Quatre morts et un papillon, Valérie Allam, Editions du Caïman par Le Corbac

Résultat de recherche d'images pour "valérie Allam 4 morts"Premier roman adulte pour la nouvelle collection de Caïman (Roman noir)

Et pour être noir, c’est noir…

Quatre femmes, quatre destins qui vont se croiser, s’emmêler et se mêler. Quatre femmes qui vont se battre, s’aimer et aimer, lutter et affronter leur passé, faire des choix, bons ou mauvais, parfois irréparables…

Quatre femmes donc : Johanna, Magali, Loubna et Chloé, que Valérie Allam va mettre en scène dans cette magnifique histoire.

« Magnifique » et « noire » se marient très bien sous la plume de l’auteur.

Avec une construction hachée, alternant les récits des unes et des autres en respectant la chronologie et le déroulement des événements, l’histoire nous plonge dans le quotidien, celui qui nous entoure, celui des faits divers, celui des situations que l’on croit toujours n’arriver qu’aux autres.

Évitant l’écueil du pathétisme et du larmoiement de bas étage, sans effet de style et avec une sobriété désarmante Valérie Allam nous promène dans les espoirs et les attentes, les errances et les erreurs, les songes et les choix de ces femmes.

Chacune d’elles a choisi d’essayer de vivre ou de survivre aux événements et traumatismes qu’elles ont subis.

Avec un talent digne de Sandrine Collette, l’auteur nous dépeint des portraits de femmes aux justes couleurs, dans les tons sombres du désespoir mais avec aussi cette luminosité proche de l’espoir qui nous fait dire que cette toile est belle.

Ces quatre visages sont liés au fil du temps par ce petit papillon. Petit papillon qui cristallise pour chacune d’elle la volonté de vivre, l’envie d’avancer et cette envie d’avoir droit au bonheur et à la sérénité. Petit papillon qui incarne pour chacune d’elles un souffle, un mouvement dans leur existence propre… Mais comme chacun le sait, les papillons vivent peu de temps.

Au final donc, Quatre morts et un papillon est un livre plein d’humanité et de souffrance, plein d’amour et de combativité, de noirceur et de tendresse.

Un livre écrit délicatement et avec énormément de féminité que beaucoup d’hommes se devraient de lire.

 

Longue vie à Valérie Allam et le Corbac en retiendra cette phrase : « C’est noir et froid par ici et je sens tes larmes qui coulent dans mon cœur »

 

Le Corbac.

 

 

1, 2, 3 petits écarts avec Marin Ledun, Pascal Dessaint et Patrick Pécherot

Si j’affirme souvent que réussir un roman court est pour moi une preuve de talent, il faut également avouer que je suis souvent frustrée par la nouvelle ou novella. La qualité est pourtant indéniablement là comme ce fut le cas avec Cat 215 d’Antonin Varenne ou Albuquerque de Dominique Forma dans la très belle collection de La Manufacture de Livres, mais le format me laisse sur ma faim, j’en aimerais toujours un peu plus. Cependant, quand les Editions du Petit Ecart ont publié en lancement Marin Ledun, Patrick Pécherot et Pascal Dessaint, je n’ai pas pu résister et j’ai commandé les trois. J’ai bien fait, car ce n’était absolument pas ce à quoi je m’attendais.

Résultat de recherche d'images pour "mon ennemi intérieur ledun"Mon ennemi intérieur, Marin Ledun 

A mi chemin entre l’essai et l’autobiographie, ce texte est le fruit de la réflexion d’un auteur que j’apprécie tout particulièrement (je ne peux pas vous remettre le lien vers mes chroniques perdues depuis la migration mais lisez entre autres Salut à toi ô mon frère ou Les visages écrasés !). 

