Par les routes, Sylvain Prudhomme (Gallimard – L’Arbalète), par Lou

J’ai , je crois, fait une expérience. De celles qui t’assomment et dont tu te réveilles en plein brouillard, mais genre des kilomètres et des heures plus tard. Je savais pas pour moi parce que c’était la première fois.

C’est dingo comme des fois le hasard fait que tu peux t’éloigner de certaines personnes, que même vingt ans après quand t’en as ras le cul de ta vie actuelle tu te décides à changer de vie et recroiser ceux qui t’ont construit. 

Par les routes, je l’ai lu comme on file sur l’A6, bouffant des bornes à la pelle en faisant pas vraiment attention à ce qui était écrit. C’est que quand je faisais les pauses que ça venait me percuter de plein fouet en plein dans ma caboche de sale gosse. L’air de dire. Putain. L’effet à retardement. Comme le gars qui te raconte une blague et que tu piges 2 jours après alors que t’es seul dans ta bagnole. 

Y’a Sacha. Sacha vient vivre à V. (et mon vieux c’est tellement délectable de partager un secret de savoir quelle ville c’est en vrai la ville de V. que t’as ce petit pincement de l’égo qui vient te taquiner le coeur par moments, et ça j’aime beaucoup si tu veux tout savoir). Il y a son cousin qui vit déjà là bas et qui on sait pas trop par quelle magie lui permet de retrouver l’Autostoppeur. 

On saura jamais le nom de l’Autostoppeur. On saura juste que Sacha et lui ont été amis et qu’ils se sont pas vus depuis 17 ans. Que maintenant l’Autostoppeur il a une amoureuse et un fils. Et que l’envie de parcourir les routes ne l’a jamais quitté. Qu’il en a besoin, parce que ça lui permet de rencontrer des gens qu’il aurait jamais rencontrés normalement. De partager des vies. 

C’est des fois un triangle amoureux mais pas dégueulasse ou quoi. Simple. Parce que certaines personnes préfèrent se raccrocher au fait qu’on a bien qu’une seule vie pour empêcher les autres de vivre ce qu’ils ont à vivre.

Y’a aussi le fait que des fois on a besoin que certaines personnes partent pour se rapprocher naturellement de certaines autres. 

Et si tu lis des fois avec un peu de scepticisme sur l’innocence de certaines situations, tu te dis que Kundera, Pons et Mc Carthy veillent un peu sur Sylvain Prudhomme et que son histoire elle en est encore que meilleure tu vois ?

Moi je te conseille de lire Par les routes. Pas parce qu’il est beau ou profond ou quoi. Parce qu’une fois que tu feras des pauses, t’auras l’impression qu’on t’as mis un de ces uppercuts dans la tronche mais sans que tu t’en rendes compte déjà et qu’ensuite, qu’ensuite celui là de coup de poing il fait pas du tout mal.

Mon vieux c’était trop bien !

À plus ! 

Lou.

Starlight, Richard Wagamese (Zoé), par Fanny

Je l’ai lu depuis un petit temps. « Starlight », le dernier roman de Richard Wagamese ( traduction de la fidèle Christine Raguet ) sort le 22 Août prochain et j’avais vraiment du mal à me jeter dans l’arène des mots, de peur de mal écrire mes ressentis liés à cet immense écrivain. Sûrement parce que je chéris particulièrement cet auteur, pour diverses raisons.

Wagamese touche à l’essentiel d’une vie et Franklin Starlight revient pour un dernier hommage à son créateur Ojibwé.
Franchement, si vous n’avez pas encore lu « Les étoiles s’éteignent à l’aube » (qui est désormais paru en format poche), allez-y les yeux ouverts, c’est sublime.

« Starlight » ou la quintessence d’un homme.

Déjà l’écriture, d’une fluidité et d’une beauté si extraordinaires. je veux éviter le « trop » en matière de superlatifs, mais là, cela va être difficile.

Franklin a grandi, est devenu un homme humble, taiseux, profondément altruiste. Il est resté dans la ferme du « vieux » qui l’a élevé, profondément aimé. Frank photographie l’instant animal, la beauté sauvage, la nature qui l’environne. Ces descriptions sont d’une rare intensité, comme si l’auteur déployait ses ailes d’écrivain, c’est si juste, si précis en son cœur.
Et puis l’histoire qui relie Frank au monde des humains. Celle d’Emmy, femme brisée par les hommes qui, un jour, décide d’ hurler sa haine et sa douleur à la face d’une brute. Elle s’enfuit alors avec sa fille, sur les routes, se rapprochant de celle qui pourra, du mieux possible, lui panser ses blessures : cette nature majestueuse du Canada ouest.
Mais bien évidemment, la brute ne peut laisser s’échapper sa proie… .

