Perfidia (James Ellroy-Traduction JP Gratias- Rivages/Noir)

J’ai attendu ce mois de février 2020 pour le lire, un peu comme un gâteau qu’on attendrait longtemps afin de le savourer pleinement.
Et j’ai eu bien raison : époustouflant, épatant, grandiose. Une pure jouissance littéraire.
La première fois que j’ai fait sa « connaissance » ce fut au travers de son « Un Tueur sur la Route », dans les années 90, grand format chez Rivages. Je crois que je n’avais pas vingt ans mais j’ai été subjugué, ensorcelé, ébaudi, charmé, conquis.
Depuis j’ai quasiment tout lu (j’ai fait l’impasse sur Ma part d’ombre, La malédiction Hilliker et Destination Morgue)…tous les autres je les ai lus.
Je ne cacherai pas que je n’ai jamais foncièrement adhéré à la Trilogie Lloyd Hopkins mais alors tout le reste…
James Ellroy c’est un peu le Shakespeare du polar, le Beethoven du roman Noir, le Salvator Dali d’un univers qui n’appartient qu’à lui. Oui je l’encense, oui je l’adule, oui je l’aime mais pas de ma faute…c’est de la sienne (même ses chemises je les kiffe)
Lire James Ellroy c’est plus que se plonger dans un roman ; c’est se perdre dans les méandres de son pays, de ce pays qui nous envahit depuis le plan Marshall, ce pays que tous (sauf moi) rêvent d’un jour fouler et admirent pour sa grandeur et sa décadence, pour ses excès et ses déviances, pour ses heurts et ses erreurs. Lire James Ellroy c’est retourné à l’école et user ses fonds de culottes sur un vieux banc rugueux et inconfortables mais avec une attention de chaque instant, un plaisir incommensurable parce que c’est un prof et un conteur, un narrateur et un analyste, un éducateur et un faiseur d’histoire.
Lire James Ellroy c’est comme lire Dostoïevski ou Soljenitsyne : t’as souvent intérêt à avoir un bloc note sous la main parce que ça foisonne et ça fuse de toute part. Il met en scène tellement de personnages que dans ses pavés (ben oui il t’écris pas des novellas de 150 pages avec 2 pelés, trois tondus et une intrigue qui tient sur une rognure d’ongles ; non quand il fait le boulot il le fait bien, voire même parfois trop bien), que t’as intérêt à faire des schémas, des flèches, des dessins, des recoupements et que même parfois tu vas fouiller sur ton ami Google parce que tu sais plus trop si tu es dans la fiction ou la réalité.
Mais bref Perfidia est une œuvre tout aussi unique que l’un de ses exemplaires du quatuor ou de sa trilogie américaine. Ce mec écrit divinement bien, sait nous tenir en haleine et construire des intrigues cohérentes qui puent la véracité et l’honorabilité d’un monde pourri et corrompu qui ne ressemble à rien de ce que l’on pourrait imaginer.
Il y a de la touffeur dans ses personnages, il y a de la construction dans ses intrigues à tiroirs pires qu’une commode normande, il y a de la consistance dans les entre lignes de ses récits, dans son jugement de ce merveilleux pays tant adulé que sont les U.S.A, il y a de la critique travaillée et fouillée, documentée et ouvragée dans chacun de ses récits.
Alors s’il vous plaît Monsieur James Ellroy continuez votre œuvre, battez un Faulkner, défoncez un Kerouac, ridiculisez un Miller et envoyez moi une de vos splendides chemises svp.
Merci pour ces merveilleuses pages.

Chaque Homme, une Menace (Patrick Hoffman-Gallimard- Série noire- Traduction Antoine Chainass)