Mon ennemi intérieur est passionnant pour qui lit du roman noir et il l’est d’autant plus pour qui travaille dans le milieu. J’ai même pris note de certaines citations pour de futurs discours et interviews ! Marin Ledun a su analyser finement le roman noir, il a mis des mots sur ce que je ressens à sa lecture et pourquoi ce genre me touche. Après ce moment de réflexion sur ce dans quoi je baigne finalement depuis plus de 4 ans, j’ai juste envie de dire merci à ceux qui ont accompagné ma plongée dans le noir, m’amenant à découvrir des auteurs fabuleux comme entre autres Marin Ledun, Pascal Dessaint, Patrick Pécherot, Colin Niel ou Nicolas Mathieu (et ce bien avant le Goncourt). Qu’ils soient libraires (à commencer par Pierre d’Eureka Street), journalistes ou blogueurs (Caroline de Fondu au Noir et bien sûr mes comparses d’Unwalkers pour ne citer qu’eux).

« Le monde va mal, parlons en ensemble » nous dit Marin Ledun, les amateurs de roman noir sont en effet riches d’échanges, de discussions et de partages (de doutes, d’angoisses et d’apéro).

Résultat de recherche d'images pour "pascal dessaint la trace du héron"La trace du héron, Pascal Dessaint

Avec beaucoup de poésie, Pascal Dessaint nous emmène au cœur de son amour pour la nature. Au détour de magnifiques descriptions, nous en apprendrons plus sur l’auteur lui même, suivant le fil de ses souvenirs, sur ses livres et sur ses personnages.

Très intéressant pour qui connaît l’homme et son oeuvre c’est aussi une parenthèse de beauté et de douceur, de nostalgie du temps qui passe peut-être aussi, un moment des plus agréables !

Résultat de recherche d'images pour "patrick pecherot lettre à b"Lettre à B. Patrick Pécherot

Hommage à Prévert, à la chanson, à la Bretagne, au Cinéma aussi, Patrick Pécherot prend le prétexte de Barbara pour nous parler avec délicatesse de foule de sujets à la fois. Au milieu de ces références culturelles, on retrouve forcément la guerre, les bombardements sur cette chère ville de Brest et cette question « Qu’a fait de nous la guerre », sujet phare de l’auteur.

Le style Pécherot m’émeut toujours autant, et ces quelques pages n’ont fait que renforcer l’idée que je me faisais de l’auteur, que j’ai d’autant plus hâte de rencontrer au prochain Bloody Fleury !

3 tout petits livres donc, à lire si vous aimez les auteurs, si vous avez envie de découvrir leurs styles, si vous avez besoin d’un petit écart entre vos lectures. Ils m’ont fait du bien je dois l’avouer et à l’approche des fêtes je vous conseille vivement de les offrir aux amoureux du roman noir, de la nature et pourquoi pas de Prévert, en plus ils sont visuellement très réussis je trouve.

Sur le site des éditions du Petit Écart  on peut lire qu’elles sont nées d’envies. « Un Petit Écart, c’est quoi ? C’est une proposition insolite faite à un auteur qui l’entraîne hors de ses sentiers littéraires habituels. Une possibilité de livrer un texte différent, un texte forcément court, peut-être intime, peut-être politique, peut-être poétique … »

« Pour les lecteurs, un Petit Écart c’est la possibilité de partager une aventure avec un auteur apprécié en acquérant  un livre « à part », élégant, à la fabrication soignée, diffusé dans un nombre d’exemplaires limité. » 

Pour ma part c’est un contrat pleinement rempli et une collection qui tient toutes ses promesses, j’ai hâte d’en découvrir la suite ! 

L’éternité n’est pas pour nous, Patrick Delperdange, Les Arènes, Equinox, par Perrine

Résultat de recherche d'images pour "l'éternité n'est pas pour nous"Assise sur une chaise en plastique, au bord de la chaussée, Lila attend le client. Quand Julien, le fils de bonne famille, débarque avec ses amis, elle comprend que les choses vont mal tourner. Sam et Danny traversent la campagne à la recherche d’un refuge. Ils ont quitté le foyer qui hébergeait Danny, après ce que ce dernier a fait au gars qui l’importunait. Sans doute ce pays est-il maudit. Une odeur âcre monte des champs abandonnés. Des bêtes sortent des bois, guettant leurs proies. Les enfants renient leurs parents. Ces pauvres âmes, c’est nous. Des chiens errants en quête d’éternité, pleins de lâcheté et de courage.

