Les Billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin (Zoé) par Aurélie

Les billes du PachinkoUn tout petit livre qu’on met des heures à lire c’est souvent signe, pour moi, de grande qualité littéraire.

Je me suis laissé flotter aux côtés de la narratrice durant ces quelques semaines de vacances passées au Japon entre ses grand-parents venus de Corée 50 ans auparavant et une petite fille mélancolique qui la touche étrangement.

Petites scènes du quotidien loin du sien, temps suspendu avant d’accompagner ses grand-parents sur leur terre natale, plongée toute en douceur dans une culture qui constitue une partie d’elle-même.

Aurélie.

Les frères Lehman, Stefano Massini (Editions du Globe) par Aurélie

Les frères LehmanJe me suis perdue dans cet ouvrage, impatiente de me replonger chaque soir dans cette Amérique des Frères Lehman, dans ce texte en vers libres qui ne connaît pas de frontières de genres, qui nous laisse effleurer le rêve américain et ses limites avec humour, brio, décalage, profondeur.

Un texte inclassable et génial à découvrir au plus vite. Un texte qui propulse une nouvelle fois les éditions du Globe au rang de ceux qui osent et qui réussissent à nous embarquer dans un éblouissant voyage littéraire.

Traduction (plus qu’impressionnante) de l’italien par Nathalie Bauer.

Nomadland, Jessica Bruder (éditions Globe)


Bin mon cochon tu sais, quand j’ai lu l’histoire de tous ces petits retraités j’m’attendais pas du tout à ça. D’abord parce que moi je connais que des travellers qui font des petits boulots et enchaînent les saisons pour vivre leur liberté sur la route mais qu’ont genre mon âge et tout.

Bin aux États-Unis, pour fucker la crise comme il se doit y’a plein de soissantenaires et plus (putain j’ai fait exprès d’écrire comme ça commence pas à me reprendre hein) qu’ont décidé de virer la putain de chaîne qui nous met des pressions monstres (quitte à courber l’échine tout sourire même devant les entreprises les plus raclo qu’existent humainement parlant) ; payer son loyer.

En gros tu suis en partie l’aventure de Linda May qui a genre soixante deux ans (là j’ai bien écrit, ça va, tu respire ?) au début de l’aventure et qui a pour projet (mec ch’pensais que les projets ça naissait à 30 piges et que ça s’arrêtait après trop d’échecs dans ta vie quoi, enfin) de construire un géonef.

En fait la dame c’est trop un héros, c’est genre une statistique dans le monde économique tu sais, elle a subi la crise et tout, pu de sous, se retrouver d’une situation confortable à un truc où t’as juste envie de te coller une balle parce que t’appartiens plus à la « société ». Bah elle en a rien à carrer.

La meuf se reprend en main et décide d’habiter dans sa bagnole. Et pour financer son projet elle décide de profiter de gens qui profitent d’elle aussi. Et comme par hasard sur qui on tombe ? Ama-putain-de-zon. Bah ouais ma gueule un vieux ça se plaint pas de son travail, ça bosse lentement mais correctement donc au final c’est super productif pour faire de l’inventaire 10h par jour payé 9$ de l’heure. Alors forcément t’as toute une partie sur les conditions de travail chez Amazon et des entreprises (genre CampWorkers que je connaissais pas) qui recrutent directement des gens en leur proposant une place de camping et pendant ce temps là tu bosses pour eux.

Outre le bordel éthique que ça représente pour moi (fuir le consumérisme pour se retrouver à bosser chez la pire des chiottes possibles), j’ai juste ressenti beaucoup de tendresse et j’crois qu’au fond j’ai commencé à comprendre que y’avait un truc que les anciens peuvent transmettre et qui pousse pas forcément à devenir réac ou raciste ou quoi.

C’est parsemé de petites techniques pour apprendre à vivre en van (enfin plus des anecdotes que des techniques, mais n’empêche y’a des trucs t’aurais jamais su t’en sortir tout seul si on t’avait pas dit).

Les baby-boomers sont-ils la solution à la morosité et à la dépression ambiante ? Bah certains, comme la petite bande de Linda May et de leur mise en valeur par la journaliste Jessica Bruder le sont, oui.

C’est une putain d’ode à la vie, basée sur les envies de liberté, se libérer des pressions sociales, de confort (j’sais de quoi je parle je suis le premier à me jeter sur tout ce qu’attraie au confort et à la facilité) sans pour autant tomber dans le truc New Age gourou de merde. Ah et l’envie d’aller chier sur le paillasson du premier mec (ce sera forcément un mec, on est élevé pour ça) qui te dira que si tu veux t’adapter faudra fermer ta gueule et travailler pour « gagner » ta vie).

J’accueille ce livre avec une putain de place dans ma bibli, j’sais pas ce que toi tu feras mais je sais déjà que j’ai pas mal de travellers dans mes contacts que ça va titiller. Pour le reste putain ouvrez le n’importe où lisez trois pages et vous allez voir que votre coeur vacille entre une envie de dégueuler sur ces putains de cols blancs ou d’embrasser la première personne aux cheveux gris que vous allez croiser la prochaine fois que vous ferez du camping.

