Une confession, John Wainwright (Sonatine), par Le Corbac

Agatha Christie peut aller se rhabiller, elle a un successeur et Conan Doyle peut lui aussi commencer à compter ses abattis.
John Wainwright… Retenez ce nom mes amis car il promet…
Une confession a mis plus de 35 ans avant d’être traduit (mention particulière à Laurence Romance) en France… Mais pourquoi?
Pourquoi nous avoir privés de ce roman so british, aussi bien dans la forme, le fond que le style aussi longtemps?
D’habitude, le Corbac il est plus litté américaine  puis surtout quand ça flingue à tout va ou que ça gicle délicatement de jolies arabesques sur les murs… limite il aime bien les français et leur notion du noir (quotidien, social ou polar) donc c’est vous dire que la psychologie et les enquêtes c’est pas vraiment sa cup of tea…
Pourtant il s’est régalé le Corbac dans ce jeu de piste, dans ce face à face tendu entre le présumé innocent et cet inspecteur au caractère bien trempé.
Le découpage alternant récit et journal intime donne une dimension autre à cette intrigue, mêlant ainsi les pistes et nous embarquant dans de nombreux chemins de traverse.
De prime abord tout est limpide et clair: un couple « exemplaire », une réussite professionnelle, une promenade, une chute et là le roman prend son envol.
Les pistes se mêlent et s entremêlent.
Qui a fait quoi ? Qui est réellement qui ? Où se trouve la vérité ? Doit-elle être révélée ?
Chez les riches et les nantis les amitiés se comptent à l’aune des ambitions et le professionnalisme des uns s’arrête là où commence le pouvoir des autres.
John Wainwright nous offre avec Une confession un très beau roman sur le mariage, sur la vengeance et sur le pouvoir.
Mention spéciale à la qualité de la traduction de Laurence Romance qui prend toute son ampleur dans les pages du journal intime de John Duxbury.

Le Corbac.

 

Micron Noir, Michel Douard (La Manufacture de Livres), par Le Corbac

Dans le cadre de ses 10 ans, la Manufacture réédite chaque mois un ouvrage…
Moi qui n’avais pas lu Micron Noir à sa sortie , ce fut l’occasion.
Et je me suis mis des claques, cogné la tête contre les murs, pincé les tétons parce que je me suis pris un trip de fou furieux.
Michel Douard il te fait avaler son histoire d’un seul coup.
Paf dans la gorge il te fourre sa pilule et tu l’avales direct…  sans eau… sec.
Et puis ça commence à monter… doucement tu commences à te sentir partir ailleurs.
Dans ces années 2048, celles de la Guerre Nouvelle et de ses supers soldats dopés au Micron Noir-une drogue de synthèse conçue normalement uniquement pour les militaires- qui servent à régler les multiples conflits entre nations, à engranger des ronds pour les sponsors et autres médias qui retransmettent sur toute la planète ces nouveaux jeux du cirque…
Et putain ça pulse! Quand tu commences à suivre le narrateur, ton taux d’adrénaline il monte en force et je te jure que le père Douard, en bon dealer de mots, il t’invite très vite à en reprendre une de pilule… parce quand t’as commencé à t’enfiler ses mots et son écriture pêchue, rythmée comme un match de football américain (ça me fait penser au film Any Given Sunday de Oliver Stone), tu peux plus t’arrêter. Faut que ça avance et que ça défouraille, que ça saigne.
Et ça le fait pire que le Roller Ball mixé avec French Connection.
Ben oui parce que la dope de M’sieur Douard elle n’est pas que violente et agressive.
Elle est vicieuse et réfléchie sur ce nouveau monde qui finalement, quand tu réfléchis entre deux cachetons, est très proche du nôtre. Parce que même si géopolitiquement et économiquement le monde a évolué, l’être humain il n’a pas changé. Toujours cupide, toujours dépendant de tout et de rien, toujours calculateur et manipulateur, avide de richesses et de pouvoir, naïf et candide, prêt à toutes les bassesses au nom de sa foi, pour accéder au sommet…
Et la Terre ne va pas mieux, comme nous le fait remarquer l’auteur qui se plaît à nous rappeler toutes ces bonnes pratiques écolos que nous tentons ou mettons en place à notre époque ne seront finalement bonnes à rien et autant pisser dans un violon. En effet la Planète, elle est comme la charpie envoyée au combat, elle crève la gueule ouverte.
Et au milieu de cette montée psychédélique de violence brute il y a des ilots ; un père, un grand-père, une révolutionnaire utopiste, un petit village d’irréductibles gaulois pas plus honnêtes qu’un sénateur mais qui ont foi en leur combat…Ceux-là réveillent nos consciences, ceux-ci bousculent nos croyances et nos espérances avec un regard lucide et (sur)réaliste sur ce que nous sommes.
Ce Micron Noir, hormis un roman d’anticipation est un exceptionnel roman sur nous, sur ce que nous devenons, sur ce que nous allons faire de notre monde.
Il y a des méchants vraiment méchants, des plutôt gentils, des gentils vachement méchants et des bisounours aussi…parce que finalement plus on est bon et plus on est con….
Ce livre mérite d’être plus connu, répandu et étudié parce qu’au-delà d’un polar d’anticipation il est une très belle et profonde fresque sociale qui nous annonce nos déviances à venir.
Le Corbac s’en est chié dans les plumes tellement il était bon…

le Corbac.

