Les Jours de Vita Gallitelli, Hélène Stapinski (Globe éditions) par Aurélie

L’auteure ressent de façon particulièrement forte le poids de l’histoire familiale et depuis l’enfance se passionne pour le destin de Vita, celle qui était arrivée avec ses enfants à Ellis Island en 1892, fuyant la pauvreté comme tant d’autres Italiens.

Un meurtre serait à l’origine de cette traversée de l’Atlantique. Sur les traces de son arrière-arrière-grand-mère, Hélène Stapinski entreprend une longue quête qui la mène jusqu’en Italie, là où tout a commencé et là où elle espère trouver des réponses concernant l’histoire familiale.

Un voyage passionnant en généalogie et dans un pays où Tradition s’entend encore avec un « t » majuscule.

Aurélie.

Traduit par Piere Szczeciner.

La Note américaine, David Grann (Globe éditions) par Aurélie

Ce livre m’a complètement passionnée !

Je ne lis que de la fiction habituellement mais je n’ai eu aucun mal à me glisser dans cette enquête tant le talent de l’auteur pour nous embarquer avec lui dans le passé et cette histoire hallucinante est grand. Point par point, il reprend le fil d’une affaire dont l’issue, même si elle avait légitimé Hoover dans son poste récemment acquis, avait laissé trop de zones d’ombres et un profond traumatisme dans la communauté Osage, victime d’une terreur dont on trouve des traces aujourd’hui encore.

Vous découvrez Ernest et Mollie sur cette couverture. Il est important de saluer la composition du livre qui rend notre immersion dans l’Oklahoma des années 20 quasi complète grâce aux nombreuses photos qui jalonnent notre lecture. Elles nous permettent de contempler ces visages, ces lieux dans lesquels on tente de deviner les drames en préparation ou les conséquences de ceux-ci.

Bravo aux éditions du Globe pour ce texte littéraire qui renverse la barrière des genres et met le doigt là où ça fait mal. Grâce à sa traduction par Cyril Gay, un pan essentiel de l’histoire de Etats-Unis arrive jusqu’à nous.

Lisez ce grand texte !

Aurélie.

Au loin, Hernan Diaz (Delcourt) par Aurélie

Au loin, aux côtés d’Håkan dans un western comme je les aime.
Au loin, dans l’immensité de territoires vierges.
Au loin, le plus loin possible de la société, quand on se rend compte qu’elle ne peut rien nous apporter de bon. Loin de tous ces hommes armés de certitudes dangereuses, de méchanceté, d’armes qui les rassurent et les rendent bien trop dangereux.
Au loin, un frère à retrouver qui devient un mirage les années passant.
Au plus près d’une nature qui a tant à nous apprendre, dans laquelle on peut trouver refuge.
Au plus près d’un style qui nous enveloppe et nous emporte dans l’Amérique du milieu du 19e siècle, en pleine mutation, chargée de la fièvre de l’or, du conflit nord/sud, de la découverte de nouveaux territoires, de l’avancée scientifique.
Au plus près de l’existence d’un homme à la philosophie unique qui me rappelle « Le Garçon » de Marcus Malte, une de mes meilleures lectures de ces dernières années.
« Au loin », un roman que je suis heureuse de découvrir grâce à Marie-Laure Pascaud avec quelques mois de retard. Le catalogue littérature de Delcourt est encore tout jeune mais contient déjà de grands textes. Surtout, prenez le temps d’y fureter : des plumes très différentes mais une même exigence littéraire qui met en avant des choix audacieux et d’un goût certain !
Traduit par Christine Barbaste.
Aurélie.

Shtum, Jem Lester (Stéphane Marsan) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "Shtum Jem Lester stephane marsan"Un palimpseste. C’est ce que s’avère être ce roman plus qu’étonnant.

On pense partir d’un schéma assez simple : le combat d’un père pour son fils autiste ; la mère faible ayant déserté le tableau et le grand-père un peu cramé les accueillant en faisant payer à notre héros le prix fort.

C’est tellement plus compliqué, tellement beau, tellement riche, tellement plein d’esprit.

Plusieurs paliers nous laissent croire que, ça y est, on a enfin compris où l’auteur voulait en venir. Mais finalement il va toujours plus loin, creusant à la fois la psychologie de ses personnages, leur histoire familiale et la capacité de résistance de lecteurs de plus en plus stupéfiés.

Après avoir mis à jour différentes strates du récit, nous voici face à quelques pages (p.255 à 259) qui nous laissent flotter dans une petite bulle de compréhension ouatée et limpide avant de replonger dans des chapitres déchirants.

Je sors toute « chose » de cette lecture. Je vous souhaite le même Grand Huit dès que vous pourrez mettre la main sur ce texte à part qui m’a laissée complètement « shtum ».

Aurélie.

Traduit de l’anglais par Emanuelle Ghez. 

Dans l’ombre du brasier, Hervé Le Corre (Rivages) par Aurélie (OK)

Un grand roman qui m’a ramenée au plaisir de lecture boulimique des oeuvres de Victor Hugo découvertes à l’adolescence. Un de ces livres dont on aimerait qu’ils ne se terminent jamais, ses presque 500 pages nous semblant encore trop peu tant le souffle romanesque mêlé à celui des obus nous habite pendant des jours, nous faisant nous précipiter vers ces lignes dès qu’on a quelques minutes.
Un style flamboyant qui nous narre un épisode qui prend bien peu de place dans nos manuels d’Histoire. Quelques jours qui marquent la fin d’un rêve, celui d’une Commune pouvant s’installer durablement au nez et à la barbe des Versaillais. Quelques jours où vont s’affirmer toute la beauté des idéaux de certains en même temps que la bassesse d’âme de beaucoup d’autres. Au milieu du tumulte, des moments de grâce qui font croire, jusqu’au bout, que perdre n’est pas une fatalité.
Ce roman fait de pavés, de fusils, de moignons, de pain, d’amour, de rues parisiennes est à  dévorer dès le 2 janvier aux Éditions Rivages.
Aurélie.

