Organigramme, Jacques Pons, Hugo Thriller, par Bruno D.

Paillettes, strass, feux de la rampe et tapis rouges, cocktails, personnalités médiatiques et jeunes femmes aux déhanchement lascifs, voilà ce que le commun des mortels vous citera certainement dès que le sujet de la mode sera abordé. C’est la partie émergée de l’iceberg. Jacques Pons, lui,  a choisi un autre terrain, une autre vérité, un éclairage violent sur ce qui se passe en coulisses.

La Maison Louis Laigneau, au firmament de son art, est une marque reconnue de la Haute Couture, mais c’est avant tout une entreprise avec son « Organigramme » où chacun est a sa place, où chacun donne le meilleur de lui même jusqu’à l’épuisement avec à sa tête un PDG, Angelo Bertani, que tous respectent ou craignent, c’est selon. Juste derrière lui se trouve Marek Konecny, chef de la sécurité et des services généraux, un rôle flou pour cette espèce de mercenaire qui sort d’on ne sait où et est inquiétant à souhait, froid et méthodique. Et puis, les autres employés sous les ordres des Dir Com, Dir Pro, Dir admin, DRH, etc…. bref plus de 200 personnes qui s’exécutent et appliquent bon gré mal gré des directives que personne n’oserait contester.

Sauf que ce petit monde qui fait rêver vu de l’extérieur est en fait un panier de crabes de la pire espèce à tous les niveaux et un grain de sable imprévu (un tueur très manipulateur) va venir semer le doute, la trouille, et disloquer jusqu’à son plus haut niveau une entreprise flamboyante .

Jacques Pons frappe fort et grâce à des chapitres courts, un scénario angoissant… et des cadavres qui s’accumulent, il nous livre une vision du monde du travail à travers le prisme de la mode absolument effarante !

Il instaure une peur sourde, celle qui fait que tous se regardent du coin de l’œil et c’est parfaitement réalisé en explorant tous les rouages de l’organigramme  d’une entreprise qui se veut leader et exemplaire. Entre séminaire de créativité, pressions diverses et grâce à ses quinze années passées dans l’univers de la mode, l’auteur malmène nos nerfs, nos héros, et montre que la frontière entre les racailles du 93 et l’univers feutré et chic de cette Maison Lagneau, fleuron du luxe à la française est plutôt mince : aussi violent et mortel l’un que l’autre !

Autant sociétal que noir, j’ai beaucoup apprécié cette immersion profonde dans cette galaxie bien particulière ou l’on côtoie des tyrans et des lopettes tiraillés entre jeux de séduction et de pouvoir, et où on vous plante un couteau dans le dos dès que l’occasion se présente, alors que juste avant on vous faisait un beau sourire fielleux de circonstance. Cruel et sans équivoque !

Je plussoie bien évidemment à 200% ce Coup de Coeur RTL 2018, d’autant plus que c’est un premier roman. C’est pour moi moi un sans faute et un bon shoot de plaisir dont la maison Hugo Thriller semble de plus en plus être coutumière avec ses dernières sorties (Hunter, Maudite etc…).

Bruno.

Par les écrans du monde, Fanny Taillandier, Le Seuil

Au matin du 11 septembre 2001, alors qu’un père téléphone à ses enfants pour leur annoncer sa mort prochaine, Mohammed Atta, jeune architecte égyptien, s’est emparé des commandes d’un Boeing 767 parti de Boston et le dirige sur New-York. Le seul point commun entre ces personnages est un rapport direct aux bouleversements qu’apportera au monde cette journée, qui démarre comme une autre et finira dans les larmes, le sang et le chaos, après la série d’attentats les plus meurtriers de l’Histoire. En effet, Lucy travaille pour un grand cabinet d’assurances au sein du World Trade Center et William est chef de la sécurité à l’aéroport de Boston.

Alors, que tient-on exactement dans les mains ? Que sommes-nous en train de lire précisément ? Le roman de notre siècle, le livre de notre monde, l’histoire de notre histoire, une cartographie du chaos ? Un peu de tout ça mais surtout un roman intelligent autant que percutant.

Fanny Taillandier joue avec virtuosité des codes du roman d’espionnage mais c’est le récit qui l’intéresse, ou du moins ce que permet le récit, à savoir qu’on doit le considérer comme un antidote au chaos et que c’est ainsi qu’il est utilisé par les hommes depuis plusieurs millénaires.