L’éternité n’est pas pour nous tient dans le magnifique portrait de ses personnages, rebus de l’humanité, ces invisibles que nous évitons, devant qui nous baissons les yeux, entre pitié et honte. Danny, Sam, Lila et Cassandre, déjà si malchanceux de par leurs situations misérables, vont apprendre que les choses peuvent être pires, sans pour autant qu’on l’ait mérité.

Comment lutter lorsque l’on se retrouve face à des gens puissants de normalité, suffisants de bonne réputation et néanmoins sans le moindre état d’âme ? Comment ne pas trembler avec Lila à la recherche de sa fille, prostituée certes, mais qui garde un respect d’elle même et considère (à raison) que sa profession ne donne pas tous les droits sur elle ? Comment ne pas être ému par Danny, un peu simplet, sûrement malade, mais tellement attachant et Sam qui veille tant bien que mal sur lui ?

Face à eux les puissants et les bien pensants, pétris de « bonnes » intentions voire dévots, bien installés dans ce coin de campagne où tout le monde se connaît et qui pour se protéger envisagent une « chasse aux nuisibles ». Et qui d’autre que les marginaux pourrait être nuisible ?

Que dire enfin du flic qui se réjouit de tomber sur des crimes, non pas pour la satisfaction d’arrêter de dangereux psychopathes mais pour l’opportunité d’avancement qu’ils annoncent ?

Dans ce roman court il y a du tragique pour sûr, au sens théâtral et mythologique du terme (avec une Cassandre est-ce surprenant ?) C’est un texte très beau, très fort, mais j’émets néanmoins quelques réserves sur la chute, dont je ne vous parlerai évidemment pas. A vous de me dire car c’est sans nul doute un roman à lire ! 

RETROGRADE, PETER CAWDRON (Denoël) Traduction Mathieu Prioux, par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "RETROGRADE, PETER CAWDRON"Science Fiction me direz vous ? Effectivement, mais pas que … et ne pas lire cette publication serait passer à coté de beaucoup de choses, de beaucoup de questions, et surtout à coté d’un remarquable thriller où l’on se sent subitement bien seul et vulnérable, loin de chez soi dans un environnement des plus hostiles.

120 personnes vivent au sein de la colonie martienne « Endaevour » regroupant scientifiques de différentes spécialités et nationalités, spécialement sélectionnés pour une mission d’une durée de dix ans. Sur Terre, soudain le feu nucléaire est déclenché et détruit plusieurs villes principales comme Chicago, New York, Washington, Karachi, Moscou, Paris et bien d’autres. Transmissions coupées, black out, stupeurs, interrogations, peurs viscérales, le manque d’information amplifie la sensation d’abandon, renforcée par le fait que le peu d’éléments portés à la connaissance de nos chercheurs, ne sont finalement peut être que des leurres servant à alimenter cette sourde trouille !

« La Nasa nous a préparé à n’importe quelle éventualité sur Mars, mais elle ne nous a jamais formés à ce qui pourrait arriver sur Terre ».

La population martienne répartie en quatre modules, américain, chinois, russe et eurasiatique se trouve livrée à elle même et inexorablement ce scénario palpitant et réaliste aborde des thèmes aussi variés que notre capacité de réaction en conditions extrêmes. Comment l’espèce humaine va se comporter en tant que cultures différentes, nations, groupes ou individus ?

C’est passionnant, technique aussi, et effrayant surtout, parce la frontière entre la réalité et la fiction est des plus minces aujourd’hui. On ne parle pas d’instinct de survie ici comme une mère qui se bat pour revoir son enfant, on parle ici de débrouillardise, d’ingéniosité, de solutions à trouver pour avoir une chance de survivre… ou pas !

Chaque action, chaque exploration peut être mortelle malgré les procédures établies, censées assurer une sécurité maximum. Atmosphère martienne poussiéreuse et dangereuse, la vie peut rapidement ne tenir qu’à un fil, à une autonomie de batterie, à une combinaison de protection, à un GPS, ou à l’intervention d’un colon.