Pension complète, Jacky Schwartzmann (Seuil) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "Schwartzmann seuil pension complète"Un polar qui déborde d’humour sur les pas de Dino, gigolo au Luxembourg (je ne le dis pas trop fort, il n’apprécie pas trop cette étiquette), devant se mettre au vert dans le sud de la France pour quelques semaines.

Quelques péripéties l’amèneront à croiser la route d’un Prix Goncourt asocial et plein aux as, d’un enquêteur fan de running, d’un mystérieux tueur en série. Des rencontres qui vont être le cadre d’une réflexion nécessaire quant à sa vie de presque cinquantenaire n’ayant encore rien accompli de tangible.

J’ai voulu en lire seulement deux pages avant de le placer sur ma pile de lecture pour plus tard, je n’ai pas pu le lâcher avant la dernière ligne !

Cette petite pépite drôle et sanglante est disponible chez vos libraires depuis octobre. De mon côté je vais me pencher très rapidement sur ses deux précédents romans Mauvais coûts (Points) et Demain c’est loin (Seuil), je vous encourage à faire de même !

La femme à part, Vivian Gornick (Rivages) par Aurélie

La femme à part par GornickVivian Gornick est sans aucun doute une femme à part. Le gros coup de coeur que j’avais eu pour sa plume dans « Attachement féroce » se confirme avec ce nouveau texte que nous proposent les éditions Rivages à la rentrée.

Vivian déambule dans New York et partage avec nous des scènes de vie, un regard profond sur sa ville, une analyse fine des sentiments amicaux, des relations amoureuses qui ont ponctué sa vie tournée vers la littérature et une farouche volonté d’indépendance. Solitude et vieillesse apparaissent alors comme deux spectres que l’auteure tient en respect grâce à la magie de ses mots.

Voilà un mois maintenant qu’il m’accompagne dans tous mes déplacements et sur ma table de nuit. Quelques lignes ou pages chaque jour de cette prose sublime qui pousse à l’introspection tout en nous faisant côtoyer de grands auteurs, de simples passants ou les lieux emblématiques d’une ville qui nous envoûte.

Que vous soyez amoureux de New York, passionné de littérature américaine ou juste curieux de découvrir une des plus grandes auteures de notre époque, ce livre est pour vous ! « Attachement féroce » est bien sûr toujours disponible chez vos libraires. Tous deux sont traduits par Laetitia Devaux.

La Belle de Casa, In Koli Jean Bofane (Actes Sud) par Aurélie (OK)

La belle de CasaSese Seko a débarqué sur les plages du Maroc en étant persuadé que son passeur l’avait emmené à bon port… en Normandie ! Dès lors, c’est le système D qui va primer dans cette ville où tout le continent africain semble se croiser et où son quotidien va être fait d’arnaques sur Internet mais aussi de belles rencontres et de fortes amitiés.

L’une d’elle tourne court lorsqu’il découvre l’envoûtante Ichrak égorgée dans la rue. La belle exerçait une attraction particulière sur tout le quartier, l’onde de choc de sa mort va s’étendre sur de nombreux personnages que l’auteur nous dévoile peu à peu. Ichrak revit sous sa plume, Chergui, le vent qui rend fous les habitants de Casa, maintient la pression et le lecteur entrevoit le dénouement avec stupéfaction.

Un roman très riche, qui ouvre une porte sur le problème des migrants avec autant d’humour que de gravité.

Cerise sur le gâteau, l’auteur rend un magnifique hommage au roman de Kaoutar Harchi « A l’origine notre père obscur » qui m’avait subjuguée lors de sa parution en 2014 chez Actes Sud. À travers plusieurs extraits, on ressent l’écho qu’a ce texte sur Ichrak, femme condamnée par sa beauté et l’absence de père dans une société plus qu’exigeante envers les femmes et où les hommes ont parfois du mal à contenir leurs instincts primaires…

Aurélie.

Isidore et les autres, Camille Bordas (Inculte-Derniere Marge) par Aurélie

Isidore est le 6e enfant d’une fratrie un peu spéciale : les cinq 1ers ont tous sauté au moins trois classes et sont autant à l’aise le nez dans les livres que démunis quand il s’agit d’interagir avec le commun des mortels.

À travers deux années complètement dingues, le lecteur suit l’évolution de ce jeune garçon aux portes de l’adolescence, un vrai gentil qui détonne aussi bien au collège que dans sa famille et dont l’altruisme va s’avérer un ciment particulier au milieu de la tourmente.

Terriblement drôle et intelligent, ce roman est à dévorer sans aucune retenue de 16 à 111 ans. 

Aurélie.

Ce qui nous revient, Corinne Royer (Actes Sud) par Aurélie

Ce qui nous revientUn texte de toute beauté qui, en plus de mettre en lumière Marthe Gautier, la Découvreuse oubliée, donne tout son sens au mot roman.
Loin de composer une biographie déguisée, ces lignes prennent un tour extrêmement romanesque pour ajouter une nuance très personnelle au passage du terme Mongolisme à Trisomie 21. M’attendant à suivre essentiellement Marthe dans ses mésaventures, c’est Louisa qui m’a complètement cueillie au fil des pages.
Le choix des mots est éblouissant, la maîtrise de la langue me fait me sentir toute petite et admirative devant ce roman qui réunit toutes les qualités pour s’imposer comme l’un des Grands de la rentrée d’hiver.
Aurélie.