« Ici on a construit, en même temps qu’une nation, des dizaines d’histoires qui la racontent et lui donnent sens. On ne fait pas un Nouveau Monde à moins. »

A cet égard, le discours prononcé par George W. Bush après les attentats, et dont des extraits scandent les dernières pages du livre, apparaît comme une tentative instantanée de construction du récit collectif, d’appropriation des faits pour fonder le mythe ou l’épopée d’une nation et l’inciter à se relever pour se battre.

Le récit, l’histoire, la scénarisation sont des éléments de notre compréhension du monde, de rationalisation des faits et des risques. C’est le métier de Lucy, de calculer les risques  mais, devant l’évolution du monde, elle a pris conscience, avant que les événements ne lui donnent raison, qu’il faudra bientôt envisager ces futurs possibles de manière plus pragmatique.

« On vendrait alors non plus des taux de risque, mais des parts de chaos (…) C’était beaucoup plus en phase avec le monde tel qu’il était. »

C’est cette mécanique du chaos que l’on va essayer de suivre avec l’enquête de l’Agent Spécial sur le parcours de Mohammed Atta. Ce qui donne finalement le vertige et des sueurs froides aux personnes en charge de la sécurité, ce n’est pas la mise en lumière des ratés successifs, c’est l’inéluctabilité de la catastrophe.

En même temps que le récit sont les images. Et les fameux écrans du monde, en nous inondant d’images à flots continus, mettent en scène ce que nous vivons, à défaut de nous en donner une meilleure compréhension.

« L’alliance de la technologie et du réseau mondial a rendu les catastrophes extrêmement photogéniques ».

Fanny Taillandier joue avec le lecteur comme avec son récit, nous laissant finalement simples figurants d’une histoire écrite et filmée à l’échelle collective. A nous, donc, d’élaborer notre propre récit, à notre échelle et à celle des personnes que l’on souhaite y voir figurer.

Ce roman fera vraisemblablement figure d’OLNI dans cette rentrée littéraire mais il y apporte indéniablement du souffle et de l’inventivité, de l’intelligence en même temps qu’un humour grinçant comme on l’aime ici. En bref, une réussite totale que l’on conseillera vivement, un livre qui permet de voir un peu plus loin que le nombril de son auteur ou le bout de son propre nez.

 

 

 

 

 

L’enfant de poussière, Patrick K. Dewdney (Au diable Vauvert) par le Corbac

Je viens à l’instant de refermer L’enfant de Poussière, ben chapeau. Hormis Eddings, Gemmel, Hobb, Williams, Jordan ou Lynch j ai rarement autant été emmené sans force, promené d un bout à l’autre d’une partie de ce monde imaginaire, de ce territoire inconnu.

Je n’ai pas vu arriver les 16 ans de Syffe mais bon sang qu’est ce que j ai morflé à ses côtés. Dans mon coeur et dans mon corps, moralement et physiquement, émotionnellement et violemment. Rares sont les romans initiatiques aussi puissants et dégageant autant d’empathie.

On dirait du Guy Gavriel Kay tellement cela est ancré dans un univers au sein duquel chacun peut se projeter- moitié réel moitié bâti de toutes pièces. Une Histoire dans une histoire. Oh oui il est lent et épais, oh oui il pèse son poids avec ses 619 pages mais bon dieu il vaut son pesant d’or. Intelligent, travaillé, érudit, construit, il profite aussi d’une plume musicale. Celle d’une voix au coin d’ un feu de bois dans une vieille cheminée dans une vieille bâtisse misérable en bois, une voix légère et fraîche, rageuse ou posée, parfois poétique parfois brutale, sautant de la dureté à la froideur en passant par la sérénité, l’inquiétude, le doute, la peur et toute la gamme des émotions humaines sans jamais se perdre, sans jamais perdre le fil du récit. Sans jamais laisser se dérouler d un coup la bobine de la vie. La Voix du Conteur, du Ménestrel…

Roman d’une enfance à lutter pour se préserver, à ne pas se résigner sans comprendre. Récit d’une évolution, d’une adaptation à un système autre, d’une lutte contre les félonies et pour un libre arbitre. Véritable oeuvre de fantasy ( ou médiéval fantastique pour les francophiles déchaînés ), L’Enfant de Poussière de Patrick K.Dewdney est le premier volume d’une saga à avoir absolument dans vos bibliothèques. Bravo !

