Tout le monde aime Bruce Willis, Dominique Maisons (La Martinière) par Le Corbac

Et bien tout le monde devrait aimer Dominique Maisons.
Depuis que j’ai rencontré ce sombre individu aux goûts vestimentaires (Quoi?…On a dit pas les fringues?…Ah ok)…
Donc je recommence.
Depuis que j’ai vu débouler ce sombre individu dans une ancienne cave à polar du nord de la France, me réclamant à corps et cris une ardoise éternelle, je m’y suis attaché ( pas au sens propre…quoique je l’aime bien).
J’ai donc lu Le Festin des Fauves et On se souvient du noms des assassins; deux romans à un siècle d’écart dans lesquels on retrouvait tout son goût pour les feuilletonistes d’antan et leur capacité à construire des histoires à épisodes et à maintenir perpétuellement l’intérêt du lecteur.
Avec Tout le monde aime Bruce Willis, Dominique Maisons fait un truc que j’adore : il la met profond aux américains !!!
Au cinéma américain, en l’occurrence (ben non pas les auteurs, il est bon mais quand même il est pas encore Dominique Ellroy Maisons… Je l aime bien mais y à des limites à ma flagornerie). Donc, il nous a écrit un super roman style le blockbuster cinématographique de l’été. Le truc qui s’il sortait au cinéma, réalisé par Fincher avec comme actrice principale Winona Ryder, James Wood, Julia Roberts, Brad Dourif, Sigourney Weaver et puis surtout un Hugh Jackman, ferait un carton au Box-Office. ( oui ben moi je sais qui je vois dans le rôle de qui…)
Pourquoi? Parce que le petit frenchie de Dominique il nous a fait un truc totalement à l’américaine, pas une once de french-touch. Il s’est accaparé les règles, il s’est fondu dans le moule des méga-production et a su adopter tous les codes.
Je ne peux pas raconter grand chose sans déflorer la belle, ce qui serait bien triste pour vous car la lecture et le sujet en valent le plaisir.
donc en fait j’ai plus rien à vous dire sur Tout le monde aime Bruce Willis si ce n’est qu’il faut vous y plonger et vous laisser porter.
L’intrigue est excellente et cohérente, reflet de certaines théories entendues à droite et à gauche. Les personnages ne sont pas foison mais ils sont travaillés au pinceau; une petite touche ici, un paquet par là, une rondeur pour arrondir les angles ou une pointe pour exciter. Tout ce roman, conçu sous forme de recherche nous plonge dans les arcanes et méandres du pouvoir de Hollywood, dans la médiocrité des apparences à sauver et des convenances à respecter, dans la force politique et sociale de l’argent et de la renommée : quand on est riche on peut se donner le droit de tout faire (thème déjà abordé dans Le Festin des Fauves).
Et puis, et puis il y a les 32 dernières pages… celles dans lesquelles tout le talent de feuilletoniste à chute de Dominique Maisons et sa maîtrise de l’intrigue se révèlent avec force et violence.
Un auteur assurément excellent et à suivre encore et toujours…

Le Corbac.

Empire des Chimères, Antoine Chainas (Série Noire – Gallimard) par Le Corbac

Cela est un exercice pour moi que de parler de cet Empire à la fois empirique et clinique…comme ne serait-ce que le titre (tiens je viens de percuter à l’instant sur l’antonymie du titre).
En effet, je ne l’ai pas compris mais qu’il est bien écrit et construit !
Oui, je n’ai pas compris ce livre que j’ai pourtant entièrement lu. Dans ma folle jeunesse j’ai passé des heures et des heures dans divers et multiples jeux de rôle, j’ai (et je continue) lu beaucoup de fantastique, mais là je m’y suis perdu.
Ou bien je me suis juste perdu ?
La construction à deux temps permet pourtant à Antoine Chainas de mettre en avant toute la qualité de son écriture et de déployer son « intrigue ». Deux pays, deux mondes, deux civilisation, deux manière de penser, deux…Ses tournures de phrases, ses dialogues, ses description, ses sujets, ses idées…. tout cela est double et il est très intéressant de voir cette aptitude que possède l’auteur d’écrire en un seul livre deux univers si différents sans jamais les « mélanger », respectant les codes de chacun.
Et puis le sujet ou contenu de ce roman… La métamorphose? L’adaptation? L’évolution? La folie humaine?
De qui ? De la société ? De l’Homme ? de l’individu ? Des villes ? De la consommation ?
Un peu de tout cela peut être… techniquement et oniriquement.. Mais voilà, malgré toutes ces qualités, Empire des Chimères ne m’a pas convaincu dans son récit.
Dans la technique d’écriture, je suis conquis, retrouvant parfois ces moments forts que j’avais apprécié dans Versus (Série Noire – Gallimard)- dont soit dit en passant j’avais totalement été emballé par l’intrigue.
Alors je pense que d’autres sauront mieux apprécier l’intégralité du roman, quant à moi je le garde en tête pour tous mes amateurs de plume qualitative.

