La guerre est une ruse / Prémices de la chute, Frédéric Paulin (Agullo), par Le Corbac

Il faut savoir déjà que le Sieur Paulin est le premier auteur français publié chez Agullo.
Il faut savoir ensuite (parce que j’ai suivi ses diverses interviews et autres interventions) que le Sieur Paulin a fourni un sacré travail de fond pour écrire les 2 romans sus-cités (sachant que le 3ème et dernier volume ne va pas tarder). Oui, M’sieur dame il a travaillé seul comme un grand ; en même temps il est pas petit le gaillard. Il s’est documenté, a fouiné, fouillé tout seul dans les archives de divers médias pour étoffer son sujet.
Il faut savoir enfin (quoi ? Deux minutes oui ! J’y viens à son livre mais j’ai le droit de dire que j’ai apprécié son travail de base non ?)… donc il faut savoir aussi que La guerre est une ruse et Prémices de la chute sont une œuvre de fiction ; rien à voir avec un essai ou un documentaire.
Donc venons-en au fait…
La guerre est une ruse commence en 1992 en Algérie et Prémices de la chute se termine le 11 septembre 2001 à New-York. Un récit donc étalé sur 9 ans qui va nous faire suivre le travail et la vie de Tedj Benlazar, agent des services secrets français chargé de s’occuper de la problématique algérienne, de la montée du terrorisme islamiste et de sa probable propagation en France.
Hormis une étude radicalement concrète de la situation de l’Algérie, puis de la Croatie, la Serbie et autres pays ayant servi de portes étendard et de premier bastion du terrorisme islamiste, Frédéric Paulin nous raconte aussi la triste et passionnante existence de Tedj Benlazar, fils d’immigré installé en France, pays pour lequel il a été prêt à tout sacrifier… mais la roue tourne et les gens changent.

Tedj, de par son parcours et ses errances, ses doutes et ses questionnements n’échappe pas à ce cycle et évolue. En bien ? En mal ?
Dans ce monde souterrain, des manipulations politiques, des passe-droits économiques, des obligations géo-politiques, rien n’est jamais simple. Et quand on est un individu avec une conscience, un sacré professionnalisme et ses problèmes perso, c’est encore plus compliqué de trouver la juste place qui nous correspond.
Autour de Tedj évoluent de nombreux seconds couteaux, des personnages tous en lien avec ces événements terrifiants, dans ces pays touchés et impliqués par le terrorisme.
Puis il y a les français, ceux qui vont se réveiller un beau matin et réaliser que la guerre est arrivée dans leurs rues, leurs villes. Qu’elle va frapper et faucher leurs femmes, leurs enfants, leurs amis, leurs voisins. Cette violence soudaine, Frédéric Paulin nous la claque dans la face en nous faisant le récit du gang de Roubaix, de tous ces braquages dans le Nord de la France. Et puis, après cette première apparition, quand toutes les pièces sont en place et que l’Etat a bien accroché ses œillères et noyé les faits pour éviter que la population panurgesque ne s’emballe ou ne s’affole, d’autres événements que nous avons connus surgissent : un assassinat dans une mosquée, un attentat dans un RER… et là, le doute n’est plus possible : elle est là.
Elle est là cette haine, cette guerre de soi-disant foi qui réside à la base dans toute une manipulation politique. Elle frappe aveuglément et chaque lecteur se retrouve à se remémorer des événements qu’il a vu ou dont il a entendu parler dans les médias à une époque pas si lointaine que ça au final.
Et puis au milieu de toute cette sanglante violence, il y a des hommes, des femmes. Il y a la perte, la mort, le deuil, la maladie, l’amour, les enfants, les espoirs, l’âge qui passe, les idéaux qui se font et se défont, des projets de vie, des retrouvailles et des absences.
Les deux premiers romans de Frédéric Paulin sont pleins de richesses romanesques, d’une grande qualité narrative et d’une délicatesse stylistique, nous faisant osciller entre récit, témoignages, essai, documentaire sans que jamais la lassitude ne nous gagne, sans jamais non plus nous perdre ou en faire trop.
Les deux premiers volumes de cette trilogie sont un beau cours d’Histoire et un très délicat portrait d’hommes et de femmes, chacun porteur d’une croix, qu’ils ne savent comment poser et qu’ils se forcent à traîner partout avec eux, au risque de faire souffrir ceux qui les accompagnent.

Le Corbac

La Colombienne, Wojciech Chmielarz (Agullo), par Aurélie

Retrouvailles réussies avec le Kub pour cette 3e enquête traduite du polonais !

On le découvre apaisé. Il arrive plus ou moins à gérer sa situation familiale délicate et parvient étonnamment à dompter sa fureur quand elle frappe à la porte.

Cette enquête prend ses racines en Colombie mais remue pas mal de boue dans une Varsovie en pleine ébullition. Accrochez-vous, le Kub ne dort pas beaucoup !

Un nouvel opus qui nous fait pénétrer toujours plus loin dans l’intimité des foyers polonais et qui fouille en détail le rapport hommes/femmes fréquemment délicat dans un pays où « féminisme » apparaît trop souvent comme un gros mot.

Prise de position exemplaire pour Wojciech Chmielarz qui continue de se battre contre une frontière franche entre les gentils et les méchants mais brandit haut et fort les sujets qui lui tiennent à coeur.

Le Kub devrait faire partie de la vie de tous les amateurs de polars. Ses deux 1res enquêtes sont disponibles chez Agullo et au Livre de Poche.

Traduction du polonais d’Erik Veaux.

Aurélie.