Liz Anderson, Connor, Harrison, James, Wen, Jianyu, Vlad, Max et quelques autres sont les héros au sens noble du terme, véritables sentinelles d’une humanité attaquée par un ennemi, rusé, larvé, et particulièrement nuisible.

Les références sont nombreuses dans ce livre et on oscille entre 2001 , Seul sur Mars et Terminator  balayant ainsi près de cinquante années de SF et ses nombreux thèmes. La partie scientifique bien présente, crédible, rend le scénario des plus flippants. Ce n’est pas un banal ouvrage de SF, c’est une lucarne ouverte sur notre avenir et ce que l’on souhaitera faire de notre monde.

L’homme n’est jamais aussi fort que lorsqu’il agit de façon consensuel avec ses congénères et qu’il fait preuve de grande humanité. C’est peut être ce qui nous différencie de l’animal… ou de la machine.

J’ai adoré cette aventure de conquête spatiale menée de main de maître par Peter Cawdron. Pas de temps mort, une inquiétude qui perle à chaque page, et des questions à foison. Peter Cawdron explore le genre en nous offrant ici tout ce que la SF peut avoir de meilleur.

Merci aux éditions Denoël et à Joséphine Renard de permettre à nous lecteur de découvrir de nouveaux auteurs et de voyager dans des univers bien différents.

Vous l’avez compris, c’est un énorme coup de cœur !

IRRESPIRABLE, OLIVIA KIERNAN (Hugo Thriller) traduction François Thomazeau par Bruno D.

Résultat de recherche d'images pour "IRRESPIRABLE, OLIVIA KIERNAN"Dublin. Le docteur Eleanor Costello, scientifique respectée, est retrouvée morte chez elle, pendue.

Suicide ou meurtre ? Un démarrage rapide pour un scénario qui semble alléchant, surtout au vu de la lecture de la 4ème de couverture, très aguicheuse. J’aurais souhaité plus de discrétion, laisser le lecteur découvrir l’intrigue et plonger doucement en eaux troubles, c’est quand même mieux, non ?

Pour un premier bouquin, c’est bon, voire très bon, mais on est plus dans une enquête policière dans le plus pur style anglais, que dans Le silence des agneaux, d’où ma remarque en préambule. La commissaire Frankie Sheehan, nouvelle venue dans l’univers Polar hérite de cette mystérieuse et tortueuse affaire qui va mener à bien des interrogations alors que les cadavres s’accumulent.

Une commissaire de police teigneuse et sympathique, en plein doute émotionnel et personnel, une équipe d’enquêteurs dévoués et futés, un scénario bien construit, même si un peu lent, on nage dans un brouillard épais savamment distillé par l’auteur et il y a autant de pistes et d’excitations que de désillusions et de faux semblants. Petit monde apparemment au dessus de tout soupçon, menant une vie saine et réglée comme une horloge suisse… Et pourtant ! Derrière la tranquillité et le ronron d’une vie ordinaire se cache bien des turpitudes, des vices ou des envies, et il suffit quelquefois d’ouvrir les yeux, de réfléchir autrement pour que la façade se lézarde.

Ce livre n’est pas aussi glauque et crade que le laisse supposer la 4ème de couverture et je pensais découvrir quelque chose de plus sordide, de plus violent, de plus « Irrespirable ». C’est dommage, je trouve de vouloir sur-vendre ce livre et cette romancière, parce que Olivia Kiernan possède déjà une belle maîtrise et pas mal de compétences pour nous livrer son histoire, d’autant plus que les nouveaux personnages proposés à notre sagacité de lecteurs tiennent largement la route.

Face à un tueur froid, joueur et diabolique, les forces de police donnent l’impression de s’agiter pour pas grand chose ; une sorte d’étouffement et d’épuisement progressif alimentés et renforcés par le froid et la pluie irlandaise fortement présente qui contribuent à rendre l’ambiance particulièrement malsaine.