Le Corbac

Hillbilly Elégie, J.B. Vance (Globe éditions) par Le Corbac

Un livre qui n’est pas un roman mais qui est pourtant écrit pareillement, une autobiographie chaude et vivante, une épopée humaine pour sortir des cases sociales, pour échapper aux écueils d’une société, d’une économie, des lois, de la prédisposition sociétale, de la famille et des liens du sang…
Loin des images habituellement sombres et sordides de cette région des États-Unis, la ruralité apparaît ici comme un lien, une union et une communion de la famille: elle existera toujours.
Ce récit autobiographique de JD Vance est porteur d’espoir ; un espoir parfois « euphorique », souvent teinté de doutes.
Livre d’une remise en question des principes de l’hérédité, livre de la réussite, Hillbillie Elegie derrière son aspect  » l’ American Way of Life existe, regardez ce que j’ai réalisé…’ dénonce une autre forme de ségrégation, les aspects d’un isolement social, les problématiques économiques des USA depuis quelques décennies, évoquant ses désastres monétaires et ses événements dramatiques pour expliquer la gestion politique du pays et ses répercussions sur certaines minorités.
Hillbilly Elegie met à l’honneur la volonté, l’importance de la famille et le refus de l’inéluctable. Cette autobiographie d’une Amérique en détresse, plaidoyer contre la misère ouvrière, est un Candide des Appalaches, un Lettres Persanes made in USA.

Le Corbac.

Traduit par Vincent Raynaud.

 

La Rivière de Sang, Jim Tenuto (Gallmeister – Totem) par Le Corbac

Pour une fois je voudrais commencer par parler d’une autre personne que l’auteur. Oui, oui Monsieur Jacques Mailhos il s’agit de vous.
Je suis totalement incapable de lire en V.0 et je ne sais pas si je dois le regretter. En tout cas, il y a des moments de lecture durant lesquels on ne peut s’empêcher d’y songer.
Pourquoi? Juste parce que durant un instant on a ce sentiment de lire en VO ( comme à force de regarder des films en V.O sous-titrés, on finit par oublier qu’on lit et on se croit bilingue…).
Et cet instant on le doit à la qualité de la traduction.

Ce texte de Jim Tenuto m’a accroché aux zygomatiques. La justesse des bons mots, la qualité des échanges entre les personnages, ce rythme pseudo contemplatif qui nous hypnotise et nous emmène à suivre inlassablement cette mouche qui suit le cours de la Rivière de Sang.
Le ton est juste et on en entendrait presque les accents résonner à nos oreilles.

Le récit se place dans un lieu paradisiaque, un coin de paradis, le jardin secret des pêcheurs, le tout sous l’œil averti de Dahlgren Wallace.
Dahlgren Wallace… Un flegme à toute épreuve, un mordant dans la répartie, un sens de la sociabilité équivalent aux multiples hématomes ornant ses pommettes et surtout il est le roi de la ligne… Alors quand, brutalement, au point d’en effrayer les truites en perturbant le calme lénifiant de la rivière, les faisant se dissimuler dans les divers alluvions du fond, il se retrouve accusé du meurtre d’un client de son patron, il décide de laisser les poissons venir le flairer, le renifler, joli petit appât qui s’agite docilement au bout d’un hameçon.
Patiemment il va laisser la ligne se poser, les poissons venir mordre ou pas à chaque lancer. Il va corriger ses lancers, s’avancer parfois un peu trop loin dans le cours de la rivière, quitte à prendre le risque d’être submergé et de disparaître.