Avec une profonde empathie pour ses personnages principaux, Wagamese nous livre une histoire prenante, vibrante et laisse s’échapper une fin. Une fin qui n’en est pas vraiment une, une fin testament, d’amour pour ce monde, une fin qui relie au Grand Tout, l’Orenda, comme un poème laissé juste avant sa mort.

Richard Wagamese avait un talent fou. « Starlight » devient sa sublime étoile, amer remarquable de sa vie d’écrivain généreux et magnifique.

Fanny.

Traduit par Christine Raguet.

Un monstre et un chaos, Hubert Haddad (Zulma), par Fanny

Happée, subjuguée, effarée, emportée. « Un monstre et un chaos » vient d’une histoire tristement ancienne, celle de la violence des hommes faite à leurs semblables.

Avec son écriture d’une rare finesse, sa manière de déployer les scènes avec maestria, son sens du rythme et de la dramaturgie, Hubert Haddad signe un très -très- grand roman.

Ils étaient jumeaux, Ariel miroir d’Alter, deux jeunes garçons d’une bourgade polonaise, Mirlek. Ce sont les enfants du désastre, déjà marqués par les blessures familiales liées à la Grande Guerre, entourés d’âmes fracassées.
Shaena entoure ces deux gamins qui surgissent, se fondent, surprennent, découvrent, vivent ! Puis un jour, un monstre d’acier s’approche du shtetl, articulé par des hommes assoiffés de sang, de rage, de haine.
Soudain, Alter perd Ariel, sa maigre famille, son foyer tremblant. Il erre, soutenu par le refuge de la forêt, il avance, hébété.

Alter se retrouvera dans le ghetto de Lodz. Il ne se soumet pas au port de l’étoile, résiste à sa manière, surgit, guette, rencontre, se débat, s’échappe, puis se laisse apprivoiser par Maître Azoï qui tient en ce lieu, un théâtre de marionnettes. Mais dans cet espace entravé existe aussi, et a vraiment existé, Chaïm Rumkowski, autoproclamé « Roi des Juifs ». Ce personnage sauve ce qui déjà ne lui appartient plus et brise son peuple avant de le mener au chaos.
Rumkowski transforme le ghetto en camp de travail, petites mains qui se brisent sur les fils tendus des machines, tout cela pour servir le Reich.
Dans cette apocalypse, Alter trouve des bouts de tissus dans la caverne de Maître Azoï, il polie, biseaute, assemble, peint, vernit, crée sa marionnette, miroir de l’âme.

J’ai été envahie par ce roman, j’y ai ressenti tellement de choses, à la fois la beauté et la cruauté, la maigreur et l’opulence, la lâcheté et le courage, l’infamie et la résistance.
« Un monstre et un chaos » vous happera jusqu’à la dernière page, les blessures profondes venant chercher l’onguent provenant de cette culture yiddish vive et éternelle.

« Un monstre et un chaos » est un éblouissement littéraire, un roman d’une force immense. Ne l’oubliez pas, n’oubliez jamais.

Fanny.

Ici n’est plus ici, Tommy Orange (Albin Michel – Terres d’Amérique), par Yann et Fanny

James Welsh, Sherman Alexie, Louise Erdrich, Joseph Boyden, Richard Wagamese et bien d’autres ont, depuis quelques décennies, permis l’émergence d’une littérature amérindienne riche et vivante grâce à laquelle les premières nations parviennent à faire entendre leurs colères, leurs combats et leurs difficultés à trouver une place dans le monde actuel. Loin des clichés auxquels il serait tentant de les assimiler, ces voix tentent chacune à sa manière de remettre en perspective l’histoire de leur pays (qu’il s’agisse du Canada ou des Etats-Unis) et le rôle que l’homme blanc a voulu leur attribuer, dans l’imagerie de la conquête de l’Ouest en particulier. C’est tout le poids de ces violences et mensonges qui pèse sur la plupart de ces textes, à l’instar de celui qui nous intéresse aujourd’hui, signé par un jeune auteur dont la toujours excellente collection Terres d’Amérique nous propose le premier roman.

Tommy Orange est né en 1982 dans l’Oklahoma mais c’est en Californie qu’il a grandi, plus précisément dans la ville d’Oakland, où il a choisi de situer l’action de « Ici n’est plus ici » (« There there » en V.O.). Auréolé de plusieurs prix littéraires outre-Atlantique, il a également été finaliste du Pulitzer et du National Book Award.

 » A l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier. Ensemble, ils vont faire l’expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux. » (4ème de couverture).

Roman choral, « Ici n’est plus ici » présente ainsi une succession de destins cabossés où alcool, drogue, violences conjugales, dépression et pauvreté sont le lot quotidien des personnages de Tommy Orange. Ils n’ont en commun que leur appartenance aux premières nations et une vie chaotique, un mal-être chronique et l’incapacité de s’adapter à ce monde que les blancs ont modelé autour d’eux après avoir spolié leurs terres. Entre colère et résignation, ils cherchent leur place, tentant de redéfinir leur identité et d’être reconnus comme des américains avant d’être des indiens. Mais il y a belle lurette que le rêve américain a cédé sous les coups de boutoir du racisme et du communautarisme et il est parfois difficile de se plier à cette réalité.

