Précis de décomposition, Emil Cioran (Gallimard), par Lou

Fichtre chaton ! Tu sais là je crois que j’y ai laissé un paquet de neurones. Le genre de bouquin où tu lis un paragraphe mille fois jusqu’à ce que la bave qui te coule de la bouche à force de bugger te fait comprendre qu’il faut que tu passes au paragraphe d’après.

Mais n’empêche, quand tu captes, c’est drôle (des fois), cynique même, défaitiste, intelligent. J’vais pas dire que t’as l’impression de découvrir la vie, ce serait aller à l’encontre de la pensée de Cioran (si j’ai compris un minimum quoi). 

Si t’es en guerre avec la résignation, le pessimsime et tout un tas de trucs qui rendraient jaloux le plus gothique de tes amis, tu peux tester cet essai c’est un bon médicament. Libre à toi d’avoir envie de te flinguer après, mais bon on a plus souvent vu l’humain se buter après avoir lu Goethe que Cioran, donc.

En clair, voilà un bon livre de chevet que j’échangerai bien contre le Coelho que t’as osé foutre sur ta table de chevet et dont tu te sers comme un calendrier perpétuel de citations pour facebook à la con, soyons réalistes, exigeons d’être lucides. C’est un bien meilleur remède pour chasser les idées noires. 

Big up !

Lou

Grâce, Delphine Bertholon (Le Livre de Poche), par Lou


Bon alors le mieux chaton, c’est que si tu décides de lire ce bouquin (et très sérieusement j’en doute pas), le mieux c’est que tu cales ton boul’ bien vissé dans un fauteuil, avec une toute petite lumière qui tamise. Après si t’es bigleux et que t’as besoin que ce soit Versailles chez toi j’y peux rien, mais juste ça rendrait l’ambiance encore plus … 

**porte qui grince, fenêtre qui claque**

Tu vois cette espèce de frisson qui te parcourt l’échine comme dans un film de Guillermo del Toro ? (en vrai je fais juste référence à l’Orphelinat et à l’Échine du Diable), attends toi à ça. Sans le côté fantastique, plus dans le genre qui t’met mal à l’aise. J’sais pas si t’as déjà lu du Shirley Jackson dans ta vie mais dans l’idée c’est ; maison inquiétante/gothoflippante qui fait que tu sais pas sur quelle rondelle danser à chaque page tournée, t’ambiances ou pas ?

**bruit de pas au plafond alors que t’habites au dernier, halogène qui s’allume tout seul avant d’claquer l’ampoule**

Ben en vrai tu vois, Delphine elle arrive à rassembler tout ça et avec un putain d’talent d’écriture et grâce (hoho) à quelques symboles parsemés telle une cuisto inquiétante ; une région Lyonnaise en période de Noël (si si je suis sûr que ça fout les chocottes), un jeu de 7 familles aussi référencé qu’le tarot de Jodo, deux époques différentes sur lesquelles je reviendrai quand j’parlerai de l’histoire du roman, des chapitres courts qui te permettent de reprendre ton souffle entre chaque cliffhanger et ..

L’histoire maintenant hein ? C’est pour ça que t’es là pas vrai ? 

Grâce c’est la mère de famille. En 1981, 34 ans, deux enfants, flippée de vieillir (mais qui ne l’est pas en vrai hein ?). Elle tient un journal qui pue le secret bien lourd à porter, parce que sinon Grâce s’adresserait pas à eux comme ça (à ses secrets, faut que tu suives si tu veux que j’arrête de faire des ellipses trop fréquemment chaton…).

En 2010 on change de narrateur, on passe au fils de Grâce, Nathan qui lui s’adresse au fantôme de sa défunte femme (tu noteras l’effort de style parce que j’écris pas que des conneries non plus). Plongé lui, ses jumeaux de 5 ans, sa frangine garçon manqué et sa mère dans un Noël traditionnel qui sent ou le règlement de compte, ou une histoire chelou à la Dickens…en fait vire Dickens et ses fantômes faussement méchants et on fout Michael Haneke aux commandes histoire de t’foutre une chiasse sordide de tous les diables. 

On appréciera aussi le petit côté enquête qui se révèle au fur et à mesure, au mystère qui règne autour de Christina, sorte de sorcière moderne, arborant une chevelure rousse qui en dit long sur la suite de l’histoire. 