Le Corbac.

 

La frontière des ténèbres, Jean-Luc Bizien (Toucan Noir)

Certes en décidant de lire le tome 2 de La Trilogie des Ténèbres, il n’y a plus l’effet de surprise, on sait qu’ on se dirige vers la Corée du Nord, c’est à dire vers un état totalitaire encore fermé et contrôlé d’une main de fer par Le Cher Leader et son armée.
Une fois cette « non-surprise » passée, et je vous assure que ce n’est pas un reproche, Jean Luc Bizien nous remet bien vite en compagnie de notre rédac chef us, Seth Ballahan, fan de musique et de John Mellencamp en particulier, et de son mystérieux homologue coréen qui répond au doux nom de Kim Ji Sung.

Double homicide et meurtres impossibles dans un village pilote à la pointe de la technologie font que Seth Ballahan qui pensait être de retour en Corée avec son épouse et sa fille pour un séjour d’agrément, va vite déchanter et se retrouver embarqué dans une histoire effrayante.

Vite fait, bien fait, et un tour de passe passe plus tard (ça, il sait faire aussi, au sens propre comme au figuré), Jean Luc Bizien nous offre un fabuleux retour au cœur des deux Corée. Une opposition de tous les instants entre Séoul au sud et Pyongyang au nord, entre la culture occidentale et asiatique. C’est une immersion précise dans ce monde bien particulier qu’est la culture asiate que commence à comprendre Seth : « Les Coréens sont ainsi… Tous les Asiatiques sont ainsi… On ne peut les comprendre, on ne les comprendra jamais : ces types sourient pour ne pas mordre, ils sont toujours d’accord -en apparence ».

En magicien avisé qu’il est, JLB ressort un Paik Doong-Soo, monument de bravoure, de fidélité et enquêteur hors pair, qui tel un « Colombo » va devoir s’employer comme un diable à résoudre ce scénario. Repasser en Corée du Nord sera l’occasion de nous rafraîchir la mémoire à propos de ce régime subversif et de nous glisser quelques scènes d’effroi.
C’est un vrai thriller et le rythme va en s’accélérant grâce des chapitres courts et incisifs. Suspense et chasse à l’espion digne des meilleures périodes de la Guerre Froide, une ironie présente à bien des moments et des degrés divers font de cet opus un divertissement de premier plan agrémenté de nombreuses questions de fond et réflexions philosophiques.

L’auteur dénonce déjà une technologie ultra présente et plénipotentiaire, celle qui, sous prétexte de sécurité, vise au contraire une aliénation totale de la liberté de l’individu. A faire peur, je vous dis, parce qu’aujourd’hui cette technologie de puces et de drones rentre de plus en plus dans notre quotidien sans que l’on en soit forcément au courant !

Dangereuse immersion dans un état où la moindre prise de parole ou regard en coin peut décider du sort de votre vie, on se dit que l’on ne va pas courir en agence chercher un vol direct pour la Corée du Nord, bien au contraire. Défier les autorités de ce pays est un exercice périlleux et vouloir y pénétrer sous une fausse identité et en ressortir est une folie de l’esprit .

Mais ne craignez rien, Jean Luc Bizien est un bon guide et un excellent conteur. Alors laissez vous emporter par la plume de l’auteur parce que vous vous souviendrez de votre voyage en première classe au pays de Kim Jong-Deux, même si cela pourrait être un aller sans retour !

Et j’abattrai l’Arrogance des Tyrans, Marie-Fleur Albecker (Aux Forges de Vulcain) par le Corbac

Et j'abattrai l'arrogance des tyrans

Merci Marie-Fleur Albecker et David Meulemans pour cette excellente lecture. Ce furent des éclats de rire, des remarques à haute-voix, des extraits lus dans la libraire. Cette écriture si badine mise aux services d’un tel discours est un régal.

Il y avait longtemps (Révolution de Sébastien Gendron doit être le dernier) que je n’avais pas lu un tel pamphlet, une telle ode à la lutte et à la rébellion.

Merci pour ce pur moment de bonheur.