Rafale, Marc Falvo (Editions Lajouanie), par Le Corbac

Gabriel n’est pas un ange, ce serait plutôt le contraire et pourtant Marc Falvo nous le rend beau, doux, tendre et attachant son gaillard.
Bon, c’est vrai que Gabriel officie comme homme de main pour Garbo, propriétaire d’un Cercle de jeu dans une région indéfinie de la France (quoique que…). L’essentiel de son taf consistant à aller récupérer les dettes des joueurs mauvais payeurs, souvent plus avec ses poings que sa tête. Parfois aussi il transporte des trucs ou sert de « garde du corps ». Donc c’est vous dire si la violence physique et lui se connaissent bien.
En plus il a tellement dérouillé dans ses bastons de jeunesse qu’on ne peut pas dire qu’il ait le physique facile ni la fibre romantique donc sa vie sentimentale se résume à pas grand-chose. Il a même réussi à foirer son mariage, lourder sa fille et maintenant se taper une femme mariée qui ne quittera pas le confort matériel offert par son petit mari chéri.
Sans compter son dos qui depuis quelque temps lui fait des misères et lui rappelle qu’il vieillit, même s’il essaie de se maintenir en forme.
Donc au final, hormis la bibine et son job il n’a pas vraiment de vie.
Jusqu’à ce mois de décembre…
C’est pas l’esprit de Noël qui déboule, mais son existence qui se chamboule. Une petite brise souffle d’abord, et petit à petit ce qui n’était qu’un vague vent gênant va devenir un mistral, un ouragan, une tempête qui va souffler en Rafales sur sa vie et tout retourner.
Son petit train-train quotidien de malfrat à la petite semaine va voler en éclats parce qu’un joueur a disparu, parce qu’il s’est engueulé avec sa maîtresse. De fil en aiguille, au rythme de son enquête il se retrouve en quête de lui-même.
Plus rien ne tourne rond, tout part à vaux l’eau et le brave Gabriel se remet en question.
Dans ce roman, une histoire noire digne des vieux polars des années 60 et un hommage à ces histoires de truands pas si mauvais que ça, qui ont finalement un grand cœur caché sous leur veste de cuir, Marc Falvo va explorer et faire exploser les certitudes d’un homme vieillissant qui a foiré sa vie et réalise petit à petit qu’il n’est finalement pas ce qu’il est.
Sa nature et ses convictions sont noyées sous les rafales de pluie qui vont lui tomber dessus. Cette enquête qu’il va mener seul, sans en informer quiconque va l’obliger à se révéler à lui-même, à se regarder dans une glace et prendre en pleine face la médiocrité de sa vie.
Il va glisser dans la colère et la rage, dans une frénésie limite obsessionnelle qu’il n’arrivera à calmer ou à résoudre en recourant à la seule chose qu’il connaît : la violence.
Elle l’entoure et l’habite, présente dans son cœur et ses poings, dans le regard des autres et dans celui qu’il porte sur lui.
Alors Rafale est un roman policier mais (pour reprendre la phrase de l’éditeur) pas que…
Roman d’amour, roman de la paternité, roman sur la déchéance d’un homme programmé pour obéir et servir, roman du choix et de la remise en question, roman de la rédemption et de la prise de conscience, du doute et de la quête existentielle… il y a un peu de tout cela mais pas que…
Dans un style simple et efficace, dans une langue parlée, Marc Falvo va rythmer son histoire comme il sait le faire : avec verve et sans blabla inutile, avec humour et cynisme, avec dérision et réalisme. L’auteur confirme ici sa capacité à produire et de bonnes et de belles histoires qui nous emportent sans temps mort dans son monde.
Alors, oui, Gabriel Sacco n’est pas un ange mais il a donné des ailes au Corbac.
A la revoyure Camarade…

Le Corbac

Les Meurtres de Molly Southbourne, Tade Thompson (Le Bélial), par Le Corbac

Qui est Molly Southbourne ?
That is the question…
Cette novella de 111 pages est un pur plaisir solitaire et coupable. Une lecture rapide, sans temps mort qui me replonge dans l’ adolescence, quand je bouffais par paquet de 12 les Pocket Terreur ou les J’ ai Lu Epouvante.
Plaisir solitaire parce que le format choisi te permet de t’ enfermer dans une bulle le temps d’ un petit voyage dans l’ horreur. Petit voyage me direz vous mais qui suit quand même Molly de son enfance à l’âge adulte.
Plaisir coupable parce que c est sale. Oui sale mais pas malsain, faudrait pas confondre non plus. On n’est pas du Human Centipède mais plutôt dans un scénario de Cronenberg mis en scène par Sam Raimi.
Ça tranche, ça gicle, c est violent et terriblement prenant… angoissant ? Non. Flippant ? Ouiiiiiii.
Tu peux pas t’empêcher de penser aussi à Carpenter et son style visionnaire. Parce que Tade Thompson il ne s’arrête pas à une succession de scènes trash, non il t’emmène à une profonde réflexion sur l’origine de chacun        d’entre nous, sur l’évolution de l’espèce humaine, sur les mutations que nous subissons chaque jour sans nous en rendre compte.
Cette question de ce que le génome humain a été, est et va devenir est au centre de ce récit d exception.
T’inquiète pas, les digressions scientifiques sont adroitement amenées et n’ ont rien de rébarbatif ni d’incompréhensible.
Parce que Tad, il ne s’écoute pas écrire et n’étale pas sa science. Il est dans le ton juste quand il développe sa thèse et ses explications, juste ce qu il faut pour que nous nous y retrouvions sans nous perdre.
Pareillement, les scènes de violence n’ont nul excès, juste la précision du détail qui est nécessaire pour nous laisser la bouche entrouverte, à happer une bouffée d oxygène pour nous reconnecter.
Bref Le Bélial a fait un excellent choix en nous balançant ce petit bijou            d’horreur fantastique que sont Les Meurtres de Molly Southbourne.

