Et j’abattrai l’Arrogance des Tyrans, Marie-Fleur Albecker (Aux Forges de Vulcain) par le Corbac

Et j'abattrai l'arrogance des tyrans

Merci Marie-Fleur Albecker et David Meulemans pour cette excellente lecture. Ce furent des éclats de rire, des remarques à haute-voix, des extraits lus dans la libraire. Cette écriture si badine mise aux services d’un tel discours est un régal.

Il y avait longtemps (Révolution de Sébastien Gendron doit être le dernier) que je n’avais pas lu un tel pamphlet, une telle ode à la lutte et à la rébellion.

Merci pour ce pur moment de bonheur.

« Peuple exploité par les plus riches et par les grands de ce monde, révoltez-vous ! Pauvres hères trimant au nom du profit et de la reconnaissance de vos patrons, de vos dirigeants, de vos chefs; misérable piétaille piétinée comme le raisin à la pige, battu comme le blé mûr par les administrations à la solde des puissants ; tristes sires qui ne supportez plus les ingérences, les arrestations arbitraires, les lois inégales et les réglementations humiliantes : prenez les armes et battez-vous. Luttez et défendez vos droits et idéaux. L’injustice n’est pas votre apanage, tout comme la pauvreté et l’échine courbée ne font pas partie de vos traits de caractère. Attisez la vindicte du plus grand nombre, regroupez les démunis et les exploités, les femmes et les étrangers, les rejetés du système sous prétexte de ne pas être nés au bon endroit, les nantis aux idées libertaires et progressistes (peu nombreux comme de coutume) qui croient en l’égalité de chaque individu viendront vous soutenir. Trouvez des meneurs forts, bavards, crédules et pourtant si réalistes ; trouvez des combattants, des beaux parleurs, des emblèmes représentatives d’une tentative vaine d’évolution des mœurs et de la société et laissez vous guider.

Accédez quelques heures, jours ou semaines à ce sentiment de béatitude et sentez vous pousser par une tornade contestataire et justifiée. Profitez de ces quelques moments d’euphorie galvanisante…

Après l’été qui agite les sangs vient l’automne humide qui freine les ardeurs. Suite à un hiver rude et violent qui fait cesser toute activité, qui détruit les pousses précoces et les tentatives de réveil arrive le printemps. Le printemps qui n’est que le renouveau d’une situation qui a existé, qui existe et qui existera toujours. Le renouveau de cette richesse réservée à une minorité se croyant au-dessus du panier parce que bien née, parce que détentrice d’une pseudo-autorité attribuée de droit(s), parce que riche, parce que forte, parce que corrompue manipulée, refusant de perdre une miette de leur pouvoir, parce qu’ancré dans la certitude qu’ils font ce qu’il faut pour vous, respectant vos origines, vos intelligences, vos us et coutumes ; vous le bas-peuple, le petit peuple, les rouages de cette mécanique implacable qui ne vise qu’à vous désincarner et vous réduire à l’état de simples coquilles vides et obéissantes.

Profitez de ces moments de liberté, de cette bise qui vous souffle dans les cheveux, dans ce vent léger qui vous pique les yeux, dans ce vent dur qui tente vainement de vous ralentir ; profitez de ces sensations et sentiments que vous découvrez, qui vous donnent enfin le sentiment de vivre, les émotions que doivent ressentir toutes ces bêtes enchaînées à qui l’on rend la liberté.

Parce que…

Parce que tout à une fin et que la loi du plus fort, du plus riche, du plus influent l’emporte toujours.

Alors si c’est pour mourir écartelé ou décapité, battu comme un chien ou bien devoir vivre dans la solitude inquiétante de la peur de voir la porte s’ouvrir, dans la tristesse d’avoir tout perdu et de devoir subir en outre les regards défiants et les sous-entendus malaisants de votre village… Alors je vous le dis : battez- vous quand même car d’autres dans les années et les siècles à venir vous imiteront et un jour, un jour vous aurez gagné !« 

Héros secondaires, S. G. Browne, Agullo, par Le Corbac

Ça c’est de la comédie dramatique ! Un bouquin digne d’un film de Di Cillo ou de Jarmush.

Un livre social, une bible culturelle, une référence humaniste, un pamphlet contre l’industrie pharmaceutique, une pochade littéraire, une référence en terme d’humour noir et de satire philosophique.

S.G.Brown dépasse le stade de la simple comédie granguignolesque encore une fois. Il revisite avec talent l’art et la manière de dénoncer, de se démarquer sans se faire remarquer, d’expliquer sans être moralisateur.

Psychologie de comptoir et analyse fouillée ; discussion de potes bourrés mais vérités à assener, drôles de types sans aucune empathie ni ambition qui se découvrent autre chose que Monsieur Tout Le Monde.

Entre Pratchett et Incassable, un roman inclassable.

Tout y est frais et léger, profond et argumenté, facile et drôle, travaillé et nouveau, révolutionnaire et novateur.

Lire S.G.Browne, ce n’est pas s’arrêter à une culture typiquement américaine ; c’est se plonger sans bouée dans un décorum quotidien qui nous rappelle que nous sommes traités comme des chiens ou des moins que rien, tant que nous fournissons des résultats adéquats, c’est nous souvenir que, même en temps que bétail servile, nous avons notre conscience, notre esprit et que l’Humain est Bon par définition.

