La Colombienne, Wojciech Chmielarz (Agullo), par Aurélie

Retrouvailles réussies avec le Kub pour cette 3e enquête traduite du polonais !

On le découvre apaisé. Il arrive plus ou moins à gérer sa situation familiale délicate et parvient étonnamment à dompter sa fureur quand elle frappe à la porte.

Cette enquête prend ses racines en Colombie mais remue pas mal de boue dans une Varsovie en pleine ébullition. Accrochez-vous, le Kub ne dort pas beaucoup !

Un nouvel opus qui nous fait pénétrer toujours plus loin dans l’intimité des foyers polonais et qui fouille en détail le rapport hommes/femmes fréquemment délicat dans un pays où « féminisme » apparaît trop souvent comme un gros mot.

Prise de position exemplaire pour Wojciech Chmielarz qui continue de se battre contre une frontière franche entre les gentils et les méchants mais brandit haut et fort les sujets qui lui tiennent à coeur.

Le Kub devrait faire partie de la vie de tous les amateurs de polars. Ses deux 1res enquêtes sont disponibles chez Agullo et au Livre de Poche.

Traduction du polonais d’Erik Veaux.

Aurélie.

Pourquoi la Pologne n’a-t-elle jamais gagné la Coupe du Monde ?
Parce qu’ils n’ont jamais eu un joueur comme Wojciech Chmierlaz ! Un joueur hors pair, le gars que tu mets seul sur le terrain face au PSG et qui va les faire rentrer chez eux en pleurant (désolé je n’ai pas pu résister !!!)
A lui seul, il te tient le terrain et maîtrise le jeu totalement (bon, ok Erik Veaux a un sacré rôle de traducteur à jouer mais pareil, il assure grave aux cuivres comme aux percussions ou aux cordes…Ouais le gars c’est un sacré bon musicien qui sait totalement traduire la musicalité de cette douce chansonnette…mais ce n’est pas la première fois qu’il s’attache à la partition du polonais Chmierlaz).
Gardien, défenseur, milieu, passeur, coach, attaquant…il assume tous les rôles et joue toutes les places en véritable artiste.
Le récit, il lui fait traverser tout le terrain pendant les 90 mn réglementaires, et même que vu que le ballon a pas quitté les pieds du camp polonais, que toujours aucun but n’est inscrit malgré les nombreuses occasions de Monsieur Chmierlaz, on va jouer les prolongations…
Faut dire que comme technicien et tacticien il se pose le type.
Des Polonais, des Colombiens, de la dope, des femmes se suicidant, un Kub le bras dans le plâtre et en plein doute, qui doit en outre gérer sa nouvelle collaboratrice et ses relations hiérarchiques et sentimentales (ouais, on dirait du Ellroy de l’Est et alors….s’il écrit bien j’y peux rien…et si son intrigue est fouillée encore moins…donc oui il existe un James Ellroy en puissance en Pologne !!!), donc avec tous ces éléments Wojciech Chmierlaz te construit un match infernal. D’entrée de jeu, il te choisit de prendre la balle et il commence à la faire circuler.
La première mi-temps, elle vole, s’envole, rebondit et passe de gauche à droite, d’avant en arrière, et toi tu cours comme un couillon, comme le Kub pour essayer de la récupérer. Tu t’essouffles pas pourtant, t’es persuadé que tu vois son jeu et tu anticipes. Tu prévois, tu prépares des contre-attaques, mais le type, il te prend à contre-pied. Un crochet, une feinte et il te laisse sur le gazon sans que tu n’aies eu le temps de comprendre.
Et puis, la seconde mi-temps débute.
T’as eu ou cru avoir le temps d’analyser sa tactique, son mode opératoire, comprendre là où il voulait en venir, mais non. Ça repart de plus belle.
Feinte de corps, esquive, dribble…jamais tu n’arrives à toucher le ballon et tu cours. Tu cours encore 45 mn après ce maudit ballon.
Pourtant vous êtes nombreux en face : procureur, associés, collèges, truands, ex-femme, témoins, balances…mais vous y arrivez pas
Wojciech Chmierlaz contrôle tout. Il t’emmène partout, et toi tu cours, tu suis, tu cavales.
La fin du temps réglementaire sifflé, tu te dis que c’est bon…que les pages arrivent à leur fin, que tu vas réussir à lui en mettre une en pleine lucarne, au pire chopper un pénalty vicieux en fin de match…
Et là, tu déchantes…La règle de la Mort Subite déboule et le Wojciech Chmierlaz accélère.
Un rail de colombienne et tu restes sur le gazon. Tu le regardes accélérer, tu vois au ralenti toute son action se dérouler, tu saisis toute l’importance de ses passes, de son attente, de ses changements de régime.
Il te passe sous le nez, il jongle avec le récit, véritable Pelé de l’écriture et devant ton gardien, sans intervention de la Main de Dieu, il te balance un boulet en plein lucarne…celle opposée au côté où t’as plongé…et il gagne avec talent son match.
La Colombienne est un roman policier digne de ce nom. Richesse et qualité riment avec délicatesse et spontanéité, avec suspense et perplexité, avec étonnement et prouesse.
Si vous ne connaissiez pas encore la qualité de la plume polonaise et son « droit au but » faites-vous un match avec Wojciech Chmierlaz…