« Peuple exploité par les plus riches et par les grands de ce monde, révoltez-vous ! Pauvres hères trimant au nom du profit et de la reconnaissance de vos patrons, de vos dirigeants, de vos chefs; misérable piétaille piétinée comme le raisin à la pige, battu comme le blé mûr par les administrations à la solde des puissants ; tristes sires qui ne supportez plus les ingérences, les arrestations arbitraires, les lois inégales et les réglementations humiliantes : prenez les armes et battez-vous. Luttez et défendez vos droits et idéaux. L’injustice n’est pas votre apanage, tout comme la pauvreté et l’échine courbée ne font pas partie de vos traits de caractère. Attisez la vindicte du plus grand nombre, regroupez les démunis et les exploités, les femmes et les étrangers, les rejetés du système sous prétexte de ne pas être nés au bon endroit, les nantis aux idées libertaires et progressistes (peu nombreux comme de coutume) qui croient en l’égalité de chaque individu viendront vous soutenir. Trouvez des meneurs forts, bavards, crédules et pourtant si réalistes ; trouvez des combattants, des beaux parleurs, des emblèmes représentatives d’une tentative vaine d’évolution des mœurs et de la société et laissez vous guider.

Accédez quelques heures, jours ou semaines à ce sentiment de béatitude et sentez vous pousser par une tornade contestataire et justifiée. Profitez de ces quelques moments d’euphorie galvanisante…

Après l’été qui agite les sangs vient l’automne humide qui freine les ardeurs. Suite à un hiver rude et violent qui fait cesser toute activité, qui détruit les pousses précoces et les tentatives de réveil arrive le printemps. Le printemps qui n’est que le renouveau d’une situation qui a existé, qui existe et qui existera toujours. Le renouveau de cette richesse réservée à une minorité se croyant au-dessus du panier parce que bien née, parce que détentrice d’une pseudo-autorité attribuée de droit(s), parce que riche, parce que forte, parce que corrompue manipulée, refusant de perdre une miette de leur pouvoir, parce qu’ancré dans la certitude qu’ils font ce qu’il faut pour vous, respectant vos origines, vos intelligences, vos us et coutumes ; vous le bas-peuple, le petit peuple, les rouages de cette mécanique implacable qui ne vise qu’à vous désincarner et vous réduire à l’état de simples coquilles vides et obéissantes.

Profitez de ces moments de liberté, de cette bise qui vous souffle dans les cheveux, dans ce vent léger qui vous pique les yeux, dans ce vent dur qui tente vainement de vous ralentir ; profitez de ces sensations et sentiments que vous découvrez, qui vous donnent enfin le sentiment de vivre, les émotions que doivent ressentir toutes ces bêtes enchaînées à qui l’on rend la liberté.

Parce que…

Parce que tout à une fin et que la loi du plus fort, du plus riche, du plus influent l’emporte toujours.

Alors si c’est pour mourir écartelé ou décapité, battu comme un chien ou bien devoir vivre dans la solitude inquiétante de la peur de voir la porte s’ouvrir, dans la tristesse d’avoir tout perdu et de devoir subir en outre les regards défiants et les sous-entendus malaisants de votre village… Alors je vous le dis : battez- vous quand même car d’autres dans les années et les siècles à venir vous imiteront et un jour, un jour vous aurez gagné !« 

Empire des chimères, Antoine Chainas, Série noire, Gallimard

Antoine Chainas est toujours là ou on ne l’attend pas, phrase paradoxale, qui va à merveille avec sa bibliographie. Aucun de ses livres ne se ressemble, trame et forme, sauf peut être le fond et une vue sociétale éclairée . En omettant de petits écrits, cela fait quand même 5 ans depuis « Pur « que l’auteur n’avait pas  publié de roman. Par contre il n’a pas chômé, il s’est mis à la traduction de romans anglo-saxons pour Gallimard et J C Lattès.

Tout cela suscité pour en arriver où ?

Ah oui,  sa dernière publication, qui symbolise la parfaite maitrise du roman noir sociétal et qui laisse présager ce que deviendra la ou le noir dans une paire d’année. Comme d’autres, mais peu, on les compte sur 3 doigts d’un manchot, « running gag à chier, je sais ».

Antoine Chainas est un précurseur, ou je ne sais quel mot. Il remue les codes du noir avec brio pour en faire du nouveau, comme disait Lavoisier ?

Et bien NON il crée,  Monsieur crée et avance, et fait avancer le roman noir, oui rien que cela.

Alors, attention  il va falloir être concentré, et réveillé pour ce livre et avoir cette envie de découvrir un des meilleurs romans noirs français depuis longtemps.