Traduction Jean-Daniel Brèque.

Le Corbac.

La guerre est une ruse / Prémices de la chute, Frédéric Paulin (Agullo), par Le Corbac

Il faut savoir déjà que le Sieur Paulin est le premier auteur français publié chez Agullo.
Il faut savoir ensuite (parce que j’ai suivi ses diverses interviews et autres interventions) que le Sieur Paulin a fourni un sacré travail de fond pour écrire les 2 romans sus-cités (sachant que le 3ème et dernier volume ne va pas tarder). Oui, M’sieur dame il a travaillé seul comme un grand ; en même temps il est pas petit le gaillard. Il s’est documenté, a fouiné, fouillé tout seul dans les archives de divers médias pour étoffer son sujet.
Il faut savoir enfin (quoi ? Deux minutes oui ! J’y viens à son livre mais j’ai le droit de dire que j’ai apprécié son travail de base non ?)… donc il faut savoir aussi que La guerre est une ruse et Prémices de la chute sont une œuvre de fiction ; rien à voir avec un essai ou un documentaire.
Donc venons-en au fait…
La guerre est une ruse commence en 1992 en Algérie et Prémices de la chute se termine le 11 septembre 2001 à New-York. Un récit donc étalé sur 9 ans qui va nous faire suivre le travail et la vie de Tedj Benlazar, agent des services secrets français chargé de s’occuper de la problématique algérienne, de la montée du terrorisme islamiste et de sa probable propagation en France.
Hormis une étude radicalement concrète de la situation de l’Algérie, puis de la Croatie, la Serbie et autres pays ayant servi de portes étendard et de premier bastion du terrorisme islamiste, Frédéric Paulin nous raconte aussi la triste et passionnante existence de Tedj Benlazar, fils d’immigré installé en France, pays pour lequel il a été prêt à tout sacrifier… mais la roue tourne et les gens changent.

Tedj, de par son parcours et ses errances, ses doutes et ses questionnements n’échappe pas à ce cycle et évolue. En bien ? En mal ?
Dans ce monde souterrain, des manipulations politiques, des passe-droits économiques, des obligations géo-politiques, rien n’est jamais simple. Et quand on est un individu avec une conscience, un sacré professionnalisme et ses problèmes perso, c’est encore plus compliqué de trouver la juste place qui nous correspond.
Autour de Tedj évoluent de nombreux seconds couteaux, des personnages tous en lien avec ces événements terrifiants, dans ces pays touchés et impliqués par le terrorisme.
Puis il y a les français, ceux qui vont se réveiller un beau matin et réaliser que la guerre est arrivée dans leurs rues, leurs villes. Qu’elle va frapper et faucher leurs femmes, leurs enfants, leurs amis, leurs voisins. Cette violence soudaine, Frédéric Paulin nous la claque dans la face en nous faisant le récit du gang de Roubaix, de tous ces braquages dans le Nord de la France. Et puis, après cette première apparition, quand toutes les pièces sont en place et que l’Etat a bien accroché ses œillères et noyé les faits pour éviter que la population panurgesque ne s’emballe ou ne s’affole, d’autres événements que nous avons connus surgissent : un assassinat dans une mosquée, un attentat dans un RER… et là, le doute n’est plus possible : elle est là.
Elle est là cette haine, cette guerre de soi-disant foi qui réside à la base dans toute une manipulation politique. Elle frappe aveuglément et chaque lecteur se retrouve à se remémorer des événements qu’il a vu ou dont il a entendu parler dans les médias à une époque pas si lointaine que ça au final.
Et puis au milieu de toute cette sanglante violence, il y a des hommes, des femmes. Il y a la perte, la mort, le deuil, la maladie, l’amour, les enfants, les espoirs, l’âge qui passe, les idéaux qui se font et se défont, des projets de vie, des retrouvailles et des absences.
Les deux premiers romans de Frédéric Paulin sont pleins de richesses romanesques, d’une grande qualité narrative et d’une délicatesse stylistique, nous faisant osciller entre récit, témoignages, essai, documentaire sans que jamais la lassitude ne nous gagne, sans jamais non plus nous perdre ou en faire trop.
Les deux premiers volumes de cette trilogie sont un beau cours d’Histoire et un très délicat portrait d’hommes et de femmes, chacun porteur d’une croix, qu’ils ne savent comment poser et qu’ils se forcent à traîner partout avec eux, au risque de faire souffrir ceux qui les accompagnent.