Le Corbac.

Je ne suis pas un héros, Sophie Adriansen, éd. Fleurus, par Aurélie

Bastien a neuf ans, une vie confortable dans un beau quartier de Paris et une famille aimante.

Tout devient plus compliqué pour lui lorsque que sa maman et sa petite soeur rentrent à la maison un soir où il pleut des cordes avec une femme et ses deux petites filles qui faisaient la manche devant la boulangerie tout près de chez eux depuis plusieurs semaines.

Il se sent envahi. Faut dire qu’on lui demande beaucoup, il doit partager Son appartement, Ses jouets, l’attention de Ses parents. Il doit être bienveillant, se mettre à la place de cette famille à la vie si dure. Mais zut, il n’a rien demandé lui et il n’est pas un héros !

Sophie Adriansen adopte un point de vue très intéressant, celui d’un petit bonhomme qui vit « égoïstement » dans son existence privilégiée et préfère ne pas voir la misère qui l’entoure. Au fil des pages on se rend bien compte qu’on est tous un peu pareils même si on est prompts à défendre de belles idées, dans les faits on reste souvent à ne rien voir, ne rien faire dans nos bulles confortables…

Ce roman devrait être lu par un maximum de parents et d’enfants. Il sensibilise de la meilleure façon qui soit sans tomber dans la guimauve ou la caricature et nous poussera indéniablement à voir les personnes qui vivent dans la rue avec un regard bien différent, dépourvu du filtre qui semble séparer le monde en deux : ceux qui sont du bon côté de la barrière et les autres.

Avoir de l’empathie tout en sachant qu’on n’est pas un modèle de perfection dans notre relation aux autres, voilà une belle façon de faire un pas dans la bonne direction pour ne plus être aveugle à ce qui nous dérange ou nous fait peur.

Ce très beau roman est déjà disponible en librairie. Lisez-le, faites-le lire autour de vous.

Ceux que nous avons abandonnés, Stuart Neville (Rivages), par Aurélie

Un magnifique roman noir qui se déploie autour du jeune Ciaran.

Reconnu coupable à 12 ans du meurtre d’un homme, il se retrouve libre à 19 ans, désarmé face à la vie quotidienne et complètement sous l’emprise de son frère Thomas dont la part d’ombre nous apparaît très vite. L’inspectrice Flanagan fait partie de ceux qui ont toujours pensé Ciaran innocent et pense encore pouvoir le prouver, quitte à utiliser des méthodes peu orthodoxes…

Cette remise en liberté crée pas mal de remous et provoque une série de sombres événements qui va tisser autour de Ciaran un réseau de mains tendues mais aussi de violence.

Alors que tout s’accélère, que l’urgence s’installe, il semble continuer à garder un flegme et un recul tout à fait déstabilisants pour le lecteur.

Qui est vraiment Ciaran ? Pour moi sans aucun doute l’un des personnages les plus fascinants que j’aie pu rencontrer depuis longtemps. D’une page à l’autre je pouvais passer d’une forte envie de le serrer dans mes bras à une sorte de répulsion instinctive. On a à la fois besoin de le protéger et de s’éloigner de lui au maximum. Stuart Neville sème magnifiquement bien la confusion dans nos esprits !

Vous le lisez et on en reparle ?

Traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau.

Aurélie.

Jeu blanc, Richard Wagamese (Zoé/10-18), par Aurélie

J’avais entendu tellement de bien sur cet auteur et sur ce livre que j’avais un peu d’appréhension avant de le commencer. Est-ce que tout ça n’était pas exagéré ? Est-ce que je n’allais pas être déçue ?