J’ai la langue qui saute tellement je m’empêche d’écrire pour pas spoiler. Putain que c’est dur.

Si t’as sauté tout ça et que ce qui t’intéresse c’est la conclusion et que t’es plus cinéphile que littéraire, dis toi que si t’as kiffé Le nombre 23, Les Autres, Festen, Amityville, j’en oublie tellement d’autres que c’est indécent mais ce qu’est sûr c’est que vous prendrez un malin plaisir à essayer de pécho les références. 

J’l’ai bouffé en une journée, juste le temps d’me servir trois grenadines et de maudire la peau des ongles qui pousse pas assez vite.

Quand l’roman était sorti en 2012 ça a été un énorme coup de coeur d’une libraire avec qui j’ai bossé et qu’a toujours fait mouche quand je lui demandais conseil (Coucou Souhila). Voilà chose faite, et je regrette tellement rien que vous allez courir chez votre libraire et vous dégoter cette petite perle !

Lou

Rappeler les enfants, Alexis Potschke (Le Seuil, collection Cadre rouge), par Lou

Oké oké. J’ai délaissé les grands espaces américains, la poudre dans le nez, les boum boum et les bang bang mais quand même minou j’ai lu un peu tu vois ?

En plus ce livre il est royalement bien si tu veux tout savoir, il raconte pas vraiment d’histoire mais il en raconte tellement plein d’autres à la fois que tu voyages vachement loin dans tes souvenirs du bahut. 

Alexis il est professeur (j’ai dit professeur, Alexis il me donne envie de bien l’écrire pour une fois ce mot) de français dans un collège de banlieue (parisienne mais franchement tu peux coller dans n’importe quelle banlieue je suis sûr que ça fonctionne aussi).

Je trouve ça très humble et très digne et très noble d’avoir la perception qu’a Alexis des enfants et de son métier et de son collège en général. Il en parle avec une petite insolence poétique, un sale gosse assagi, à deux pas du sourire quand les gosses font ou disent des conneries mais toujours très pédagogue. 

Et ce que j’ai préféré mon vieux, c’est à quel point t’as mis tout en lumière, genre vraiment. Y’a aucune stigmatisation, juste des gosses pas tous égaux mais dont t’as choisi de dire ce qui faisait leur force plutôt que de se poser des questions sur pourquoi ça va pas et comment ils parlent pas bien. 

En fait tu penses vachement à Pennac ou aux poèmes de Desnos qu’on te fait apprendre à l’école quand tu lis Rappeler les enfants

Dézo, je sais pas quoi dire à cause que faut vraiment que vous le lisiez pour vous rendre compte que ça fait du bien, genre vraiment du bien de lire ce récit qui n’est pas vraiment un roman et moi je regrette vraiment pas de l’avoir lu même si j’ai lu que ça pendant environ un mois.

J’ai les yeux qui piquent tellement je vous fais un bisou et je te félicite Alexis, cette première publication est une petite pépite que je vais me garder dans ma bibli !

See you

Lou.

Aloys, Sarah Turoche Dromery (Thierry Magnier), par Lou


C’est chelou comment les goûts évoluent avec le temps. Y’a pas si longtemps quand je lisais de la litté destinée aux ados, je préférais quand ça parlait de cul, de drogues, de milieux alternatifs, des romans du bitume sombres et violents.

Puis sur le chemin des lectures, j’ai lu du Carole Martinez, des essais féministes sur la médecine, d’autres de psycho-socio et des portraits de meufs de qualité, victimes d’une société patriarcale de merde, dans laquelle l’Eglise a joué un rôle de bâtard jusqu’à reléguer la femme au rang d’objet et qui porte encore ses fruits pourris aujourd’hui.

Le hasard de la vie a fait que j’ai rencontré Aloys sur ces croisements littéraires. Gamine de 13 piges, enfermée dans un couvent pour des raisons obscures, à l’âge où biologiquement t’es un peu paumé entre ta future morphologie d’adulte et où la séparation de celui de l’enfance se fait souvent avec beaucoup de difficultés.

