Ceux que nous avons abandonnés, Stuart Neville (Rivages), par Aurélie

Un magnifique roman noir qui se déploie autour du jeune Ciaran.

Reconnu coupable à 12 ans du meurtre d’un homme, il se retrouve libre à 19 ans, désarmé face à la vie quotidienne et complètement sous l’emprise de son frère Thomas dont la part d’ombre nous apparaît très vite. L’inspectrice Flanagan fait partie de ceux qui ont toujours pensé Ciaran innocent et pense encore pouvoir le prouver, quitte à utiliser des méthodes peu orthodoxes…

Cette remise en liberté crée pas mal de remous et provoque une série de sombres événements qui va tisser autour de Ciaran un réseau de mains tendues mais aussi de violence.

Alors que tout s’accélère, que l’urgence s’installe, il semble continuer à garder un flegme et un recul tout à fait déstabilisants pour le lecteur.

Qui est vraiment Ciaran ? Pour moi sans aucun doute l’un des personnages les plus fascinants que j’aie pu rencontrer depuis longtemps. D’une page à l’autre je pouvais passer d’une forte envie de le serrer dans mes bras à une sorte de répulsion instinctive. On a à la fois besoin de le protéger et de s’éloigner de lui au maximum. Stuart Neville sème magnifiquement bien la confusion dans nos esprits !

Vous le lisez et on en reparle ?

Traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau.

Aurélie.

Jeu blanc, Richard Wagamese (Zoé/10-18), par Aurélie

J’avais entendu tellement de bien sur cet auteur et sur ce livre que j’avais un peu d’appréhension avant de le commencer. Est-ce que tout ça n’était pas exagéré ? Est-ce que je n’allais pas être déçue ?

Je viens de le refermer. J’ai ADORÉ.

Si j’avais su que le hockey tenait une telle place dans le roman je ne l’aurais peut-être jamais ouvert. Pourtant, l’auteur est tellement doué que j’en suis venue à me passionner pour le sujet en cours de lecture.

Le sport propose une porte de sortie à Saul, le moyen de se détacher d’un quotidien insupportable depuis qu’il a été placé dans un pensionnat canadien pour autochtones. Il n’y règne aucune chaleur humaine mais une cruauté glaçante à l’encontre de tous ces jeunes Indiens qui voient leur enfance détruite de bien des façons…

Grandir et devenir adulte dans ces conditions est quasiment impossible. La paix que semble apporter la pratique du hockey à Saul sera-t-elle suffisante pour l’aider à tourner la page ?

Un roman qui met des mots sur un pan honteux de l’histoire du Canada. Un thème que j’avais découvert en lisant « Sauvages » de Nathalie Bernard qui fait écho à « Jeu blanc » mais pour les plus jeunes. Ces deux livres doivent intégrer vos bibliothèques au plus vite !

Traduit de l’anglais par Christine Raguet

Aurélie

Vidalina, William Navarrete (Emmanuelle Collas), par Aurélie

Elba se sent prise au piège à La Havane, loin des siens dans cette ville où elle n’a plus sa place depuis longtemps. Son fils a réussi à s’installer à Miami, sa fille est en transit au Mexique et semble être en danger.

Une possibilité s’offre à elle pour quitter Cuba en toute légalité : prouver que ses ancêtres étaient d’origine espagnole, son père Betico pouvant ainsi acquérir la nationalité tant convoitée puis elle-même par ricochet, une toute nouvelle disposition qui pourrait changer leur vie.

Alors que le mot « famille » n’a plus le même sens sur l’île depuis que tant de Cubains ont eu recours à l’exil, Elba se plonge dans l’histoire de la sienne pour remonter le fil de ses origines. Vidalina, son arrière-grand-mère ayant vécu durant la deuxième moitié du 19ème siècle l’intrigue particulièrement…

Cette fresque historique phénoménale m’a complètement captivée. Mêlant les problématiques actuelles de la vie sur et en dehors de l’Ile à son Histoire mouvementée, elle nous plonge avec délice dans des aventures qu’on aimerait tous pouvoir trouver dans son arbre généalogique.

Encore une fois la lecture me fait découvrir de nouveaux horizons dans un style envoûtant. Ces 400 pages se dévorent avec gloutonnerie !

