Vidalina, William Navarrete (Emmanuelle Collas), par Aurélie

Elba se sent prise au piège à La Havane, loin des siens dans cette ville où elle n’a plus sa place depuis longtemps. Son fils a réussi à s’installer à Miami, sa fille est en transit au Mexique et semble être en danger.

Une possibilité s’offre à elle pour quitter Cuba en toute légalité : prouver que ses ancêtres étaient d’origine espagnole, son père Betico pouvant ainsi acquérir la nationalité tant convoitée puis elle-même par ricochet, une toute nouvelle disposition qui pourrait changer leur vie.

Alors que le mot « famille » n’a plus le même sens sur l’île depuis que tant de Cubains ont eu recours à l’exil, Elba se plonge dans l’histoire de la sienne pour remonter le fil de ses origines. Vidalina, son arrière-grand-mère ayant vécu durant la deuxième moitié du 19ème siècle l’intrigue particulièrement…

Cette fresque historique phénoménale m’a complètement captivée. Mêlant les problématiques actuelles de la vie sur et en dehors de l’Ile à son Histoire mouvementée, elle nous plonge avec délice dans des aventures qu’on aimerait tous pouvoir trouver dans son arbre généalogique.

Encore une fois la lecture me fait découvrir de nouveaux horizons dans un style envoûtant. Ces 400 pages se dévorent avec gloutonnerie !

Ce roman est vraiment grandiose !

Traduit de l’espagnol (Cuba) par Marianne Millon.

Aurélie.

La Transparence selon Irina, Benjamin Fogel (Rivages/Noir), par Aurélie

Cette bombe a grillé toute ma pile de lecture pour me faire passer une journée dans le futur.

Ma réaction au fil des 1res pages : est-ce que les lecteurs de « 1984 » ont ressenti la même chose que moi dans les années 50 ? L’impression de pénétrer dans un texte précieux qui nous projette dans un futur nous paraissant à la fois fou, totalement crédible et si proche des peurs que peuvent soulever dès aujourd’hui des travers de notre société qu’on pense pouvoir le toucher du doigt.

Je me suis projetée en 2058 avec une facilité déconcertante, dans le quotidien de Camille/Dyna pourtant si loin du mien.

Si loin, vraiment ? Peut-être pas, et c’est bien ça qui prend au piège le lecteur dès qu’il commence le roman. La plume de Benjamin nous trace un chemin semé d’embûches au milieu de ce possible dans lequel les frontières entre bien et mal sont difficilement décelables. Et la richesse des détails de l’environnement de nos descendants… une merveille, vraiment.

La question de la protection de la vie privée est posée de façon absolument brillante dans ce roman d’anticipation mais aussi thriller redoutable. Cette fin… jamais je ne l’aurais imaginée !

Amis libraires, blogueurs, journalistes… ce livre mérite d’être en pleine lumière, j’attends vos retours de lectures dithyrambiques, faisons de ce roman un incontournable du printemps !

Aurélie.

Oyana, Eric Plamondon, éd. Quidam, par Aurélie

Oyana écrit à Xavier, l’homme avec qui elle partage sa vie au Québec depuis 23 ans. Pourquoi maintenant ? Parce que l’Histoire voit se tourner une page au Pays basque, terre d’origine refoulée depuis trop longtemps.

Il est temps de revenir sur le passé, il est temps d’entamer un processus d’introspection qu’elle évitait depuis de nombreuses années. Comme dans Taqawan, le combat d’un peuple occupe une place importante du récit, il met en lumière des fêlures profondes et révèle l’importance primordiale d’affronter ses choix et ses erreurs.

Quel plaisir de retrouver la prose si spécifique d’Eric Plamondon, son univers qui nous avait déjà explosé au visage dans son précédent texte édité par Quidam.

Ce livre ? C’est une vraie bombe ! (Sans mauvais jeu de mots bien sûr…)

Trouver l’enfant, Rene Denfeld (Rivages), par Aurélie

J’avoue que c’est cette couverture sublime qui m’a tout d’abord attirée vers ce livre. Puis le sujet, une enfant disparue depuis quelques années, le seul espoir restant à ses parents étant une enquêtrice un peu spéciale.

Naomi a connu la captivité lorsqu’elle était petite. Elle n’en a plus aucun souvenir, se rappelle juste de sa fuite, seule. Voilà presque 10 ans maintenant qu’elle passe sa vie à passer de ville en ville pour aller là où on l’appelle, là où des enfants doivent être retrouvés. Madison n’avait que 5 ans quand elle a été enlevée. Ses plus grandes forces : une intelligence vive et une imagination prompte à l’attirer loin de la dure réalité.