Ouah…. Le titre est extraordinaire et vaut tout le roman.Une histoire de mecs me direz vous ? Oh que oui. Mais pas que.Parce que dernière chaque homme, il y a ? Une sacrée putain de bonne femme ! Chaque homme, une menace c’est l’histoire de la domination féminine dans le monde du crime.C’est l’histoire de ces femmes qui nous manipulent et nous retournent le cerveau, qui font de nous de braves toutous aveugles, de braves moutons obéissants parce que nous sommes trop cons pour comprendre toute la force de leur pouvoir, celles que nous admirons et désirons, celles qui nous fascinent et que nous voudrions être nôtres, celles qui domineront un jour le monde.Avec une intrigue à tiroirs, pas commode de se retrouver dans ces récits entrecroisées, dans ces différents point de vue, ceux de chaque Homme, un peu comme dans Pulp Fiction, Patrick Hoffman nous manipule en long en large en travers et en diagonale comme le sont ces personnages…. Des jouets se croyant forts et invincibles, ne doutant aucunement de leur machisme et pourtant que nous sommes naïfs. Forts ou redoutables, ex taulard ou mafieux russe pété de thunes, gros bras à gros flingues elles nous manipulent et nous font tourner bourrique. Hormis Benoît Philippon rarement j ai lu un roman noir aussi féministe et porté par la puissance glorifiante de ces femmes qui détiennent le pouvoir, le manipule et savent l’utiliser à leur avantage et à bon escient. Patrick Hoffman nous offre en outre une construction théâtrale, faite d’actes et de scènes, se focalisant à chaque fois sur un personnage différent nous donnant ainsi une vision à 360 degré de cette histoire. Histoire de malfrats, histoire de pouvoir, histoire de drogues et d’argent mais avant tout une splendide histoire de manipulation féminine.Car se sont elles qui dominent le monde?Elles sont manipulatrices, elles sont intelligentes, elles réfléchissent et calculent thunes et rendement, refusant ouvertement que la gent masculine soit la seule dominatrice.Ce roman, excellement traduit par Antoine Chainass n’est pas sans rappeler les chefs d’œuvre de James Gray: puissant, travaillés, construits et prenant, le tout basé sur une intrigue serée comme le cul d’une nonne.On y a tout: des gueules improbables, des gars omnibulés par l’argent, des méchants avides de pouvoir et surtout ces femmes fatales dissimulées derrière des apparences de bonne figure.Chaque Homme, une menace c’est un pur roman noir qui rement en question la pseudo domination masculine dans le milieu du crime.Un pur moment de bonheur qui donne envie au Corbac de se faire opérer pour devenir une corneille

Satan dans le désert (Boston Teran – Gallmeister- Traduction Eric Holweck)

Un road trip hallucinant et hallucinogène, un fils batard de Easy Rider et d’Apocalypse Now, un western sous LSD, une traque sous ectasie.Tu comprendras que j’ai aimé et que limite j’ai hésité à fumer les pages ou à en faire une infusion de ce bouquin.Dans Satan dans le désert y a comme disait feu Ian Dury du Sex (sale et violent) and Drug (à chaque page et elle te fait grimper aux rideaux différemment de celle de Hunter.S.Thompson mais putain elle est bonne) and Rock & Roll (parce que je peux vous dire que ça remue et déménage copieux et que ça vous donne des chatouilles dans le ventre et des fourmis dans les jambes)L’histoire? Quand l’ex-femme de Bob Hightower et son mari sont sauvagement assassiné et que sa fille est kidnappée, il n’a (comme tout bon père) d’autre choix que de se lancer aux trousses d’une secte satanique et de leur psychopathe de chef. Pour se faire, il devra faire confiance à Case Harding, ex-junkie et ancienne membre de la dite secte.Voilà tu sais tout.Alors maintenant avant de courir l’acheter, il faut que tu saches deux ou trois trucs. Tu te doutes bien que Boston Teran il ne s’arrête pas qu’à ça comme histoire, qu’il y en a un peu plus que ça. On y parle corruption, pédophilie, négociations immobilières, adoption et politique locale. Ouais tu vois, l’auteur il y va pas de main morte et il te tisse une trame plus insidieuse et profonde qu’une simple course poursuite.Et le pompon, c’est que c’est bien organisé, bien écrit ( et je pense bien traduit) et que les passages savent te tenir en haleine parce que construit sur des rythmes et des constructions différentes. Il sait te donner le ton, te faire lire des partitions sur plusieurs tempos qui vont t’emmener à te perdre dans ses lignes hallucinantes, limite mystiques. il y a des tripes et du sang dans ces pages, il y a des valeurs éternelles et primordiales, de la culpabilité, de la vengeance, de l’horreur et de la terreur, de l’amour et de l’abnégation et plein d’autres trucs.Donc si t’as le cœur bien accroché, si tu as envie de t’envoyer un sacré shoot et de vivre un trip hors-norme, vas-y, fonce chercher Satan dans le Désert et fais confiance à Boston parce ce que c’est un guide hors norme.