 » Toutes ces histoires que nous n’avons pas racontées pendant si longtemps, que nous n’avons pas écoutées, font simplement partie de ce qu’il faut soigner. Non que nous soyons brisés. Et ne faites pas l’erreur de nous trouver résistants. Ne pas avoir été détruits, ne pas avoir abandonné, avoir survécu, n’a rien d’un titre honorifique. Diriez-vous de la victime d’une tentative de meurtre qu’elle est résistante ? « 

Ce grand pow wow (rassemblement d’origine religieuse, devenu plus festif et destiné à maintenir l’héritage culturel des amérindiens du Nord) organisé à Oakland est donc l’occasion pour les protagonistes du roman de renouer avec leurs racines en essayant par la même occasion de redonner un sens à leur vie. Mais ils seront rattrapés par cette violence que la plupart d’entre eux ont côtoyée à un moment où un autre de leur vie, et que le pays subit régulièrement sans que rien ne soit fait pour y remédier …

Tommy Orange met le doigt là où ça fait mal et laisse gronder sa colère tout au long des 330 pages de ce roman dont il sera difficile de se défaire après l’avoir lu. Fustigeant, dès le prologue, la violence et les trahisons qu’infligèrent les blancs aux autochtones, il décrit sans faux semblants les conséquences directes et indirectes de ces décennies durant lesquelles les premières nations se virent combattues puis parquées afin d’assouvir la soif inextinguible des pays colonisateurs. Aussi noir soit le constat, les personnages d’ « Ici n’est plus ici » parviennent pour la plupart à garder la tête haute, à retrouver un peu d’estime de soi et ce n’est pas le moindre mérite de Tommy Orange que de parvenir à sauvegarder cette fierté sans laquelle les amérindiens, leur culture et leurs combats ne seraient plus qu’un souvenir fumant.

Traduit de l’américain par Stéphane Roques.

Yann.

« Ici n’est plus ici » est à la fois comme un tambour dont la résonance reste longtemps en nous, comme la puissance d’un chant ancestral qui vous remue les tripes, comme un tag poétique violemment posé sur un mur bétonné.

Tommy Orange donne le ton dès la première page : le parallèle, effarant et terriblement à propos, entre cette mire à tête d’Indien qui persista sur tous les écrans américains jusqu’à la fin des années 70 et la décapitation du grand chef Metacomet dont la tête fut plantée sur une lance et exhibée vingt-cinq années durant. Voilà ce qu’est l »héritage Indien, l’héritage d’un génocide.

« Ici n’est plus ici » (traduction essentielle de Stéphane Roques) ne fait ni dans la dentelle colonialiste ni dans le romantisme des Premières Nations.

Ce roman est une histoire construite par douze personnages, femmes et hommes, qui tissent entre eux un lien. Ils nous font revenir sur leurs douleurs physiques ou psychologiques, leurs violences subies ou rendues, leurs failles, leurs désobéissances, leurs luttes.

Dans ce roman ultra contemporain, Orange nous raconte la sédentarisation, l’ostracisation,l’alcoolisme, la perdition, les massacres, mais aussi l’espérance, le pardon, la filiation, l’amour.

Avec une plume d’une rare intensité, Orange nous dit au travers de ses personnages, ce que peut vouloir dire être « Indien » aujourd’hui, dans cette société américaine: devoir se fondre dans cette masse urbaine, se laisser parfois réveiller ou surprendre par d’anciens héritages, d’anciennes blessures, essayer de trouver un sens à cette existence d’effacé(e)s et de disparu(e)s.

Douze destins se rejoignent donc pour un pow-wow, une célébration amérindienne de ce qui fut et persiste à être, à l’ombre d’un grand stade et non plus de sequoias. Douze personnages sédentaires solitaires qui se retrouvent pour éprouver leur héritage, chacun(e) à sa manière, ici, ailleurs, partout et nulle part.

Voici un roman d’un grâce fulgurante, véritable coup au cœur de cette Rentrée 2.019. »

Fanny.

Rafael, derniers jours, Gregory McDonald (10/18), par Lou

Eh boï tu sais c’est où toi Morgantown ? Attends j’vais te raconter un peu en même temps que l’histoire de Rafael. 

Tu vois on m’avait dit que ce livre il fallait absolument que je le lise et quand j’ai répondu bavazi dis pourquoi qu’faut que j’le lise ? on m’a dit c’est l’histoire d’un père qui se sacrifie pour sa famille. 