Pourquoi la Pologne n’a-t-elle jamais gagné la Coupe du Monde ?
Parce qu’ils n’ont jamais eu un joueur comme Wojciech Chmierlaz ! Un joueur hors pair, le gars que tu mets seul sur le terrain face au PSG et qui va les faire rentrer chez eux en pleurant (désolé je n’ai pas pu résister !!!)
A lui seul, il te tient le terrain et maîtrise le jeu totalement (bon, ok Erik Veaux a un sacré rôle de traducteur à jouer mais pareil, il assure grave aux cuivres comme aux percussions ou aux cordes…Ouais le gars c’est un sacré bon musicien qui sait totalement traduire la musicalité de cette douce chansonnette…mais ce n’est pas la première fois qu’il s’attache à la partition du polonais Chmierlaz).
Gardien, défenseur, milieu, passeur, coach, attaquant…il assume tous les rôles et joue toutes les places en véritable artiste.
Le récit, il lui fait traverser tout le terrain pendant les 90 mn réglementaires, et même que vu que le ballon a pas quitté les pieds du camp polonais, que toujours aucun but n’est inscrit malgré les nombreuses occasions de Monsieur Chmierlaz, on va jouer les prolongations…
Faut dire que comme technicien et tacticien il se pose le type.
Des Polonais, des Colombiens, de la dope, des femmes se suicidant, un Kub le bras dans le plâtre et en plein doute, qui doit en outre gérer sa nouvelle collaboratrice et ses relations hiérarchiques et sentimentales (ouais, on dirait du Ellroy de l’Est et alors….s’il écrit bien j’y peux rien…et si son intrigue est fouillée encore moins…donc oui il existe un James Ellroy en puissance en Pologne !!!), donc avec tous ces éléments Wojciech Chmierlaz te construit un match infernal. D’entrée de jeu, il te choisit de prendre la balle et il commence à la faire circuler.
La première mi-temps, elle vole, s’envole, rebondit et passe de gauche à droite, d’avant en arrière, et toi tu cours comme un couillon, comme le Kub pour essayer de la récupérer. Tu t’essouffles pas pourtant, t’es persuadé que tu vois son jeu et tu anticipes. Tu prévois, tu prépares des contre-attaques, mais le type, il te prend à contre-pied. Un crochet, une feinte et il te laisse sur le gazon sans que tu n’aies eu le temps de comprendre.
Et puis, la seconde mi-temps débute.
T’as eu ou cru avoir le temps d’analyser sa tactique, son mode opératoire, comprendre là où il voulait en venir, mais non. Ça repart de plus belle.
Feinte de corps, esquive, dribble…jamais tu n’arrives à toucher le ballon et tu cours. Tu cours encore 45 mn après ce maudit ballon.
Pourtant vous êtes nombreux en face : procureur, associés, collèges, truands, ex-femme, témoins, balances…mais vous y arrivez pas
Wojciech Chmierlaz contrôle tout. Il t’emmène partout, et toi tu cours, tu suis, tu cavales.
La fin du temps réglementaire sifflé, tu te dis que c’est bon…que les pages arrivent à leur fin, que tu vas réussir à lui en mettre une en pleine lucarne, au pire chopper un pénalty vicieux en fin de match…
Et là, tu déchantes…La règle de la Mort Subite déboule et le Wojciech Chmierlaz accélère.
Un rail de colombienne et tu restes sur le gazon. Tu le regardes accélérer, tu vois au ralenti toute son action se dérouler, tu saisis toute l’importance de ses passes, de son attente, de ses changements de régime.
Il te passe sous le nez, il jongle avec le récit, véritable Pelé de l’écriture et devant ton gardien, sans intervention de la Main de Dieu, il te balance un boulet en plein lucarne…celle opposée au côté où t’as plongé…et il gagne avec talent son match.
La Colombienne est un roman policier digne de ce nom. Richesse et qualité riment avec délicatesse et spontanéité, avec suspense et perplexité, avec étonnement et prouesse.
Si vous ne connaissiez pas encore la qualité de la plume polonaise et son « droit au but » faites-vous un match avec Wojciech Chmierlaz…

Le Corbac.

Les Spectres de la terre brisée, S. Craig Zalher (Gallmeister), par Le Corbac.