J’me taille (et même si j’ai pas les couilles de la prendre ma liberté, t’inquiète que ça a laissé une empreinte bien visible dans la case « socialement inadapté »).

(et prenez des bouquins de chez Éditions Globe, c’est que des trucs de journalistes et bordel, bordel).

Traduit par Nathalie Péronny.

Lou.

Aujourd’hui, une journée passée hors du temps en compagnie de Linda May durant les trois ans qu’il aura fallu à l’auteure pour venir à bout de ses investigations, une journée de lecture accrochée aux pages de ce livre qui m’a tant appris.
Jessica Bruder s’est immergée pendant des mois dans le mode de vie des travailleurs nomades aux Etats-Unis, recueillant leurs histoires, leurs visions d’avenir, nous aidant à comprendre au fil des pages pourquoi tant de seniors se retrouvent sur les routes, presque démunis après une longue vie de labeur.
Loin du mirage du Rêve américain, on traverse le territoire en tous sens, faisant l’expérience de petits boulots qui se rapprochent plus de l’esclavage que de jobs adaptés à des personnes qui ont, pour la plupart, dépassé les 65 ans. Les Amazombies sont légion, les conditions de travail dans les entrepôts étant de loin les plus difficiles à endurer.
Pour bon nombre de ces nomades, peu d’envie ou peu d’espoir de retourner à une vie sédentaire et malgré tout l’impression d’avoir trouvé une famille sur laquelle ils peuvent compter dans cette société devenant de plus en plus individualiste.
Un très beau portrait de personnes en marge mais qui ne lâchent rien. Un instantané essentiel pour nous lecteurs, un modèle à éviter à tout prix.
Aurélie.

Les Jours de Vita Gallitelli, Hélène Stapinski (Globe éditions) par Aurélie

L’auteure ressent de façon particulièrement forte le poids de l’histoire familiale et depuis l’enfance se passionne pour le destin de Vita, celle qui était arrivée avec ses enfants à Ellis Island en 1892, fuyant la pauvreté comme tant d’autres Italiens.

Un meurtre serait à l’origine de cette traversée de l’Atlantique. Sur les traces de son arrière-arrière-grand-mère, Hélène Stapinski entreprend une longue quête qui la mène jusqu’en Italie, là où tout a commencé et là où elle espère trouver des réponses concernant l’histoire familiale.

Un voyage passionnant en généalogie et dans un pays où Tradition s’entend encore avec un « t » majuscule.

Aurélie.

Traduit par Piere Szczeciner.

La Note américaine, David Grann (Globe éditions) par Aurélie

Ce livre m’a complètement passionnée !

Je ne lis que de la fiction habituellement mais je n’ai eu aucun mal à me glisser dans cette enquête tant le talent de l’auteur pour nous embarquer avec lui dans le passé et cette histoire hallucinante est grand. Point par point, il reprend le fil d’une affaire dont l’issue, même si elle avait légitimé Hoover dans son poste récemment acquis, avait laissé trop de zones d’ombres et un profond traumatisme dans la communauté Osage, victime d’une terreur dont on trouve des traces aujourd’hui encore.

Vous découvrez Ernest et Mollie sur cette couverture. Il est important de saluer la composition du livre qui rend notre immersion dans l’Oklahoma des années 20 quasi complète grâce aux nombreuses photos qui jalonnent notre lecture. Elles nous permettent de contempler ces visages, ces lieux dans lesquels on tente de deviner les drames en préparation ou les conséquences de ceux-ci.

Bravo aux éditions du Globe pour ce texte littéraire qui renverse la barrière des genres et met le doigt là où ça fait mal. Grâce à sa traduction par Cyril Gay, un pan essentiel de l’histoire de Etats-Unis arrive jusqu’à nous.

Lisez ce grand texte !

Aurélie.

Au loin, Hernan Diaz (Delcourt) par Aurélie

Au loin, aux côtés d’Håkan dans un western comme je les aime.
Au loin, dans l’immensité de territoires vierges.
Au loin, le plus loin possible de la société, quand on se rend compte qu’elle ne peut rien nous apporter de bon. Loin de tous ces hommes armés de certitudes dangereuses, de méchanceté, d’armes qui les rassurent et les rendent bien trop dangereux.
Au loin, un frère à retrouver qui devient un mirage les années passant.
Au plus près d’une nature qui a tant à nous apprendre, dans laquelle on peut trouver refuge.
Au plus près d’un style qui nous enveloppe et nous emporte dans l’Amérique du milieu du 19e siècle, en pleine mutation, chargée de la fièvre de l’or, du conflit nord/sud, de la découverte de nouveaux territoires, de l’avancée scientifique.
Au plus près de l’existence d’un homme à la philosophie unique qui me rappelle « Le Garçon » de Marcus Malte, une de mes meilleures lectures de ces dernières années.
« Au loin », un roman que je suis heureuse de découvrir grâce à Marie-Laure Pascaud avec quelques mois de retard. Le catalogue littérature de Delcourt est encore tout jeune mais contient déjà de grands textes. Surtout, prenez le temps d’y fureter : des plumes très différentes mais une même exigence littéraire qui met en avant des choix audacieux et d’un goût certain !
Traduit par Christine Barbaste.
Aurélie.