Le Corbac

Les Spectres de la terre brisée, S. Craig Zalher (Gallmeister), par Le Corbac.

Quelle chevauchée je viens de me faire dans ce coin paumé du Mexique en ce début du 20ème siècle ! Si j’avais été seul, je n’aurais jamais survécu à cette mission de sauvetage désespérée au sein d’un ancien temple aztèque transformé en un splendide bordel de luxe, à ce Fort Alamo version S. Craig Zalher.
Mais j’étais bien accompagné, coincé entre cette montagne de muscles paternelle qu’est John Lawrence Plugford, ses deux fils et la fine équipe qu’il a constituée (un bedonnant ex-esclave affranchi fin cuisinier, un indien maniant l’arc et se nourrissant goulument des cœurs et autres abats des oiseaux choppé en plein vol et le Long Clay, gâchette exceptionnelle s’il en est).
A ce groupe hétéroclite vient s’ajouter un jeune dandy ambitieux et désargenté, naïf et candide quant à la violence du Grand Ouest.
Un chariot, des mines, des revolvers, des flèches et des fusils… et surtout la hargne, la colère et la volonté de sauver Yvette et Dolorès de cet enfer qu’est ce bordel dans lequel elles sont prisonnières de Gris et ses fils afin de servir de putes pour ces messieurs de la Haute sociétés qui se font grave chier avec leurs braves matrones.
Alors toute cette sacrée bande de lascars, tu vois, ben elle m’a rassuré . Je me sentais à l’abri et en sécurité, sans crainte, certain de ne rien risquer et persuadé que cela se déroulerait sans accrocs.
Sauf que… sauf que quand j’ai vu comment se comportaient ces loustics avec les salopards qui avaient kidnappé les deux filles Plugford, je me suis dit que c’était mal barré pour la tranquillité et la ballade de santé.
On n’était plus sur un air de ritournelle mais plutôt sur un requiem. Une musique rythmée par des hurlements et baignant dans le sang qui gicle des blessures, un rythme saccadé et continu comme le sifflement des balles, comme le choc des impacts sur les corps, comme les explosions qui résonnent à nos tympans.
Véritable chef d’orchestre de cet opéra macabre, S.Craig Zahler suit sa partition sans temps mort. Comme il se doit, il suit le tempo et nous emmène dans sa tragédie.
Largo, lento d’abord pour la mise en place, pour la présentation de tous les personnages et de la situation… Le où, quand, comment, pourquoi.
Puis, d’un coup de baguette, Monsieur Zalher nous sort les A : Adagio, Andante, Allegretto et Allegro…Le temps de quelques chapitres le récit prend son envol, les personnages se font moins opaques et puis l’action se pose, doucement même si elle reste violente et sanglante. Les bases posées, le déroulement de la partition peut progressivement prendre son envol ; chaque musicien est à sa place et connait son rôle.
Le rythme s’accélère, le tempo devient de plus en plus sourd et profond, reflet de cette violence que chaque père a en lui, de chaque parent voulant protéger ses enfants.
Parce que, finalement, qu’écrit donc d’autre S.Craig Zalher que cette vision patriarcale de la protection de sa descendance ? Jusqu’où le père est-il prêt à aller pour la préservation de sa lignée ? Pour ne pas laisser sa famille entachée d’une mauvaise réputation ?
Souvent l’on parle de ces mères qui luttent et se révoltent et trouvent en elles des ressources de force méconnues pour sauvegarder leur progéniture …
Ici, une fois que le Vivace, le Presto se mettent en branle, les brutes masculines sont lâchées dans toute leur splendeur ; et elles ont tous les droits : tortures, meurtres de sang froid, violences gratuites. Tout est permis pour que l’on ne touche pas ou plus à la chair de leur chair parce qu’il n’y a rien de plus sacré que la famille, les liens fraternels et l’honneur.
Alors quand arrive le final du Prestissimo, la boucle est bouclée et le tempo repart à rebours, redescendant progressivement pour finir par revenir au largo de base.
S. Craig Zalher nous offre un opéra baroque et dramatique plein de bruits et de fureurs, de tripes et de sang, de bravoures et d’honneur dans lequel la violence n’est jamais gratuite, où la force sert de bâton de berger pour nettoyer les fautes de chacun et retrouver une certaine dignité de vie.
Partout, de tous temps, il existera des pères qui seront capables de déplacer 7 Mercenaires prêts à se lancer dans une Horde Sauvage pour défendre un Fort Alamo.
Un pur moment de bonheur pour cette lecture faite de sang et de sueur, fleurant la poudre et les tripes et si riche d’amour…pourtant.

Traduit par Janique Jouin de Laurens

Le Corbac.