Quelle chevauchée je viens de me faire dans ce coin paumé du Mexique en ce début du 20ème siècle ! Si j’avais été seul, je n’aurais jamais survécu à cette mission de sauvetage désespérée au sein d’un ancien temple aztèque transformé en un splendide bordel de luxe, à ce Fort Alamo version S. Craig Zalher.
Mais j’étais bien accompagné, coincé entre cette montagne de muscles paternelle qu’est John Lawrence Plugford, ses deux fils et la fine équipe qu’il a constituée (un bedonnant ex-esclave affranchi fin cuisinier, un indien maniant l’arc et se nourrissant goulument des cœurs et autres abats des oiseaux choppé en plein vol et le Long Clay, gâchette exceptionnelle s’il en est).
A ce groupe hétéroclite vient s’ajouter un jeune dandy ambitieux et désargenté, naïf et candide quant à la violence du Grand Ouest.
Un chariot, des mines, des revolvers, des flèches et des fusils… et surtout la hargne, la colère et la volonté de sauver Yvette et Dolorès de cet enfer qu’est ce bordel dans lequel elles sont prisonnières de Gris et ses fils afin de servir de putes pour ces messieurs de la Haute sociétés qui se font grave chier avec leurs braves matrones.
Alors toute cette sacrée bande de lascars, tu vois, ben elle m’a rassuré . Je me sentais à l’abri et en sécurité, sans crainte, certain de ne rien risquer et persuadé que cela se déroulerait sans accrocs.
Sauf que… sauf que quand j’ai vu comment se comportaient ces loustics avec les salopards qui avaient kidnappé les deux filles Plugford, je me suis dit que c’était mal barré pour la tranquillité et la ballade de santé.
On n’était plus sur un air de ritournelle mais plutôt sur un requiem. Une musique rythmée par des hurlements et baignant dans le sang qui gicle des blessures, un rythme saccadé et continu comme le sifflement des balles, comme le choc des impacts sur les corps, comme les explosions qui résonnent à nos tympans.
Véritable chef d’orchestre de cet opéra macabre, S.Craig Zahler suit sa partition sans temps mort. Comme il se doit, il suit le tempo et nous emmène dans sa tragédie.
Largo, lento d’abord pour la mise en place, pour la présentation de tous les personnages et de la situation… Le où, quand, comment, pourquoi.
Puis, d’un coup de baguette, Monsieur Zalher nous sort les A : Adagio, Andante, Allegretto et Allegro…Le temps de quelques chapitres le récit prend son envol, les personnages se font moins opaques et puis l’action se pose, doucement même si elle reste violente et sanglante. Les bases posées, le déroulement de la partition peut progressivement prendre son envol ; chaque musicien est à sa place et connait son rôle.
Le rythme s’accélère, le tempo devient de plus en plus sourd et profond, reflet de cette violence que chaque père a en lui, de chaque parent voulant protéger ses enfants.
Parce que, finalement, qu’écrit donc d’autre S.Craig Zalher que cette vision patriarcale de la protection de sa descendance ? Jusqu’où le père est-il prêt à aller pour la préservation de sa lignée ? Pour ne pas laisser sa famille entachée d’une mauvaise réputation ?
Souvent l’on parle de ces mères qui luttent et se révoltent et trouvent en elles des ressources de force méconnues pour sauvegarder leur progéniture …
Ici, une fois que le Vivace, le Presto se mettent en branle, les brutes masculines sont lâchées dans toute leur splendeur ; et elles ont tous les droits : tortures, meurtres de sang froid, violences gratuites. Tout est permis pour que l’on ne touche pas ou plus à la chair de leur chair parce qu’il n’y a rien de plus sacré que la famille, les liens fraternels et l’honneur.
Alors quand arrive le final du Prestissimo, la boucle est bouclée et le tempo repart à rebours, redescendant progressivement pour finir par revenir au largo de base.
S. Craig Zalher nous offre un opéra baroque et dramatique plein de bruits et de fureurs, de tripes et de sang, de bravoures et d’honneur dans lequel la violence n’est jamais gratuite, où la force sert de bâton de berger pour nettoyer les fautes de chacun et retrouver une certaine dignité de vie.
Partout, de tous temps, il existera des pères qui seront capables de déplacer 7 Mercenaires prêts à se lancer dans une Horde Sauvage pour défendre un Fort Alamo.
Un pur moment de bonheur pour cette lecture faite de sang et de sueur, fleurant la poudre et les tripes et si riche d’amour…pourtant.

Traduit par Janique Jouin de Laurens

Le Corbac.

Salut à Toi Ô Mon Frère/ La Vie en Rose (Marin Ledun – Série Noire Gallimard) par le Corbac

Quel panard il a pris le Corbac, même pas qu’il était arrivé le Renard, que le calendos lui chût du bec.
Il écrit bien le Marin Ledun et puis pas comme d’habitude (attends me fait pas dire ce que je n’ai pas dit… Non ça veut pas dire qu’avant il n’écrivait pas bien, ça signifie… Mais tu vas me laisser parler oui ? Bon donc voila, il est dans un autre registre. Ben oui il n’écrit pas pareil tu vois. Il y a comme de la « littérature » dans son texte. Il manie la langue comme un ménestrel, il joue sur les sonorités, le rythme des mots et se fait même poète en prose. T’as compris ?… Bien).
Bon, je disais quoi ?
Ah oui qu’il n’écrivait pas comme d’habitude. Par contre il reste comme dans ses précédents ouvrages un grand metteur en scène.
Il nous fait le coup à chaque fois, nous surprenant par sa capacité à changer de genre.
Après le huis-clos et la tragédie, Monsieur Ledun s’essaie au vaudeville romanesque et à la comédie de Boulevard.
Imaginez donc cette « smala », cette meute composée d’un père au pacifisme marital exemplaire, une mère que même les Sex-Pistols ils en voudraient pas… six gosses dont 3 adoptés made in Colombie (imaginez donc comment ça jase à Tournon, entre commères et vieux cons racistes par habitude et confort pseudo moral) parce que Adélaïde, la mère, elle veut bien des gosses par amour mais pas par souffrances … et puis les six gamins ( sans compter le chien et les 2 chats) tous aussi dégourdis que Sport Billy ou Edouard Bern ou Jean-Pierre Foucault sans ses fiches…
Une pléthore de marmots tous plus futés les uns que les autres, tous plus à même de connaitre le monde dans lequel ils vivent parce que eux le savent «La vie n’est pas un long fleuve tranquille ».
Parce que les luttes fraternelles, les désaccords parentaux ça se règle entre eux, mais l’injustice on la combat en famille, on s’unit et se rassure les uns les autres pour que l’inacceptable ne soit pas le quotidien, parce que l’injustice on lui chie à la gueule, que la bêtise humaine n’est que l’expression de l’inculture générale et ambiante d’une époque de merde.
Tu te souviens de Daniel Pennac ? Ben voilà maintenant il y a Marin Ledun.
Tu te souviens de Manchette ? Ben voilà maintenant il y a Marin Ledun.
Tu te souviens de Bernie Bonvoisin ? Ben voilà maintenant il y a Marin Ledun.
Tu te souviens des Clash ? Ben voilà maintenant il y a Marin Ledun.
(Ouais je suis dithyrambique, voire exagérément pas objectif, ou hallucinant de mauvaise foi mais purée, lire Salut à Toi et La Vie en Rose, ça te remue les sangs. Ton transit intestinal il est tout chamboulé, ton cœur il bat la polka, t’as même les yeux tellement éclatés qu’on te prendrait presque pour un lapin myxomatosé sur une autoroute belge à 4h34 du matin.)
Un mec comme je les aime ! Burné comme pas possible. Doué encore plus que couillu. Maîtrisant la langue française mieux encore que ses vieux pairs. Un dico ambulant de référence rebelle, punk et littéralement littéraire.
Un gars quand il écrit c’est pas pour se lire ou bavasser allègrement, un gars quand il aligne les mots t’as envie de ranger ton Scrabble et de sortir le Trivial Pursuit édition Punk/Rock/Contestataire/Rebelle et Nadine Mouque.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Marin il a pas laissé sa langue coincée dans les touches de son clavier parce qu’il balance allègrement mais qu’il reste clément. (Non il cherche pas des explications bidons et des excuses pitoyables à l’emporte-pièce), il se contente de raconter.
Mais c’est quoi donc qu’il raconte pour que Le Corbac il soit aussi déplumé ?
La Vie. La vraie vie, voilà de quoi il te cause avec talent, poésie et verve envolée. C’est beau comme des champi à peine éclot au début de l’automne, ça fleure aussi bon qu’un Monsieur Batignolles Vs Les Démons de Jésus, ça te remue autant qu’un True Romance Vs Bridget Jones, ça te chamboule comme si tu découvrais un C’est arrivé près de chez les Loud, ça te remue comme un Fight Tuche….
J’adore ce type !
De caricatures non censurées, représentatives à l’extrême de ce que notre société réfute, refuse, rejette ; de situations abracadrantesques dignes d’une représentation de théâtre publique de la fin du 19ème ; de Deux Machina en concours de circonstances improbables, en passant par une langue que ne rejetterai ni Frédéric Darc, ni Georges Pérec et avec une musicalité digne de Brassens repris par un vieux groupe de caves métal, quadras bedonnant aux cheveux longs et gras dissimulant une calvitie en voie de développement, vêtus de vieux tee-shirt devenus collectors couvrant à peine leur besace ventrale de biéreux, la vie en rade, des rêves plein la tête, des cris coincés dans les gosiers devenus trop étriqués… Marin il nous balance un super roman pamphlématique (ouais ça existe pas comme mot, et alors ?… Je t’emmerde, c’est comme ça, je viens de l’inventer… oui et alors, si je veux inventer des mots, je le fais… Quoi ? Ça se fait pas ? tu la vois ma Doc Martin’s coquée ? Tu la veux dans ta tronche ? Non ? Ben ta gueule alors !)
Ces deux romans sont splendidement convaincants, drôlissimes, déroutants, questionnant, ils sont tissés comme de vrais patchworks made in Bolivie, autour d’une famille droite dans ses bottes. Chez Marin Ledun on se pose des questions, on se remet en question et on fait du mieux qu’on peut. Il a su amener dans ces deux romans toute une sincérité, toute une «utopie» familiale, une révolution dans le monde de l’enseignement et encore plus de l’éducation.
On se plaît à identifier nos rêves passés et oubliés, on sourit à l’évocation des liens dans ce microcosme que sont les Mabile-Pons, ce «gouvernement» au sein d’un système qu’ils contestent tous…
Il y a un souffle chaud qui balaie ces deux ouvrages, il y a un « esprit » qui habite ces pages et qui nous parlent.
Cela pourrait être un roman de génération…
A lire absolument.