A travers ce personnage, Sarah Turoche-Dromery dénonce les monstruosités infligées aux femmes dès leur plus jeune âge. On pense forcément aux Soeurs Magdalène mais version gosse et dans un décor médiéval aussi lumineux que sombre. Les injustices, les trahisons, les envies de meurtres, le conditionnement religieux, mais aussi la peur du dehors, d’être dénoncée par méchanceté et de finir pendu ou sur un bûcher, les expériences complètement ahurissantes pour justifier de l’innocence de l’âme, …

Ce roman est aussi très bien documenté sur la vie quotidienne dans les couvents, les travaux effectués, les caractères qui se forgent quand on est obligé de s’en remettre à Dieu pour des raisons qu’on comprend pas toujours. 

Je peux pas cacher que cette histoire m’a mis par moments mal à l’aise, avec dans la tête des phrases telles que « putain c’est pas possible, c’est de la fiction on pouvait pas être aussi cruel » ou bien « et la solidarité féminine là dedans elle est où bordel de merde ? ».

Une fiction donc à laquelle on croit, qui font écho à une certaine actualité (port du voile, passage à l’âge adulte, l’envie de liberté, de créativité, du regard des hommes et de leurs volonté à soumettre n’importe quelle femme).

T’as compris, en toute objectivité je peux que défendre ce bouquin qui doit avoir une place réservée dans les bahuts, à conseiller au petit club de lecture qui donne vie à ta librairie, aux ados déjà remontés contre la société,…

Je sens que je vais me faire un petit truc léger parce que j’en suis encore tout chambouleversé. J’sais pas si t’as lu Purge de Sofia Oksanen une fois dans ta vie, mais quand t’as refermé le bouquin bah ce que t’as ressenti ça doit se rapprocher de comment j’me sens là maintenant.

Merci Sarah, des comme ça t’en fais quand tu veux ! (Pour ceux qui veulent je vous conseille Charly du même auteur, un petit bijoux !)

Pfiou.

See you plus tard

Lou

Dix, Marine Carteron (Le Rouergue Jeunesse, collection DoAdo Noir), par Lou

Krkrkrkr.

LA CRUAUTÉ, règnera sur cette chronique. Délivrée par l’uniiiiiique *DrLDrLDrLDrLDrLDrLDrL* (c’est le bruit des roulements de tambour, mais t’embêtes pas à me féliciter tout le monde sait déjà comment j’imite super bien tout dans la vie jusqu’au bruit des instruments les plus compliqués à imiter)…. MARIIIIIIIIINE – THE KILLER QUEEN – CARTEROOOOOON !!!! 

(salve d’applaudissements comme si t’allais voir la première de Scream en 96 et que y’aurait eu Wes Craven d’invité qui t’aurais fait un clin d’oeil en te pointant du doigt).

MINOU !

Tu vois les araignées comment elles mettent du temps à tisser leurs petites toiles toutes jolies quand l’astre du matin révèle la rosée déposée pendant la nuit et que ô merveilles des merveilles tu t’ébahis tel un nouveau-né devant sa première série netflix ? Bah t’oublies tout de suite !

On est dans le « putain tu vas t’en prendre plein la gueule ». Tisser une toile ? Ok, mais avec toutes sortes de pièges de guedins dignes de toute la saga Saw orchestrée par je sais pas combien de Jigsaw aux commandes ! 

Dix, comme les Dix petits nègres (c’est pas moi qu’a dit c’est le livre qui t’oriente direct), un Agatha Christie avec des ados. Et c’est. DÉ-LEC-TABLE. C’est hyper déstabilisant de s’apercevoir que tu trépignes de salegossitude à l’idée que chacun des dix personnages va avoir une mort horrible et de savoir pourquoi c’est lui qui disparait dans cet ordre là et tout.

Ooooouuuh. Bon attends attends j’ai pas été très clair. Je reprends, on est sur une île et t’as 7 ados + 3 adultes qui se retrouvent dans un manoir pour participer à une téléréalité mixée à un Escape Game littéraire. Sur le papier of course, parce que dans la réalité tu te rends vite compte que tout le monde cache un lourd secret et que s’ils vont pas tarder à servir de nourriture aux crabes c’est bien parce qu’ils méritent tous leur PUTAIN DE NÉMÉSIS (oui j’utilise du grec, mais c’est parce que j’ai vu Snatch au moins 73 fois dans ma vie alors laisse béton).

