Evasion, Benjamin Whitmer, éditions Gallmeister par Le Corbac

C’était pas gagné pour ma pomme!
Mauvais moment, mauvais Karma? Je ne sais pas mais il m’a fallu quelques semaines pour le lire et le finir.
Non pas qu’il ne soit pas à mon goût ou pas bon ( on en recausera après) mais j’ai eu beaucoup de difficultéS à m’y plonger et à être entrainé dans cette « traque ». Peut-être l’âge qui me joue des tours mais j’ai rapidement été perdu( perturbé) par la quantité de personnages qui déboulent d’un coup, un peu comme la grenaille d’un fusil qui s’éparpille dans toutes les directions.
Trop de monde, trop d’actions, trop d’histoires…
Et pourtant…
Pourtant je l’ai fini sans contrainte ni obligation avec au final un certain plaisir.
Benjamin Whitmer fait plus que d’écrire « la quintessence du roman noir », il se réapproprie les règles du drame romantique et nous offre une très belle œuvre théâtrale (ben oui c’est un roman et alors? Tu crois que ça va m’empêcher de donner mon avis? Tu l’as dit à Baudelaire que ses poèmes en prose c’étaient pas des vrais poèmes? Non? Ben voilà, là c’est pareil…)
Alors petit rappel des règles:
1)Refus de la règle des 3 unités (Check)
2)Refus de la règle de bienséance (Méga Check)
3)Mélange des genres (amour, humour et suspense par exemple – Check)
4)Rejet du Moralisme (Check fois 2)
5)Héros singulier, souvent marginal, représentant le mal du siècle ( Mopar mérite des méga Check, comme Dayton, Jim, Charlie et les autres).
En outre le projet romantique du drame est parfaitement atteint. En représentant un certain passé à forte consonance historique ( la Corée par exemple, le racisme des USA, la pauvreté et la dépendance au pouvoir et aux drogues, la peinture sans concession de la misère culturelle de l’Amérique profonde des années 60), l’auteur nous permet d’appréhender notre présent et de mettre en avant le rôle de l’individu dans la société.
Toute cette histoire de traque n’est en fait qu’un prétexte pour dénoncer un certain obscurantisme (Salem? McCarthy?…) ambiant dans notre époque, un retour à certaines croyance archaïques qui nous ont fait nous dresser les uns contre les autres.
Toute cette violence n’est que le reflet de l’incohérence idéologique, politique et économique que nous partageons tous. Il n’est question dans Evasion que de la lutte d’une minorité qui refuse de se plier aux contraintes absurdes des pseudo règles sociales de l’époque, des soi disant bonnes mœurs que l’on nous impose sous prétexte d’être le chef, le détenteur du pouvoir, le roi du petit monde que chacun croit être.
Evasion est un très beau roman sociétal, empreint de regrets sur notre monde, lucide sur les dangers que nous courons à continuer à jouer les moutons et à nous laisser mener sans lutter, sans résister par des pseudo-pouvoirs en place.
Un livre noir, un livre violent, un livre cohérent et qui devrait nous faire réfléchir sur notre perdition à venir.
Homo Homini Lupus Est… telle sera la conclusion du Corbac.
Traduction impeccable de Jacques Mailhos.
Le Corbac.

Quatre morts et un papillon, Valérie Allam, Editions du Caïman par Le Corbac

Résultat de recherche d'images pour "valérie Allam 4 morts"Premier roman adulte pour la nouvelle collection de Caïman (Roman noir)

Et pour être noir, c’est noir…

Quatre femmes, quatre destins qui vont se croiser, s’emmêler et se mêler. Quatre femmes qui vont se battre, s’aimer et aimer, lutter et affronter leur passé, faire des choix, bons ou mauvais, parfois irréparables…

Quatre femmes donc : Johanna, Magali, Loubna et Chloé, que Valérie Allam va mettre en scène dans cette magnifique histoire.

« Magnifique » et « noire » se marient très bien sous la plume de l’auteur.