Le Baiser de L’Ogre (Elsa Roch – Calmann Levy)

Quand Elsa reprend les aventures de Marsac on ne sait qu’une seule et unique chose: ce sera bon.
Alors oui, encore une fois, Dame Elsa manie la plume comme un archet ou un fleuret… Inspirée de l’on ne sait de quoi encore (-moi si parce qu’on en a causé), elle nous livre (Offre ? Écrit ? Partage ?) une belle paire de pages qui sortent du lot de la majorité des pseudos thrillers-romans policiers à la française.
Je suis désolé de le dire mais ils/elles sont peu nombreuses à sortir du lot par rapport à leur qualité d’écriture et les sujets abordés.
Oui comme d’hab. Je ne vais pas me faire des amis mais j’ai l’habitude. La réalité fictionnelle ou la fiction réaliste de Dame Elsa bât à plate couture les récits outranciers et calqués sur une recette bien faite de pseudo islandais ou d’ex flics ou de joyeux drilles qui se proclament auteurs.
Elsa on la connaît pas des masses mais elle les bat tous comme Sonja, comme Sandrine, comme Barbara, comme Johanna…. Les femmes, quand on fait attention à elles, en France sont douées en qualité…
Bref elle est touchante dans son écriture Elsa. Elle sait utiliser des mots communs, des situations banales et quotidiennes sans effet de style pour créer un récit qui est on ne peut plus crédible et cohérent. Les personnages t ouvragés, les situations connues, les regards que nous avons… La vie elle sait la raconter.
L’intrigue, la fraîcheur barbare d’un monde vrai sans faux semblant, la qualité de l’écriture doivent elles forcément être sacrifiées sur l’autel de la bonne recette qui fait vendre?
Faut pas croire qu’elle en vive Dame Elsa, elle bosse en plus de toutes ces heures passées à nous fabriquer les merveilleuses aventures de Marsac.
Elle travaille et s’enrichit chaque jour de ses expériences et de son job, de ses rencontres, de ses amours et envies pour nous transmettre une réelle vision de notre vie, de notre monde.
Le Baiser de l’Ogre est un véritable conte de fée, écrit, construit, dialogué comme tel. Il n’y est question que de victoire… Ces petites victoires qui font que chaque jour on se sent meilleur parce que l’on a fait avancer le monde, on a su l’améliorer et sortir des ornières de nos œillères.
Plus qu’ une enquête le dernier opus de Elsa Roch est encore une fois un très beau et bon roman, plein d’humanité et D’HUMANISME misant sur l’intellect, nous offrant des pistes de réflexions pour nous ouvrir à ce monde dans lequel nous vivons de plus en plus isolés, à l’écart de chacun, loin de tout esprit de solidarité.
Elsa Roch encore une fois nous a offert un très beau roman sur cette humanité qui nous quitte, celle qui fait de nous de braves et gentils moutons incapables de nous exprimer en dehors d’une pseudo majorité bien-pensante.
A partir d’une banale intrigue policière, d’une simple enquête, elle nous dresse des portraits émouvants et nous emmène sur les traces de ses personnages si plein de tendresse. Elle nous parle de cette amitié indéfectible qui fait qu’un ami traverserait la planète en cas de besoin, de cette amitié sincère et virile qui peut unir ces hommes qui se croient brisés, revenus de tout jusqu’au jour.
Jusqu’au jour où, sous la plume d’Elsa il redécouvre l’Amour, la Tendresse, l’Innocence, la Fidélité. Sous ses mots, elle nous révèle toute la bonté, toute la beauté de l’Homme, sa force et sa volonté.
En plus de tout cela, elle nous met en avant certains méfaits et déviances de notre époque sur médiatisée par le biais des réseaux sociaux. Elle nous conte que le passé ne s’efface jamais vraiment mais que l’on peut néanmoins essayer de le diluer dans l’amour, celui d’un homme, celui d’en enfant, celui d’un collègue. Elle nous explique aussi que la maladie n’est en rien insurmontable et qu’elle peut engendrer de très belle histoire.
Merci donc à Elsa, merci à son éditeur d’oser

Et toujours les Forêts (Sandrine Collette – Editions JC Lattès)