Je viens de le refermer. J’ai ADORÉ.

Si j’avais su que le hockey tenait une telle place dans le roman je ne l’aurais peut-être jamais ouvert. Pourtant, l’auteur est tellement doué que j’en suis venue à me passionner pour le sujet en cours de lecture.

Le sport propose une porte de sortie à Saul, le moyen de se détacher d’un quotidien insupportable depuis qu’il a été placé dans un pensionnat canadien pour autochtones. Il n’y règne aucune chaleur humaine mais une cruauté glaçante à l’encontre de tous ces jeunes Indiens qui voient leur enfance détruite de bien des façons…

Grandir et devenir adulte dans ces conditions est quasiment impossible. La paix que semble apporter la pratique du hockey à Saul sera-t-elle suffisante pour l’aider à tourner la page ?

Un roman qui met des mots sur un pan honteux de l’histoire du Canada. Un thème que j’avais découvert en lisant « Sauvages » de Nathalie Bernard qui fait écho à « Jeu blanc » mais pour les plus jeunes. Ces deux livres doivent intégrer vos bibliothèques au plus vite !

Traduit de l’anglais par Christine Raguet

Aurélie

Vidalina, William Navarrete (Emmanuelle Collas), par Aurélie

Elba se sent prise au piège à La Havane, loin des siens dans cette ville où elle n’a plus sa place depuis longtemps. Son fils a réussi à s’installer à Miami, sa fille est en transit au Mexique et semble être en danger.

Une possibilité s’offre à elle pour quitter Cuba en toute légalité : prouver que ses ancêtres étaient d’origine espagnole, son père Betico pouvant ainsi acquérir la nationalité tant convoitée puis elle-même par ricochet, une toute nouvelle disposition qui pourrait changer leur vie.

Alors que le mot « famille » n’a plus le même sens sur l’île depuis que tant de Cubains ont eu recours à l’exil, Elba se plonge dans l’histoire de la sienne pour remonter le fil de ses origines. Vidalina, son arrière-grand-mère ayant vécu durant la deuxième moitié du 19ème siècle l’intrigue particulièrement…

Cette fresque historique phénoménale m’a complètement captivée. Mêlant les problématiques actuelles de la vie sur et en dehors de l’Ile à son Histoire mouvementée, elle nous plonge avec délice dans des aventures qu’on aimerait tous pouvoir trouver dans son arbre généalogique.

Encore une fois la lecture me fait découvrir de nouveaux horizons dans un style envoûtant. Ces 400 pages se dévorent avec gloutonnerie !

Ce roman est vraiment grandiose !

Traduit de l’espagnol (Cuba) par Marianne Millon.

Aurélie.

La Transparence selon Irina, Benjamin Fogel (Rivages/Noir), par Aurélie

Cette bombe a grillé toute ma pile de lecture pour me faire passer une journée dans le futur.

Ma réaction au fil des 1res pages : est-ce que les lecteurs de « 1984 » ont ressenti la même chose que moi dans les années 50 ? L’impression de pénétrer dans un texte précieux qui nous projette dans un futur nous paraissant à la fois fou, totalement crédible et si proche des peurs que peuvent soulever dès aujourd’hui des travers de notre société qu’on pense pouvoir le toucher du doigt.

Je me suis projetée en 2058 avec une facilité déconcertante, dans le quotidien de Camille/Dyna pourtant si loin du mien.

Si loin, vraiment ? Peut-être pas, et c’est bien ça qui prend au piège le lecteur dès qu’il commence le roman. La plume de Benjamin nous trace un chemin semé d’embûches au milieu de ce possible dans lequel les frontières entre bien et mal sont difficilement décelables. Et la richesse des détails de l’environnement de nos descendants… une merveille, vraiment.

La question de la protection de la vie privée est posée de façon absolument brillante dans ce roman d’anticipation mais aussi thriller redoutable. Cette fin… jamais je ne l’aurais imaginée !

Amis libraires, blogueurs, journalistes… ce livre mérite d’être en pleine lumière, j’attends vos retours de lectures dithyrambiques, faisons de ce roman un incontournable du printemps !

Aurélie.

Oyana, Eric Plamondon, éd. Quidam, par Aurélie

Oyana écrit à Xavier, l’homme avec qui elle partage sa vie au Québec depuis 23 ans. Pourquoi maintenant ? Parce que l’Histoire voit se tourner une page au Pays basque, terre d’origine refoulée depuis trop longtemps.