Jim Tenuto a su construire un roman noir et accrocheur, conçu comme une véritable partie de pêche: plusieurs hameçons, plusieurs lignes, divers lancer, différents moulinets et cannes variées. Amateurs ou professionnels, mythomanes ou objectifs, les pécheurs se succèdent aux fils des pages et des échanges.

Un roman paisible, addictif et empli de sérénité.
Encore…..

Le Corbac.

Traduction de Jacques Mailhos.

Blood Song, Anthony Ryan (Bragelonne) par Le Corbac

Sorti en 2017, ce premier volume d’une saga consacrée à Vaelin Al Sorna est entré en ma possession en décembre 2018 (oui je sais, il m’a fallu le temps mais c’était Noël et ce fut un beau cadeau).
Déjà, y a des cartes et ça c’est super important; je dis pas que tu vas les utiliser à chaque fois mais c’est rassurant. Perso je trouve ça super important; tu vois ce petit plus qui fait que tu peux vérifier, suivre le récit de manière géographique. Ce gage de sérieux qui te dit: regarde c’est là et là et là. Cela donne une lecture plus concrète, ancrée dans la réalité.
Une fois ceci dit, qu’en est-il de ce récit?
Il est exactement ce que moi j’attends d’un bon récit de Fantasy.
Le style est bon et la structure souvenir raconté à un scribe /  jonction finale avec le moment présent est judicieuse et permet de donner tout son rythme à l’histoire. Alternant les échanges entre Vaelin et le scribe et le récit chronologique de son enfance et des raisons qui l’ont mené à cet instant, Anthony Ryan nous offre deux choses.
D’abord des pauses, des instants pour souffler, pour laisser retomber l’adrénaline, parce qu’il sait gérer le rythme et l’intensité narrative. Chaque partie monte en puissance, gagne en force progressivement. Il y a une certaine forme de la structure narrative utilisée par Robert E. Howard dans Conan. Toute la trame est ainsi constituée d’une succession d’épisodes qui forment un tout. C’est pratique pour la lecture aussi ce petit côté feuilleton.
Et puis, et puis il y a cette duplicité, ce vrai faux récit dont on ne découvre les absences ou les trous qu’à chaque fin de partie. Nous, lecteurs, avons droit à l’intégralité du récit, quand Verniers n’a qu’une version édulcorée, plus proche de celle du troubadour ou du conteur que de celle du biographe.
Pourquoi? Dans quel but?
Le reste de la recette est respecté à la lettre, les ingrédients connus et approuvés.
Chaque étape a déjà été testée, on est capable d’anticiper la suite et le déroulement de l’histoire ainsi que certaines conclusion. Et pourtant on se laisse encore une fois porter par la traduction de Maxime Le Dain qui a su transmettre cette intensité et ce rythme dans l’écriture d’Anthony Ryan.
Le liant de cette recette est basé, bien évidemment, sur l’éducation du personnage de Vaelin, son apprentissage, ses frères, ses influences, ses aventures de jeune homme.
Les liens d’amitié se tissent, ceux du respect des règles et des maîtres s’étoffent. Les épreuves de la formation sont le pendant des évolutions du personnage, adaptées et cohérentes.
Et derrière tout cela se trament bien sûr des luttes de pouvoir, des conflits, des batailles et des guerres engendrés par l’avidité ou la vengeance. Oui il y a aussi une trame géopolitique.
Et ça c’est fin. Très fin même. Il m’a rarement été donné de lire de la Fantasy aussi intelligente si je peux utiliser ce terme. Gemmell l’a fait avec sa saga Troie: créer toute une Histoire à son histoire, y incorporer tous les éléments d’ordre politique, économique, commerciaux inhérents à la vie d’un pays. On y parle donc pouvoir et commerce, politique et intrigues de couloir, luttes de classes et d’influence mais…mais surtout on y parle religion!
Royauté et Religion, ça vous dit rien?
Ah ben oui, il ne faut pas oublier qu’Anthony Ryan est d’abord diplômé en Histoire, et ça se sent, ça se voit.
Ceci fait qu’au delà d’un excellent roman de Fantasy, il nous offre une belle étude des religions, de leurs liens avec le pouvoir… oui on peut aller jusqu’à dire que l’histoire des religions européennes est ici dressée en filigrane ; inquisition et lutte pour se faire une place politique, influence et contradiction, divergence et nouvelles religions, paganisme et missionnaires, expansion et domination.
Par le biais de l’histoire de Vaelin, Anthony Ryan nous refait le récit de ces guerres de religion passées, de la montée des extrémismes, de ces luttes entre pouvoir spirituel et pouvoir exécutif.
Je n’ai qu’un regret: cette intrusion brutale en fin de volume d’une présence surnaturelle, l’introduction d’une dimension fantastique, limite ésotérique, qui arrive si brutalement que j’en ai été un poil déstabilisé.
Un très chouette roman de Fantasy, maîtrisé de bout en bout et qui nous emporte sans heurt dans une intrigue passionnante et foisonnante.
Le Corbac attend la suite… (message bien reçu Guillaume Missonnier?)