La tension atteint son paroxysme lors du dénouement, ou il faut atteindre les deux derniers chapitres  pour qu’enfin les masquent tombent lors d’une scène effectivement « irrespirable » et digne des grands classiques de l’angoisse . Irrespirable justifie son titre, là, dans ces vingt dernières pages !

Ce roman est une réussite, surtout pour une première œuvre, et il n’y a pas besoin d’en faire plus. Le talent d’ Olivia Kiernan est tout simple : de bons personnages et un bon scénario servis par une écriture vive et agréable. C’est avec plaisir que je retrouverais la nouvelle enquête annoncée pour 2019, parce qu’à mon avis, les bases sont posées pour signer une longue série en compagnie de Frankie Sheehan et de son équipe.

Hével, Patrick Pécherot (Série Noire)

Résultat de recherche d'images pour "hével"Je l’ai toujours dit et défendu, un bon roman est un roman bien écrit. Vous pouvez avoir la meilleure intrigue du monde, le twist parfait ou un grand sens de l’humour, pour faire un grand roman, il faut savoir manier les mots. Et Patrick Pécherot, il sait.

Attention je ne parle pas d’utiliser des mots savants ou de manier le dictionnaire des synonymes histoire de coller un terme plus original que celui qui nous vient naturellement. Non le style Pécherot est d’une simplicité déconcertante, mise au service de personnages de la classe populaire sans grande éducation. On ne s’y penche pas forcément, il coule au fil des pages nous enveloppant dans l’ambiance froide et rude de transports de marchandises dans un camion délabré. Mais si on y prête attention, chaque mot est fabuleusement bien choisi et chaque phrase touche au but.

1958 donc, Gus et André parcourent le Jura alors que la guerre d’Algérie traumatise encore. A chacune de leurs étapes, ils sentent la tension, le rejet de ces arabes qui n’ont rien à faire là et qu’on accuse de tous les maux (il faut bien un coupable n’est-ce pas ?).

Magnifiquement construit, entre confession et instantané d’une période dont on parle assez peu, Hével m’a émue, chacun de ses personnages m’a touchée, et j’avais presque envie de le relire à nouveau à peine refermé.

Un très beau roman donc, pour un grand auteur, dont le style à lui seul mérite le détour. Merci à mon cher libraire Pierre de m’avoir une fois de plus mis un incontournable dans les mains. 

Sur le ciel effondré, Colin Niel (Rouergue noir) par Perrine

Résultat de recherche d'images pour "Sur le ciel effondré"Quel bonheur de retrouver notre capitaine Anato, que j’avais beaucoup aimé dans Obia. Traumatisé par la recherche infructueuse de ses origines, il a fini par abandonner sa quête et lutte contre des douleurs physiques inexpliquées. Il explore à son tour les remèdes mystiques, en faisant appel à différents obiaman.

Nous replongeons donc dans cette Guyane que Colin Niel m’avait amenée à découvrir, cette fois en s’intéressant plus particulièrement aux exploitations aurifères, à leur impact environnemental bien sûr, mais aussi sociétal. Dans cette région française (ne l’oublions pas), les différentes ethnies cohabitent plus qu’elles ne vivent ensemble, alimentant un racisme ordinaire, une incompréhension, une indifférence ou une peur de l’autre. L’abandon politique est omniprésent, la population n’a pas de sentiment d’appartenance à la France et ce ne sont ni la pauvreté, ni le manque de moyens ou de perspectives d’avenir qui risquent d’améliorer la situation. Dans ce contexte, de très nombreux jeunes se suicident, notamment parmi les Wayanas.

Comme dans sa trilogie Guyanaise, Colin Niel nous transmet merveilleusement bien son amour de la Guyane, mais un amour lucide. Ce n’est clairement pas un décor de carte postale malgré des paysages sublimes magnifiquement retranscrits, mais l’auteur nous propose un constat clair de l’énorme gâchis que représente la situation. Il milite pour sa réhabilitation et pour que les pouvoirs publics s’intéressent enfin au problème et y proposent des solutions.

