Le Prix Polar des Blogueurs

Ce n’est pas tellement dans notre genre de participer à des prix, mais allez savoir pourquoi quand Léa nous a proposé de nommer un polar français et un polar étranger (chacun), toute l’équipe était partante ! Accrochez-vous donc, voici les nominés dans la catégorie Polar selon les Unwalkers.

Sélection polars français

Le boss : Ma douleur est sauvagerie de Pierric Guittaut (Ed. Equinox – Les Arènes)

Le Corbac : Rafales de Marc Falvo (Ed. Lajouanie)

Yann : Le Cherokee de Richard Morgiève (Ed. Joëlle Losfeld)

Fanny : Les mafieuses de Pascale Dietrich (Ed. Liana Levi)

Aurélie : Dans l’ombre du brasier d’Hervé Le Corre (Ed. Rivages/Noir)

Lou : Né d’aucune femme de Franck Bouysse (Ed. La manufacture de livres)

Roxane : Prémices de la chute de Frédéric Paulin (Ed. Agullo)

Sélection polars étrangers

Le Boss : Nuits Appalaches de Chris Offutt – traduction Anatole Pons – (Ed. Gallmeister)

Le Corbac : Les spectres de la terre brisée de Craig Zahler – traduction Janique Jouin de Laurens – (Ed. Gallmeister)

Yann : Willnot de James Sallis – traduction Hubert Tézenas – (Ed. Rivages/Noir)

Fanny : Un silence brutal de Ron Rash – traduction Isabelle Reinharez – (Ed. Gallimard)

Aurélie : Les mains vides de Valerio Varesi – traduction Florence Rigollet – (Ed.Agullo)

Lou : A sang perdu de Rae DelBianco – traduction Théophile Sersiron – (Ed. Seuil)

Roxane : Celles qui voulaient se souvenir de Kanae Minato – traduction Dominique Sylvain – (Ed. Atelier Akatombo)

C’était donc le premier tour, si vous nous lisez régulièrement vous ne serez pas surpris par nos choix ! Si vous ne vous rappelez pas pourquoi ils sont là relisez nos chroniques !

On vous reparle du second tour à partir du 30 septembre pour découvrir les 10 finalistes, on espère avec plusieurs de nos chouchoux, et pour plus d’informations sur le prix rendez-vous sur le site du Grand Prix des blogueurs Littéraires ou sur instagram, facebook etc !

Dieu n’aime pas Papa, Davy Mourier et Camille Moog (Delcourt), par Perrine

Ce n’est pas la première fois que je vous parle de Davy Mourier dont j’aime l’humour au 6ème degré. Dans la série La petite mort il nous parle comme son nom l’indique de la faucheuse, dans Davy Mourier vs Cuba de la dictature touristique. Comme toujours on retrouve dans Dieu n’aime pas Papa un pamphlet sur un sujet de fond très sérieux, ici la religion (mais pas que…), emballé dans un humour archi noir.

Je me suis marrée (beaucoup) mais j’ai surtout été extrêmement émue par le sujet et le traitement qui en est fait à travers le regard d’un petit garçon qui, plein d’innocence, essaye de comprendre, en toute bonne foi et malgré une souffrance terrible.

C’est bien fait, intelligent et savoureux, encore un Mourier que je valide !

Perrine.

7 raisons de lire Marin Ledun

  1. Écrivain étiqueté voix du noir, Marin est avant tout un auteur, ne suivant aucun chemin, pas de programmation, de carrière, il est libre. Si vous en doutez, regardez donc sa bibliographie. [Le boss]

2. Ils ne sont pas nombreux les auteurs à comprendre et décrire des sentiments féminins avec autant de justesse. Marin Ledun est de ceux là et nous offre des textes d’une grande beauté. [Perrine]

3. Fin connaisseur du roman noir, il refuse les cases, va toujours là où on ne l’attend pas et suit la route de chacun de ses personnages.

4. Ce qui l’intéresse, c’est l’humain. Reste à savoir ce que l’humain a fait de la société et vice versa. Il pointe régulièrement les travers du système du doigt, comme dans le magnifique roman Les visages écrasés (cruellement d’actualité puisqu’il raconte le calvaire des employés de France Télécom).

5. Ils ont voulu nous civiliser est inoubliable, il dessine des personnages d’une belle profondeur et nous entraîne dans un rythme infernal d’une noirceur abyssale. [Aurélie]

6. Le romancier est aussi passionnant que ses œuvres, l’entendre en table ronde est toujours un bonheur tout comme discuter avec lui en dédicaces (en plus il est drôle et sympa).

7. Auteur engagé, Marin Ledun n’hésite pas à tremper sa plume dans le vitriol quand c’est nécessaire. Il ne se contente pas de laisser parler sa colère et sait documenter ses textes et les argumenter. [Yann]

Vous en voulez plus ?