Traduit par Maxime Le Dain.

Le Corbac.

Entretien avec Jéremy Fel par Le Corbac

Tu peux nous parler de tes influences littéraires et cinématographiques les plus sombres ? Le pourquoi du comment ?

Pour les influences dont je suis conscient, on va dire, je citerais pêle-mêle Stephen King, Joyce Carol Oates, Clive Barker, Peter Straub, David Lynch… Je ne cherche pas à imiter ou pasticher ces auteurs, bien entendu, encore moins à me comparer à eux. Mais il est normal, je pense, de trouver de franches influences dans un premier et un deuxième roman. Après, l’idée est de ne surtout pas se laisser écraser par ces influences, ces références, et de parvenir à construire un univers personnel. Dans mes romans on voit sans problème quelles ont été mes lectures mais les obsessions qui les traversent me sont complètement propres. Et c’est par la fiction pure qu’on parle, je pense, le mieux des choses qui nous sont les plus personnelles, quand on n’a pas forcément conscience de le faire.

Encore une fois, tu joues sur la chorale et la destructuration du récit, le non-dit et le sous entendu. Pourquoi construire chaque recueil, roman ou histoire comme un puzzle, une énigme?

Les loups à leur porte par FelLe premier roman était pour moi clairement un recueil de nouvelles où le lecteur s’amusait à voir des liens au fil de sa lecture, des continuités, où un arc narratif principal se formait peu à peu. Helena est un roman volontairement plus linéaire, même s’il y a là aussi multiplicité de points de vue. En général, j’écris sans plan établi, j’aime bien me laisser guider par mon univers, mes personnages. Avancer à tâtons. Stephen King disait que pour qu’un lecteur n’ait pas d’avance sur l’intrigue, l’auteur ne doit pas en avoir non plus. Je suis tout à fait d’accord avec ça. D’ailleurs, chez moi, ce n’est pas l’intrigue qui « gouverne » le reste, si on peut dire, ce sont les personnages qui par leurs actions construisent l’intrigue. J’ai des idées vagues du déroulement du roman, des moments charnières, mais tout peut évoluer de façon parfois imprévue. Cette liberté m’est nécessaire.

J’aime bien sûr balader le lecteur, le faire douter de ce qu’il lit, le laisser avoir sa propre interprétation sur certains événements, le rendre actif, à l’affût, j’aime faire en sorte que sa lecture soit toujours surprenante. Pour moi, lire est une expérience physique, le lecteur doit le ressentir comme tel. Et certains mystères doivent selon moi subsister après lecture.

« Vous les femmes… » Des femmes, encore et toujours des femmes… Mais aussi des mères, des épouses, des jeunes femmes, des enfants…

Helena est dédié à ma propre mère. ; la figure de la mère est très présente dans ce roman, mais aussi dans Les loups à leur porte. La transmission parents-enfants est aussi un thème prépondérant dans mon écriture. Chez moi, c’est l’inconscient qui mène la barque. Il n’y a pas de volonté de créer des personnages féminins en particulier. Cela s’impose à moi, tout comme le reste. Il faut croire que mon enfance a été marquée par la présence de femmes fortes et que je tente de retranscrire tout cela dans mes livres.

On sent clairement une inspiration audio et télévisuelle très marquée 90’s… Besoin de partager ta culture ? Repère conceptuel dans ton schéma de vie et ton expérience narrative?

