Des mirages plein les poches, Gilles Marchand (Aux forges de Vulcain) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "gilles marchand nouvelles 2018"Les nouvelles c’est pas mon truc. Oui mais voilà, quand elles sont écrites par Gilles Marchand, c’est pas pareil.

Cet écrivain a une façon bien à lui de nous laisser pénétrer dans son univers et ces pages me semblent faire un merveilleux écho à ses deux romans, surtout à Une bouche sans personne qui m’avait tant remuée.

Douceur, nostalgie, tristesse, folie, amour filial, inadaptation sociale, solitude, blessures, fantaisie… Ces courts textes se superposent magnifiquement et me font espérer un troisième roman éblouissant (non, non, Gilles, je ne te mets pas la pression).

Ma nouvelle préférée : Deux demi-truites. Amis lecteurs, j’ai hâte de connaître la vôtre !

Ueno Park, Antoine Dole (Actes Sud littérature jeunesse) par Aurélie

Tous les personnages de ce roman se retrouvent durant la même journée à Ueno Park à Tokyo pour contempler la floraison des cerisiers japonais. Ils se croisent mais ne se voient pas, chacun profitant de cet instant si particulier pour faire le point sur sa jeune vie.

À chaque chapitre, une nouvelle voix s’élève, se dévoile et nous fait vibrer de façon si douce qu’il nous semble parfois être juste à côté d’elle, plongés nous aussi dans cet instant si particulier.

En tant qu’adulte, j’ai adoré découvrir ce texte mais j’ai aussi pensé à tous vos ados chers amis, que vous soyez professeurs ou parents. Bon nombre de réponses et de pistes de réflexion sont offertes aux yeux des jeunes lecteurs susceptibles de passer une période difficile ou propice au questionnement.

Avec tact et clairvoyance, la plume d’Antoine Dole accompagne sereinement les jeunes sur le chemin de l’âge adulte, à nous maintenant de placer ce livre entre de nombreuses mains. 

La somme de nos folies, Shih-Li Kow (Zulma) par Aurélie

La somme de nos foliesPalme du plus grand dépaysement de la rentrée pour ce roman que Zulma est allé dénicher en Malaisie !

La petite ville de Lubok Sayong vous réserve bien des surprises. En retrait de la capitale et d’une normalisation un peu triste, ses habitants plein de fantaisie illuminent de leur vécu singulier une communauté ouverte au multiculturalisme, à l’entraide et au fabuleux.

Vous vous attacherez particulièrement à Mary Anne, jeune orpheline recueillie par Mami Beevi, figure incontournable de la région mais aussi à Auyong, personnage discret qui entoure de bienveillance ceux qui comptent pour lui.

Dans cette petite société en pleine mutation qui ne renie pourtant pas ses coutumes et des liens sociaux très forts, la plume de Shih-Li Kow nous démontre  avec douceur et humour que le mal peut facilement être mis à genou. Parfait pour l’optimiste invétérée que je suis !

Traduction de l’anglais (Malaisie) par Frédéric Grellier.

Prodiges et miracles, Joe Meno (Agullo) par Aurélie

Prodiges et MiraclesÀ sa manière un peu bourrue, Jim fait tout ce qu’il peut pour prendre soin de son petit-fils adolescent dont la mère a perdu pied depuis longtemps. Alors que la ferme et la famille sont au bord du gouffre, l’arrivée inexpliquée d’une magnifique jument dans leur vie va tout remettre en question et les emporter dans un roadtrip au-delà de toutes limites.

Ce grand roman noir confirme en France le talent de Joe Meno qui va devenir l’un des auteurs phares des éditions Agullo. Comme dans Le Blues de La Harpie, l’auteur parvient à nous faire toucher du bout du doigt ce qu’il y a de plus noir chez l’Homme tout en développant une magnifique sensibilité et des relations très profondes entre certains de ses personnages.

Je deviens complètement accro à son univers et ai maintenant hâte de découvrir le 3e roman que l’éditeur nous promet pour 2019. Celui-ci est disponible depuis le 30 août en librairie dans la belle traduction de l’anglais (États-Unis) de Morgane Saysana.

Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives (Gallimard) par Aurélie

Tenir jusqu'à l'aubeEn lisant ce livre je me répétais « Mais oui, c’est ça, c’est exactement ça ! ».

Je reste sans voix devant la magie de la plume de Carole Fives : d’une situation bien spécifique elle nous emmène par la main vers un universel qui nous éclate au visage.

Une vérité habilement noyée dans notre quotidien est tirée à la surface mot après mot et l’auteure met le doigt exactement là où la société fait montre de dysfonctionnements gravissimes mais passant presque inaperçus.