Un sujet finalement souvent traité me direz-vous ? Peut-être, oui, mais je me rends compte que j’aime toujours autant ça, surtout quand c’est aussi bien écrit, entouré d’une pudeur et d’une douceur qui rendent lumineux l’élan d’humanité qui perce dans ce recoin sinistre de l’Oregon où ne semblaient vivre que des rustres solitaires.

Déjà en pile chez vos libraires, n’hésitez surtout pas à craquer !

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Bondil

Aurélie.

Maïmaï, Aki Shimazaki, (Actes Sud), par Aurélie

Maïmaï clôture la série « L’Ombre du chardon » et une fois de plus le même effet se produit dès les premières phrases : mon rythme cardiaque se fait plus lent, je me laisse porter par l’atmosphère si douce, j’effeuille des secrets de famille qui sont lourds mais qui n’entament en rien la détermination de personnages qui n’aspirent qu’à une chose : vivre un bonheur simple exactement comme ils l’entendent.

Chaque livre d’Aki Shimazaki est un petit monde d’émerveillement à lui seul. À lire dans l’ordre ou dans le désordre, peu importe mais il faut absolument découvrir cette plume que j’ai rencontrée il y a plus de 15 ans et qui m’accompagne désormais comme l’une de mes meilleures amies.

Aurélie.

Les Mains vides, Valerio Varesi, Agullo, par Aurélie

Ah… Déjà fini… J’ai pourtant traîné pour le faire durer deux jours mais ça passe toujours trop vite.

Suivre les pas du commissaire Soneri dans les rues de Parme c’est pénétrer dans un autre monde, se sentir s’élever au-dessus de la mêlée. Celui que j’appelle mon Maigret à l’italienne a une façon bien à lui de mener ses enquêtes, sans se prendre au sérieux, en doutant beaucoup et en se fichant pas mal de ce qu’on attend de lui.

C’est cette fois sous une chaleur d’enfer qu’il est chargé de retrouver des meurtriers. Et il n’y a pas que la chaleur qui l’accable, l’ombre de la pègre semble peser dangereusement. On sent très vite un paradoxe entre la force tranquille de Soneri et toutes les pistes qui semblent lui tomber dessus. On lui parle aisément mais pas facile pour lui de suivre le bon fil.

Et puis cette ville qu’il voit se transformer radicalement, semblant désertée par l’humanité et gagnée par l’argent… il nous en ferait presqu’une déprime. Voilà peut-être ce qui me fait autant aimer les livres de Valerio : un héros qui ne brille pas comme d’autres peuvent le faire mais qui affiche une belle lucidité, jusqu’à reconnaître quand il ne fait pas le poids dans une affaire.

Dans cette 4e enquête, j’ai noté une petite cruauté faite par l’auteur au commissaire : en plus de souffrir de la canicule, il n’a droit quasiment qu’à des repas ratés, lui qui est si fin gourmet. J’aurais presqu’envie de le consoler en l’accompagnant dans son restaurant préféré.

J’ai refermé le roman mais je vais rester un bon moment sur mon petit nuage.

Aurélie.

Dix, Marine Carteron, Le Rouergue, par Aurélie

Le décor et l’ambiance sont posés d’emblée : une petite île bretonne désolée va abriter de biens étranges agissements. On y débarque 7 adolescents et trois adultes sensés les superviser dans un manoir empli de caméras.

Une nouvelle émission de télé-réalité ? C’est ce qu’on leur a dit… On sait que chacun a quelque chose à se reprocher et on sent que tout cela va très mal se terminer. Ce qu’on ignore c’est qui peut être à ce point assoiffé de vengeance pour avoir monté un plan aussi élaboré. On le découvrira bien vite. Marine Carteron ne nous laisse pas une minute de répit, en moins de 48h, guidé par des indices tirés de la mythologie ou des contes, chaque personnage va être confronté à son destin.

Une intrigue menée en huis-clos sur un temps très court = un roman qu’on lit forcément d’une traite avec une grande fébrilité.

Pour tous les lecteurs adolescents (mais aussi les adultes hein !) amateurs de frissons et d’énigmes.

La Proie, Philippe Arnaud, Sarbacane, par Aurélie

Proie de la plume de Philippe Arnaud, j’ai commencé ce roman hier soir pour le terminer à l’instant.