Salut à Toi Ô Mon Frère/ La Vie en Rose (Marin Ledun – Série Noire Gallimard) par le Corbac

Quel panard il a pris le Corbac, même pas qu’il était arrivé le Renard, que le calendos lui chût du bec.
Il écrit bien le Marin Ledun et puis pas comme d’habitude (attends me fait pas dire ce que je n’ai pas dit… Non ça veut pas dire qu’avant il n’écrivait pas bien, ça signifie… Mais tu vas me laisser parler oui ? Bon donc voila, il est dans un autre registre. Ben oui il n’écrit pas pareil tu vois. Il y a comme de la « littérature » dans son texte. Il manie la langue comme un ménestrel, il joue sur les sonorités, le rythme des mots et se fait même poète en prose. T’as compris ?… Bien).
Bon, je disais quoi ?
Ah oui qu’il n’écrivait pas comme d’habitude. Par contre il reste comme dans ses précédents ouvrages un grand metteur en scène.
Il nous fait le coup à chaque fois, nous surprenant par sa capacité à changer de genre.
Après le huis-clos et la tragédie, Monsieur Ledun s’essaie au vaudeville romanesque et à la comédie de Boulevard.
Imaginez donc cette « smala », cette meute composée d’un père au pacifisme marital exemplaire, une mère que même les Sex-Pistols ils en voudraient pas… six gosses dont 3 adoptés made in Colombie (imaginez donc comment ça jase à Tournon, entre commères et vieux cons racistes par habitude et confort pseudo moral) parce que Adélaïde, la mère, elle veut bien des gosses par amour mais pas par souffrances … et puis les six gamins ( sans compter le chien et les 2 chats) tous aussi dégourdis que Sport Billy ou Edouard Bern ou Jean-Pierre Foucault sans ses fiches…
Une pléthore de marmots tous plus futés les uns que les autres, tous plus à même de connaitre le monde dans lequel ils vivent parce que eux le savent «La vie n’est pas un long fleuve tranquille ».
Parce que les luttes fraternelles, les désaccords parentaux ça se règle entre eux, mais l’injustice on la combat en famille, on s’unit et se rassure les uns les autres pour que l’inacceptable ne soit pas le quotidien, parce que l’injustice on lui chie à la gueule, que la bêtise humaine n’est que l’expression de l’inculture générale et ambiante d’une époque de merde.
Tu te souviens de Daniel Pennac ? Ben voilà maintenant il y a Marin Ledun.
Tu te souviens de Manchette ? Ben voilà maintenant il y a Marin Ledun.
Tu te souviens de Bernie Bonvoisin ? Ben voilà maintenant il y a Marin Ledun.
Tu te souviens des Clash ? Ben voilà maintenant il y a Marin Ledun.
(Ouais je suis dithyrambique, voire exagérément pas objectif, ou hallucinant de mauvaise foi mais purée, lire Salut à Toi et La Vie en Rose, ça te remue les sangs. Ton transit intestinal il est tout chamboulé, ton cœur il bat la polka, t’as même les yeux tellement éclatés qu’on te prendrait presque pour un lapin myxomatosé sur une autoroute belge à 4h34 du matin.)
Un mec comme je les aime ! Burné comme pas possible. Doué encore plus que couillu. Maîtrisant la langue française mieux encore que ses vieux pairs. Un dico ambulant de référence rebelle, punk et littéralement littéraire.
Un gars quand il écrit c’est pas pour se lire ou bavasser allègrement, un gars quand il aligne les mots t’as envie de ranger ton Scrabble et de sortir le Trivial Pursuit édition Punk/Rock/Contestataire/Rebelle et Nadine Mouque.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Marin il a pas laissé sa langue coincée dans les touches de son clavier parce qu’il balance allègrement mais qu’il reste clément. (Non il cherche pas des explications bidons et des excuses pitoyables à l’emporte-pièce), il se contente de raconter.
Mais c’est quoi donc qu’il raconte pour que Le Corbac il soit aussi déplumé ?
La Vie. La vraie vie, voilà de quoi il te cause avec talent, poésie et verve envolée. C’est beau comme des champi à peine éclot au début de l’automne, ça fleure aussi bon qu’un Monsieur Batignolles Vs Les Démons de Jésus, ça te remue autant qu’un True Romance Vs Bridget Jones, ça te chamboule comme si tu découvrais un C’est arrivé près de chez les Loud, ça te remue comme un Fight Tuche….
J’adore ce type !
De caricatures non censurées, représentatives à l’extrême de ce que notre société réfute, refuse, rejette ; de situations abracadrantesques dignes d’une représentation de théâtre publique de la fin du 19ème ; de Deux Machina en concours de circonstances improbables, en passant par une langue que ne rejetterai ni Frédéric Darc, ni Georges Pérec et avec une musicalité digne de Brassens repris par un vieux groupe de caves métal, quadras bedonnant aux cheveux longs et gras dissimulant une calvitie en voie de développement, vêtus de vieux tee-shirt devenus collectors couvrant à peine leur besace ventrale de biéreux, la vie en rade, des rêves plein la tête, des cris coincés dans les gosiers devenus trop étriqués… Marin il nous balance un super roman pamphlématique (ouais ça existe pas comme mot, et alors ?… Je t’emmerde, c’est comme ça, je viens de l’inventer… oui et alors, si je veux inventer des mots, je le fais… Quoi ? Ça se fait pas ? tu la vois ma Doc Martin’s coquée ? Tu la veux dans ta tronche ? Non ? Ben ta gueule alors !)
Ces deux romans sont splendidement convaincants, drôlissimes, déroutants, questionnant, ils sont tissés comme de vrais patchworks made in Bolivie, autour d’une famille droite dans ses bottes. Chez Marin Ledun on se pose des questions, on se remet en question et on fait du mieux qu’on peut. Il a su amener dans ces deux romans toute une sincérité, toute une «utopie» familiale, une révolution dans le monde de l’enseignement et encore plus de l’éducation.
On se plaît à identifier nos rêves passés et oubliés, on sourit à l’évocation des liens dans ce microcosme que sont les Mabile-Pons, ce «gouvernement» au sein d’un système qu’ils contestent tous…
Il y a un souffle chaud qui balaie ces deux ouvrages, il y a un « esprit » qui habite ces pages et qui nous parlent.
Cela pourrait être un roman de génération…
A lire absolument.