Cependant, c’est avec un immense respect que Colin Niel traduit les différences entre les ethnies, avec dans cet opus une grande importance accordée aux traditions et aux religions ancestrales. Il nous emmène à travers des conflits de générations, la difficulté des parents de ne pas faire les bons choix et celle des enfants de trouver leur place dans ce territoire.

L’identité est une nouvelle fois au cœur du roman, avec l’idée que de connaitre son histoire, celle de son peuple, et de se l’approprier permettra à chacun des personnages de se construire un avenir. D’ailleurs parlons en de ces personnages… tous si profonds, si brisés, si humains ! Colin Niel est un orfèvre qui les cisèle avec une précision qui les rend extrêmement touchants. Je lui en veux d’ailleurs encore beaucoup de leur faire autant de mal ! Chacun lutte avec ses démons, chacun est finalement très seul, et vous donne envie de les prendre dans vos bras en leur promettant que tout va s’arranger.

Résultat de recherche d'images pour "la série guyanaise colin niel"Sur le ciel effondré est donc un roman qui vous transporte, qui vous éclaire, qui vous émeut, qui nous pousse à réfléchir sur l’évolution des peuples et des territoires et de soi même, qui vous fait voyager, qui est magnifiquement bien écrit. Donc un roman qu’il faut acheter vous l’aurez compris (et prenez en bonus l’intégrale de la trilogie guyanaise si vous ne les avez pas encore !)

 

L’enfant de poussière, Patrick K. Dewdney (Au diable Vauvert) par le Corbac

Je viens à l’instant de refermer L’enfant de Poussière, ben chapeau. Hormis Eddings, Gemmel, Hobb, Williams, Jordan ou Lynch j ai rarement autant été emmené sans force, promené d un bout à l’autre d’une partie de ce monde imaginaire, de ce territoire inconnu.

Je n’ai pas vu arriver les 16 ans de Syffe mais bon sang qu’est ce que j ai morflé à ses côtés. Dans mon coeur et dans mon corps, moralement et physiquement, émotionnellement et violemment. Rares sont les romans initiatiques aussi puissants et dégageant autant d’empathie.

On dirait du Guy Gavriel Kay tellement cela est ancré dans un univers au sein duquel chacun peut se projeter- moitié réel moitié bâti de toutes pièces. Une Histoire dans une histoire. Oh oui il est lent et épais, oh oui il pèse son poids avec ses 619 pages mais bon dieu il vaut son pesant d’or. Intelligent, travaillé, érudit, construit, il profite aussi d’une plume musicale. Celle d’une voix au coin d’ un feu de bois dans une vieille cheminée dans une vieille bâtisse misérable en bois, une voix légère et fraîche, rageuse ou posée, parfois poétique parfois brutale, sautant de la dureté à la froideur en passant par la sérénité, l’inquiétude, le doute, la peur et toute la gamme des émotions humaines sans jamais se perdre, sans jamais perdre le fil du récit. Sans jamais laisser se dérouler d un coup la bobine de la vie. La Voix du Conteur, du Ménestrel…

Roman d’une enfance à lutter pour se préserver, à ne pas se résigner sans comprendre. Récit d’une évolution, d’une adaptation à un système autre, d’une lutte contre les félonies et pour un libre arbitre. Véritable oeuvre de fantasy ( ou médiéval fantastique pour les francophiles déchaînés ), L’Enfant de Poussière de Patrick K.Dewdney est le premier volume d’une saga à avoir absolument dans vos bibliothèques. Bravo !

Le Corbac.

 

Et j’abattrai l’Arrogance des Tyrans, Marie-Fleur Albecker (Aux Forges de Vulcain) par le Corbac

Et j'abattrai l'arrogance des tyrans

Merci Marie-Fleur Albecker et David Meulemans pour cette excellente lecture. Ce furent des éclats de rire, des remarques à haute-voix, des extraits lus dans la libraire. Cette écriture si badine mise aux services d’un tel discours est un régal.

Il y avait longtemps (Révolution de Sébastien Gendron doit être le dernier) que je n’avais pas lu un tel pamphlet, une telle ode à la lutte et à la rébellion.