Le titre nous laisse peu d’espoir, on sent très vite ce qui attend Théa alors que cette Blanche vient de plus en plus souvent lui parler sur ce marché du Cameroun où elle aide sa mère.

Le cauchemar se tisse avec lenteur, par petites touches insidieuses, fermant peu à peu toutes les issues menant à sa vie d’avant, remplaçant les mots enfance et espoir par violence et horreur.

Théa, loin des siens, garde pourtant en elle cette force de vouloir les protéger et le refus inconditionnel de se laisser anéantir par la perversion qui étouffe son quotidien.

Ce destin de l’ombre que nous donne à lire l’auteur est indispensable pour nous positionner face à l’inacceptable. Partie pour accéder à une meilleure éducation et aider sa famille, c’est pour sa vie qu’elle devra se battre et elle est loin d’être la seule…

Une des meilleures lectures que j’aie pu faire dans la collection X’. Bravo Sarbacane !

Une femme en contre-jour, Gaëlle Josse, Notabilia par Aurélie

Une Femme en contre-jour. Pour moi ce titre évoque aussi bien Vivian Maier, l’héroïne de ton livre, que toi Gaëlle. Vivian t’as imposé un style bien différent de tes précédents livres. On retrouve la concision de ta plume magique qui nous dit tout en peu de pages extrêmement bien écrites mais cette fois tu tiens la sensibilité à distance parce que tu n’as pas le choix.

Vivian, insaisissable, ambivalente, marquée par un destin difficile, ne pouvait être transformée en personnage de roman. Ce n’en est donc pas un. Tu respectes ainsi le mystère dont elle s’est entourée une bonne partie de sa vie et surtout tu prends de la distance avec ton sujet, le lecteur semble pouvoir te lire comme s’il voyait cette vie se dérouler sur une série de photos. Tu écris comme Vivian appuyait sur le déclencheur. C’est la marque d’un grand auteur que de pouvoir adapter son style à son sujet. Il en résulte ici un texte dépouillé de la douceur qu’on trouve dans tes autres textes mais fort d’une personnalité qui habite chaque passage du livre tout en restant empreinte de nombreuses zones d’ombre. On sent qu’elle t’a traversée Vivian et tu as su la révéler merveilleusement.

Dans ce livre tu parles d’elle mais tu nous parles aussi de toi, de photo mais aussi d’écriture. J’ai lu et relu p.114 un paragraphe qui me semble parfait pour mettre en avant l’interconnexion de vos deux univers.

« Sa distance de déclenchement, sa proximité avec le sujet est celle que je ressens comme la « bonne distance ». Au contact. Directe. Clochards, ouvriers épuisés, ivrognes ramassés par la police, enfants, nourrices, vieilles femmes, vendeurs de journaux, enfants de la rue, couples de tous âges, adolescents. Ils la regardent. Elle les voit. Elle les reconnaît. Photographier, c’est incorporer le sujet, symboliquement. Pour cette raison-là, et pour nulle autre, il n’y a pas de voyeurisme dans son travail, en dépit des scènes de disgrâce, de désespoir, d’abandon. Il faut avoir beaucoup vécu soi-même, connu le difficile de l’existence pour reconnaître ainsi, en quelques secondes, dans un visage, dans un geste, dans un détail, le déroulé de toute une vie. »

Voilà. Un nouveau trésor en librairie !

Amour propre, Sylvie Le Bihan (JC Lattès) par Aurélie

Un quatrième roman qui marque pour moi la maturité d’une auteure tourmentée qui a trouvé en l’écriture un exutoire à des démons personnels dévorants.

Une fois de plus, c’est une femme forte qui incarne l’héroïne du roman, à ceci près que s’affirme cette fois une douceur inédite qui finit de parfaire une plume à part dans le paysage littéraire français.

J’ai adoré passer ces quelques jours à Capri avec Giulia, qu’elle soit face à cette maternité qu’elle n’a jamais accepté dans ce lieu si propice à l’introspection. Le grand plus de ce texte si personnel ? Nous plonger dans la grande Histoire littéraire, nous donner envie de découvrir les écrits de Malaparte au plus vite. Est-ce au contact de ses mots que le style de Sylvie prend un tour si poétique ? En tout cas le mariage de ce grand écrivain et de ce thème si difficile à aborder sans tabou fait merveille. Les mots de l’auteure nous percutent, nous remuent, nous bouleversent et nous placent face à des vérités que nous n’étions peut-être pas prêts à entendre.

Bref, un grand roman.

Aurélie.