La Fièvre, Sandor Jaszberenyi (Mirobole) , par Le Corbac et Yann

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu un recueil de textes (ou de nouvelles); et bien m’en prit de me laisser aller à lire La Fièvre.
Sandor Jászberényl revient sur ce type de récit dans ce qu’il a de plus primaire: le réalisme. Les 14 textes qui composent ce recueil sont tous empreints des traces de son métier (photographe et correspondant de guerre) et nous promènent de l’Afrique au Moyen Orient avec un bref passage en Hongrie.
A la fois fictions, états d’âmes, réflexions sur la religion, la violence, la guerre, l’amour (ou ce qui s’en rapproche par ces temps haineux), La Fièvre est un livre prenant et très bien construit.
Je veux dire par là que l’agencement et l’ordre des nouvelles jouent aussi un rôle prépondérant dans le plaisir de lecture ressenti.
Tout commence par La Fièvre, réelle, au sens propre, infection qui touche le narrateur et qu’il nous décrit avec autant de réalisme que le trip de Martin Sheen dans sa chambre d’hôtel lors de l’ouverture de Apocalypse Now… et alors que l’on pourrait s’attendre à un méga bad trip ou à une succession de textes hallucinatoires ou délirants, bim, on bascule dans la chaleur, la moiteur, la maladie.
Maladie de ces hommes pleins de haine à cause d’un bout de terre, pour une manière de prier ou de penser différente, pour un peu de gloire volée sur les cadavres d’anciens amis devenus ennemis pour une raison dont plus personne ne se souvient ou ne sait.
Parce que les textes de Sandor Jászberényl sont cela, autant de petits drames individuel au milieu de la Grande Tragédie éternelle qu’est la Guerre.
Il sait donner du tempo et sortir de son métier pour nous faire frémir à la lapidation d’une femme, à la mort d’un jumeau, à la chasse d’un animal féroce et destructeur qui se nourrit dans les hôpitaux. Et puis cette émotion, ce sentimentalisme et cette mélancolie qui transparaît régulièrement entre ses lignes (même carrément dans ses lignes) sur la raison de faire ce métier de reporter de guerre, sur le doute d’être encore au taquet et de rester bon… à tout prix (Profession Reporter est un joyau à ce niveau là, et d’une cruauté resplendissante)
Et au milieu de cette violence omniprésente, Sandor Jászberényl réussit à parfois nous faire sourire, limite rire (même si c’est un peu jaune) comme avec La Règle de Blake ou Aucune chance de Gagner.
Et bien évidemment la dernière nouvelle fait chute comme il se doit: Le bout du monde. Pas le nôtre mais le sien… Nous, nous l’avons atteint à chacune des 211 pages de ce très bon recueil. Parce que Sandor Jászberényl nous l’a donnée, La Fièvre que l’on atteint en altitude, quand l’on approche de notre bout du monde en découvrant les horreurs si lointaines qui nous entourent, ces infections pernicieuses et éternelles qui vont nous contaminer sans autre but que de nous faire mourir et pourrir.
Entre Hunter.S.Thompson, les reportages de Jack London et la plume de Ernest Hemingway, Sandor Jászberényl a posé sa patte dans l’univers de la littérature et elle est profonde.

Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly.

Le Corbac.

Résultat de recherche d'images pour "sandor jaszberenyi"

Immédiatement identifiables à leurs couvertures, les textes proposés par les éditions Mirobole depuis leur création en 2012 ont en commun de naviguer en dehors des sentiers battus et de mettre en lumière des auteurs dont on ignorait jusque-là l’existence. On se souvient en particulier de l’étonnant Hôtel de Yana Vagner qui poursuit aujourd’hui une belle carrière chez Pocket ou de Francisco José Viegas et son Collectionneur d’herbes, nostalgique et sensuel,  paru depuis en Points.

Le recueil qui nous intéresse aujourd’hui propose quatorze courts textes de Sandor Jaszberenyi, hongrois de naissance, dont la profession de correspondant de guerre pour différents journaux l’a amené à côtoyer l’horreur un peu partout dans le monde.

