et ces pages me semblent faire un merveilleux écho à ses deux romans, surtout à Une bouche sans personne qui m’avait tant remuée.

Douceur, nostalgie, tristesse, folie, amour filial, inadaptation sociale, solitude, blessures, fantaisie… Ces courts textes se superposent magnifiquement et me font espérer un troisième roman éblouissant (non, non, Gilles, je ne te mets pas la pression).

Ma nouvelle préférée : Deux demi-truites. Amis lecteurs, j’ai hâte de connaître la vôtre !

Ueno Park, Antoine Dole (Actes Sud littérature jeunesse) par Aurélie

Tous les personnages de ce roman se retrouvent durant la même journée à Ueno Park à Tokyo pour contempler la floraison des cerisiers japonais. Ils se croisent mais ne se voient pas, chacun profitant de cet instant si particulier pour faire le point sur sa jeune vie.

À chaque chapitre, une nouvelle voix s’élève, se dévoile et nous fait vibrer de façon si douce qu’il nous semble parfois être juste à côté d’elle, plongés nous aussi dans cet instant si particulier.

En tant qu’adulte, j’ai adoré découvrir ce texte mais j’ai aussi pensé à tous vos ados chers amis, que vous soyez professeurs ou parents. Bon nombre de réponses et de pistes de réflexion sont offertes aux yeux des jeunes lecteurs susceptibles de passer une période difficile ou propice au questionnement.

Avec tact et clairvoyance, la plume d’Antoine Dole accompagne sereinement les jeunes sur le chemin de l’âge adulte, à nous maintenant de placer ce livre entre de nombreuses mains. 

La somme de nos folies, Shih-Li Kow (Zulma) par Aurélie

La somme de nos foliesPalme du plus grand dépaysement de la rentrée pour ce roman que Zulma est allé dénicher en Malaisie !

La petite ville de Lubok Sayong vous réserve bien des surprises. En retrait de la capitale et d’une normalisation un peu triste, ses habitants plein de fantaisie illuminent de leur vécu singulier une communauté ouverte au multiculturalisme, à l’entraide et au fabuleux.

Vous vous attacherez particulièrement à Mary Anne, jeune orpheline recueillie par Mami Beevi, figure incontournable de la région mais aussi à Auyong, personnage discret qui entoure de bienveillance ceux qui comptent pour lui.

Dans cette petite société en pleine mutation qui ne renie pourtant pas ses coutumes et des liens sociaux très forts, la plume de Shih-Li Kow nous démontre  avec douceur et humour que le mal peut facilement être mis à genou. Parfait pour l’optimiste invétérée que je suis !

Traduction de l’anglais (Malaisie) par Frédéric Grellier.

Prodiges et miracles, Joe Meno (Agullo) par Aurélie

Prodiges et MiraclesÀ sa manière un peu bourrue, Jim fait tout ce qu’il peut pour prendre soin de son petit-fils adolescent dont la mère a perdu pied depuis longtemps. Alors que la ferme et la famille sont au bord du gouffre, l’arrivée inexpliquée d’une magnifique jument dans leur vie va tout remettre en question et les emporter dans un roadtrip au-delà de toutes limites.

Ce grand roman noir confirme en France le talent de Joe Meno qui va devenir l’un des auteurs phares des éditions Agullo. Comme dans Le Blues de La Harpie, l’auteur parvient à nous faire toucher du bout du doigt ce qu’il y a de plus noir chez l’Homme tout en développant une magnifique sensibilité et des relations très profondes entre certains de ses personnages.

Je deviens complètement accro à son univers et ai maintenant hâte de découvrir le 3e roman que l’éditeur nous promet pour 2019. Celui-ci est disponible depuis le 30 août en librairie dans la belle traduction de l’anglais (États-Unis) de Morgane Saysana.

Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives (Gallimard) par Aurélie

Tenir jusqu'à l'aubeEn lisant ce livre je me répétais « Mais oui, c’est ça, c’est exactement ça ! ».

Je reste sans voix devant la magie de la plume de Carole Fives : d’une situation bien spécifique elle nous emmène par la main vers un universel qui nous éclate au visage.

Une vérité habilement noyée dans notre quotidien est tirée à la surface mot après mot et l’auteure met le doigt exactement là où la société fait montre de dysfonctionnements gravissimes mais passant presque inaperçus.

Ce livre devrait être lu par toute femme pour remettre les choses en perspective et par tout homme pour enfin se poser les bonnes questions et nous regarder d’un autre oeil.

Un roman d’utilité publique !

Les Billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin (Zoé) par Aurélie

Les billes du PachinkoUn tout petit livre qu’on met des heures à lire c’est souvent signe, pour moi, de grande qualité littéraire.

Je me suis laissé flotter aux côtés de la narratrice durant ces quelques semaines de vacances passées au Japon entre ses grand-parents venus de Corée 50 ans auparavant et une petite fille mélancolique qui la touche étrangement.

Petites scènes du quotidien loin du sien, temps suspendu avant d’accompagner ses grand-parents sur leur terre natale, plongée toute en douceur dans une culture qui constitue une partie d’elle-même.

Aurélie.