Résultat de recherche d'images pour "Jérémy Fel"J’aime en général faire des clins d’oeil à tout un pan de cette culture qui a bercé mon adolescence. Des films, des livres, ou des morceaux de musique. Cela crée aussi un rapport très direct avec le lecteur, qui a généralement les mêmes références que moi. Pour Helena je voulais que les personnages soient au départ très stéréotypés, que le lecteur, en entamant la lecture, ait l’impression de déjà les connaître, les ayant croisé dans de nombreux films américains, dans de nombreuses séries télé. Puis, au fil de la lecture, il se rend compte que les apparences sont particulièrement trompeuses et que ces personnages se révèlent beaucoup plus complexes qu’ils ne le pensaient. Que quand le vernis craque, beaucoup de violence peut surgir. Là encore, c’est une volonté d’emmener le lecteur là où il ne pensait pas aller. Tout comme moi je ne sais pas où je vais quand je commence un livre. « Ecrire c’est mettre ses tripes sur la table et regarder ce que cela donne » disait Céline.

La plupart de tes personnages ( même dans ton premier) sont des torturés, des écorchés, des marqués aux fers rouge. Pourquoi les choisir déjà si différents?

Je ne « choisis » pas de créer des personnages torturés. On va dire que c’est naturel chez moi. Et, torturé, je dois l’être pas mal pour aller dans cette voie, en effet. Ce sont de toute manière les personnages les plus intéressants, ceux qui peuvent amener le lecteur le plus loin. Dans Helena je voulais mettre en scène des personnages qui peuvent commettre des actes monstrueux, sans pour autant être qualifiés de « monstres ». Je voulais que le lecteur, malgré leurs actes, puisse quand même éprouver de l’empathie pour eux. Ils ont tous en eux une violence qui peut surgir à n’importe quel instant… tout comme chacun de nous.

La petite gauloise, Jérôme Leroy (La manufacture de livres) par Le Corbac

Résultat de recherche d'images pour "la petite gauloise leroy"Le titre, sans aucune raison apparente, m’a fait me souvenir de mon paternel. Il fumait des gauloises brunes sans filtres. C’était  fin 70 – courant 80. Il fumait partout. Tout le temps. Dans la voiture, dans les w-c, dans la salle de bain…

Dans ces temps, là je me souviens d’une époque légère et insouciante, grave et en pleine évolution/transformation. Des changements s’annonçaient, des nuages s’amoncelaient, la société bougeait et le monde tournait encore droit.

Ce furent des années riches et pleine de béatitude enfantine vis à vis de ce que je voyais arriver dans le Monde.

Les années 90 et mon adolescence furent celles des premiers émois, des premières fois, des rudes apprentissages de la vie.

Ce furent aussi des années de bouleversements géopolitiques, d’une envenimation des relations entre certains états, la libération d’autres et l’arrivée progressive d’une nouvelle forme de contestations.

Les médias devenaient de plus en plus présents, envahissant même les repas de famille, devenant un rituel quotidien à suivre, à voir et entendre. Le malheur des autres venaient réchauffer nos foyers, des actes dont on ne parlait pas avant crevaient dorénavant l’écran, affichant sans pudeur le malsain, l’horreur quotidienne ou la perversité humaine.

Puis vinrent les années 2000 et l’âge adulte (attention j’ai pas dit la maturité) et la nécessité de rentrer dans les cases. De passer au Métro-boulot-dodo. Avoir une femme, une maison, des gosses, un job qui rapporte et tirer sur les pis de la vache à lait du client pour se créer une vie confortable. Des années d’abrutissement à courir dans le bon couloir, à respecter les normes, à écouter la société et la politique, à s’adapter et à suivre le troupeau.

Et pendant ce temps là, le monde faisait tout pareil mais à une autre échelle, avec des effets différents et des motivations autres. Le Monde aussi rentrait dans des cases : idéologiques, économiques, religieuses, politiques, financières.

Mais l’être humain ne se parque pas, à un moment donné il se rebelle et décide d’agir. Souvent tard, souvent mal, souvent sous l’effet d’une manipulation ou d’un endoctrinement.

Et puis parfois un individu décide d’agir juste pour AGIR. Pour lutter, pour prendre délibérément le parti de la destruction pour faire réagir.

Tout ça donc pour revenir à Jérôme Leroy… Je suis resté sur ma faim avec son roman, j’en voulais plus, j’en voulais encore, je voulais comprendre les non-dits, entendre les explications, saisir cette rébellion. Lire La petite gauloise ce fut comme voir un film en accéléré.