Sandrine… Oh Sandrine…que vous êtes merveilleuse. Ceux qui me lisent depuis quelques années connaissent mon engouement pour vous, les autres… Voilà quoi… On vous compare pour ce dernier roman à MC Carthy…mais on oublie déjà Robert Merle et surtout votre plume unique car vous êtes incomparable. Comme eux, vous avez votre propre style et vos propres mots et qui n’a jamais lu plus de deux fois la même trame de base écrite par des auteurs différents me jete un parpaing, je saurais l’éviter.Oui, je l’admets j’ai eu peur au début de vous voir transcrire ou transformer ce qui avait déjà été fait…. Mais oh ma chère Sandrine vous rester comme quelques unes de vos consœurs francophones une perle. Vous avez comme Barbara, Elsa, Nathalie et Jérôme (Zut un mec dans une liste de femmes), Sonja, cette qualité d’écriture qui transcende une fiction en une réalité qui nous touche.De pseudo-fictions vous nous écrivez des réalités qui nous giflent et qui devraient nous obliger à réfléchir….(comme j’aimerais que mes filles soient en âge de vous lire…comme j aimerai que vous leur expliquiez vos inquiétudes et vos doutes sur notre avenir)Vous êtes douée madame Sandrine. Vous nous effrayez, nous faites douter, nous inquiétez tout en nous contant une fable que hélas la base ne comprendra pas… (mais ça on a l habitude).Je ne peux m’empêcher d’avoir froid dans le dos quand je vous lis ( troisième fois déjà après Les larmes et la vague…). Vous avez cette lucidité des espèces en voie d’extinction, cette plume douloureuse d’un monde qui se détériore et qui meurt, inconsciemment, sans réagir, petit légume se terrant dans ses catacombes, se vantant et tirant des plans d’avenir sur des comètes qu’il ne verra jamais plus parce qu’il aura disparu. Vous savez nous mettre face à nos responsabilités, à notre insouciance puérile (celle du toutefaçononserapluslàpourlevoiretpuiscestpasnotrefauteànousqu’estcequonpouvaitfaire?), notre je m’en foutisme égocentrique et notre bonne conscience de bon aloi parce que nous faisons de temps à autre attention ou que nous allons garer notre voiture au plus près du lieu d’une manifestation pour le climat ou que nous ramassons de temps à autre un déchet trainant sur le trottoir bitumé d’une ville respirant l’oxyde de carbone; Mais une fois rentré, le week-end arrivant nous allons faire nos courses consuméristes dans ces grandes surfaces et ajoutons une pierre à notre monde qui se déséquilibre, nous laissons couler l’eau quand nous nous brossons les dents, nous sur-consommons avec nos téléphones, tablettes, téléviseurs, sans penser même à éteindre régulièrement les lumières ou les débrancher. Nous surconsommons et nous nous suicidons chaque jour à petit feu, entraînant nous mêmes nos enfants à leur perte.Alors oui j’ai aimé cette quête survivaliste, cette volonté de survivre, ce besoin de retrouver ses racines, cette lutte pour reconstruire à tous prix et quitte à outrepasser son humanité. Parce qu’au final qu’est-ce que l’Humanité que nous proposons? Un grand vide émotionnel, une absence de relation humaine, un désespoir naturel et mélancolique qui ne disparaît que quand nous consommons à outrance sans jamais penser ni à autrui ni à ce demain qu’un jour nous ne verrons plus.Oui au final, l’Homme n’est qu’un animal mais au moins la Bête a-t-elle une conscience du besoin de se préserver et de se reconstruire, de se protéger et de défendre sa meute.Pourquoi n êtes vous pas plus reconnue, comme vos confrères sus-citées.?Vous, ces auteurs qui ne se contentent pas de vendre mais qui racontent ce que nous sommes, ce que nous allons devenir, ce par quoi nous allons périr (C est à dire nous et non pas un pseudo tueur masqué massacrant à tout va par envie par besoin ou par traumatisme infantile parce que C est pas sa faute à lui….)Pourquoi votre écriture si réaliste et objective, fouillée,documentée, travaillée ne prend elle pas plus de place ? Le lectorat français serait il aussi limité qu on le dit de l ensemble de notre pays à l’étranger où l on se moque de nous et nous trouve incivilisé, sans gêne et en territoire conquis ? Oui… Je le pense. Vous avez encore une fois su nous ramener à ce que nous sommes nous le vieux continent…des vieux avant l heure, des cons insouciants et stupides qui un jour se lamenteront des catastrophes qu ils auront engendrés remettant bien évidemment la faute sur autrui. J aime vous lire madame Sandrine.. Et purée vous valez de nombreux pris renommé à vous seule…mais non, en France on préfère les potes de ceux qui ont des entrées ou qui écrivent des fadeurs insipides qui vendent…En tous les cas… Continuez