La Fièvre, Sandor Jaszberenyi (Mirobole) , par Le Corbac et Yann

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu un recueil de textes (ou de nouvelles); et bien m’en prit de me laisser aller à lire La Fièvre.
Sandor Jászberényl revient sur ce type de récit dans ce qu’il a de plus primaire: le réalisme. Les 14 textes qui composent ce recueil sont tous empreints des traces de son métier (photographe et correspondant de guerre) et nous promènent de l’Afrique au Moyen Orient avec un bref passage en Hongrie.
A la fois fictions, états d’âmes, réflexions sur la religion, la violence, la guerre, l’amour (ou ce qui s’en rapproche par ces temps haineux), La Fièvre est un livre prenant et très bien construit.
Je veux dire par là que l’agencement et l’ordre des nouvelles jouent aussi un rôle prépondérant dans le plaisir de lecture ressenti.
Tout commence par La Fièvre, réelle, au sens propre, infection qui touche le narrateur et qu’il nous décrit avec autant de réalisme que le trip de Martin Sheen dans sa chambre d’hôtel lors de l’ouverture de Apocalypse Now… et alors que l’on pourrait s’attendre à un méga bad trip ou à une succession de textes hallucinatoires ou délirants, bim, on bascule dans la chaleur, la moiteur, la maladie.
Maladie de ces hommes pleins de haine à cause d’un bout de terre, pour une manière de prier ou de penser différente, pour un peu de gloire volée sur les cadavres d’anciens amis devenus ennemis pour une raison dont plus personne ne se souvient ou ne sait.
Parce que les textes de Sandor Jászberényl sont cela, autant de petits drames individuel au milieu de la Grande Tragédie éternelle qu’est la Guerre.
Il sait donner du tempo et sortir de son métier pour nous faire frémir à la lapidation d’une femme, à la mort d’un jumeau, à la chasse d’un animal féroce et destructeur qui se nourrit dans les hôpitaux. Et puis cette émotion, ce sentimentalisme et cette mélancolie qui transparaît régulièrement entre ses lignes (même carrément dans ses lignes) sur la raison de faire ce métier de reporter de guerre, sur le doute d’être encore au taquet et de rester bon… à tout prix (Profession Reporter est un joyau à ce niveau là, et d’une cruauté resplendissante)
Et au milieu de cette violence omniprésente, Sandor Jászberényl réussit à parfois nous faire sourire, limite rire (même si c’est un peu jaune) comme avec La Règle de Blake ou Aucune chance de Gagner.
Et bien évidemment la dernière nouvelle fait chute comme il se doit: Le bout du monde. Pas le nôtre mais le sien… Nous, nous l’avons atteint à chacune des 211 pages de ce très bon recueil. Parce que Sandor Jászberényl nous l’a donnée, La Fièvre que l’on atteint en altitude, quand l’on approche de notre bout du monde en découvrant les horreurs si lointaines qui nous entourent, ces infections pernicieuses et éternelles qui vont nous contaminer sans autre but que de nous faire mourir et pourrir.
Entre Hunter.S.Thompson, les reportages de Jack London et la plume de Ernest Hemingway, Sandor Jászberényl a posé sa patte dans l’univers de la littérature et elle est profonde.

Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly.

Le Corbac.

Résultat de recherche d'images pour "sandor jaszberenyi"

Immédiatement identifiables à leurs couvertures, les textes proposés par les éditions Mirobole depuis leur création en 2012 ont en commun de naviguer en dehors des sentiers battus et de mettre en lumière des auteurs dont on ignorait jusque-là l’existence. On se souvient en particulier de l’étonnant Hôtel de Yana Vagner qui poursuit aujourd’hui une belle carrière chez Pocket ou de Francisco José Viegas et son Collectionneur d’herbes, nostalgique et sensuel,  paru depuis en Points.

Le recueil qui nous intéresse aujourd’hui propose quatorze courts textes de Sandor Jaszberenyi, hongrois de naissance, dont la profession de correspondant de guerre pour différents journaux l’a amené à côtoyer l’horreur un peu partout dans le monde.

Si le rôle du journaliste dans ses reportages est celui de témoin, de rapporteur, Sandor Jaszberenyi change d’angle pour la plupart des récits présentés ici et n’hésite pas à mettre en avant la difficulté d’exercer son métier, et, en particulier, la peine que ressent un novice à s’habituer à l’horreur des zones de combat (« Six ans se sont écoulés. Pour ce qui est de m’habituer, c’est vrai : je me suis habitué, mais je n’ai pas oublié. On n’oublie jamais la première fois » – La première fois). Mais, finalement, pire que l’habitude est l’indifférence, réelle ou feinte, que l’on se doit de montrer dans certaines situations et, en ce sens, Prendre Trinidad est sans doute le plus terrible des textes qui composent La fièvre.

Du Soudan au Darfour, du Caire à la bande de Gaza, c’est un anti-guide touristique que propose le journaliste, peut-être le meilleur moyen de se rendre compte de l’uniformisation qu’apporte la guerre avec elle, de par son omniprésence et les stratagèmes que toutes et tous cherchent pour continuer à vivre coûte que coûte. Ainsi, on choisira l’alcool ou la religion, la drogue ou les superstitions, l’indifférence ou la colère mais nul ne peut y échapper.

Alternant les registres, Sandor Jaszberenyi  surprend avec des textes comme  La règle de Blake ou Le diable est un chien noir, opposant au cartésianisme des occidentaux les croyances africaines ou moyen-orientales. Il nous secoue avec Prendre Trinidad, Les jumeaux ou Profession photoreporter, parvient à émouvoir avec Amhed Salem a abandonné Dieu ou Die Toten reiten schnell.

Aucun de ces textes ne peut laisser indifférent et l’ensemble forme un recueil aussi brut que cohérent, un document implacable et réaliste sur le métier de correspondant de guerre, certes, mais, d’une manière bien plus universelle, sur les capacités de l’homme à continuer de vivre en dépit de ce qu’il est capable de s’infliger et d’imposer à se semblables. Indispensable pour qui veut garder les yeux ouverts sur la réalité de notre monde.

Yann.

Cataractes, Sonja Delzongle (Denoël), par Le Corbac

La Delzongle, elle, on peut vraiment la qualifier de pointure montante du thriller français.
Thriller ou suspense, pas confondre avec policier ou noir ou fantastique.
Elle a pas besoin d’en faire des tonnes pour pondre un excellent suspense haletant à souhait, conçu comme une commode normande avec tous ses tiroirs et ses faux fonds.

Déjà le décor : l’ex-Yougoslavie, encore occupée à panser les blessures de sa guerre civile. Plus précisément un barrage, la montagne, la forêt et un monastère reconverti en centre psychiatrique.
(Et là tu te dis que tu vois le truc venir, que c’est du réchauffé et que les « nouvelles » pointures l’ont déjà fait et que de toute manière…bref)
Sauf que déjà la forêt n’est pas un simple décor. Comme sa comparse Sandrine Collette, elle fait de la Nature un véritable personnage. Elle sait la rendre vivante, nous en faire sentir les odeurs, percevoir les multiples vies qui y résident, nous faire entendre le moindre craquement, le moindre ruissellement. Et bien évidemment, comme tout un chacun la Nature peut être bonne ou mauvaise.
Dans la veine, Sonja Delzongle ne te trace pas des portraits caricaturaux à l’emporte pièce des personnages ( que ce soit les premiers rôles ou les seconds et même les figurants); non non, elle te les façonne, elle leur donne une vraie vie et pas une vie de papier.
(ça paraît con dit comme ça mais ils sont terriblement vivants et cohérents, sortant des éternels et sempiternels clichés habituels que l’on retrouve chez les 2/3 des pseudos auteurs de thriller français. Bref )
Et puis l’histoire ou le sujet ou le thème… On y retrouve le thème de la filiation et du deuil (déjà évoqué d’une autre manière dans Boréal – Editions Denoël) mais cette fois ci d’un point de vue masculin/paternel. De la même manière, elle reprend la thématique de la survie, de la culpabilité, de la vengeance, de la rédemption et de l’écologie.
(ça fait beaucoup tu vas me dire, mais de la même manière que je l’avais écrit pour Boréal, elle fait pas un gloubiboulga immonde et insipide mais un excellent ragoût, préparé avec délicatesse, douceur et aisance qui à chaque page va te révéler de nouvelles saveurs que tu n’imaginais pas, de nouvelles odeurs que tu ne soupçonnais pas. Oh que oui, je te le dis tout est délicat et sans esbrouffe et effets sanglants et sanguinolents à deux balles. Ici tout est ouvragé comme une madone dans une église, un cantique de multiples fois travaillé pour réveiller en nous des échos…et ça c’est gage de qualité! Bref )
En outre, ce roman a pour l’auteur une connotation très intime comme elle l’explique dans ses remerciements; elle revient en effet à ses racines profondes ( la Serbie), remonte elle aussi ainsi la source de son passé, grimpant sur les rochers de ses souvenirs, se plongeant dans les lacs de son enfance et errant dans la magla sans se perdre.
Cataractes est un déferlement de sensations, une vague de souvenirs, un courant d’histoire dans lequel Sonja mêle l’Histoire et la Science (et ben oui ça reste aussi sa marque de fabrique, ancrer son récit dans une toile de véracité et d’informations réelles et concrètes et cela sans le rendre lourd ou pesant mais en l’incluant totalement dans le déroulement de l’action. Comme quoi le talent n’est pas une question de pointure… Bref)
Bref donc je vais arrêter de lui lancer des belladones, des amanites et autres variétés à tendance hallucinogène pour essayer de conclure…
Le dernier opus de Sonja Delzongle est un excellent thriller mené de main de maître(sse), recelant beaucoup plus qu’il n’y paraît de prime abord, riche de qualités narratives, de recherches et de rebondissements ( j’aime pas ce mot… de surprises. Oui c’est mieux, parce que rebondissement ça fait aller faut que j’arrive encore à accrocher mon lecteur parce que je suis pas sur que ce soit bon… donc oui plein de surprises c’est top… Bref)