Ce roman est vraiment grandiose !

Traduit de l’espagnol (Cuba) par Marianne Millon.

Aurélie.

La Transparence selon Irina, Benjamin Fogel (Rivages/Noir), par Aurélie

Cette bombe a grillé toute ma pile de lecture pour me faire passer une journée dans le futur.

Ma réaction au fil des 1res pages : est-ce que les lecteurs de « 1984 » ont ressenti la même chose que moi dans les années 50 ? L’impression de pénétrer dans un texte précieux qui nous projette dans un futur nous paraissant à la fois fou, totalement crédible et si proche des peurs que peuvent soulever dès aujourd’hui des travers de notre société qu’on pense pouvoir le toucher du doigt.

Je me suis projetée en 2058 avec une facilité déconcertante, dans le quotidien de Camille/Dyna pourtant si loin du mien.

Si loin, vraiment ? Peut-être pas, et c’est bien ça qui prend au piège le lecteur dès qu’il commence le roman. La plume de Benjamin nous trace un chemin semé d’embûches au milieu de ce possible dans lequel les frontières entre bien et mal sont difficilement décelables. Et la richesse des détails de l’environnement de nos descendants… une merveille, vraiment.

La question de la protection de la vie privée est posée de façon absolument brillante dans ce roman d’anticipation mais aussi thriller redoutable. Cette fin… jamais je ne l’aurais imaginée !

Amis libraires, blogueurs, journalistes… ce livre mérite d’être en pleine lumière, j’attends vos retours de lectures dithyrambiques, faisons de ce roman un incontournable du printemps !

Aurélie.

Oyana, Eric Plamondon, éd. Quidam, par Aurélie

Oyana écrit à Xavier, l’homme avec qui elle partage sa vie au Québec depuis 23 ans. Pourquoi maintenant ? Parce que l’Histoire voit se tourner une page au Pays basque, terre d’origine refoulée depuis trop longtemps.

Il est temps de revenir sur le passé, il est temps d’entamer un processus d’introspection qu’elle évitait depuis de nombreuses années. Comme dans Taqawan, le combat d’un peuple occupe une place importante du récit, il met en lumière des fêlures profondes et révèle l’importance primordiale d’affronter ses choix et ses erreurs.

Quel plaisir de retrouver la prose si spécifique d’Eric Plamondon, son univers qui nous avait déjà explosé au visage dans son précédent texte édité par Quidam.

Ce livre ? C’est une vraie bombe ! (Sans mauvais jeu de mots bien sûr…)

Trouver l’enfant, Rene Denfeld (Rivages), par Aurélie

J’avoue que c’est cette couverture sublime qui m’a tout d’abord attirée vers ce livre. Puis le sujet, une enfant disparue depuis quelques années, le seul espoir restant à ses parents étant une enquêtrice un peu spéciale.

Naomi a connu la captivité lorsqu’elle était petite. Elle n’en a plus aucun souvenir, se rappelle juste de sa fuite, seule. Voilà presque 10 ans maintenant qu’elle passe sa vie à passer de ville en ville pour aller là où on l’appelle, là où des enfants doivent être retrouvés. Madison n’avait que 5 ans quand elle a été enlevée. Ses plus grandes forces : une intelligence vive et une imagination prompte à l’attirer loin de la dure réalité.

Un sujet finalement souvent traité me direz-vous ? Peut-être, oui, mais je me rends compte que j’aime toujours autant ça, surtout quand c’est aussi bien écrit, entouré d’une pudeur et d’une douceur qui rendent lumineux l’élan d’humanité qui perce dans ce recoin sinistre de l’Oregon où ne semblaient vivre que des rustres solitaires.

Déjà en pile chez vos libraires, n’hésitez surtout pas à craquer !

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Bondil

Aurélie.

Maïmaï, Aki Shimazaki, (Actes Sud), par Aurélie

Maïmaï clôture la série « L’Ombre du chardon » et une fois de plus le même effet se produit dès les premières phrases : mon rythme cardiaque se fait plus lent, je me laisse porter par l’atmosphère si douce, j’effeuille des secrets de famille qui sont lourds mais qui n’entament en rien la détermination de personnages qui n’aspirent qu’à une chose : vivre un bonheur simple exactement comme ils l’entendent.