Avec une construction littéraire débutante et détonante, le livre vous prend assez vite, plus envie de le lâcher même pour aller aux toilettes, ce qui est peut être gênant ….

Sur plus de 600 pages, ce livre apporte de la nouveauté, et un plaisir intense de lecture, rarement lu, ou bu si vous comparez Antoine avec du café, ^^

Je rappellerai juste que ce roman est d’une intensité extrême et qu’ à la fin quand toutes les pièces s’imbriquent, vous refermez le livre et vous restez comme un con….et là, bah, comme pour « Alain Claret », transformation en statue.

Pour en savoir plus, car il est impossible d’en dire plus sans spoiler,

allez sur les liens ci dessous

 

EMPIRE DES CHIMÈRES d’ Antoine Chainas / Série Noire.

avec en sus un entretien

Entretien avec Antoine Chainas / Empire des chimères / SN.

 

Héros secondaires, S. G. Browne, Agullo, par Le Corbac

Ça c’est de la comédie dramatique ! Un bouquin digne d’un film de Di Cillo ou de Jarmush.

Un livre social, une bible culturelle, une référence humaniste, un pamphlet contre l’industrie pharmaceutique, une pochade littéraire, une référence en terme d’humour noir et de satire philosophique.

S.G.Brown dépasse le stade de la simple comédie granguignolesque encore une fois. Il revisite avec talent l’art et la manière de dénoncer, de se démarquer sans se faire remarquer, d’expliquer sans être moralisateur.

Psychologie de comptoir et analyse fouillée ; discussion de potes bourrés mais vérités à assener, drôles de types sans aucune empathie ni ambition qui se découvrent autre chose que Monsieur Tout Le Monde.

Entre Pratchett et Incassable, un roman inclassable.

Tout y est frais et léger, profond et argumenté, facile et drôle, travaillé et nouveau, révolutionnaire et novateur.

Lire S.G.Browne, ce n’est pas s’arrêter à une culture typiquement américaine ; c’est se plonger sans bouée dans un décorum quotidien qui nous rappelle que nous sommes traités comme des chiens ou des moins que rien, tant que nous fournissons des résultats adéquats, c’est nous souvenir que, même en temps que bétail servile, nous avons notre conscience, notre esprit et que l’Humain est Bon par définition.

Quadras et quinquas de tous horizons, vous qui avez été élevés sous la coupelle des Marvel, Avengers, Strange et autres Comics, venez découvrir

Captain Vomito

Spasmo Boy

Eczéman

Super Gros-Tas

Docteur L’Enfant-Do

Mr Black-Out

Hallucination- Man

Professeur Priapisme

Nos nouveaux Héros, nos nouveaux super-méchants, une bande de losers sans emploi stable qui se découvre capable de s’enfiler une cape et un méga-moule bite pour sauver le vieux et le pochetron, le sdf et le malheureux,  de corriger le gros con irrespectueux et le sans-gêne tout permis.

Une nouvelle ère s’ouvre dans la mutation génétique !!!

Traduit par Morgane Saysana.

 

Rocking Horse Road, Carl Nixon, L’Aube Noire, traduit par Benoîte Dauvergne

Paru en février 2017, Sous la terre des Maoris  (déjà traduit par Benoîte Dauvergne) avait séduit à la fois par la noirceur du récit (un père biologique et un père adoptif s’affrontant autour des funérailles de leur fils) autant que par le coup de projecteur donné sur la Nouvelle-Zélande et les tensions communautaires qu’elle peut connaître, loin de nos préoccupations quotidiennes. Avec ce premier roman, Carl Nixon marquait durablement les esprits et on remerciera donc les éditions de l’Aube de nous proposer ce second texte, publié pour la première fois en 2007, soit trois ans avant la publication en Nouvelle-Zélande de Sous la terre des Maoris.

Fin 1980, quelques jours avant Noël, le corps de Lucy Asher est retrouvé nu sur une plage en banlieue de Christchurch, petite ville néo-zélandaise. Profondément marqués par ce drame, Pete Marshall (l’adolescent à l’origine de la découverte macabre) et ses amis mèneront l’enquête à leur façon, inlassablement, assemblant notes et témoignages pendant une trentaine d’années, sans que jamais le coupable ne soit arrêté .

A mi-chemin du roman et de l’enquête sociologique, Rocking Horse Road s’avère aussi réussi que son prédécesseur à condition qu’on ne l’aborde pas comme un polar. L’intrigue est ténue et c’est surtout la peinture d’une petite ville et des habitants de ce bout du monde qui retiendra l’attention.