Donc un roman que je conseille aux vrais amateurs de thriller et à ceux qui croient en lire surtout, parce que Cataractes est un VERITABLE THRILLER FRANCAIS… lui.

Le Corbac.

Nadine Mouque, Hervé Prudon (La Noire – Gallimard) par le Corbac

T’imagines si les deux Charles ( Baudelaire et Bukowski, même prénom et même première lettre de leur nom de famille, y a pas photo même sans être fort comme les beaux pour saisir la connivence) avaient eu l’occase d’aller s’en jeter quelques uns derrière la cravate et que bim ils tombaient nez à nez avec Andrée Michaud et que ces trois là le nez poudré et la tête aérée, les yeux illuminés et la plume apprêtée avaient eu l’envie de se taper un délire mortel en écrivant à six mains un putain de polar… Manque plus que des jeux de maux ou de mots à la Pérec qui serait venu y mettre une pointe de son littéralisme oulipolien et t’as un Nadine Mouque.
Il m’a collé au mur comme une mouche sur son morceau de papier, impossible de décoller, il m’a laissé scotché et pourtant j’avais les pattes qui s’agitaient pour me bouger et les neurones en ébullition mais j’étais incapable de sortir de ce merdier…limite j’y trouvais même mon miel nutritionnel et ma nourriture spirituelle.
Il a publié cette ode à la Tristitude ( c’est pas de moi mais d’un chanteur qui porte le nom de Oldelaf et qui a une gueule de blatte) en 1995 à la Série Noire ( Gallimard n°2401) et quel bonheur de le découvrir aujourd’hui en 2019 dans la Résurrection de cette célèbre collection qu’était la Noire. Jouissif et impulsif à se le baffrer en une journée et en tâcher sa chemise tellement il m’a fait baver.
Hervé Prudon il est bon comme le cul d’une bombasse que tu croises dans la rue et que même si t’es avec ta femme et tes 5 mômes et que tu vas à la messe chaque dimanche et que tu baises que une fois par mois le dernier vendredi quand tu deviens le roi et que tu mets le petit Jésus dans la crèche ben tu peux pas t’empêcher de te retourner et de mater cette croupe hallucinante voire hallucinogène et te dire mais comment j’ai pu passer à coté de ça…
Parce que ce bouquin il déchire sa race, il t’arrache à ton petit confort et te remue les intestins pire qu’une coloscopie. C’est beau de violence, c’est malsain d’amour, c’est cruel de déchéance ( tiens au fait tu me feras jamais croire que le petit père Dupontel il l’ a pas lu quand il a écrit le scénario de Enfermé Dehors), ce livre il te pompe le moral pire qu’une pute ougandaise qui va se faire tabasser si elle ramène pas un bifton à son micheton, il te défonce les neurones comme un camion bélier pour chourave un distributeur automatique, ça t’envole comme une giclée de chevrotine à bout portant en pleine poitrine ( même avec un gilet pare-balles).
C’est une bombe nucléaire, un exercice de style, une parenthèse sur la médiocrité de nos vie, sur la déchéance de nos cités, sur les fantasmes alcooliques d’un pov type qui se branle la nouille en regardant Hélène et les garçons. C’est un convoi émotionnel de 12 wagons qui te passe sur le corps, c’est un 35 tonnes qui te percute de plein fouet, c’est un Boeing qui s’écrase sur ta pov face lunaire.
C’est beau comme un petit poème en prose de Baudelaire.
C’est violent et trash comme les contes de Bukowski.
C’est fin et travaillé comme les écrits de Michaud.
Et puis, et puis bordel ça date de 1995 mais c’est toujours on ne peut plus d’actualité. Cette violence des cités, cette déliquescence de l’humanité, les immigrés et les abus, le cul et la dope, les errances de ces générations laminées par un système qui n’a pas changé, les rebuts sociaux issus de famille émigrées parqué comme des chiens dans des cubes de béton sans autre avenir que celui de se reproduire ou de se bouffer la tronche, les luttes des classes pour sortir de la crasse…
Hervé Prudon aurait mérité d’être encore parmi nous parce que sa verve endiablée et son sens de la formule, son absence de nuance dessinée derrière ses jeux de mots à l’emporte pièces sont d’une qualité littéraire inégalée depuis longtemps et puis son discours…il est puissant et violent, virulent et intéressant, basé sur une étude limite anthropologique de notre société, de ses dérives et des effets néfastes de ce pseudo socialisme censé sauver la France, des ghetthos à l’américaine qui se développe et se répandent comme des colonies de blattes…

Ce bouquin est un putain de chef d’oeuvre.