Voilà. Marine rend un superbe hommage aux contes traditionnels et à la mythologie grecque qui font la morale parce que t’as eu une conduite sale très sale dans ta vie et que t’as été un danger pour autrui et que du coup si tu payes c’est ta faute tu vas pas venir pleurer après on t’avais prévenu. 

Au-delà des conneries que je peux débiter, le roman est intelligent de par son approche des comportements déviants que reproduisent les adolescents entre eux, à force de se faire parasiter par certains comportements adultes, avec une grosse influence de toxicité masculine. Slutshaming, viol, agression physique et/ou verbale, exclusion des groupes dû aux différences physiques, ethniques, …

Brillant. 

Je jalouse les petits malins que je reconnais (enfin une surtout) dans les remerciements qui ont eu ce texte sous forme de feuilletons, mais je remercie la personne de pas m’avoir envoyé ça sous cette forme sous peine de harcèlement quotidien pour avoir chaque feuilleton le plus vite possible.

Marine, Olivier, merci, bravo je sais pas quoi dire, c’est juste une excellente collaboration encore une fois. Je vais ranger Dix à côté d’un certain Plus de morts que de vivants parce que c’est tout à fait sa place. 

DE KRO BISOUS 

(DU SANG DU SANG ENCORE DU SANG JE VEUX DU SANG !)

Lou.


La Brigade des Chasseurs d’Ombres, Chrysostome Gourio (Sarbacane, collection Exprim’), par Lou

Eh minou ? Tu t’es déjà demandé si on pouvait créer un lien entre des légendes amérindiennes, Lovecraft, Baudelaire, des divinités nordiques et Lemmy Killimister ? 

Te casse pas trop longtemps le cul en t’arrachant les cheveux à y réfléchir ou quoi hein, y’a Chrysostome Gourio qui s’y est collé. Aux petits oignons en plus.

Et j’me suis tellement marré. En bon gros geek, j’ai eu l’impression d’bouloter le mélange parfait entre les prophéties hallucinantes de Buffy contre les Vampires et l’humour lycanthtrope du Teen Wolf avec Michael J. Fox. T’ajoutes à ça des bonnes grosses influences type La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, et après tu regardes la petite filmo qui a servi à l’auteur pour écrire son bouquin et t’as pu qu’à te glisser easy ces 330 pages de pure dinguerie.

C’est Hugues et Lazare (putain même les prénoms sont choisis pour me faire kiffer) tu vois ils sont au Canada et ils doivent retrouver des militaires (un peu comme dans Predator si tu te rappelles), et comme dans le film de McTiernan, une fois retrouvés, c’est bien évidemment de pas mort naturelle qu’ils sont décédés. Déchiquetés les mecs, genre bien sanguinolents et tout hein. Et là BAM y’a Hugues et Lazare ils se font en plus attaquer par un loup et un ours mais en mode ultra vénère. 
Pis forcément y’a Lazare qui se fait mordre et t’es embarqué dans une aventure méga fêlée avec pas trop le temps de respirer.

Bon je t’en dis pas plus mais j’ai vraiment pris mon pied à essayer de décortiquer tous les anagrammes possibles des noms des personnages, j’me suis perdu dans des encyclopédies dark pour savoir d’où venaient le nom des prophéties. 

Petit clin d’oeil à Arkham mais je te laisse deviner où. Ça m’a fait penser à un film avec Ben Kingsley qui règne sur un asile au 19e siècle ambiance Mary Shelley un peu (putain c’est quoi ce film tiré d’un truc de Poe, aidez moi bordel !)

Voilà en fait La Brigade des Chasseurs d’Ombres, ça va satisfaire ton petit égo de gros geek et de culture pop à essayer de pécho tous les clins d’oeils, kaméos, crossover qu’il peut y avoir dans le bouquin.

On pense pas mal au Livre sans nom, et du coup aux délires de Robert Rodriguez, impossible de pas penser à Une Nuit en enfer tellement ça gicle de partout ambiance tripes à l’air et goules dégueulasses qui explosent à tout va. 

C’est typiquement le genre de bouquin dont t’as besoin pour souffler un coup entre deux romans qui t’ont bien plombé la gueule ou qu’on a trouvé hyper dense niveau littéraire. 

Enchaîne donc là dessus et dis moi ce que t’en as pensé ça me ferait grave plaisir !