Ce livre devrait être lu par toute femme pour remettre les choses en perspective et par tout homme pour enfin se poser les bonnes questions et nous regarder d’un autre oeil.

Un roman d’utilité publique !

Les Billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin (Zoé) par Aurélie

Les billes du PachinkoUn tout petit livre qu’on met des heures à lire c’est souvent signe, pour moi, de grande qualité littéraire.

Je me suis laissé flotter aux côtés de la narratrice durant ces quelques semaines de vacances passées au Japon entre ses grand-parents venus de Corée 50 ans auparavant et une petite fille mélancolique qui la touche étrangement.

Petites scènes du quotidien loin du sien, temps suspendu avant d’accompagner ses grand-parents sur leur terre natale, plongée toute en douceur dans une culture qui constitue une partie d’elle-même.

Aurélie.

Les frères Lehman, Stefano Massini (Editions du Globe) par Aurélie

Les frères LehmanJe me suis perdue dans cet ouvrage, impatiente de me replonger chaque soir dans cette Amérique des Frères Lehman, dans ce texte en vers libres qui ne connaît pas de frontières de genres, qui nous laisse effleurer le rêve américain et ses limites avec humour, brio, décalage, profondeur.

Un texte inclassable et génial à découvrir au plus vite. Un texte qui propulse une nouvelle fois les éditions du Globe au rang de ceux qui osent et qui réussissent à nous embarquer dans un éblouissant voyage littéraire.

Traduction (plus qu’impressionnante) de l’italien par Nathalie Bauer.

Nada, Cabanes et Manchette, Dupuis (2018) par Perrine

La BD est parfois frustrante par sa rapidité, ce n’est pas le cas avec les magnifiques adaptations de Max Cabanes. C’est dense et riche tant par le texte de Manchette que par le dessin. C’est du noir pur jus, avec des personnages désabusés, essorés et brisés par leur passé, leurs désillusions ou leurs espoirs déments. Embarqués dans un projet fou d’enlèvement politique, par conviction ou par appât du gain, on se demande si au moins l’un d’entre eux croit vraiment en une possible réussite.

Résultat de recherche d'images pour "Nada max cabanes"Les flics y sont aussi pourris que les politiques, on se prend d’affection pour les criminels, on se surprend à souhaiter qu’ils y arrivent ces pauvres gars.

Oeuvre d’art à part entière, Nada fait pour moi partie de ces albums qu’il faut savourer, pour plonger dans chaque planche afin d’en saisir chaque détail.

Perrine

 

Résumé :

Résultat de recherche d'images pour "Nada max cabanes"Ils sont six : Épaulard, l’expert vieillissant ; D’Arcy, l’alcoolique violent ; Buenaventura Diaz, le caméléon aux identités multiples ; Treuffais, le prof de philo désabusé ; le jeune Meyer, dont la femme folle finira bien par le tuer un de ces quatre ; et Cash, la putain auto-proclamée à l’intelligence troublante. Des profils aussi disparates que leurs passés respectifs. Pourtant, ensemble, ces paumés d’extrême gauche formeront le groupe « Nada ». Leur premier coup d’éclat : enlever l’ambassadeur américain, en visite discrète dans une maison close parisienne. Une opération aussi risquée exige audace et maîtrise. Mais si le gang de marginaux l’exécute sans coup férir, la suite ne sera pas si simple. Chargé de l’affaire, le rusé commissaire Goémond va mener une sanglante traque aux ‘anarchistes’… Entre morts inutiles, dégâts collatéraux et pressions politiques, les membres du groupe « Nada » s’apprêtent à passer les plus longues heures de leur existence… Avant quelle fin ? 

La petite gauloise, Jérôme Leroy (La manufacture de livres) par Le Corbac

Résultat de recherche d'images pour "la petite gauloise leroy"Le titre, sans aucune raison apparente, m’a fait me souvenir de mon paternel. Il fumait des gauloises brunes sans filtres. C’était  fin 70 – courant 80. Il fumait partout. Tout le temps. Dans la voiture, dans les w-c, dans la salle de bain…

Dans ces temps, là je me souviens d’une époque légère et insouciante, grave et en pleine évolution/transformation. Des changements s’annonçaient, des nuages s’amoncelaient, la société bougeait et le monde tournait encore droit.

Ce furent des années riches et pleine de béatitude enfantine vis à vis de ce que je voyais arriver dans le Monde.

Les années 90 et mon adolescence furent celles des premiers émois, des premières fois, des rudes apprentissages de la vie.

