La Belle de Casa, In Koli Jean Bofane (Actes Sud) par Aurélie (OK)

La belle de CasaSese Seko a débarqué sur les plages du Maroc en étant persuadé que son passeur l’avait emmené à bon port… en Normandie ! Dès lors, c’est le système D qui va primer dans cette ville où tout le continent africain semble se croiser et où son quotidien va être fait d’arnaques sur Internet mais aussi de belles rencontres et de fortes amitiés.

L’une d’elle tourne court lorsqu’il découvre l’envoûtante Ichrak égorgée dans la rue. La belle exerçait une attraction particulière sur tout le quartier, l’onde de choc de sa mort va s’étendre sur de nombreux personnages que l’auteur nous dévoile peu à peu. Ichrak revit sous sa plume, Chergui, le vent qui rend fous les habitants de Casa, maintient la pression et le lecteur entrevoit le dénouement avec stupéfaction.

Un roman très riche, qui ouvre une porte sur le problème des migrants avec autant d’humour que de gravité.

Cerise sur le gâteau, l’auteur rend un magnifique hommage au roman de Kaoutar Harchi « A l’origine notre père obscur » qui m’avait subjuguée lors de sa parution en 2014 chez Actes Sud. À travers plusieurs extraits, on ressent l’écho qu’a ce texte sur Ichrak, femme condamnée par sa beauté et l’absence de père dans une société plus qu’exigeante envers les femmes et où les hommes ont parfois du mal à contenir leurs instincts primaires…

Aurélie.

Ce qui nous revient, Corinne Royer (Actes Sud) par Aurélie

Ce qui nous revientUn texte de toute beauté qui, en plus de mettre en lumière Marthe Gautier, la Découvreuse oubliée, donne tout son sens au mot roman.
Loin de composer une biographie déguisée, ces lignes prennent un tour extrêmement romanesque pour ajouter une nuance très personnelle au passage du terme Mongolisme à Trisomie 21. M’attendant à suivre essentiellement Marthe dans ses mésaventures, c’est Louisa qui m’a complètement cueillie au fil des pages.
Le choix des mots est éblouissant, la maîtrise de la langue me fait me sentir toute petite et admirative devant ce roman qui réunit toutes les qualités pour s’imposer comme l’un des Grands de la rentrée d’hiver.
Aurélie.

Le Meurtre du commandeur, Haruki Murakami (Belfond) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "Murakami Haruki, Le Meurtre du commandeur"Découvrir un nouveau roman de Murakami c’est toujours pour moi comme renouer avec un vieil ami.
1er effet : le temps se dilate, je me mets au diapason du rythme propre à son oeuvre.
2ème effet : je donnerais tout pour échanger ne serait-ce que quelques minutes de ma vie avec celle du personnage principal qui, bien qu’à un tournant difficile de son existence vit son quotidien avec une sérénité qu’on envie forcément.
3e effet : je guette les thèmes chers au cœur du grand écrivain et me perds toujours plus loin dans les méandres de son imagination.
La musique, l’amour, la création artistique, le fil tendu entre réalisme et surnaturel, les ténèbres souterraines, les mystères liés au passé, des phrases qui s’ancrent profondément en nous. Pour moi un des grands romans de Murakami qui vient rejoindre sur mon podium personnel La Fin des temps et Chroniques de l’oiseau à ressort.
Un conseil amis lecteurs : prévoyez d’avoir le 2ème tome sous la main quand vous approcherez de la fin du 1er !
Je termine avec un grand merci à Hélène Morita pour les dizaines d’heures du magnifique travail qui nous permet aujourd’hui d’avoir accès en français à ce diptyque.
Aurélie.

Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu (Actes Sud) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "nicolas mathieu leurs enfants après eux"Hacine, Steph, Anthony sont tous trois adolescents quand on fait leur connaissance au tout début du roman. L’été 92 s’étire dans une chaleur lourde, ils rêvent d’une vie bien différente que celle qu’ont vécue leurs parents, rêvent de quitter Heillange, cette petite ville moribonde où rien ne semble coller à leurs aspirations. Trois contextes familaux et des orgines sociales très différentes mais finalement une même envie d’ailleurs.

Eté 92 puis 94, 96 et enfin 98. Ils traversent l’adolescence et semblent hésiter à basculer dans l’âge adulte où les attend peut-être la « petite vie » tant redoutée. On a envie de les encourager, de les pousser à déployer leurs ailes tout en ayant suffisamment de recul, nous adultes, pour savoir que les chamboulements de l’adolescence ne nous emmènent pas toujours là où on l’aurait souhaité…

Mention spéciale pour le personnage d’Anthony qui est mon préféré, particulièrement touchant. Un garçon très sensible qui grandit avec des parents qui traînent de belles casseroles et dont on ne peut qu’imaginer le destin dans un contexte différent. A travers lui, l’auteur nous livre aussi quelques-unes des scènes érotiques les plus réussies que j’aie pu lire.

Portrait à la loupe d’une région sinistrée, d’une génération qui en est issue. Violence, dépendance mais aussi amitié et sensualité. Un très grand livre que je voyais bien revêtir dès ma lecture en juillet un ou deux beaux bandeaux rouges. Une fois n’est pas coutume, le jury Goncourt a fait des merveilles !