Border, Jacques Houssay (Le Nouvel Attila) par Yann

Il y a d’abord cette photo de couverture que l’on ne peut s’empêcher de comparer à celle du dernier Goncourt, coïncidence, hasard malencontreux ou envie de bénéficier d’un peu du capital sympathie attribué à Nicolas Mathieu ? On évitera de conjecturer, toujours est-il que l’on s’empare du livre avec, en tête, un autre texte …

Celui que propose Jacques Houssay aujourd’hui est un premier roman dont son éditeur nous dit qu’il est « puissant, gouverné par le souffle de la prose et le pouls de la ville ». Alléchant, donc, sur le papier.

Border est une ville. Scribouilleur en est un des habitants. Ecrivain public, il traîne son ennui et ses doutes dans les rues de la ville, parfois seul, d’autres fois non, il observe, discute, réfléchit, fume ou boit en rêvant d’ailleurs. Parmi celles et ceux qui l’entourent, une figure le fascine particulièrement, celle de Jeanne, la seule ici à être désignée par son véritable prénom à l’état-civil quand les autres sont réduits à des surnoms ou d’étranges pseudos. Jeanne qui, chaque jour, se poste dans un endroit de la ville et tente, pendant des heures, de prendre son envol, sautant dans les airs, battant des bras, jusqu’à la faim et l’épuisement. Jeanne la muette, protégée et nourrie par la communauté de Border. Qui est-elle vraiment, qui sont-ils, toutes et tous, qui vivent ici, en marge ?

Jacques Houssay, en se penchant sur cette microsociété marginale, tente de donner une voix à ces hommes et femmes unis par le simple fait d’habiter Border. Pas de bucolisme ici, la ville, non seulement, sert de cadre mais constitue quasiment un personnage à part entière tant elle est présente tout au long du roman. Il s’agissait donc de trouver la langue adéquate, d’autant plus que le texte est bâti sur un fil narratif plutôt ténu. Vraisemblablement conscient de cet état de fait, Jacques Houssay mise tout sur l’écriture, privilégiant un style scandé, haché, alternant phrases sèches et envolées (quasi) lyriques.

« Irrémédiablement nous finissons par tomber. Comme un cheval mort. Masse en plein galop happée. Poussière. Nous sommes des anges aux visages sales. »

« On va être cloués là, cercueil à ciel ouvert, épinglés, pauvres insectes. Parler, nos mots jetés, bouteilles à la mer. Mare nostrum. Un égoût. »

Force est de constater que la réussite n’est pas systématiquement au rendez-vous, certains extraits du texte tombant ainsi dans la grandiloquence ou la poésie au rabais. Et, même si quelques phrases font mouche, elles ne suffisent malheureusement pas à réveiller l’intérêt du lecteur, qui finit par s’ennuyer autant que les personnages du roman.

Il en résulte un texte dans lequel on patauge malgré sa (relative) brièveté (pas tout à fait 200 pages) et cette sensation parfois gênante de lire un auteur qui s’écoute écrire comme d’autres aiment à s’entendre parler. Si le projet initial pouvait s’annoncer intéressant, le résultat n’est pas à la hauteur. Ce n’est pourtant pas l’ambition qui fait défaut à l’auteur, bien au contraire, mais le décalage, pour ne pas dire le fossé, entre la population à laquelle il s’essaye à donner une voix et le ton affecté, voire pompeux, qu’il choisit le décrédibilise irrémédiablement dès les premières pages.

Yann.

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