Le Corbac.

Et le mal viendra, Jérome Camut / Nathalie Hug (Fleuve Noir) par Le Corbac

« La violence engendre la violence » (Eschyle)
Que ce soit celle du cœur…
Que ce soit celle de la haine…
Que ce soit celle de la vengeance…
Que ce soit celle de la colère…
Que ce soit celle des idéaux…
Que ce soit celle de la culpabilité…

La violence est présente partout, tout autour de nous, à chaque instant.
Regardez les Black Friday’s, regardez les manifestations qui dégénèrent en pillage, regardez les animaux abattus pour leurs organes soit disant aux pouvoirs fantastiques, regardez ces migrants qui crèvent à nos frontières, regardez nos sdf qui meurent l’hiver, les homosexuels agressés parce qu’ils se tiennent la main, ces femmes parce que leur jupe est trop courte, ces gens parce qu’ils ont une religion différente…
La violence est le moteur de notre époque, la violence est devenu si banalisée que pour lutter contre elle il n’y a probablement d’autre arme que… la violence.
Notre monde se meurt, que ce soit d’un point de vue climatique, que ce soit les espèces qui sont abattues ou les humains qui se tuent mutuellement.
Le monde se meurt et personne ne bouge… ou presque.
Qu’une voix s’élève et qu’elle ameute le peuple, elle sera baillonnée et étouffée sur l’autel du capitalisme.
Qu’un projet visant à améliorer nos conditions de vie soit présenté et il sera anéanti et noyé au nom du consumérisme et de la propriété individuelle.
Et nous, que faisons nous? Nous soupirons, nous nous attristons et puis nous passons à table (ceci étant une généralité bien évidement) en regardant des pays crever de faim, des pseudos états se déchirer pour un bout de territoire, lançant des milliers d’individus sur les routes, à la rencontre, quoiqu’il arrive, de la mort. Chez eux ou ailleurs, qu’est ce que cela va changer, après le film du soir nous irons nous coucher et dormirons du sommeil des justes.
Et puis parfois, parfois une voix s’élève.
Il s’agit de deux voix en l’occurrence: celle de Jérôme Camut et de Nathalie Hug. En couple dans la vie comme dans l’écriture ces deux là se positionnent, prennent parti et avec leur dernier opus Et Le Mal Viendra pousse encore plus loin le travail entamé avec W3 et IslaNova.
Je ne peux qu’être en colère de les voir à la traîne derrière un Bussi, un Chattam ou un Thilliez car ils vont plus loin, beaucoup plus loin et frappent fort et avec efficacité.
Depuis le premier volume de W3 ( Le Sourire des pendus/Livre de poche) ils ne font qu’enfoncer le clou, qu’appuyer là où ça fait mal.
Sous couvert de cette littérature divertissante qu’est le roman policier, ils se sont mis en tête de remettre l’église au centre du village.
L’humanité et ses libertés bafouées, l’être humain et son manque d’empathie dés qu’il sort de sa zone de confort, l’individu et son absence de compassion vis à vis d’autrui, nous et notre égoïsme qui ne laissera probablement à nos petits-enfants que ruines et désolation, violence et massacre, pillage et destruction.
IslaNova (Pocket) avait déjà bordé le sujet de notre stupidité à détruire le monde, Et la Mal Viendra le continue en mieux, en plus virulent, de manière plus agressive et virulente.
On retrouve l’ensemble des personnages de IslaNova, avant et après l’épisode d’Oléron et de son annexion par l’armée du 12 Octobre.
Construit à deux temps, entre avril 2016 et mai 2018, cette fresque intimiste nous emmène de l’Afrique à l’Europe, des réserves où l’on abat les singes à ces lieux de détentions français dissimulés aux yeux de tous où l’on enferme les pseudo éco-terroristes.
Plus qu’un roman policier, il s’agit de l’ histoire de ces individus au lendemain des attentats du Bataclan, de ces individus qui sont en quête de pardon et de rédemption, qui veulent, malgré tout le Mal qui les entoure, continuer à croire qu’ils peuvent faire le Bien et améliorer le Monde, qui ne peuvent s’empêcher de croire que l’être humain est bon.
Plus encore que IslaNova, Et le Mal Viendra est un véritable pamphlet, une mise en garde contre nos pertes de liberté, contre la menace que nous faisons peser tout un chacun sur nos petits-enfants car comme le dit Mickey 3D « ils te diront comment t’as pu laisser faire ça? T’auras beau te défendre, leur expliquer tout bas que c’est la faute aux anciens, y aura plus personne pour te laver les mains »
(https://www.youtube.com/watch?v=Iwb6u1Jo1Mc&feature=youtu.be)
En conclusion Jérôme Camut et Nathalie Hug nous offrent un véritable roman humain sans aucun manichéisme, et surtout un Manifeste pour la Vie.

Le Corbac.

Total Labrador, J.H Oppel par Le Corbac et Perrine

Il arrive parfois (souvent ?) que nous nous retrouvions avec la même envie de lire et de chroniquer le même titre. Ça vous fait plus de lecture d’accord et ça ne plaît pas à l’algorithme qui contrôle la lisibilité de nos articles, mais nous on kiffe vous donner deux fois plus de raisons de découvrir un roman !


