Les refuges (Jérôme Loubry Calmann Lévy)

Je les lis tous pour le moment.
A chaque parution de Jérôme Loubry je suis curieux, voire même un tantinet impatient.
Cela n’a bien évidemment nul rapport avec sa belle gueule ou le métier de libraire, non juste j’aime le lire.
Troisième roman que je lis, dans la foulée des parutions.
Troisième fois qu’il m’emporte et me bluffe.
Y a pas à dire, il a un sens du suspense et sais nous retenir. Chaque roman de Jérôme prend pied autour d’un personnage, une « victime » de la vie. Un individu marqué de manière pérenne, violement et profondément.
Les Refuges et Sandrine ne dérogent pas à la règle.
L’île, les enfants, Sandrine, la grand-mère sont autant d’énigmes et de cheminements différent pour le lieutenant Damien Bouchard. Brave type qui a eu ses blessures que l’enquête et les entretiens avec la psy vont rouvrir.
Il devra lui aussi trouver Les Refuges… (petite musique dramatique…)
Jérôme Loubry ne se contente pas de créer, diffuser et faire grimper une certaine tension, non il ne s’arrête pas à instaurer un climat « fantastique » (qui met fait penser à Mo Hayder dans Pig Island), à tisser une intrigue à la Shutter Island de Denis Leahne; il met sa « Loubry Touch ».
Alors oui, il prend tous les ingrédients traditionnels, oui il épluche et découpe comme il faut avant de faire mijoter son plat à feu doux, y ajoutant une pointe de ceci, un soupçon de cela afin de faire monter la sauce comme il se doit. Et la recette prend, comme il se doit, donnant un bon « thriller » de bonne facture, un poil redondant par moment mais très efficace.
oui, Jérôme est un excellent cuisinier, respectant à la lettre ( sans aucun jeu ce mot) sa recette.
Ce jeu de piste tout en psychologie intérieure, tourne autour de la dénégation, du refus de l’acceptation et de se besoin en chacun de nous que nous avons du déni et du refus d’accepter une série d’événements traumatisants. Et même si Jérôme Loubry a une fâcheuse tendance à refuser de nous lâcher la main pour nous laisser nous perdre (alors je m’explique: l’auteur a cette tendance à nous mettre sur des rails et ne pas nous laisser un seul instant la possibilité de dérailler, nous « obligeant » à suivre le trajet tracé afin de nous amener exactement là où il le souhaite), il n’en reste pas moins que ce roman est prenant et intéressant.
Hormis le fond en lui-même, la forme est surprenante. En effet, l’auteur arrive à ne nous faire ressentir aucune empathie vis à vis des personnages, le récit restant perpétuellement d’une froideur extraordinaire. Pas une once de sentiment, pas une prise de position: juste un texte froid, angoissant et morbide, à la limite même de la retranscription écrite d’un témoignage ( cf le début avec la cas Sandrine par le prof).
Et je trouve que c’est cela qui fait la qualité et la réussite de ce roman: sa froideur textuelle, son absence d’émotions. Réussir à concevoir un tel récit en restant continuellement détaché, en lui donnant même par moment un aspect « léger », limite simpliste ( je pense aux échanges entre la psy et le lieutenant Bouchard, voir ceux qu’il a avec son collègue à l’autre bout de la France et qu’il appelle une fois par mois quelques secondes), construire un récit en s’en tenant à des « faits », et être capable de garder une telle « distance », un tel réalisme objectif n’est pas donné à tout le monde.
alors oui, Les Refuges est un thriller de prime abord de facture classique mais il possède ce petit plus, cette absence de tripes et boyaux, de voyeurisme exacerbé qui en fait une pièce particulière et charmante à souhait ( quand je dis charmante, je ne veux pas dire que c’est mignon tout plein, rose et bleu avec des zoziaux chantonnant et des animaux gambadant allègrement dans des sous-bois verdoyants et ensoleillés mais plutôt que cela nous fait sortir de nos sempiternels sentiers battus et rebattus.
Seul bémol….l’ultime chapitre à mon sens est de trop et le doute aurait dû persister…
A la prochaine lecture Jérôme.