Le rôle de la guêpe, Colin Winette, Denoël, par Bruno D.

Pour avoir eu le plaisir de découvrir Colin Winnette avec un surprenant Coyote qui dévoilait un style particulier, j’étais assez curieux de voir en avant première ce que l’auteur avec Le Rôle de la guêpe allait bien pouvoir nous raconter cette fois ci.

Un nouvel élève débarque dans un orphelinat, un établissement bizarre au fonctionnement pour le moins surprenant , et dont le directeur lui même est plutôt inquiétant.

L’auteur nous installe dans une situation oppressante faite de situations larvées, ou chaque ombre ou murmure semblent être une menace dans un univers glauque. Mascarade organisée ou orphelinat de l’horreur, des gens disparaissent du jour au lendemain et les situations décalées fleurissent au fur et à mesure que l’on tourne les pages.

Imagination débordante de l’auteur sur laquelle viendra se greffer naturellement celle du lecteur, c’est un roman perturbant à bien des égards. Gothique et déjanté, dégoupillé quelquefois par des situations ubuesques, Colin Winette avec cet écrit est bien dans la lignée de Coyote où j’avais senti poindre une espèce d’esprit azimuté et de raisonnement par l’absurde assez bien huilé.

Tensions semant un certain trouble dans un décor digne de Shining, je trouve cependant que ça sonne un peu creux et j’aurais aimé des personnages plus approfondis et plus d’action. Entre réalité et folie, l’auteur oscille dans un humour potache, où fantôme et illusions se croisent dans un style et une histoire qui pose bien des questions.

On a du mal à s’attacher aux personnages et dans cet environnement hostile et violent, je me suis demandé où l’auteur voulait en venir, ce qu’il voulait réellement nous proposer en espérant au bout de ce récit avoir au moins quelques solutions ou explications et je dois dire que même si la deuxième partie me semble un plus aboutie, je n’y ai pas forcément trouvé mon compte.

J’étais vraiment heureux grâce aux éditions Denoël de scruter la progression de cet auteur et de passer un bon moment avec cette Le rôle de la guêpe, mais je n’ai pas apprécié plus que ça, et je ne sais pas trop quoi penser de ces 200 pages ! Un sentiment mitigé donc, je sais je deviens peut être difficile, mais je m’attendais à autre chose.

[Gataca], Franck Thilliez, Fleuve Noir, par Bruno D.

Evolution, Extinction, Latéralité, Violence, que de thèmes abordés dans ce [Gataca] datant déjà de 2011 et qui avait échappé à mes lectures au même titre que « L’anneau de Moebius, Fractures, Vertiges », par manque de disponibilité et une longue période sans lecture.

Fondateur parce que ce roman réunit pour la 2ème fois Franck Sharko et Lucien Hennebelle après « Le Syndrome [E] ». Personnages denses et profonds, couplés à une intrigue riche et complexe, c’est la signature de Franck Thilliez. Nos héros sont sur la corde raide, presque au bout du rouleau, marqués à jamais dans leur chair par des drames familiaux. On est déjà accro à Lucie et Franck et on sent bien que quelque chose continue de se mettre en place, de prendre norme pour notre plus grand bonheur.

Une jeune étudiante spécialisée en biologie évolutive, Eva Louts, est découverte morte dans la cage d’un chimpanzé d’un centre de Primatologie sur Meudon. Point de départ de cette enquête addictive que nous propose cette fois ci l’auteur.

Pourquoi y a t il des gauchers, la violence est elle inscrite dans les gênes, l’ADN et le génome humain, qu’est ce donc que cela ? Compliqué évidemment pour les profanes que nous sommes ! Dans ce bouquin Franck Thilliez soigne particulièrement sa dissertation scientifique. Il vulgarise de façon magistrale toutes ces questions autour de l’évolution et de l’extinction. C’est tout simplement remarquable tant au niveau scénario que méthodologie.

Etonnant tellement vous apprendrez des choses dans cette histoire, et viscéral tellement Franck et Lucie se livrent un peu plus à chaque page tournée et à chaque minute qui passe. L’auteur prend un malin plaisir à faire souffrir nos héros, et à nous emmener dans les méandres de la science évolutive et l’univers de la génétique.

Je n’ai pas pu résisté très longtemps, et j’ai avalé, gobé ces quelques plus de 500 pages sur moins de deux journées. Chaque chapitre apporte son lot de rebondissements, et grâce un rythme enlevé et une écriture précise, l’auteur nous précipite au cœur de la science, cette science qui peut tout changer, et nous amener au pire comme au meilleur ; sauver des hommes et améliorer la condition humaine ou au contraire tuer .

[Gataca] ne doit rien au hasard, c’est le fruit d’un énorme travail de recherche et d’écriture, mais c’est surtout un plaisir de chaque instant qui vous laissera pantois et groggy devant les questions soulevées par l’auteur, dont un voyage jusqu’à nos propres origines n’est pas des moindres !

Aujourd’hui, alors que le prochain Thilliez verra Lucie et Franck emménager dans les nouveaux locaux de la PJ, replonger quelques années en arrière, et découvrir le début de leur histoire fut un excellent moment d’autant plus que l’auteur a mis les petits plats dans les grands en nous proposant une grande aventure policière et scientifique.