Et pourtant que j’aime ce que j’y ai lu.

Avec un certain cynisme, Jérôme Leroy nous refile une belle leçon de nihilisme. Abnégation, haine du système, volonté de détruire pour reconstruire, marquer le moment de manière violente pour dénoncer un système obsolète ou radicalement contesté… Un parfum d’anarchisme envahit ses pages.

Tout le talent de Monsieur Leroy (hormis de nous faire un excellent récit) réside dans la mise en opposition de ce nihilisme avec une Foi. Dans les deux approches se trouve le radicalisme de l’action, le radicalisme de l’acte.

Voilà ce que nous sommes tous devenus nous claque dans la tronche Jérôme Leroy.

Au même titre que Tuer Jupiter de François Médéline, cette petite gauloise est un très beau reflet de notre époque et de ses emmerdements.

Ps : Jérôme négocie un moindre pourcentage sur tes ouvrages afin que Pierre puisse te laisser libre en terme de nombre de pages….

Le Corbac.

La légende de Santiago, Boris Quercia (Asphalte), par Le Corbac

La légende de Santiago s’arrête où va commencer celle de Boris Quercia.
Elle est née dans Les Rues de Santiago (Asphalte -20/02/2014) et s’est envolée par Tant de chiens (Asphalte – 05/10/2015) pour se graver dans le marbre en devenant Légende.
(Ouais j’ai adoré ce bouquin. C’est un truc géant!…Parce que c’est l’histoire de l’homme. Tu sais, le gars avec un pénis à la place du cerveau, celui qui se croit et se la joue indispensable superman du quotidien. Mais c’est aussi celui qui a des doutes, qui sait qu’il a commis des erreurs, qui est capable de jeter un regard objectif sur son passé. Et aussi celui qui sait pas quoi ni comment faire pour s’en sortir, pour avancer, encore et toujours; celui qui doute se laisse aller se dit: « on verra demain »…Le lâche, l’homme en fait. C’est déprimant dit comme ça?
Bon je vais essayer autrement alors.
Boris Quercia nous livre avec adresse un double roman; à la fois un polar à la trame très classique mais puissamment efficace et un roman très humain, décrivant avec justesse l’homme – au sens d’individu doté du sexe masculin – et ses questionnements, ses doutes et ses incertitudes existentielles. Un roman à la fois plein de rythme, tenu par un suspense de bon aloi et avec cette ligne rouge qu’est la vie de Santiago que nous suivons comme un rail…
C’est mieux comme ça?… Ouais? Cool alors…Tu veux quoi? Que j’abrège et sois plus concis?…OK)

En gros un super truc à lire dont tu ressortiras bourré d’optimisme et d’adrénaline.