J’voulais pas dire au client qu’des histoires comme ça j’en avais soupé. J’en avais ras le cul des histoires où papa qui fait des conneries revient tout rédempteur à essayer de se racheter, ça a niqué la vie du gosse mais là faut qu’il pardonne parce que papa est triste et boum surprise le paternel clamse à la fin et le fils comprend à quel point il était grand au fond. Ras le cul.

Mais comme y’a que les zobs qui changent pas d’avis j’ai changé d’avis tu vois et franchement je regrette pas. Y’a même Philippe qui m’a dit que j’en aurai mal à mon bide, et Julien qui m’attend au tournant si j’en dis du mal et tout. C’est son livre préféré dans la vie presque. Pression. 

Bin mon vieux j’ai une sale boule dans le ventre et la gorge remplie d’un truc comme quand tu regardes un drame des années 90 que t’as beau faire ton fier et ton trou du cul insensible et tout, alors que vient se dérouler sous tes yeux une histoire qui t’crève le coeur. 

Pas de rédemption ni rien de ce genre. Morgantown (j’y viens ayé) c’est juste un bled qu’en est même pas un déjà. Genre si Dieu il existe il a craché par Terre à cet endroit là précisément. En mode bidonville un peu mais j’imagine dans le sud-ouest désertique des États-Unis quoi. Et comme dans toute biodiversité qui naît de n’importe quoi y’a toute une troupe de gens qui vivent là, dont Rafael.

J’ai dit ils vivent mais en fait ils … subsistent (ch’crois que c’est comme ça qu’on dit quand cherche pas à être insultant). Ils ont pas de passé, pas d’avenir. Ils se partagent tout et y’a des gosses un peu partout. Des gosses, des vieux et des adultes malades. Et Luis qu’a un camion, mais c’est un vrai zob en plus d’être le frère de Rafael. 

Bref Rafael il parait un peu teubé à première vue, je crois qu’on aurait dit simplet à une époque. Simplet avec un look d’Indien apparemment vu que c’est de ça qu’on l’traite dans le bouquin, mais quand il demande à son père si c’est un Indien son père il lui dit juste de fermer sa gueule. Pas de passé, pas d’histoire j’te dis. 

Rafael il a qu’une envie, c’est que sa famille et les gens de Morgantown ils se tirent de là bas. Qu’ils aillent à la ville, qu’ils jouent au base-ball, deviennent docteur, fassent de la musique. Il en a marre que les gens crèvent comme ça. Et il a pas un rond, et il est alcoolique, il sait qu’il va crever sans que ça fasse de pli ou quoi. 

Alors un jour qu’il est rond il se rend dans un entrepôt qoù y’a un gars qui s’appelle McCarthy (comme Cormac ouais) et il lui propose un boulot : 25 000 dollars pour jouer dans un Snuff Movie. Et Rafael il accepte parce qu’en fait crever ça lui fait pas peur. Simplet on pensait ? Lucide le gars, genre de savoir quand il va crever et comment, ça le rend, lumineux (dans nos têtes hein parce que dans le livre t’as juste envie d’y mettre deux claques à dire mais putain arrête tes conneries mon gars).

Autant j’ai le coeur accroché quand je vois des trucs gores ou violents et tout la faute à quand j’étais gosse et franchement les premières scènes j’m’ai dit « bon ça va si c’est que ça c’est dégueulasse mais admettons » autant en fait au bout d’un moment c’est pas que t’en peux plus mais tu somatises. Genre ton corps il fait des soubresauts tu vois ? C’est pas la spasmophilie encore mais t’es au 3e barreau sur l’échelle quand même. 

J’ai trouvé le sujet vraiment très bien traité, genre pas du tout mélo ni larmoyant ou quoi. Genre malgré une atmosphère poisseuse au début comme dans U-Turn un peu (faut que tu vois ce film minou il est énorme) et des envies de lire dans ton frigo tellement ça cagne des fois dedans, ce livre est putain beau. 

On essaye pas de t’enfler en te filant de l’espoir, y’a pas d’héroïsation (rien à foutre si ça veut rien dire t’as compris) du personnage principal, même les « méchants » ils ont juste l’air dégueulasses mais au final ils pourraient être n’importe qui tellement ça se tient. 

Cette histoire elle a été publiée y’a longtemps hein, genre en 1991 et j’ai vu après avoir fait des recherches et tout que y’a eu un film avec Johnny Depp et Holy Shit Marlon Brando dedans ! (sorti en 1997), et Luiz Guzman qui est à peu près le 2e portoricain après Danny Trejo (qui est américain) à jouer dans tous les films mexicains que t’as vu. Bref je veux voir ce film alors si vous avez des retours à faire dessus t’hésites pas tu laisses un commentaire et tout.

Voilà t’as été bien courageux si t’as tenu la route jusqu’au bout de mon ressenti, je peux que te conseiller de lire ce court roman profitez en il est souvenu épuisé tellement il est bien et pas souvent réédité. Pour ceux qui l’ont lu bien joué vous m’avez transmis le virus il mérite sa place dans ma bibli à coté de tous les romans américains qui défoncent ses parents !