Merci pour ce pur moment de bonheur.

« Peuple exploité par les plus riches et par les grands de ce monde, révoltez-vous ! Pauvres hères trimant au nom du profit et de la reconnaissance de vos patrons, de vos dirigeants, de vos chefs; misérable piétaille piétinée comme le raisin à la pige, battu comme le blé mûr par les administrations à la solde des puissants ; tristes sires qui ne supportez plus les ingérences, les arrestations arbitraires, les lois inégales et les réglementations humiliantes : prenez les armes et battez-vous. Luttez et défendez vos droits et idéaux. L’injustice n’est pas votre apanage, tout comme la pauvreté et l’échine courbée ne font pas partie de vos traits de caractère. Attisez la vindicte du plus grand nombre, regroupez les démunis et les exploités, les femmes et les étrangers, les rejetés du système sous prétexte de ne pas être nés au bon endroit, les nantis aux idées libertaires et progressistes (peu nombreux comme de coutume) qui croient en l’égalité de chaque individu viendront vous soutenir. Trouvez des meneurs forts, bavards, crédules et pourtant si réalistes ; trouvez des combattants, des beaux parleurs, des emblèmes représentatives d’une tentative vaine d’évolution des mœurs et de la société et laissez vous guider.

Accédez quelques heures, jours ou semaines à ce sentiment de béatitude et sentez vous pousser par une tornade contestataire et justifiée. Profitez de ces quelques moments d’euphorie galvanisante…

Après l’été qui agite les sangs vient l’automne humide qui freine les ardeurs. Suite à un hiver rude et violent qui fait cesser toute activité, qui détruit les pousses précoces et les tentatives de réveil arrive le printemps. Le printemps qui n’est que le renouveau d’une situation qui a existé, qui existe et qui existera toujours. Le renouveau de cette richesse réservée à une minorité se croyant au-dessus du panier parce que bien née, parce que détentrice d’une pseudo-autorité attribuée de droit(s), parce que riche, parce que forte, parce que corrompue manipulée, refusant de perdre une miette de leur pouvoir, parce qu’ancré dans la certitude qu’ils font ce qu’il faut pour vous, respectant vos origines, vos intelligences, vos us et coutumes ; vous le bas-peuple, le petit peuple, les rouages de cette mécanique implacable qui ne vise qu’à vous désincarner et vous réduire à l’état de simples coquilles vides et obéissantes.

Profitez de ces moments de liberté, de cette bise qui vous souffle dans les cheveux, dans ce vent léger qui vous pique les yeux, dans ce vent dur qui tente vainement de vous ralentir ; profitez de ces sensations et sentiments que vous découvrez, qui vous donnent enfin le sentiment de vivre, les émotions que doivent ressentir toutes ces bêtes enchaînées à qui l’on rend la liberté.

Parce que…

Parce que tout à une fin et que la loi du plus fort, du plus riche, du plus influent l’emporte toujours.

Alors si c’est pour mourir écartelé ou décapité, battu comme un chien ou bien devoir vivre dans la solitude inquiétante de la peur de voir la porte s’ouvrir, dans la tristesse d’avoir tout perdu et de devoir subir en outre les regards défiants et les sous-entendus malaisants de votre village… Alors je vous le dis : battez- vous quand même car d’autres dans les années et les siècles à venir vous imiteront et un jour, un jour vous aurez gagné !« 

Unwalkers is not dead

Suite à des bugs réguliers et nombreux que vous nous avez d’ailleurs fréquemment signalés, nous avons décidé de jouer les webmasters pour résoudre le problème. Malheureusement, nous sommes plus doués avec un livre dans les mains qu’avec un ordinateur, et nous avons perdu l’intégralité de notre ancien site.

Mais ne voulant pas vous priver du bonheur de nous lire à nouveau, nous revoici tout beaux (autant que faire se peut) et tout neufs (malgré nos heures de vol au compteur) pour vous parler de nos lectures et plus particulièrement de l’incontournable rentrée littéraire !

Bref, nous sommes de retour !