Découvrez l’entretien du Corbac avec Marin Ledun et retrouvez nos chroniques :

Le triomphant, Clément Milian (Equinox-Les Arènes), par Perrine

Alors là… Je suis perplexe. J’avais découvert Clément Milian avec son premier roman Planète vide dont je vante encore régulièrement les mérites, et j’attendais avec impatience son prochain. Evidemment, il est allé là où personne ne l’attendait et nous propose un roman des plus atypiques.

Le triomphant c’est une histoire de lutte du bien contre le mal dans une France ravagée par la guerre. Enfin non, ce n’est pas si simple forcément sinon ce ne serait pas intéressant.

Le triomphant c’est une chasse à l’homme au Moyen Age, 5 personnages à la poursuite d’un autre qu’ils ont nommé la Bête. Cette bête ils la connaissent bien, ils ont combattu à ses côtés, ils savent de quoi elle est capable. Ensemble ils ont massacré, pillé, pour une cause qui n’en était finalement même pas une. Rongés de remords, ils se sont donné une mission, tuer la Bête.

Peut-être que débarrasser le monde de ce monstre rachètera leurs pêchés ? Chacun d’entre eux est motivé par une raison différente, piété, orgueil, culpabilité, unis par un même objectif oui, eux pourtant si différents. Ils croiseront des cadavres en pagaille et des survivants, des forêts apocalyptiques et des rivières salvatrices, des scènes d’horreurs et quelques modestes éclaircies.

Dans une ambiance à mi-chemin entre la scène d’ouverture de Games of trones (le livre plus que la série) et la Jeanne d’Arc de Luc Besson, rythmé par une écriture sèche, courte, haletante, dépourvue de dialogues puisque la communication est en fait inexistante dans tout le roman, Le triomphant perturbe et pose bien plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Un livre qui a bien sa place chez Equinox, qui a le don de nous mettre entre les mains des ouvrages originaux qui en disent long sur l’humain et nous poussent à nous interroger sans cesse sur ce qui fait de nous ce que nous sommes, ou pas…

Perrine

Mapuche, Caryl Ferey (Ecoutez lire, Gallimard)

Je continue ma pratique du livre audio en voiture, et je dois dire que contrairement à ma précédente expérience avec Antonin Varenne (voir ma chro de Fakirs) l’audio a cette fois sublimé ma lecture.

Il faut dire que le lecteur Féodor Atkine a un talent remarquable (c’est aussi la voix française dans le film V pour Vendetta), il vous enveloppe de sa voix grave, joue admirablement bien les différents personnages et fait passer une émotion terrible dans chaque mot.

Venons en d’ailleurs aux mots, ceux de Caryl Ferey que l’on ne présente plus et dont le succès est absolument mérité. Dans Mapuche il revient sur la dictature argentine, les bébés volés, les vols de la mort, le combat des grands mères… Un sujet aussi dur que passionnant, aussi fort que nécessaire. Un pan de l’histoire dont personne n’est fier, une période que les argentins ont du mal à assumer, entre devoir de mémoire et honte.

Ici, à travers Liana, jeune indienne qui porte en elle les souffrances de son peuple, et Ruben Calderon, détective rescapé de l’Esma qui a subi avec sa famille l’horreur absolue de ce dont les tortionnaires étaient capables, Caryl Ferey nous parle de vengeance, du poids du secret, de tout ce que les hommes sont en mesure de faire pour se protéger.

Un roman magnifique qui m’a tiré de nombreuses fois des larmes (j’avais l’air maligne au volant), qui a le mérite d’être fidèle à l’Histoire et qui, peu importe le support, mérite d’être lu.

Perrine.

Fakirs, Antonin Varenne (Audiolib) par Perrine

C’est une chronique un peu particulière, pour une lecture qui le fût tout autant. Depuis peu obligée de faire une heure de route par jour, je me suis laissée tenter par le livre audio dans la voiture (emprunté à la médiathèque et non téléchargé illégalement cela va de soi mais ça va mieux en le disant). Bref, puisqu’on ne se refait pas et que je n’allais quand même pas me mettre à écouter des albums jeunesse dès le réveil malgré mes nouvelles fonctions, j’ai choisi de tenter l’aventure avec Antonin Varenne, dont Battues (la manufacture de livres) est en bonne place dans les romans qui m’ont marquée.

Est-ce dû au support ou au livre, je dois avouer que j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Nous commençons avec d’un côté un américain expatrié dans le Lot, vivant dans une tente retranché du monde, qui apprend la mort de son meilleur ami (américain lui aussi) à Paris. De l’autre, un inspecteur un peu dérangé et son adjoint, mis au placard dans le service des suicides. Ambiance lourde et déprimante à souhait, renforcée par la voix de Jean-Michel Vovx, caverneuse au possible. A ce stade, je regrettais presque mon choix d’écarter la littérature de jeunesse de bon matin.