Hasta luego hijo.a.s

Lou.

Traduit par Jean-François Merle.

A sang perdu, Rae DelBianco (Le Seuil), par Yann, Aurélie et le Boss

Il est un peu lassant de découvrir à longueur d’année le nouveau Cormac McCarthy, encore plus quand le successeur en question propose un roman bien loin de tenir la route (ah ah ah) face à l’oeuvre du grand romancier américain. Alors, inévitablement, c’est avec une pointe de méfiance teintée d’agacement que l’on reçoit ce premier roman de Rae DelBianco (titre original Rough animals), même si la recommandation est cette fois signée par le très respectable Philipp Meyer.

330 pages plus loin, le lecteur essoufflé se voit contraint d’admettre que, oui, ma foi, peut-être, quand même, wow ! Alors, clarifions et nuançons notre propos : Rae DelBianco n’est pas le nouveau Cormac McCarthy. C’est un premier point. A sang perdu est un p… de bon roman, c’est un second point et c’est le plus important.

D’abord, il y a cette photo en 4ème de couverture, jeune femme blême au regard cerclé de noir, impressionnante. Puis ces quelques lignes de présentation qui nous apprennent entre autre qu’elle s’est lancée dans l’élevage de bétail à l’âge de 14 ans. Respect. Ensuite vient le texte.

« Depuis la mort de leur père, Wyatt et Lucy vivent isolés sur le ranch familial de Box Elder, Utah. Jusqu’au matin où leur troupeau de bétail est décimé par une gamine sauvage au regard fiévreux, un semi-automatique dans une main, un fusil de chasse dans l’autre. Rendu fou par la perspective de perdre la terre de ses ancêtres, Wyatt s’engage dans une course-poursuite effrénée : douze jours à parcourir sans relâche un monde cauchemardesque, peuplé de motards junkies, de cartels de drogue sanguinaires et de coyotes affamés, au risque de s’éloigner à jamais de la seule personne personne qu’il ait jamais aimée. » (4ème de couverture).

Le ton est donné dès les premières pages, avec une scène d’ouverture assez impressionnante, parfaite introduction à l’odyssée sauvage qui va s’ensuivre. Si Rae DelBianco ne s’encombre pas, c’est le moins que l’on puisse dire, d’une trame complexe, elle force néanmoins l’admiration par sa façon de traiter l’histoire, et l’énergie qu’elle y insuffle, faisant ainsi d’ « A sang perdu » un texte électrique à la tension permanente. Ici, les moments de répit sont rares et ne servent qu’à permettre aux protagonistes malmenés de panser leurs blessures avant de retourner dans l’arène. D’un motel miteux à un désert hostile, une violence inouïe accompagne Wyatt dans sa traque et le lecteur ébahi se souviendra avec une émotion particulière de cette scène hallucinante dans un Walmart. Rae DelBianco ne se défausse pas, chez elle, pas d’ellipses ni de rebondissements salvateurs, on suit chaque combat au plus près, à chaque seconde. C’est sans doute cette noirceur, cette écriture au coeur de l’action et de la violence des hommes qu’a voulu saluer Philip Meyer en comparant la jeune autrice à Cormac McCarthy et il est indéniable qu’elle impressionne durablement.

Là où on aurait pu craindre un énième roman de série B (ou Z, peu importe) avec motards sous amphets, coyotes et gangs de trafiquants, Rae DelBianco a l’intelligence d’entrecouper la quête de Wyatt de flashbacks sur divers épisodes de sa vie et en particulier la mort de son père et elle apporte ainsi un éclairage nouveau sur le lien qui unit Wyatt à sa soeur tout en offrant en même temps une réflexion plus ouverte sur la culpabilité et le pardon. Elle parvient à éviter l’excès, la surenchère et son roman gagne progressivement en épaisseur, sortant de la violence pure et d’un rythme effréné pour mieux considérer les hommes et leur folie.

Véritablement habité, pour ne pas dire hanté, ce premier roman devrait secouer la rentrée littéraire et l’on ne peut que s’en réjouir tant il nous semble mériter d’être découvert. Inutile de préciser que l’on guettera avec beaucoup d’intérêt les prochains textes de cette romancière dont on espère encore beaucoup.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Théophile Sersiron.

Yann

Cette couverture qui vous regarde droit dans les yeux est celle de l’un des meilleurs romans de cette rentrée littéraire, un 1er roman qui plus est.

Cela fait 5 ans que le temps s’est arrêté dans le ranch de Wyatt et de sa soeur jumelle Lucy. Depuis la mort du Père, depuis qu’il s’agit juste de s’occuper des bêtes et de la propriété, jour après jour, en tentant d’étouffer une culpabilité écrasante.