Traduit par Isabel Siklodi.
Le Corbac

Evasion, Benjamin Whitmer, éditions Gallmeister par Le Corbac

C’était pas gagné pour ma pomme!
Mauvais moment, mauvais Karma? Je ne sais pas mais il m’a fallu quelques semaines pour le lire et le finir.
Non pas qu’il ne soit pas à mon goût ou pas bon ( on en recausera après) mais j’ai eu beaucoup de difficultéS à m’y plonger et à être entrainé dans cette « traque ». Peut-être l’âge qui me joue des tours mais j’ai rapidement été perdu( perturbé) par la quantité de personnages qui déboulent d’un coup, un peu comme la grenaille d’un fusil qui s’éparpille dans toutes les directions.
Trop de monde, trop d’actions, trop d’histoires…
Et pourtant…
Pourtant je l’ai fini sans contrainte ni obligation avec au final un certain plaisir.
Benjamin Whitmer fait plus que d’écrire « la quintessence du roman noir », il se réapproprie les règles du drame romantique et nous offre une très belle œuvre théâtrale (ben oui c’est un roman et alors? Tu crois que ça va m’empêcher de donner mon avis? Tu l’as dit à Baudelaire que ses poèmes en prose c’étaient pas des vrais poèmes? Non? Ben voilà, là c’est pareil…)
Alors petit rappel des règles:
1)Refus de la règle des 3 unités (Check)
2)Refus de la règle de bienséance (Méga Check)
3)Mélange des genres (amour, humour et suspense par exemple – Check)
4)Rejet du Moralisme (Check fois 2)
5)Héros singulier, souvent marginal, représentant le mal du siècle ( Mopar mérite des méga Check, comme Dayton, Jim, Charlie et les autres).
En outre le projet romantique du drame est parfaitement atteint. En représentant un certain passé à forte consonance historique ( la Corée par exemple, le racisme des USA, la pauvreté et la dépendance au pouvoir et aux drogues, la peinture sans concession de la misère culturelle de l’Amérique profonde des années 60), l’auteur nous permet d’appréhender notre présent et de mettre en avant le rôle de l’individu dans la société.
Toute cette histoire de traque n’est en fait qu’un prétexte pour dénoncer un certain obscurantisme (Salem? McCarthy?…) ambiant dans notre époque, un retour à certaines croyance archaïques qui nous ont fait nous dresser les uns contre les autres.
Toute cette violence n’est que le reflet de l’incohérence idéologique, politique et économique que nous partageons tous. Il n’est question dans Evasion que de la lutte d’une minorité qui refuse de se plier aux contraintes absurdes des pseudo règles sociales de l’époque, des soi disant bonnes mœurs que l’on nous impose sous prétexte d’être le chef, le détenteur du pouvoir, le roi du petit monde que chacun croit être.
Evasion est un très beau roman sociétal, empreint de regrets sur notre monde, lucide sur les dangers que nous courons à continuer à jouer les moutons et à nous laisser mener sans lutter, sans résister par des pseudo-pouvoirs en place.
Un livre noir, un livre violent, un livre cohérent et qui devrait nous faire réfléchir sur notre perdition à venir.
Homo Homini Lupus Est… telle sera la conclusion du Corbac.
Traduction impeccable de Jacques Mailhos.
Le Corbac.

Quatre morts et un papillon, Valérie Allam, Editions du Caïman par Le Corbac

Résultat de recherche d'images pour "valérie Allam 4 morts"Premier roman adulte pour la nouvelle collection de Caïman (Roman noir)

Et pour être noir, c’est noir…

Quatre femmes, quatre destins qui vont se croiser, s’emmêler et se mêler. Quatre femmes qui vont se battre, s’aimer et aimer, lutter et affronter leur passé, faire des choix, bons ou mauvais, parfois irréparables…

Quatre femmes donc : Johanna, Magali, Loubna et Chloé, que Valérie Allam va mettre en scène dans cette magnifique histoire.

« Magnifique » et « noire » se marient très bien sous la plume de l’auteur.

Avec une construction hachée, alternant les récits des unes et des autres en respectant la chronologie et le déroulement des événements, l’histoire nous plonge dans le quotidien, celui qui nous entoure, celui des faits divers, celui des situations que l’on croit toujours n’arriver qu’aux autres.

Évitant l’écueil du pathétisme et du larmoiement de bas étage, sans effet de style et avec une sobriété désarmante Valérie Allam nous promène dans les espoirs et les attentes, les errances et les erreurs, les songes et les choix de ces femmes.

Chacune d’elles a choisi d’essayer de vivre ou de survivre aux événements et traumatismes qu’elles ont subis.

Avec un talent digne de Sandrine Collette, l’auteur nous dépeint des portraits de femmes aux justes couleurs, dans les tons sombres du désespoir mais avec aussi cette luminosité proche de l’espoir qui nous fait dire que cette toile est belle.

Ces quatre visages sont liés au fil du temps par ce petit papillon. Petit papillon qui cristallise pour chacune d’elle la volonté de vivre, l’envie d’avancer et cette envie d’avoir droit au bonheur et à la sérénité. Petit papillon qui incarne pour chacune d’elles un souffle, un mouvement dans leur existence propre… Mais comme chacun le sait, les papillons vivent peu de temps.

Au final donc, Quatre morts et un papillon est un livre plein d’humanité et de souffrance, plein d’amour et de combativité, de noirceur et de tendresse.

Un livre écrit délicatement et avec énormément de féminité que beaucoup d’hommes se devraient de lire.

 

Longue vie à Valérie Allam et le Corbac en retiendra cette phrase : « C’est noir et froid par ici et je sens tes larmes qui coulent dans mon cœur »

 

Le Corbac.