Carl Nixon est né à Christchurch et y vit toujours, ce qui donne autant de force et de réalisme au tableau qu’il offre de cette petite communauté confrontée à un drame qui la dépasse. A travers le portrait de la bande d’adolescents qui s’improvisent enquêteurs, il nous fait pénétrer le quotidien de quelques familles et nous éclaire sur leurs habitudes ou leurs passions. C’est également l’occasion pour lui d’explorer l’esprit de ces ados en proie aux hormones et les relations parfois compliquées entre garçons et filles d’une même génération. Le fait d’étaler le récit sur une trentaine d’années lui permet de donner du recul au narrateur sur certains faits et ajoute une épaisseur supplémentaire à ses personnages.

Portant au fil des jours leurs soupçons sur les fréquentations de Lucy, puis les habitants du quartier ou les étudiants, Pete et ses amis mettent ainsi à jour quelques zones d’ombre dans la vie de Christchurch et la banalité de surface s’écaille, laissant apparaître ici un père qui sombre dans l’alcool après avoir été quitté par sa femme ou là une mère qui se prostitue pour pouvoir élever ses enfants et dont les clients sont des pères de famille du quartier … Les failles ainsi mises à nu révèlent la face cachée d’une société d’apparence aussi paisible que banale mais c’est à travers le sport que les dissensions apparaîtront réellement, lors de la venue en Nouvelle-Zélande,  de l’équipe sud-africaine de rugby, les Springbocks. Plus qu’un sport, le rugby est une religion pour les néo-zélandais et les habitants de Christchurch ne font pas exception à cette règle. Une poignée d’habitants, révoltés par la politique de l’apartheid, décident de manifester contre la venue des sud-africains mais la quasi totalité des habitants de Christchurch sont surexcités à l’idée de cette rencontre au sommet et la manifestation prévue le jour du match fera les frais de leur colère.

S’attachant à restituer aussi fidèlement que possible la vie sur ce coin de terre, Carl Nixon y poursuit le portrait d’une société néo-zélandaise face à ses malaises et ses contradictions. Ce pays, auquel la distance nous incite parfois à prêter des qualités inexistantes par chez nous, retrouve sous sa plume une dimension simplement humaine, un regard à hauteur d’homme, avec son lot de défauts et de bassesses. Plus qu’un auteur de polar, on saluera ici un chroniqueur portraitiste accompli doublé d’un excellent conteur.

Les Spectres de la terre brisée de S. Craig Zahler, Gallmeister

Le western littéraire serait il de retour ?

En tous les cas, Mr Zahler s’en occupe avec une grande sauvagerie, voir ses livres et sa filmographie, avec le génial Bone Tomawak et le sublime Section 99 plus d’info sur ses films ici:

http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=191638.html

Bon revenons en à vous, ^^, et à ce livre. D’abord une mise au point  ou poing, arrêtez de dire tarantinesque, c’est plutôt du Sam Peckinpah, cf certaines chroniques.

Sur fonds de vengeance, rien de neuf à l’ouest, à part peut être certains personnages un peu plus « épais que d’autres ». La trame est on ne peut plus vue et revue et son traitement de même. J’ai pas trouvé le frisson et l’excitation du premier livre qui était fort ingénieux,  un très bon livre . Celui ci n’en est pas déplaisant pour autant mais, il manque de rythme, seule la bataille finale s’en sort avec les grands honneurs, sonnez le deguello  !!! Le reste des pages s’enlisent bien souvent. Ce n’est pas au niveau de l’écriture, peut être le traitement de la trame. Un bon régime weight watcher de moins de150 pages, aurait il suffi ? Non lo so !!!

Une lecture en demi teinte donc, est ce que j’en attentais trop de l’auteur ?

 

Même si il manque un « je ne sais quoi », ce livre reste pas mal mais bien en dessous de son premier, en poche collection totem, ci dessous….

 

4 eme de couv :

Mexique, été 1902. Deux sœurs kidnappées aux États-Unis sont contraintes à la prostitution dans un bordel caché dans un ancien temple aztèque au cœur des montagnes. Leur père, John Lawrence Plugford, ancien chef de gang, entame une expédition punitive pour tenter de les sauver, accompagné de ses deux fils et de trois anciens acolytes : un esclave affranchi, un Indien as du tir à l’arc, et le spectral Long Clay, incomparable pro de la gâchette. Le gang s’adjoint également les services d’un jeune dandy ambitieux et désargenté, attiré par la promesse d’une rétribution alléchante. Peu d’entre eux survivront à la sanglante confrontation dans les badlands de Catacumbas.