Le lecteur a bien peu de temps pour mesurer cette pesanteur étrange puisqu’elle vole en éclat dès le début du roman avec l’arrivée d’une créature au comportement paraissant presque diabolique à nos deux reclus.

Une ado, semblant à peine sortie de l’enfance, entre dans leur vie comme une furie et menace l’équilibre financier du ranch déjà précaire. Wyatt n’a d’autre choix que de se lancer à sa poursuite pour récupérer son dû.

Il entame alors une traque qui l’emmènera bien plus loin que ce qu’il pensait, au fin fond du désert et de son âme, à la limite de l’inhumanité et de ses possibilités physiques.

Un roman au rythme infernal. On a à peine le temps de reprendre son souffle lors d’appartés concernant le passé des jumeaux que l’action reprend de plus belle dans un présent dont on se demande s’il mènera à un quelconque futur.

Un très très grand roman qui vous laissera exsangues après quelques heures de lecture effrénée, sonnés par la puissance de l’écriture, par une narration sans faille et la philosophie tout personnelle d’une gamine éblouissante de violence et de sagesse.

Aurélie.

Bon, on me l’a chaudement recommandé, soit, je lis, mais douche froide et même pas l’écossaise.

A sang perdu par Delbianco

Il faudrait vite arrêter de citer Cormac Mccarthy à tout bout de champ.

Alors que l’auteur est depuis des années sur « The passenger » on espère par ailleurs qu’il sortira un jour… Alors à nos moutons, nos vaches…

bon une histoire de plus chez les ricains, famille, drogue, poursuite, « nature writing »….

C’est bien écrit, bravo, mais rien de neuf à l’ouest…

Aussi vite lu qu’oublié, à vous les studios… putain personne répond…

Allo ?

je suis pas mainstreaaaaaaaaaaammmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm……?

Le Boss.

La forêt muette, Pierre Pelot (Verticales), par Yann

On a récemment proclamé ici même l’amour que l’on porte à l’immense Pierre Pelot, à l’occasion de la sortie des Braves gens du Purgatoire, annoncé comme son ultime roman. Puisque l’occasion nous en est donnée, remontons aujourd’hui jusqu’en 1998, année de publication de La forêt muette aux éditions Verticales. Encore disponible sous ce format, le roman a également été réédité en version numérique par les éditions Bragelonne en 2013, dans la collection « Bragelonne Classic – Terreur ».

On l’a déjà dit, les étiquettes ne nous semblent pas avoir réellement de valeur quand on cause littérature, alors, « Terreur » ou autre chose, finalement … Evidemment, pour qui aura découvert Pelot avec un de ses derniers romans, le choc risque d’être rude tant l’écriture et le traitement de l’histoire sont ici aux antipodes de ce style luxuriant, ces phrases qui semblent ne jamais reprendre leur souffle, ces descriptions riches et détaillées qui caractérisent l’écrivain des Vosges depuis quelques années.

Ici, comme dans bon nombre de ses ouvrages plus anciens (pour mémoire, pas loin de deux cents livres au compteur), Pierre Pelot se concentre sur l’histoire, le cadre, les personnages et les dialogues et son écriture vise la justesse et l’efficacité, voire la sécheresse, maintenant au long de ce récit une tension permanente qui bouscule le lecteur autant que Dien et Charlie, principaux protagonistes de ce concentré de noirceur.

Les deux hommes, bûcherons, travaillent ensemble dans un secteur redouté des montagnes vosgiennes, le tristement célèbre « Cul de la mort » où furent commises un certain nombre d’horreurs durant la seconde guerre mondiale et où d’autres hommes périrent encore au cours des décennies suivantes. Charlie et Dien sont les derniers à accepter d’y travailler, malgré la dangerosité du site et la pénibilité du travail. Jusqu’au jour où apparaît une jeune femme parlant une langue inconnue … Nul ne soupçonne l’ampleur de la folie qu’elle emmène avec elle.

Loin de se résumer à un roman de genre, terreur, angoisse ou autre, La forêt muette en dit long sur les hommes et la guerre, sur la façon dont celle-ci fauche des vies et brise impitoyablement ceux qui en reviennent. Dien, survivant d’Indochine est traumatisé à jamais par ce qu’il y a vu et considéré à ce titre comme un homme instable et perturbé. Charlie, lui, n’a pas vécu le conflit mais une enfance difficile qui a fait de lui un être que l’on ne prend pas souvent au sérieux, une sorte d’idiot du village. Avec en arrière-plan, les échos des atrocités perpétrées pendant la guerre, l’apparition de cette jeune femme devant les deux hommes au mental fragile va provoquer une explosion qui n’épargnera personne.