Quadras et quinquas de tous horizons, vous qui avez été élevés sous la coupelle des Marvel, Avengers, Strange et autres Comics, venez découvrir

Captain Vomito

Spasmo Boy

Eczéman

Super Gros-Tas

Docteur L’Enfant-Do

Mr Black-Out

Hallucination- Man

Professeur Priapisme

Nos nouveaux Héros, nos nouveaux super-méchants, une bande de losers sans emploi stable qui se découvre capable de s’enfiler une cape et un méga-moule bite pour sauver le vieux et le pochetron, le sdf et le malheureux,  de corriger le gros con irrespectueux et le sans-gêne tout permis.

Une nouvelle ère s’ouvre dans la mutation génétique !!!

Traduit par Morgane Saysana.

 

[Rentrée littéraire – 20/09/2018] Un été sans dormir ,Bram Dehouck, Mirobole, par Le Corbac

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Comment résister à l’appel de la Mère Patrie, comment ne pas sentir ce sang qui bouillonne à l’idée de rentrer sur tes terres natales, de retrouver ton Plat Pays, ses moules frites son Grand Jacques, son humour aussi sombre que les flots de la Mer du Nord…

Brahm Dehouck m’a emmené, que dis-je emporté en quelques pages, en quelques mots. J’ai ressenti très vite cette pointe de cynisme, cette ironie virale pour se moquer, pour détourner, pour montrer.

Entre C’est arrivé près de chez vous avec un Dupontel à la caméra et un Bienvenue chez les cht’i écrit par les frères Cohen, cet été est merveilleux.

Ces gens-là vivent au plat Pays et ces braves bourgeois voient débarquer un parc à éoliennes.

C’est le début de la Fin pour ce tranquille et petit village des Flandres.

Mauvaise foi et médisance, méchanceté et frustration, commérages et espionnage ce véritable Desperate Housewives belge est un succès de noirceur et d’humour.

Des personnages travaillés au cordeau selon leurs caractères, véritables marionnettes sous la plume de Bram Dehouck qui sait les faire vivre, les rendre attachants mêmes pour certains, désagréables ou pitoyables pour d’autres.

Nos turpitudes, nos jalousies et envies (nos travers typiquement humains en fait) sont d’une exaspérante lucidité et ne sont pas que symboliques. Derrière cet humour noir, fait de sourires et de fou rire, la population que nous sommes en situation de crise, quand elle perd ses répères, ne trouve plus ses habitudes rituelles et se retrouve livrée à elle-même est bien peu reluisante et nous invite à nous souvenir de cette bonne vieille maxime : avant de regarder dans la bouche de ton voisin, regarde la paille qu’il y a dans ton nez.

Baignant dans un style fluide et direct, sans mots de trop et sans lourdeur, cette promenade dans la BELGITUDE vaut son pesant d’Or.

Allez, je reprends mon vol pour d’autres contrées.

Traduit par Emmanuel Sandron.

 

Prodiges et miracles, Joe Meno, Agullo par Le Corbac

Joe Meno - Prodiges et miracles.J’avais déjà eu l’occasion de goûter à la plume poétique de Joe Meno dans sa première parution Le Blues de la Harpie ( Editions Agullo) et là, de nouveau, je suis conquis.
Et de nouveau et même encore plus, je suis charmé et conquis.
Cette plume maniée avec finesse, nous compte une fois encore une histoire toute en délicatesse.
Dans la cambrousse profonde, un vieux fermier veuf tente de survivre avec sa fille et son petit-fils. Tout repose sur les épaules de ce vieillard qui n’en peut plus mais qui lutte. Vaille que vaille, tant que peut se faire et ce sera jusqu’à son dernier souffle.
Entre une fille junkie, anecdotique à bien des niveaux, et un adolescent métissé, placide et amateur d’animaux exotiques, le grand-père se bat seul contre l’évolution du monde, la désertification de son village, la perte incommensurable de sa femme et ses problèmes financiers qui font se vendre chaque ferme avoisinante l’une après l’autre.
Pas franchement d’espoir ni de raisons de se réjouir me direz-vous. Jusqu’au jour où, de nulle part, amené par un inconnu au volant d’un rutilant 4×4, tirant un van ne débarque ce cheval.
Ah ce cheval…
Il va devenir le symbole de la volonté acharnée qu’il a toujours démontrée. A partir de son arrivée, il va devenir un lien.
Entre le grand-père et l’enfant.
Entre son isolement et le monde extérieur.
Entre la sécurité relative de la ferme et la violence du monde.
Il va transcender cette relation « paternelle », il va contribuer à ce bon vieux rituel de l’adolescence à l’âge adulte. Grâce à cet animal merveilleux, tout droit sorti de la Bible, signe du ciel, marque du Destin, les divers protagonistes qui vont se rencontrer, se croiser, se suivre et influer sur l’existence de tous, vont se remettre en question, s’accepter ou se tolérer. Ils vont découvrir le pardon, la rédemption, l’amour et la famille.
Parce que oui Prodiges et Miracles est un livre complet et complexe, d’une poésie troublante et aux émotions émouvantes. Sans aucun pathos, sans aucune fioriture ni excès de style, Joe Meno nous propose une étude des émotions humaines, le poids et la responsabilité de la famille, le besoin de croire en quelque chose, Dieu ou autre. Il nous compte un roman initiatique, celle de l’ado, celle du grand-père. C’est un roman sur l’acceptation de ses erreurs et la reconnaissance de ses choix, la compréhension de ses échecs.
Plein de pudeur et foncièrement intime, ce roman baigne dans un clair obscur riche en images de toute beauté. A chaque page, à chaque situation nous saute au visage une poésie, une sensibilité parfois onirique, souvent émouvante.
Joe Meno, entre Steinbeck et Voltaire, nous emmène à la poursuite de ce Cheval en un roman initiatique et formateur.

Traduit par Morgane Saysana.