See ya 


Lou

Jérusalem, Alan Moore (Inculte), par Lou

« Putain de merde ».

Je ne sais pas sous quel angle je dois me mettre pour. 

Non vraiment, si vous achetez ce livre, vous verrez que tout est question d’angles, et donc je ne sais pas sous quel angle je vais me placer. Celui du « il faut que je crie sur tous les toits que ce livre est un monument à lui tout seul ». Sinon, celui de tout garder pour moi. 

Bon oké. J’ai compris. 

Tu sais minou, je crois qu’on est pas en mesure de se rendre compte de l’impact que peut avoir Jérusalem sur la Raison. Je crois que j’aurai pas les mots assez pertinents pour rendre compte du génie de Moore.

Moore ne se contente pas de rendre hommage à Northampton -sa ville natale-, il partouze (littérairement) avec les meilleurs auteurs anglophones pour en accoucher d’un monstre hallucinant et déstabilisant. Il examine grâce son microscope céleste, chaque particule qui nous lie, les destins qui se croisent, les.

« Putain de merde ».

Je sais pas moi j’en perds mes mots et tout. 

Sachez qu’il sera question du 26 mai 2006. (Save the date). Sachez qu’il y aura du Charlie Chaplin. Attendez vous à se voir dessiner dans votre tête un univers puissant, à la douce folie que pouvait avoir Terry Pratchett, à l’oeil cinématocinglé d’un Terry Gilliam, au sens du merveilleux de Neil Gaiman, à la puissance des descriptions de James Joyce, à la parfaite dramaturgie de Samuel Beckett, au talent de Jack Kirby pour fabriquer des héros, à la façon dont Dickens titille l’enfance victorienne, …

Vous savez ce genre de livres que seuls ceux qui ont lu savent et toutes ces conneries ? On leur a trouvé un monarque, à ces livres.

Aussi excellent que soit ce livre, et vue la densité de l’écriture et des propos (traduits par Claro, ce qui est un exercice intellectuel supplémentaire j’te l’accorde minou), on pourrait s’attendre à être gavés de ces bons gros romans bien denses, d’avoir envie de plus de légèreté, de simplicité et tout.

Mais non. Moore est un tremplin. Un putain de tremplin de qualité. 

Alors en attendant sa canonisation, moi je dis que ce Saint Homme mériterait d’être baptisé « Lord Moore ». 

Nom de dieu. 

Après lecture de ce bouquin, vous ne lirez plus jamais un livre de la même façon. Vous ne prendrez plus jamais de trips sans avoir augmenté votre manière de percevoir les choses, vous aurez juste envie d’être branché sur une autre fréquence. 

Je. « Putain de merde ». 

Allez j’vais essayer de me remettre de cette claque. Tenter de retourner dans le monde réel. Même pas la peine de vous dire que vous hésitez blablabla mon cul et tout l’bordel.

Vous l’achetez et vous vous prenez une bonne grosse dose de culte dans la gueule, dans les veines, dans vos rêves. Partout.

See you on the other side.

Traduit de l’anglais par Christophe Claro.

Lou

Le Jour des corneilles, Jean-François Beauchemin (Libretto), par Lou

Wow, minou. J’te cadre direct le roman que je viens de lire, si tu kiffes les petits romans natural writing à la Gallmeister/Le Mot et le reste bah t’es tout pile là dedans, sauf que la narrateur, il a un peu la même palabre que Rabelais dans Gargantua. Imagine Sukkwan Island narré par Jacqouille la Fripouille. Effet garanti.

Sérieux au début t’y crois pas deux secondes, et après je sais pas tu te retrouves genre, emparé par le style et tu plonges direct dans la narration. Bim Bim. 

C’est une histoire à la première personne. T’es le fils Courge et tu vis en ermite dans la forêt avec ton père qu’est complètement cinglé. Genre il parle aux astres, il se torche à l’eau de vie et il te rosse à chaque fois que tu fais un truc qui lui plait pas. Tu sais pas trop à quelle époque on est vu que ça cause chelou chelou, mais y’a au moins la sécurité social et les médicaments pour soigner les nombreux amis que t’as dans la tête quand tu te causes à toi-même. T’es le fils Courge et tu subis les traitements de ton père qui vit avec le fait qu’il a perdu sa femme depuis que t’es né. 