Rivière tremblante, Andrée Michaud, Rivages/Noir

Si Bondrée nous avait fait si forte impression à sa sortie en septembre 2016, c’est parce que l’on découvrait en même temps qu’un nom, une écriture, une langue qui, en quelques pages, s’emparaient de nous pour ne nous lâcher qu’au bout de 350 pages, envoûtés par cette histoire de disparitions dans les forêts québecoises.
Mélange de français, d’anglais et de parler québecois, la langue d’Andrée Michaud faisait des merveilles et contribuait en grande partie au charme délétère dégagé par ce roman qui semblait vouloir échapper à la case « polar ». On tenait là un récit puissant, nimbé du brouillard local, une plongée dans la douleur et l’incompréhension, le tout magnifié par une empathie profonde à laquelle il était difficile de rester indifférent.
Et c’est donc sans surprise que l’on découvre au moment d’écrire ces quelques lignes cette citation de présentation piquée sur le site de Quais du polar :
« Je ne tue pas pour le plaisir, mais parce que j’essaie de comprendre la folie, la misère, la douleur des hommes. » Andrée Michaud.
De surprise, on ne pourra donc pas parler pour la sortie de Rivière tremblante mais l’attente et la curiosité sont indéniablement au rendez-vous. Précisons avant tout que cette nouveauté n’en est pas réellement une dans la mesure où cet ouvrage est paru au Québec en 2011, soit deux ans avant Bondrée. L’édition a ses mystères, en France comme ailleurs et on se gardera bien de spéculer sur les raisons pour lesquelles ce texte ne paraît chez nous que deux ans après.

Deux disparitions à trente ans d’écart, deux récits. Marnie a douze ans lorsque son meilleur ami, Michael, disparaît sous ses yeux dans les bois de Rivière-aux-Trembles. Le jeune homme ne sera jamais retrouvé. Trente ans plus tard, Bill Richards apprend la disparition de sa fille, Billie, alors qu’elle rentrait de l’école. Elle ne réapparaîtra pas non plus. Les vies de Marnie et Bill en seront bouleversées à jamais. Leurs destins se croiseront autour d’une troisième disparition, toujours à Rivière-aux-Trembles.

Il est question, ici aussi, de disparitions d’enfants et de forêts mais l’essentiel est ailleurs. Celles et ceux qui voudront se focaliser sur une énigme ou une enquête en seront pour leurs frais, l’intention d’Andrée Michaud se situe plus du côté d’une analyse psychologique que d’un roman à rebondissements. La récurrence des thèmes, loin d’être un handicap, permet de mieux appréhender sa perplexité face à la violence et à la douleur.
Elle interroge également les pratiques policières qui, dans les cas de disparitions d’enfants, sont tenues de considérer les parents ou les proches comme des suspects potentiels. L’injustice ajoutée à la douleur, un sentiment de culpabilité dont il est malgré tout difficile de se défaire, lourdes sont les souffrances vécues par ceux qui restent. Andrée Michaud excelle à décrire le chaos mental dans lequel pataugent Marnie et Bill, tout autant qu’elle décrit sans complaisance la bêtise et la méchanceté que tout un chacun porte en lui et laisse s’exprimer au nom d’une justice populaire, en toute méconnaissance de la réalité. Et, plus insidieux encore, le doute qui s’insinue dans les pensées et que les regards des policiers raniment à chaque interrogatoire …
Poignante, poétique, la langue d’Andrée Michaud nous remue, nous bouleverse en douceur, parvenant par sa beauté à transcender les bassesses qu’elle décrit. S’il existait une catégorie « roman atmosphérique », on y classerait bien Rivière tremblante tant l’ambiance y supplante l’enquête.
Considérer cet ouvrage comme un simple brouillon de Bondrée serait faire preuve de paresse et d’injustice envers un livre magnifique et sensible dans lequel on se confrontera comme Andrée Michaud aux mystères de la folie, la misère et la douleur des hommes.
Si l’homme n’en sort pas grandi, la littérature, elle, y a gagné un texte profond et bouleversant d’empathie dont on recommandera chaudement la lecture.