Si le rôle du journaliste dans ses reportages est celui de témoin, de rapporteur, Sandor Jaszberenyi change d’angle pour la plupart des récits présentés ici et n’hésite pas à mettre en avant la difficulté d’exercer son métier, et, en particulier, la peine que ressent un novice à s’habituer à l’horreur des zones de combat (« Six ans se sont écoulés. Pour ce qui est de m’habituer, c’est vrai : je me suis habitué, mais je n’ai pas oublié. On n’oublie jamais la première fois » – La première fois). Mais, finalement, pire que l’habitude est l’indifférence, réelle ou feinte, que l’on se doit de montrer dans certaines situations et, en ce sens, Prendre Trinidad est sans doute le plus terrible des textes qui composent La fièvre.

Du Soudan au Darfour, du Caire à la bande de Gaza, c’est un anti-guide touristique que propose le journaliste, peut-être le meilleur moyen de se rendre compte de l’uniformisation qu’apporte la guerre avec elle, de par son omniprésence et les stratagèmes que toutes et tous cherchent pour continuer à vivre coûte que coûte. Ainsi, on choisira l’alcool ou la religion, la drogue ou les superstitions, l’indifférence ou la colère mais nul ne peut y échapper.

Alternant les registres, Sandor Jaszberenyi  surprend avec des textes comme  La règle de Blake ou Le diable est un chien noir, opposant au cartésianisme des occidentaux les croyances africaines ou moyen-orientales. Il nous secoue avec Prendre Trinidad, Les jumeaux ou Profession photoreporter, parvient à émouvoir avec Amhed Salem a abandonné Dieu ou Die Toten reiten schnell.

Aucun de ces textes ne peut laisser indifférent et l’ensemble forme un recueil aussi brut que cohérent, un document implacable et réaliste sur le métier de correspondant de guerre, certes, mais, d’une manière bien plus universelle, sur les capacités de l’homme à continuer de vivre en dépit de ce qu’il est capable de s’infliger et d’imposer à se semblables. Indispensable pour qui veut garder les yeux ouverts sur la réalité de notre monde.

Yann.

Cataractes, Sonja Delzongle (Denoël), par Le Corbac

La Delzongle, elle, on peut vraiment la qualifier de pointure montante du thriller français.
Thriller ou suspense, pas confondre avec policier ou noir ou fantastique.
Elle a pas besoin d’en faire des tonnes pour pondre un excellent suspense haletant à souhait, conçu comme une commode normande avec tous ses tiroirs et ses faux fonds.

Déjà le décor : l’ex-Yougoslavie, encore occupée à panser les blessures de sa guerre civile. Plus précisément un barrage, la montagne, la forêt et un monastère reconverti en centre psychiatrique.
(Et là tu te dis que tu vois le truc venir, que c’est du réchauffé et que les « nouvelles » pointures l’ont déjà fait et que de toute manière…bref)
Sauf que déjà la forêt n’est pas un simple décor. Comme sa comparse Sandrine Collette, elle fait de la Nature un véritable personnage. Elle sait la rendre vivante, nous en faire sentir les odeurs, percevoir les multiples vies qui y résident, nous faire entendre le moindre craquement, le moindre ruissellement. Et bien évidemment, comme tout un chacun la Nature peut être bonne ou mauvaise.
Dans la veine, Sonja Delzongle ne te trace pas des portraits caricaturaux à l’emporte pièce des personnages ( que ce soit les premiers rôles ou les seconds et même les figurants); non non, elle te les façonne, elle leur donne une vraie vie et pas une vie de papier.
(ça paraît con dit comme ça mais ils sont terriblement vivants et cohérents, sortant des éternels et sempiternels clichés habituels que l’on retrouve chez les 2/3 des pseudos auteurs de thriller français. Bref )
Et puis l’histoire ou le sujet ou le thème… On y retrouve le thème de la filiation et du deuil (déjà évoqué d’une autre manière dans Boréal – Editions Denoël) mais cette fois ci d’un point de vue masculin/paternel. De la même manière, elle reprend la thématique de la survie, de la culpabilité, de la vengeance, de la rédemption et de l’écologie.
(ça fait beaucoup tu vas me dire, mais de la même manière que je l’avais écrit pour Boréal, elle fait pas un gloubiboulga immonde et insipide mais un excellent ragoût, préparé avec délicatesse, douceur et aisance qui à chaque page va te révéler de nouvelles saveurs que tu n’imaginais pas, de nouvelles odeurs que tu ne soupçonnais pas. Oh que oui, je te le dis tout est délicat et sans esbrouffe et effets sanglants et sanguinolents à deux balles. Ici tout est ouvragé comme une madone dans une église, un cantique de multiples fois travaillé pour réveiller en nous des échos…et ça c’est gage de qualité! Bref )
En outre, ce roman a pour l’auteur une connotation très intime comme elle l’explique dans ses remerciements; elle revient en effet à ses racines profondes ( la Serbie), remonte elle aussi ainsi la source de son passé, grimpant sur les rochers de ses souvenirs, se plongeant dans les lacs de son enfance et errant dans la magla sans se perdre.
Cataractes est un déferlement de sensations, une vague de souvenirs, un courant d’histoire dans lequel Sonja mêle l’Histoire et la Science (et ben oui ça reste aussi sa marque de fabrique, ancrer son récit dans une toile de véracité et d’informations réelles et concrètes et cela sans le rendre lourd ou pesant mais en l’incluant totalement dans le déroulement de l’action. Comme quoi le talent n’est pas une question de pointure… Bref)
Bref donc je vais arrêter de lui lancer des belladones, des amanites et autres variétés à tendance hallucinogène pour essayer de conclure…
Le dernier opus de Sonja Delzongle est un excellent thriller mené de main de maître(sse), recelant beaucoup plus qu’il n’y paraît de prime abord, riche de qualités narratives, de recherches et de rebondissements ( j’aime pas ce mot… de surprises. Oui c’est mieux, parce que rebondissement ça fait aller faut que j’arrive encore à accrocher mon lecteur parce que je suis pas sur que ce soit bon… donc oui plein de surprises c’est top… Bref)