Ça tangue souvent vers le fantastique, genre fantômatique un peu. Des fois le sordide te fait sourire alors qu’en vrai y’a pas grand chose de drôle et que ça vire parfois salement glauque. Mais au final entre tes mains t’as un livre que t’as envie de lire en groupe, parce que ça fait limite conte moderne tellement l’ambiance est propice.

Y’a apparemment eu une adaptation en film d’animation que j’ai pas vu, mais rien que le fait que ce soit Lorant Deutsch qui double la voix du fils Courge ça me coupe direct l’envie. Tu vois je pense qu’on peut vraiment lire ce récit à des gosses parce que la langue est vraiment chouette à découvrir même si au début tu bites pas grand chose.

Une super découverte, assez courte même si la langue prend du temps à assimiler. 

Gros coup de coeur en tout cas pour ma part ! Deal with it !

Lou

L’homme qui savait la langue des serpents, Andrus Kivirähk (Le Tripode), par Lou

Traduit de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier, illustrations de Denis Dubois, Le Tripode, collection Météores.

TEAM #SLYTHERIN, À MOI !

(tous ceux qui ont décidé de renier le fourchelang, passes ton chemin, salut).

Nom d’un petit sourcil qui ondule ! Je viens de passer trois jours ACCROCHÉ à…

Attends je recommence dac ? D’façon t’as le temps t’es vissé le cul sur ton fauteuil oklm, tout va bien.

(tu permets, je prends ma respiration un ptit peu d’abord dac ?). 

Anyway. Tu vois cette sensation que t’as quand tu lis un bouquin que pas mal de personnes autour de toi ont lu et qu’elles t’en chient une loghorrée de trucs comme quoi faut absolument que tu le lises, etc etc, mais que t’es super frustrÉe bicause t’as jamais pris le temps de le lire. Bah voilà on y est. Et cette sensation bizarre que maintenant tu sais. T’es pas capable de rendre compte à quel point tu viens de terminer un des livres qui marquera à jamais ton imagination mais tu sais que tu fais partie d’un truc, en silence. Un silence que ceux qui l’ont lu savent. Enfin t’as compris quoi (comment ça non ? BAH ATTENDS UN PEU SOIS PATIENT ÇA VA DEUX SECONDES).

Le truc vient d’Estonie. Estonie mon gars, déjà si tu te rappelles où c’est sur une carte de l’Europe moi j’te file un carambar. Et ensuite je crois que ce livre est la vengeance ultime du traducteur qui prend grave cher pendant ses études, quand tous ses copains se sont foutus de sa gueule en clamant « t’as pris ESTONIEN ? mais t’es un ouf malade toi nan ? ça existe la littérature estonienne au moins ? ».

BAH OUI PUTAIN.
(je savais pas hein)

On va entrer dans le vif du sujet sinon je vais te perdre et tu vas zapper et tout. Alors go go go.

En fait l’histoire du roman se passe à un moment qui a presque déjà été raconté par Michel Pastoureau dans son livre sur l’Ours. Ça se passe à un moment où l’Ancien monde a rencontré la « modernité » du monde chrétien, et qu’il a fallu au fur et à mesure oublier toutes les traditions ancestrales et tout. 

Et là tu vas me dire « ouais Lou encore un de tes putains de romans nostalgiques qui vont te transformer en vieux réac à moustache sudiste un jour ».

TG. Non. Parce que la force de Kiviräkh réside dans le fait qu’il n’est pas NOSTALGIQUE. Y’a des méchants partout (enfin surtout dans les derniers survivants qui ont les vieilles traditions parce que franchement les chrétiens dedans c’est genre des Moldus qui servent à rien à part se branler sur les chevaliers allemands qui apportent la chrétienté en Estonie et se faire mordre par des serpents ou se faire couper la tête).

Dans tout ce brol, on suit l’histoire de Leemet, jeune garçon super doué en narration au point de te déconnecter de toute la réalité qui t’entoure avec ses habitudes animalistes à la con mais qui fascinent comme un gosse devant son premier oualdizné.

J’ai A-DO-RÉ (avé l’accent parisieng, of course). Alors bien sûr il faut rentrer dedans, ça met du temps à démarrer, mais le résultat est épique. 