Ce furent aussi des années de bouleversements géopolitiques, d’une envenimation des relations entre certains états, la libération d’autres et l’arrivée progressive d’une nouvelle forme de contestations.

Les médias devenaient de plus en plus présents, envahissant même les repas de famille, devenant un rituel quotidien à suivre, à voir et entendre. Le malheur des autres venaient réchauffer nos foyers, des actes dont on ne parlait pas avant crevaient dorénavant l’écran, affichant sans pudeur le malsain, l’horreur quotidienne ou la perversité humaine.

Puis vinrent les années 2000 et l’âge adulte (attention j’ai pas dit la maturité) et la nécessité de rentrer dans les cases. De passer au Métro-boulot-dodo. Avoir une femme, une maison, des gosses, un job qui rapporte et tirer sur les pis de la vache à lait du client pour se créer une vie confortable. Des années d’abrutissement à courir dans le bon couloir, à respecter les normes, à écouter la société et la politique, à s’adapter et à suivre le troupeau.

Et pendant ce temps là, le monde faisait tout pareil mais à une autre échelle, avec des effets différents et des motivations autres. Le Monde aussi rentrait dans des cases : idéologiques, économiques, religieuses, politiques, financières.

Mais l’être humain ne se parque pas, à un moment donné il se rebelle et décide d’agir. Souvent tard, souvent mal, souvent sous l’effet d’une manipulation ou d’un endoctrinement.

Et puis parfois un individu décide d’agir juste pour AGIR. Pour lutter, pour prendre délibérément le parti de la destruction pour faire réagir.

Tout ça donc pour revenir à Jérôme Leroy… Je suis resté sur ma faim avec son roman, j’en voulais plus, j’en voulais encore, je voulais comprendre les non-dits, entendre les explications, saisir cette rébellion. Lire La petite gauloise ce fut comme voir un film en accéléré.

Et pourtant que j’aime ce que j’y ai lu.

Avec un certain cynisme, Jérôme Leroy nous refile une belle leçon de nihilisme. Abnégation, haine du système, volonté de détruire pour reconstruire, marquer le moment de manière violente pour dénoncer un système obsolète ou radicalement contesté… Un parfum d’anarchisme envahit ses pages.

Tout le talent de Monsieur Leroy (hormis de nous faire un excellent récit) réside dans la mise en opposition de ce nihilisme avec une Foi. Dans les deux approches se trouve le radicalisme de l’action, le radicalisme de l’acte.

Voilà ce que nous sommes tous devenus nous claque dans la tronche Jérôme Leroy.

Au même titre que Tuer Jupiter de François Médéline, cette petite gauloise est un très beau reflet de notre époque et de ses emmerdements.

Ps : Jérôme négocie un moindre pourcentage sur tes ouvrages afin que Pierre puisse te laisser libre en terme de nombre de pages….

Le Corbac.

Cannisses, Marcus Malte (IN8) par Perrine

Résultat de recherche d'images pour "Canisses malte"Je suis fréquemment émue par mes lectures, il m’arrive même relativement souvent de pleurer sur un bouquin, mais de m’effondrer en larmes avant la fin du premier chapitre, c’est rare.

Probablement parce que je suis mère ou que comme la plupart des gens, j’ai perdu des proches sans y être forcément préparée, mais plus certainement parce que Marcus Malte est un écrivain de grand talent qui avec Cannisses m’a envoyé un terrible uppercut à l’estomac.

84 toutes petites pages extrêmement resserrées pour découvrir un homme qui vient de perdre sa femme d’un cancer et se retrouve avec ses deux jeunes garçons. Un homme qui ne comprend pas pourquoi sa femme est décédée dans la mesure où ils ne méritaient pas que cela leur arrive. Et puis en face il y a ses voisins, un couple et une petite fille, bien installés dans le quartier, avec leur petite vie parfaite sur fond de mélodie du bonheur. Injuste non ?

« A quoi ça tient le bonheur ? A presque rien. A un fil. A l’emplacement d’une maison ». Alors la solution est forcément là, dans la maison, celle qu’il n’a pas achetée puisqu’il a préféré celle d’en face. Celle qui recèle de la promesse d’un bonheur  encore possible. Celle qui est actuellement occupée par ses imbéciles heureux de voisins… Alors ?

Alors prenez une petite heure pour plonger avec Marcus Malte dans cette perle de noirceur pour découvrir comment la douleur peut si facilement nous pousser à la folie…

A noter qu’il existe une version sur scène de Cannisses (oui c’est en effet la raison qui m’a amenée à découvrir ce titre de 2012), que j’espère avoir l’occasion de découvrir !