Il est temps de revenir sur le passé, il est temps d’entamer un processus d’introspection qu’elle évitait depuis de nombreuses années. Comme dans Taqawan, le combat d’un peuple occupe une place importante du récit, il met en lumière des fêlures profondes et révèle l’importance primordiale d’affronter ses choix et ses erreurs.

Quel plaisir de retrouver la prose si spécifique d’Eric Plamondon, son univers qui nous avait déjà explosé au visage dans son précédent texte édité par Quidam.

Ce livre ? C’est une vraie bombe ! (Sans mauvais jeu de mots bien sûr…)

Trouver l’enfant, Rene Denfeld (Rivages), par Aurélie

J’avoue que c’est cette couverture sublime qui m’a tout d’abord attirée vers ce livre. Puis le sujet, une enfant disparue depuis quelques années, le seul espoir restant à ses parents étant une enquêtrice un peu spéciale.

Naomi a connu la captivité lorsqu’elle était petite. Elle n’en a plus aucun souvenir, se rappelle juste de sa fuite, seule. Voilà presque 10 ans maintenant qu’elle passe sa vie à passer de ville en ville pour aller là où on l’appelle, là où des enfants doivent être retrouvés. Madison n’avait que 5 ans quand elle a été enlevée. Ses plus grandes forces : une intelligence vive et une imagination prompte à l’attirer loin de la dure réalité.

Un sujet finalement souvent traité me direz-vous ? Peut-être, oui, mais je me rends compte que j’aime toujours autant ça, surtout quand c’est aussi bien écrit, entouré d’une pudeur et d’une douceur qui rendent lumineux l’élan d’humanité qui perce dans ce recoin sinistre de l’Oregon où ne semblaient vivre que des rustres solitaires.

Déjà en pile chez vos libraires, n’hésitez surtout pas à craquer !

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Bondil

Aurélie.

Maïmaï, Aki Shimazaki, (Actes Sud), par Aurélie

Maïmaï clôture la série « L’Ombre du chardon » et une fois de plus le même effet se produit dès les premières phrases : mon rythme cardiaque se fait plus lent, je me laisse porter par l’atmosphère si douce, j’effeuille des secrets de famille qui sont lourds mais qui n’entament en rien la détermination de personnages qui n’aspirent qu’à une chose : vivre un bonheur simple exactement comme ils l’entendent.

Chaque livre d’Aki Shimazaki est un petit monde d’émerveillement à lui seul. À lire dans l’ordre ou dans le désordre, peu importe mais il faut absolument découvrir cette plume que j’ai rencontrée il y a plus de 15 ans et qui m’accompagne désormais comme l’une de mes meilleures amies.

Aurélie.

Les Mains vides, Valerio Varesi, Agullo, par Aurélie

Ah… Déjà fini… J’ai pourtant traîné pour le faire durer deux jours mais ça passe toujours trop vite.

Suivre les pas du commissaire Soneri dans les rues de Parme c’est pénétrer dans un autre monde, se sentir s’élever au-dessus de la mêlée. Celui que j’appelle mon Maigret à l’italienne a une façon bien à lui de mener ses enquêtes, sans se prendre au sérieux, en doutant beaucoup et en se fichant pas mal de ce qu’on attend de lui.

C’est cette fois sous une chaleur d’enfer qu’il est chargé de retrouver des meurtriers. Et il n’y a pas que la chaleur qui l’accable, l’ombre de la pègre semble peser dangereusement. On sent très vite un paradoxe entre la force tranquille de Soneri et toutes les pistes qui semblent lui tomber dessus. On lui parle aisément mais pas facile pour lui de suivre le bon fil.

Et puis cette ville qu’il voit se transformer radicalement, semblant désertée par l’humanité et gagnée par l’argent… il nous en ferait presqu’une déprime. Voilà peut-être ce qui me fait autant aimer les livres de Valerio : un héros qui ne brille pas comme d’autres peuvent le faire mais qui affiche une belle lucidité, jusqu’à reconnaître quand il ne fait pas le poids dans une affaire.

Dans cette 4e enquête, j’ai noté une petite cruauté faite par l’auteur au commissaire : en plus de souffrir de la canicule, il n’a droit quasiment qu’à des repas ratés, lui qui est si fin gourmet. J’aurais presqu’envie de le consoler en l’accompagnant dans son restaurant préféré.

J’ai refermé le roman mais je vais rester un bon moment sur mon petit nuage.

Aurélie.