Chaque livre d’Aki Shimazaki est un petit monde d’émerveillement à lui seul. À lire dans l’ordre ou dans le désordre, peu importe mais il faut absolument découvrir cette plume que j’ai rencontrée il y a plus de 15 ans et qui m’accompagne désormais comme l’une de mes meilleures amies.

Aurélie.

Les Mains vides, Valerio Varesi, Agullo, par Aurélie

Ah… Déjà fini… J’ai pourtant traîné pour le faire durer deux jours mais ça passe toujours trop vite.

Suivre les pas du commissaire Soneri dans les rues de Parme c’est pénétrer dans un autre monde, se sentir s’élever au-dessus de la mêlée. Celui que j’appelle mon Maigret à l’italienne a une façon bien à lui de mener ses enquêtes, sans se prendre au sérieux, en doutant beaucoup et en se fichant pas mal de ce qu’on attend de lui.

C’est cette fois sous une chaleur d’enfer qu’il est chargé de retrouver des meurtriers. Et il n’y a pas que la chaleur qui l’accable, l’ombre de la pègre semble peser dangereusement. On sent très vite un paradoxe entre la force tranquille de Soneri et toutes les pistes qui semblent lui tomber dessus. On lui parle aisément mais pas facile pour lui de suivre le bon fil.

Et puis cette ville qu’il voit se transformer radicalement, semblant désertée par l’humanité et gagnée par l’argent… il nous en ferait presqu’une déprime. Voilà peut-être ce qui me fait autant aimer les livres de Valerio : un héros qui ne brille pas comme d’autres peuvent le faire mais qui affiche une belle lucidité, jusqu’à reconnaître quand il ne fait pas le poids dans une affaire.

Dans cette 4e enquête, j’ai noté une petite cruauté faite par l’auteur au commissaire : en plus de souffrir de la canicule, il n’a droit quasiment qu’à des repas ratés, lui qui est si fin gourmet. J’aurais presqu’envie de le consoler en l’accompagnant dans son restaurant préféré.

J’ai refermé le roman mais je vais rester un bon moment sur mon petit nuage.

Aurélie.

Dix, Marine Carteron, Le Rouergue, par Aurélie

Le décor et l’ambiance sont posés d’emblée : une petite île bretonne désolée va abriter de biens étranges agissements. On y débarque 7 adolescents et trois adultes sensés les superviser dans un manoir empli de caméras.

Une nouvelle émission de télé-réalité ? C’est ce qu’on leur a dit… On sait que chacun a quelque chose à se reprocher et on sent que tout cela va très mal se terminer. Ce qu’on ignore c’est qui peut être à ce point assoiffé de vengeance pour avoir monté un plan aussi élaboré. On le découvrira bien vite. Marine Carteron ne nous laisse pas une minute de répit, en moins de 48h, guidé par des indices tirés de la mythologie ou des contes, chaque personnage va être confronté à son destin.

Une intrigue menée en huis-clos sur un temps très court = un roman qu’on lit forcément d’une traite avec une grande fébrilité.

Pour tous les lecteurs adolescents (mais aussi les adultes hein !) amateurs de frissons et d’énigmes.

La Proie, Philippe Arnaud, Sarbacane, par Aurélie

Proie de la plume de Philippe Arnaud, j’ai commencé ce roman hier soir pour le terminer à l’instant.

Le titre nous laisse peu d’espoir, on sent très vite ce qui attend Théa alors que cette Blanche vient de plus en plus souvent lui parler sur ce marché du Cameroun où elle aide sa mère.

Le cauchemar se tisse avec lenteur, par petites touches insidieuses, fermant peu à peu toutes les issues menant à sa vie d’avant, remplaçant les mots enfance et espoir par violence et horreur.

Théa, loin des siens, garde pourtant en elle cette force de vouloir les protéger et le refus inconditionnel de se laisser anéantir par la perversion qui étouffe son quotidien.

Ce destin de l’ombre que nous donne à lire l’auteur est indispensable pour nous positionner face à l’inacceptable. Partie pour accéder à une meilleure éducation et aider sa famille, c’est pour sa vie qu’elle devra se battre et elle est loin d’être la seule…

Une des meilleures lectures que j’aie pu faire dans la collection X’. Bravo Sarbacane !