Monsieur Oppel,
J’avais lu 19 500$ la Tonne et m’étais régalé avec vos abricots (entre autres passages succulents). Vous m’aviez donné aussi l’occasion de faire connaissance avec la charmante Lucy Chan.
Lorsque j’ai appris que vous sortiez un nouveau roman , chez le même éditeur, dont le tire m’interpella de suite, j’ai évidemment décidé de vous lire.
Total Labrador…  Quel titre étrange me disais-je en ayant eu fini de lire le résumé, notant au passage et avec une évidente satisfaction le retour de cette adorable analyste au caractère bien trempé.
Alors donc ce fut totalement intrigué et bien disposé que je lus votre roman…
Ben putain, CHAPEAU.
Vous m’avez scié… laissé la bouche ouverte comme un poisson crevé échoué sur une plage insalubre et polluée, avec un petit filet de bave… mes yeux écarquillés de surprise devant la qualité de votre intrigue et votre sens du récit .
Adolescent, j’avais consommé sans modération Robert Ludlum, John le Carré, Frédérick Forsyth et bien évidemment les Ian Fleming… pour ne citer qu’eux.
Je pensais donc avoir vu pas mal de choses dans le domaine des romans d’espionnage.
Mais vous… ouah… je vous ai trouvé digne de ces vieux classiques de référence (selon mon point de vue bien évidement), vous n’avez en effet rien à leur envier.
Vous avez repris la même construction que dans le précédent opus et cela fonctionne à merveille même. Mieux encore que la première fois.
Est-ce parce que je me trouvais déjà habitué à votre écriture ?
Ou plutôt que je me suis laissé emmener en toute sécurité avec Lucy un peu partout dans le monde ?
Ou encore parce que le rythme que vous donnez à votre roman est une musique qui prend à chaque chapitre un peu plus de force, de puissance pour finir en un crescendo parfaitement construit ?
Ou peut-être que votre intrigue nous tient en haleine, nous faisant, frénétiquement parfois, tourner la page pour savoir, pour comprendre?
Probablement est ce un mélange de tout cela, tous ces petits fils que vous avez reliés et assemblés pour nous offrir cette riche tapisserie, reflet des arcanes du pouvoir, des luttes d’ego et des influences économiques qui dirigent les vrais puissants. Le dessin de cet univers souterrain, des complots et des négociations commerciales, celui aussi des manipulations et des transgressions est en outre illuminé par la froideur méticuleusement humanisée de la charmante Lucy Chan.
Tout cela donc pour juste vous dire une chose Mr Oppel : MERCI.
Souhaitant vous relire bientôt, je vous prie d’accepter mes sentiments les plus admiratifs.

Un Lecteur subjugué. Le Corbac


Ahhh Jean-Hugues, un auteur dont j’apprécie l’humour et l’intelligence, autant à l’écrit qu’à l’oral. Je ne sais pas si sans le connaître, je me serais plongée dans son dernier roman, car l’espionnage n’a jamais été particulièrement ma tasse de thé.

Et pourtant, un vrai plaisir d’évoluer dans cette histoire de missions ratées, de secrets et de trahisons. Un vrai James Bond, au féminin avec le retour de Lucy Chan aux commandes, et avec tellement plus de subtilité !

Si vous aimez l’humour au 5ème degré, les mots choisis avec soin et les références goûteuses, l’action grâce à une construction impeccable et l’analyse d’un système bien crasse, foncez sur Total Labrador, qui une fois de plus est à la hauteur de son ambition !

Perrine

Animal, Sandrine Collette ( Editions Denoël) par Le Corbac

Animal est le 7ème roman de Sandrine Collette et encore une fois il est impressionnant.
Je suis Sandrine depuis ses Nœuds d’Acier (ok j ‘ai fait l’impasse sur Un vent de Cendre et beaucoup ont été lus par Mme Corbac- ce que sait très bien la dite Sandrine au sourire angélique) et chaque livre est une découverte de ses capacités littéraires.
Animal c’est un peu le Roi Lion version Terrence Malick, le truc qui te dépayse complet, le move qui te fait plonger au sein du cœur d’un être humain… ses peurs, ses attentes, ses doutes….
Sandrine Collette, c’est un peu notre Cormac McCarthy à nous… Tu sais, la chouette fille qui est capable de te sourire spontanément et avec sincérité tout en pensant à la noirceur de l’être humain qu’elle va te décrire, les rouages de l’individu qu’elle va te décortiquer sans prendre de gants et violemment.
Bref, trêve de flagornerie…
Animal c’est le roman d’une chasse, un peu comme du Curwood ou du London… il y a les humains et les animaux, il y a les consciences de chacun, les identités de tous et ça forme un ensemble hallucinant digne de Nietchze.
Force, honneur, suprématie de la conscience, prédominance de l’esprit animal, loi du plus fort, esprit du surhomme….
Toutes les notions de la philosophie de la suprématie humaine et de ses failles sont ici présentes.
(Voilà, je le tiens! Sandrine Collette, véritable caméléon de l’ écriture, nous offre ici un essai philosophique sur le genre humain, sur sa part animale, sur ses errances et ses questionnements… quelle magicienne plumesque…)
Un loup, un ours, un tigre, une identité… tout dans la vie de l’être humain n’est qu’une chasse, une traque plus ou moins violente visant à accepter son héritage, son hérédité et sa personnalité…
Et là, la magie opère, même s’il faut un peu de temps pour y adhérer parce qu’encore une fois, Sandrine Collette nous offre une plume différente, un style d’écriture innovant (putain… à chaque livre cette gonzesse nous épate par son talent d’adaptation…) et surtout elle sait….
Elle sait, Sandrine Collette, nous faire traquer et accepter cette part d’animalité que nous refoulons tous, que nous dissimulons derrière des faux-semblants bien-pensants et une moralité de bon aloi, justifiée par nos revenus ou notre statut social créé de toute pièce par notre vie consumériste faite d’esbroufe et de m’as-tu-vu …
Moralité : on finit toujours par revenir à nos racines, à ce que nous sommes intrinsèquement et à notre nature profonde : l’animalité et la loi de la meute.
Longue vie encore et toujours à toi , oh Maîtresse Collette.

Le Corbac.