Donc un roman que je conseille aux vrais amateurs de thriller et à ceux qui croient en lire surtout, parce que Cataractes est un VERITABLE THRILLER FRANCAIS… lui.

Le Corbac.

Nadine Mouque, Hervé Prudon (La Noire – Gallimard) par le Corbac

T’imagines si les deux Charles ( Baudelaire et Bukowski, même prénom et même première lettre de leur nom de famille, y a pas photo même sans être fort comme les beaux pour saisir la connivence) avaient eu l’occase d’aller s’en jeter quelques uns derrière la cravate et que bim ils tombaient nez à nez avec Andrée Michaud et que ces trois là le nez poudré et la tête aérée, les yeux illuminés et la plume apprêtée avaient eu l’envie de se taper un délire mortel en écrivant à six mains un putain de polar… Manque plus que des jeux de maux ou de mots à la Pérec qui serait venu y mettre une pointe de son littéralisme oulipolien et t’as un Nadine Mouque.
Il m’a collé au mur comme une mouche sur son morceau de papier, impossible de décoller, il m’a laissé scotché et pourtant j’avais les pattes qui s’agitaient pour me bouger et les neurones en ébullition mais j’étais incapable de sortir de ce merdier…limite j’y trouvais même mon miel nutritionnel et ma nourriture spirituelle.
Il a publié cette ode à la Tristitude ( c’est pas de moi mais d’un chanteur qui porte le nom de Oldelaf et qui a une gueule de blatte) en 1995 à la Série Noire ( Gallimard n°2401) et quel bonheur de le découvrir aujourd’hui en 2019 dans la Résurrection de cette célèbre collection qu’était la Noire. Jouissif et impulsif à se le baffrer en une journée et en tâcher sa chemise tellement il m’a fait baver.
Hervé Prudon il est bon comme le cul d’une bombasse que tu croises dans la rue et que même si t’es avec ta femme et tes 5 mômes et que tu vas à la messe chaque dimanche et que tu baises que une fois par mois le dernier vendredi quand tu deviens le roi et que tu mets le petit Jésus dans la crèche ben tu peux pas t’empêcher de te retourner et de mater cette croupe hallucinante voire hallucinogène et te dire mais comment j’ai pu passer à coté de ça…
Parce que ce bouquin il déchire sa race, il t’arrache à ton petit confort et te remue les intestins pire qu’une coloscopie. C’est beau de violence, c’est malsain d’amour, c’est cruel de déchéance ( tiens au fait tu me feras jamais croire que le petit père Dupontel il l’ a pas lu quand il a écrit le scénario de Enfermé Dehors), ce livre il te pompe le moral pire qu’une pute ougandaise qui va se faire tabasser si elle ramène pas un bifton à son micheton, il te défonce les neurones comme un camion bélier pour chourave un distributeur automatique, ça t’envole comme une giclée de chevrotine à bout portant en pleine poitrine ( même avec un gilet pare-balles).
C’est une bombe nucléaire, un exercice de style, une parenthèse sur la médiocrité de nos vie, sur la déchéance de nos cités, sur les fantasmes alcooliques d’un pov type qui se branle la nouille en regardant Hélène et les garçons. C’est un convoi émotionnel de 12 wagons qui te passe sur le corps, c’est un 35 tonnes qui te percute de plein fouet, c’est un Boeing qui s’écrase sur ta pov face lunaire.
C’est beau comme un petit poème en prose de Baudelaire.
C’est violent et trash comme les contes de Bukowski.
C’est fin et travaillé comme les écrits de Michaud.
Et puis, et puis bordel ça date de 1995 mais c’est toujours on ne peut plus d’actualité. Cette violence des cités, cette déliquescence de l’humanité, les immigrés et les abus, le cul et la dope, les errances de ces générations laminées par un système qui n’a pas changé, les rebuts sociaux issus de famille émigrées parqué comme des chiens dans des cubes de béton sans autre avenir que celui de se reproduire ou de se bouffer la tronche, les luttes des classes pour sortir de la crasse…
Hervé Prudon aurait mérité d’être encore parmi nous parce que sa verve endiablée et son sens de la formule, son absence de nuance dessinée derrière ses jeux de mots à l’emporte pièces sont d’une qualité littéraire inégalée depuis longtemps et puis son discours…il est puissant et violent, virulent et intéressant, basé sur une étude limite anthropologique de notre société, de ses dérives et des effets néfastes de ce pseudo socialisme censé sauver la France, des ghetthos à l’américaine qui se développe et se répandent comme des colonies de blattes…

Ce bouquin est un putain de chef d’oeuvre.

Le Corbac.