Concentré sur 190 pages, ce roman est une plongée aux enfers qui rappellera inévitablement le cauchemardesque Délivrance de John Borman, film profondément marquant pour celles et ceux qui l’ont vu. Etouffant, cruel et humain malgré tout, La forêt muette est un texte qui ne s’oublie pas, et, surtout, ne laissera pas indifférent. C’est aussi dans ce grand écart entre certains de ses livres que l’on reconnaît la marque d’un grand écrivain, cette capacité à se renouveler sans cesse, sans se préoccuper une seconde de ménager son lectorat. En ce sens, La forêt muette est encore une réussite à mettre à l’actif de Pierre Pelot, même si ce ne sera sans doute pas son livre le plus facile à conseiller.

On vous épargnera le couplet « Ames sensibles … blablabla » mais vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.

Yann.

Idaho, Emily Ruskovich (Gallmeister) par Yann

On connaît depuis longtemps le talent d’Oliver Gallmeister, cette capacité à proposer de nouvelles voix américaines, la dernière en date étant celle de Gabriel Tallent et son My absolute darling à côté duquel il a été difficile de passer en 2018. Malheureusement resté un peu dans l’ombre de l’histoire de Turtle, le premier roman d’Emily Ruskovich, qui sort en poche ces jours-ci, est à lire absolument.

Au coeur de l’histoire, un drame survenu durant le mois d’août 1995. Le destin d’une famille bascule irrémédiablement ce jour-là … La lumière ne sera faite que progressivement sur les circonstances exactes de cet événement.

Là où Gabriel Tallent oeuvre à la tronçonneuse et multiplie les scènes choc, Emily Ruskovich brode une toile toute en finesse, dense et saisissante. Idaho offre une impressionnante palette de variations autour de la culpabilité et du pardon, de la mémoire et de l’oubli, de la présence et de l’absence.

« Elle préfèrerait encore la présence vacante de Jenny que le fantôme de son absence ici, dans cette moitié de pièce avec ses rideaux en guise de murs.  L’absence de Jenny semble mieux la décrire que sa présence; elle est un navire sur le point d’accoster mais qui diffère lui-même son arrivée. »

Emmenant son lecteur de 1973 jusqu’en 2025, l’auteure tend des passerelles entre les époques avec une virtuosité et une maîtrise admirables, à l’aide de sons, d’odeurs ou de souvenirs, créant des liens multiples entre époques et personnages.

Chaque scène apporte ainsi un nouvel éclairage aux chapitres précédents, construisant une oeuvre forte et profonde dont chacun des protagonistes parviendra à nous toucher.

« De voir son coeur s’ouvrir comme ça, si brutalement après tant d’années, de voir William pénétrer dans son coeur et au-delà, car il est trop grand pour son coeur, elle éprouve la douleur de son amour, l’émerveillement de sa certitude, l’avènement après tout ce temps d’une meilleure Beth, la seule Beth qui ait jamais vraiment connu cet homme. »

Magnifiquement écrit, profondément sensible, Idaho est sans nul doute un roman à lire ou relire. Malgré la noirceur du drame initial, Emily Ruskovich livre un récit empreint de lumière et de douceur qui n’en finit pas de faire des vagues et excelle à mettre à jour la part d’humanité de chacun(e).

Et il convient de noter le remarquable travail de traduction de Simon Baril.

Yann

La crue, Amy Hassinger (Rue de l’Echiquier), par Yann

Editeur spécialisé dans les essais autour de l’écologie et du développement durable, Rue de l’Echiquier se lance à son tour dans la fiction depuis l’automne dernier. La crue est le troisième titre de cette collection sobrement intitulée « Domaine fiction ». Le soin apporté à la conception de l’ouvrage et la beauté de la couverture en disent long sur l’envie de réussir cette nouvelle aventure éditoriale. Si on y ajoute le nom de Brice Matthieussent, mythique traducteur français de Jim Harrison, Thomas McGuane, Brett Easton Ellis ou Richard Ford (entre autres), ce premier roman d’Amy Hassinger traduit en France avait tout pour séduire.

En proie à de nombreux doutes quant à sa vie actuelle de jeune mère récemment mariée, Rachel Clayborne, lorsqu’elle apprend que sa grand-mère est mourante, part rejoindre cette dernière dans la vieille ferme qu’elle possède dans le Wisconsin. Soignée sur place par Diane Bishop, amérindienne de la tribu des Ojibwés, la vieille femme a décidé de léguer la maison à son infirmière, dont la tribu avait été expropriée de ses terres lors de la construction d’un barrage voulu par le grand-père de Rachel. Dès lors, celle-ci va se trouver plongée dans un autre dilemme, à savoir se battre pour conserver la Ferme dans le giron familial ou la restituer aux Bishop par souci de justice.

Roman ample et fluide, La crue se lit d’une traite ou presque, tant Amy Hassinger s’y entend pour maintenir une tension permanente, que ce soit entre les personnages ou dans le cadre au sein duquel ils se retrouvent, s’aiment et s’affrontent. Les pluies incessantes et la montée du niveau de l’eau sur le barrage constituent bien sûr un élément supplémentaire de cette ambiance de fin d’un monde, dans lequel la disparition proche de Maddy plonge son entourage dans la confusion. Aux prises avec ses propres questions, Rachel va errer, tant mentalement que dans la réalité, allant jusqu’à se perdre sous le déluge lors d’une promenade.