Tous les gros fans de druides, animalisme, pamphlets, récits contestataires, remises en questions des valeurs, pour se rendre compte que de toute façon la finalité elle est la même pour tout le monde, je vous conseille VIVEMENT de lire ce livre. 

C’est un peu comme le mythe du bon sauvage, mais en grave moins raciste. Enfin pas raciste à l’envers quoi, le bon sauvage existe pas dans le bouquin, c’est un putain de sauvage avec des traditions qui se perdent et qui se confrontent aux nouvelles traditions mais qui valent pas mieux l’une que l’autre. Juste que le monde est fou.

Et au milieu de tout ça y’a les animaux, les serpents, les ours et tout. 

T’attends pas non plus à voir un bon pour souscrire à la SPA ou à WWF à la fin du bouquin minou mais si t’aimes les GRANDS romans bah vas y les yeux fermés. 

Pour les sceptiques que j’aurai pas encore convaincu, c’est un genre de conte – on va dire fable carrément – inspirées des grands récits nordiques/teutons et on sent tout de suite l’influence que ceux ci ont eu dans la culture celte (genre les bretons et les angliches comme le Roi Arthur et Merlin l’Enchanteur et le Roman de Renart).

Putain ch’crois que j’ai jamais écrit un truc aussi long. Garde ça en tête si t’as encore besoin de preuves sur la qualité du pavé. 

Si t’as pas encore pris tes petites vacances annuelles à la Baule et que t’as envie de te lire un bon roman avec tout ce qu’il faut dedans, roule. 

C KDO WESH

Bisous

Lou

Star Trip, Eric Senabre (Didier Jeunesse), par Lou

Dans la vie y’a trois time travellers que j’affectionne particulièrement ; Doc Brown, Marty Mc Fly et celui qui remporte la palme, Eric Senabre. 

Que ce soit avec la trilogie Sublutetia dans laquelle on voyageait dans le Paris puis le Londres de la fin du 19e/début 20e, en passant par la Rome antique avec Elyssa de Carthage puis le Londres victorien du 19e siècle, grâce au Dernier songe de Lord Scriven, Eric est un sacré conteur, qui se confirme roman après roman.

Pour une fois je vais fermer ma gueule et pomper le résumé sinon je vais partir avec mes digressions habituelles qui font que je m’égare dans tous les sens et ce serait pas rendre honneur à cette chouette histoire. HAHEM, LUMIÈRE !

1968, Idaho. En l’absence de ses parents, May, 16 ans, s’occupe de son petit frère malade. Il s’amuse avec la navette spatiale de sa série préférée, Star trip, quand son acteur principal débarque chez les enfants. Désagréable, il joue si bien son rôle de capitaine Burke que le garçon, embarqué dans un périple jusque dans l’Utah pour faire décoller la navette, confond fiction et réalité.

Voilà, maintenant t’imagines que l’auteur est un trekkie confirmé (un fan de Star Trek pour ceux qui savent pas) mais qu’il en connait au moins autant que Georges Lucas sur Star Wars alors ça sert à rien de lui faire à l’envers en cherchant la baston intergalactique. Que les personnes à qui il rend hommage à la fin du livre sont des figures légendaires de la scène musicale anglaise et du petit écran américain. Que tous les personnages sont vraiment attachants, jamais vraiment méchants et toujours croqués avec une intelligence particulière et riche en anecdotes.

Merci à toi Eric pour ce trip quasi interstellaire tout en restant dans l’Idaho puis dans l’Utah. Je vais reprendre une phrase d’un de tes personnages qui m’a fait vachement du bien à mon identité un peu paumée, (d’ailleurs ce personnage m’a fait penser à ce vieux brigand de Don Miguel Ruiz et ses 4 accords toltèques, un fou qui dit des vérités faciles donc on prend ce qui est bon dedans et pissétou). BREF LA PHRASE LOU BORDEL LA PHRASE.

« Peu importe la destination, ce qui compte c’est le voyage ». Tout est résumé, c’est exactement le ton du roman. 

J’ai pas la connaissance nécessaire pour avoir décodé tous les petits privates jokes mais je peux vous dire qu’on en savoure tous ceux qu’on capte. Et ça fait plaisir de lire un auteur qui se fait plaisir pas vrai ?

Farewell my friend, live long & prosper !

Lou