Le roman tourne donc autour de la mort d’Alan, l’ami de l’américain, fakir de son métier (oui oui c’est un métier), drogué, mort sur scène lors d’un de ses numéros. Accident, suicide ou autre chose ? Les hypothèses vont bon train et nous permettront de remonter le fil de l’histoire de ce personnage atypique, tout en découvrant un peu plus notre héros.

L’inspecteur lui m’a tout de suite évoqué Columbo (et tous les clichés qui vont avec) au point de devenir très vite antipathique et particulièrement gonflant. J’aurai presque zappé les chapitres le concernant si je n’avais pas eu envie de ne rien perdre du fil.

Comme à chaque fois que l’on nous propose un roman avec deux histoires parallèles, il va de soi qu’à un moment les deux se rejoignent, et là… enfin, la magie a fonctionné et je me suis faite embarquer. J’ai retrouvé avec bonheur ce que j’avais aimé dans l’écriture d’Antonin Varenne : ses personnages, durs, bourrus, brisés et seuls, touchants dans leur détresses respectives ; son analyse, toujours fine de la façon dont fonctionnent l’homme et la société en général, des ravages de l’armée ou encore de la place de ceux qui sortent du système, et bien entendu un talent indéniable avec les mots.

L’intrigue m’a tenue en haleine au point de finalement rester 5 minutes de plus dans la voiture pour finir un chapitre et de pester parce qu’il n’y avait pas d’embouteillages. Je ne saurais donc dire si le temps qu’il m’a fallu pour adhérer à ce roman est dû au livre audio ou au roman lui même, mais en éjectant le CD j’étais néanmoins conquise quoi qu’un peu frustrée, j’aurais bien repris une plage ou deux de Columbo finalement, il m’était devenu sympathique.

Aucune bête, Marin Ledun (IN8) par Perrine

Définitivement je ne peux que vous encourager à découvrir la collection Polaroïd des éditions IN8. Des textes aussi courts que puissants, des sujets atypiques et des auteurs de grand talent (voir ma chro précédente de Marcus Malte).

Ici, Marin Ledun, qu’on ne présente plus tant il est adulé au sein de notre petit groupe, nous propose de suivre une femme qui court durant 24h non stop. Alors déjà moi (grande sportive devant l’éternel) j’ai découvert qu’on pouvait s’infliger volontairement de courir pendant 24h, en rond sur une piste… Imaginez ma consternation.

Rajoutez que notre Véra en question a une bonne quarantaine d’années de mémoire, trois enfants, un boulot et un mari. Double consternation (mais comment peut-on avoir envie de faire autre chose de son temps libre que de se reposer ?!).

Enfin, sachez que Véra fait ou plutôt faisait de la compétition de haut niveau donc, et que juste après la naissance de la fille, elle a été accusée de dopage. Elle revient donc une fois sa condamnation terminée.

Vous allez me dire, bon tu n’as pas l’air d’avoir accroché avec le personnage dis donc ? Et bien si… et c’est là que je me suis surprise moi même.

Cette femme qui s’entraîne comme une dingue pour une compétition qui pour moi n’avait aucun sens si ce n’est se torturer, elle m’a donné envie de me mettre à courir. Tout le texte repose bien entendu là dessus, sur le pourquoi de cet acharnement, sur ce qui nous pousse à nous dépasser, sur ce que nous sommes…

Et quand je dis nous, je ne veux pas parler de l’être humain, mais de la femme. Ils ne sont pas nombreux les auteurs à comprendre et à décrire des sentiments féminins avec autant de justesse. Marin Ledun est de ceux là et nous offre un texte d’une grande beauté.

Bien plus qu’une course où l’enjeu serait de dépasser ses limites… A lire vraiment !

Perrine.

Ils ont voulu nous civiliser, Marin Ledun (Flammarion – J’ai lu) par Aurélie

Tous se passe sur un temps très court, à la faveur d’un nuit de tempête près de la côte Atlantique. La tension monte, une chasse à l’homme enragée débute et les éléments se déchaînent pour donner au roman une atmosphère de fin du monde. L’Apocalypse, c’est bien ce à quoi semble s’être préparé un vieil homme dans sa propriété depuis des décennies. Il n’est pas rentré indemne de la guerre d’Algérie et a constitué un véritable arsenal au fil des années. Seul phare au milieu de la tempête pour le jeune homme poursuivi, sa maison pourra-t-elle lui offrir un refuge ? Un roman qui dessine des personnages d’une belle profondeur et nous entraîne dans un rythme infernal dans une noirceur abyssale. Pour moi, tout simplement inoubliable.