Même si certains éléments semblent un peu convenus, voire prévisibles, comme les retrouvailles de Rachel avec Joe, son ancien amant, au moment même où elle remet en question sa propre vie et son amour pour Michael, son mari, Amy Hassinger parvient à éviter les pièges du vaudeville ou de la romance et prend le temps, par quelques flash-back, de revenir sur les parcours de chacun et les liens qui les unissent, donnant ainsi à son histoire une base solide et cohérente.

Bien au-delà de ces atermoiements du coeur, le vrai sujet du roman se trouve ailleurs, dans les relations entre populations blanche et amérindienne, dans ce pêché originel qu’ont commis les blancs en s’appropriant de gré ou de force bon nombre de terres qui n’auraient jamais dû leur revenir. C’est sur cette mauvais conscience qu’appuie l’auteure, en particulier à travers le personnage de Michael, qui refuse de revenir à la Ferme, considérant qu’elle n’a rien à faire entre les mains de la famille de Rachel.

L’autre force du texte réside dans les splendides portraits de femmes que sont Rachel, Diane ou Maddy. Portées par leurs doutes et leurs convictions, leur amour ou leur colère, ces trois figures centrales séduisent par leur force et une forme de beauté intérieure souvent éclairée par les questions auxquelles elles se confrontent.

Pari réussi, donc, avec ce texte à découvrir sans hésitation pour les amateurs de littérature américaine. On pensera, toutes proportions gardées, à l’inoubliable Dalva, de Jim Harrison, dont l’ombre est souvent présente sur ces pages, ce dont on ne peut que se réjouir et l’on souhaitera à la jeune écrivaine un parcours à la hauteur de ce premier roman.

Yann.

Les dieux de Howl Mountain, Taylor Brown (Albin Michel – Terres d’Amérique), par Yann

Pionnière incontestable en matière de littérature américaine de qualité, la collection Terres d’Amérique, dirigée par l’impeccable Francis Geffard, creuse inlassablement son sillon depuis 1996 et continue de mettre en avant des auteurs confirmés ou débutants dont les textes déçoivent rarement. Taylor Brown, après La poudre et la cendre, un premier roman publié chez Autrement en 2017, rejoint donc ce catalogue que beaucoup doivent envier et propose avec Les dieux de Howl Mountain, un texte plus abouti et ambitieux qui devrait réjouir les amateurs de ce mélange de roman noir et d’Amérique rurale remis à l’honneur ces dernières années par des auteurs comme Donald Ray Pollock, Ron Rash ou David Joy, pour ne citer que les plus connus dans nos contrées (on pourra également penser à Frank Bill ou Benjamin Whitmer, largement aussi talentueux).

Il sera donc ici question des montagnes de Caroline du Nord dans lesquelles le trafic de bourbon bat son plein sous l’oeil bienveillant (lire « corrompu ») du shérif du comté. Rory Docherty revient de Corée amputé d’une jambe, qu’il a remplacée par une béquille astucieusement prévue pour pouvoir y cacher un revolver, ce qui peut s’avérer utile quand on travaille pour Eustace Uptree, baron du commerce local, caché dans les montagnes. Lorsque le shérif décide de changer les règles de jeu, appuyé par des fédéraux sur les dents, la situation, de tendue, devient explosive.

Si Les dieux de Howl Mountain ne manque ni de violence ni de rythme, c’est sur une histoire d’amour que reposent ses fondations, en l’occurrence, celle vécue par Bonni, la mère de Rory, et Connie Paxton, quelques années plus tôt, romance qui s’acheva dans le sang et les larmes, laissant Bonni muette aux bons soins d’un asile, après qu’elle eut assisté à la mort de son jeune amant et énucléé un de leurs agresseurs. La quête de Rory est donc au centre de ce roman dont Ma, grand-mère de Rory et mère de Bonni, constitue indéniablement un personnage inoubliable, une indomptée comme on les aime. Ancienne prostituée, herboriste confirmée, accessoirement maîtresse d’Eustace, Ma est une figure locale dont la réputation n’est plus à faire. Ma et son arbre à bouteilles, que l’on prendra comme un clin d’oeil à Joe Lansdale …

On l’aura compris, l’attachement que Taylor Brown porte aux protagonistes de son roman donne au texte une épaisseur qui manquait singulièrement à son premier essai. En y ajoutant une description précise du trafic de bourbon dans le comté ainsi que des personnages qui se croisent et s’affrontent dans un ballet survolté, il parvient à livrer un roman à la hauteur de la collection au sein de laquelle il est publié, ce qui n’est pas peu dire. Recommandable, donc …

Yann.