Les refuges (Jérôme Loubry Calmann Lévy)

Je les lis tous pour le moment.
A chaque parution de Jérôme Loubry je suis curieux, voire même un tantinet impatient.
Cela n’a bien évidemment nul rapport avec sa belle gueule ou le métier de libraire, non juste j’aime le lire.
Troisième roman que je lis, dans la foulée des parutions.
Troisième fois qu’il m’emporte et me bluffe.
Y a pas à dire, il a un sens du suspense et sais nous retenir. Chaque roman de Jérôme prend pied autour d’un personnage, une « victime » de la vie. Un individu marqué de manière pérenne, violement et profondément.
Les Refuges et Sandrine ne dérogent pas à la règle.
L’île, les enfants, Sandrine, la grand-mère sont autant d’énigmes et de cheminements différent pour le lieutenant Damien Bouchard. Brave type qui a eu ses blessures que l’enquête et les entretiens avec la psy vont rouvrir.
Il devra lui aussi trouver Les Refuges… (petite musique dramatique…)
Jérôme Loubry ne se contente pas de créer, diffuser et faire grimper une certaine tension, non il ne s’arrête pas à instaurer un climat « fantastique » (qui met fait penser à Mo Hayder dans Pig Island), à tisser une intrigue à la Shutter Island de Denis Leahne; il met sa « Loubry Touch ».
Alors oui, il prend tous les ingrédients traditionnels, oui il épluche et découpe comme il faut avant de faire mijoter son plat à feu doux, y ajoutant une pointe de ceci, un soupçon de cela afin de faire monter la sauce comme il se doit. Et la recette prend, comme il se doit, donnant un bon « thriller » de bonne facture, un poil redondant par moment mais très efficace.
oui, Jérôme est un excellent cuisinier, respectant à la lettre ( sans aucun jeu ce mot) sa recette.
Ce jeu de piste tout en psychologie intérieure, tourne autour de la dénégation, du refus de l’acceptation et de se besoin en chacun de nous que nous avons du déni et du refus d’accepter une série d’événements traumatisants. Et même si Jérôme Loubry a une fâcheuse tendance à refuser de nous lâcher la main pour nous laisser nous perdre (alors je m’explique: l’auteur a cette tendance à nous mettre sur des rails et ne pas nous laisser un seul instant la possibilité de dérailler, nous « obligeant » à suivre le trajet tracé afin de nous amener exactement là où il le souhaite), il n’en reste pas moins que ce roman est prenant et intéressant.
Hormis le fond en lui-même, la forme est surprenante. En effet, l’auteur arrive à ne nous faire ressentir aucune empathie vis à vis des personnages, le récit restant perpétuellement d’une froideur extraordinaire. Pas une once de sentiment, pas une prise de position: juste un texte froid, angoissant et morbide, à la limite même de la retranscription écrite d’un témoignage ( cf le début avec la cas Sandrine par le prof).
Et je trouve que c’est cela qui fait la qualité et la réussite de ce roman: sa froideur textuelle, son absence d’émotions. Réussir à concevoir un tel récit en restant continuellement détaché, en lui donnant même par moment un aspect « léger », limite simpliste ( je pense aux échanges entre la psy et le lieutenant Bouchard, voir ceux qu’il a avec son collègue à l’autre bout de la France et qu’il appelle une fois par mois quelques secondes), construire un récit en s’en tenant à des « faits », et être capable de garder une telle « distance », un tel réalisme objectif n’est pas donné à tout le monde.
alors oui, Les Refuges est un thriller de prime abord de facture classique mais il possède ce petit plus, cette absence de tripes et boyaux, de voyeurisme exacerbé qui en fait une pièce particulière et charmante à souhait ( quand je dis charmante, je ne veux pas dire que c’est mignon tout plein, rose et bleu avec des zoziaux chantonnant et des animaux gambadant allègrement dans des sous-bois verdoyants et ensoleillés mais plutôt que cela nous fait sortir de nos sempiternels sentiers battus et rebattus.
Seul bémol….l’ultime chapitre à mon sens est de trop et le doute aurait dû persister…
A la prochaine lecture Jérôme.