Shtum, Jem Lester (Stéphane Marsan) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "Shtum Jem Lester stephane marsan"Un palimpseste. C’est ce que s’avère être ce roman plus qu’étonnant.

On pense partir d’un schéma assez simple : le combat d’un père pour son fils autiste ; la mère faible ayant déserté le tableau et le grand-père un peu cramé les accueillant en faisant payer à notre héros le prix fort.

C’est tellement plus compliqué, tellement beau, tellement riche, tellement plein d’esprit.

Plusieurs paliers nous laissent croire que, ça y est, on a enfin compris où l’auteur voulait en venir. Mais finalement il va toujours plus loin, creusant à la fois la psychologie de ses personnages, leur histoire familiale et la capacité de résistance de lecteurs de plus en plus stupéfiés.

Après avoir mis à jour différentes strates du récit, nous voici face à quelques pages (p.255 à 259) qui nous laissent flotter dans une petite bulle de compréhension ouatée et limpide avant de replonger dans des chapitres déchirants.

Je sors toute « chose » de cette lecture. Je vous souhaite le même Grand Huit dès que vous pourrez mettre la main sur ce texte à part qui m’a laissée complètement « shtum ».

Aurélie.

Traduit de l’anglais par Emanuelle Ghez. 

Dans l’ombre du brasier, Hervé Le Corre (Rivages) par Aurélie (OK)

Un grand roman qui m’a ramenée au plaisir de lecture boulimique des oeuvres de Victor Hugo découvertes à l’adolescence. Un de ces livres dont on aimerait qu’ils ne se terminent jamais, ses presque 500 pages nous semblant encore trop peu tant le souffle romanesque mêlé à celui des obus nous habite pendant des jours, nous faisant nous précipiter vers ces lignes dès qu’on a quelques minutes.
Un style flamboyant qui nous narre un épisode qui prend bien peu de place dans nos manuels d’Histoire. Quelques jours qui marquent la fin d’un rêve, celui d’une Commune pouvant s’installer durablement au nez et à la barbe des Versaillais. Quelques jours où vont s’affirmer toute la beauté des idéaux de certains en même temps que la bassesse d’âme de beaucoup d’autres. Au milieu du tumulte, des moments de grâce qui font croire, jusqu’au bout, que perdre n’est pas une fatalité.
Ce roman fait de pavés, de fusils, de moignons, de pain, d’amour, de rues parisiennes est à  dévorer dès le 2 janvier aux Éditions Rivages.
Aurélie.

Pension complète, Jacky Schwartzmann (Seuil) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "Schwartzmann seuil pension complète"Un polar qui déborde d’humour sur les pas de Dino, gigolo au Luxembourg (je ne le dis pas trop fort, il n’apprécie pas trop cette étiquette), devant se mettre au vert dans le sud de la France pour quelques semaines.

Quelques péripéties l’amèneront à croiser la route d’un Prix Goncourt asocial et plein aux as, d’un enquêteur fan de running, d’un mystérieux tueur en série. Des rencontres qui vont être le cadre d’une réflexion nécessaire quant à sa vie de presque cinquantenaire n’ayant encore rien accompli de tangible.

J’ai voulu en lire seulement deux pages avant de le placer sur ma pile de lecture pour plus tard, je n’ai pas pu le lâcher avant la dernière ligne !

Cette petite pépite drôle et sanglante est disponible chez vos libraires depuis octobre. De mon côté je vais me pencher très rapidement sur ses deux précédents romans Mauvais coûts (Points) et Demain c’est loin (Seuil), je vous encourage à faire de même !

La femme à part, Vivian Gornick (Rivages) par Aurélie

La femme à part par GornickVivian Gornick est sans aucun doute une femme à part. Le gros coup de coeur que j’avais eu pour sa plume dans « Attachement féroce » se confirme avec ce nouveau texte que nous proposent les éditions Rivages à la rentrée.

Vivian déambule dans New York et partage avec nous des scènes de vie, un regard profond sur sa ville, une analyse fine des sentiments amicaux, des relations amoureuses qui ont ponctué sa vie tournée vers la littérature et une farouche volonté d’indépendance. Solitude et vieillesse apparaissent alors comme deux spectres que l’auteure tient en respect grâce à la magie de ses mots.

Voilà un mois maintenant qu’il m’accompagne dans tous mes déplacements et sur ma table de nuit. Quelques lignes ou pages chaque jour de cette prose sublime qui pousse à l’introspection tout en nous faisant côtoyer de grands auteurs, de simples passants ou les lieux emblématiques d’une ville qui nous envoûte.

Que vous soyez amoureux de New York, passionné de littérature américaine ou juste curieux de découvrir une des plus grandes auteures de notre époque, ce livre est pour vous ! « Attachement féroce » est bien sûr toujours disponible chez vos libraires. Tous deux sont traduits par Laetitia Devaux.