Bronx, la petite morgue (Laurent Guillaume – French Pulp)

Mike Dolan… Avec un nom pareil le ton du bouquin est donné.
Y’a de l’irlandais dans le Bronx et vu qu’il sort de taule, que son frangin décédé était flic, vous imaginez bien qu’il est pas prêt d’avoir une réintegration calme et posée…
Et puis Laurent petitpimousse Guillaume il sait un peu de quoi il parle quand même.
Il a bossé chez les flics, les grands et les petits il connaît, les bons et les méchants aussi, les lois et les villes étranges et étrangères encore plus donc il touche sa bille.
C est pour ça que La petite morgue est un bel et bon roman, parce qu’il est sobre et direct, efficace et sans chichi, écrit avec tendresse (ouais c est drôle comme phrase quand on connaît l’homme au cigare et sa carrure qui te mettrait une beigne que tu ferais 4 tours dans ton slip sans toucher l’élastique avant de te demander c’est quoi donc toutes ces étoiles devant tes yeux…) et délicatesse (revoir le com précédent entre parenthèses).
Clair net précis concis.


Rondement mené et travaillé comme il faut avec tous les clichés qu’il faut où il faut et comme il faut au point que tu te régales à lire le chemin de croix du pauvre Mike.
Le club de boxe, les flics qui palpent, les truands allemands et irlandais qui se font la guéguerre, l’amoureuse black qui fait des passes pour subvenir à ses besoins dans sa miteuse caravane, l’enfant inconnu, la veuve éperdue, le gentil frérot flic, les méchants tueurs, la bombasse fatale, les pauv’ gens du quartier…


Tu vois tout y est mais c’est tellement bon que t’en redemandes.
Entre James Gray, James Sheridan et Ben Affleck, le frenchie Laurent Guillaume il assure grave. Il nous pond un roman noir tout en ambiance, en profondeur humaniste.
Son roman il est beau… Plein d’affection violente, de délicatesse et d’humanité.
Oh ben oui ce récit n’est pas fait que de bons sentiments: il est agressif et sans concession, sanglant mais pas pour l’esbrouffe, juste parce que c’est comme ça la vie.
Le parcours chaotique de Mike Dolan, Laurent te le fait suivre et partager avec tant de regrets et remords que tu ne peux qu’y croire, t’attacher à ce brave type qui n’a plus rien et qui pourtant cherche à se reconstruire, à se venger et à sortir de ce cercle terrible qu’est le gangstérisme de bas étage de son quartier.
C’est pas un gentil gentil notre ex-taulard mais il veut juste en finir et en sortir de ce misérabilisme de quartier qui fut le sien avant son incarcération.
L’abnégation et l’amour fraternel sont au centre de cette petite morgue, comme la volonté d’oublier ce passé qui l’entache, cette réputation malsaine de loser qui lui colle à la peau, à chaque personne croisée qui le reconnait, qu’il voit dans le regard de ceux qu’il croise et qui ont de lui cette image négative.
Sa quête de pardon, sa volonté de rédemption il va la préparer avec ses poings, avec ses plans dans le seul but non pas de se racheter une dignité à ses yeux mais de faire le bien pour ceux qu’il a fait souffert et qui méritent mieux que la misérable existence qu’ils vivent dans ce quartier pourri et rongé par la gangrène de la grande délinquance.

Bronx aurait pu s’appeler Pigalle ou Belleville parce que ce n’est pas le lieu qui importe mais ce que les gens y vivent et y côtoient chaque jour que Dieu fait: la peur, la menace, l’oppression, le racket, la violence gratuite et mesquine de ceux qui n’ont pas plus qu’eux et qui se contentent d’utiliser la réputation qu’ils se sont forgée et qu’ils défendront toujours flingues et poings à la main.
Mike Dolan n’a aucune chance de sortir intact de cette histoire, il ne peut juste que se conduire comme Charles Bronson et nettoyer son quartier… A ses risques et périls. Pour chaque dérouillée il rendra la pareille, pour chaque enfumage il allumera un autre feu sans tenir compte de ce qu’il risque juste par honneur et foi en l’être humain, pour sauver ceux à qui il tient quitte à se perdre.


Bronx, La petite Morgue est le roman d’une tentative de reconstruction, l’œuvre d’un homme qui n’a pas trouvé Dieu au mitard mais le sens de l’honneur noyé dans sa culpabilité, celle d’un homme qui a compris qu’il fallait lutter à armes égales et avec les mêmes moyens que les profiteurs, dealers, racketteurs et autres malfrats.
Mike Dolan c’est un peu un Lucky Luke déguisé en Robin des villes, un chevalier blanc sans destrier ni armure mais avec sa volonté et ses valeurs : un gars droit et honnête qui va y laisser beaucoup de lui-même.
C’est sans morgue mais avec droiture que cet irlandais plein de bonne volonté et de respect de son prochain va lutter durant ces pages pour protéger son quartier, ses amis et venger ce frère si honnête qui n’a jamais songé qu’à le protéger au point d’en crever comme un chien.


Roman de pourritures, roman de manipulations, roman noir digne de Hammet ou de Goodis, de Manchette ou Malet, Laurent Guillaume est un grand pimousse qui donne envie de lire ses autres ouvrages car il a le sens de l’intrigue, qu’il sait créer des ambiances sordides sans être malsaines, rythmer une histoire à priori classique mais comme dit le proverbe:  » C’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes » et le Corbac il en reprendrait bien un autre bol.
Merci Laurent Guillaume pour ce bref séjour dans la cuisine du diable et dans la noirceur humaine au sein de laquelle une once d’humanité ne fait au final pas le poids devant la bassesse indécente de ceux qui ont gagné la force et le pouvoir à force d’exploiter autrui.

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