Avec une construction hachée, alternant les récits des unes et des autres en respectant la chronologie et le déroulement des événements, l’histoire nous plonge dans le quotidien, celui qui nous entoure, celui des faits divers, celui des situations que l’on croit toujours n’arriver qu’aux autres.

Évitant l’écueil du pathétisme et du larmoiement de bas étage, sans effet de style et avec une sobriété désarmante Valérie Allam nous promène dans les espoirs et les attentes, les errances et les erreurs, les songes et les choix de ces femmes.

Chacune d’elles a choisi d’essayer de vivre ou de survivre aux événements et traumatismes qu’elles ont subis.

Avec un talent digne de Sandrine Collette, l’auteur nous dépeint des portraits de femmes aux justes couleurs, dans les tons sombres du désespoir mais avec aussi cette luminosité proche de l’espoir qui nous fait dire que cette toile est belle.

Ces quatre visages sont liés au fil du temps par ce petit papillon. Petit papillon qui cristallise pour chacune d’elle la volonté de vivre, l’envie d’avancer et cette envie d’avoir droit au bonheur et à la sérénité. Petit papillon qui incarne pour chacune d’elles un souffle, un mouvement dans leur existence propre… Mais comme chacun le sait, les papillons vivent peu de temps.

Au final donc, Quatre morts et un papillon est un livre plein d’humanité et de souffrance, plein d’amour et de combativité, de noirceur et de tendresse.

Un livre écrit délicatement et avec énormément de féminité que beaucoup d’hommes se devraient de lire.

 

Longue vie à Valérie Allam et le Corbac en retiendra cette phrase : « C’est noir et froid par ici et je sens tes larmes qui coulent dans mon cœur »

 

Le Corbac.

 

 

La toile du monde, Antonin Varenne, Albin Michel par Le Corbac

Y a du Franck et Vautrin, du Malraux et du Cronin, un peu de Miller et de Tennesse aussi sous la plume d’Antonin Varenne.
Quelques personnages judicieusement choisis et représentatifs d’une certaine société, du conformisme ou de son opposé, de l’émancipation et de la soumission; des personnages en quête, cherchant la liberté ou l’amour, la vengeance ou le pardon, la reconnaissance ou leur existence; des personnages qui vont se croiser et partager quelques instants intimes de leur vie, quelques idéologies personnelles, de nombreuses visions de l’existence sous l’œil de la Grande Catin, la Prostituée européenne : Paris.
Paris, le dernier et ultime personnage, Paris féminisée qui regarde tous ces hommes s’agiter sous ses jupes, sur ses hanches, sur son corps afin de la transformer, de la plier à leurs désirs pour prouver leur virilité, imposer leur force et leur puissance. Paris sur laquelle passent tous ces hommes qui la dénudent, la déflorent et la laissent là, dans le lit de la Seine, quelques billets déposés dans les mains avides de ses propriétaires après l’avoir souillée de longues semaines. Paris donc qui se raconte, se dévoile, s’applique à poser sur sa situation un regard on ne peut plus objectif, mélancolique et fataliste dans les lignes d’un journal, La Fronde, et sous la plume cachée de Aileen Bowman.
Cette jeune femme aux origines étrangères, journaliste pour le New York Times et féministe assumée, tendance libertaire et libertine, portant un nom de famille aux consonnances indiennes (L’homme Arc) et des pantalons « masculins ».
Cette jeune femme, tendue, à vif, refusant tout compromis sur sa manière de vivre vient bouleverser la morale et la vie de notre bon vieux continent encore enfermé dans ses certitudes et traditions ancestrales et un tant soit peu archaïques
Entre un frère bâtard, mi indien mi blanc, un artiste peintre en pleine ascension et un couple de parisien bon teint, les rencontres de Aileen sont autant de chroniques douces amères d’un pays, d’une civilisation qui change de siècle et peine à évoluer.
La toile du monde, petit théâtre où se joue l’avenir, dans lequel les individus se cherchent, se fuient, est un vaudeville dramatique à l’écriture photographique immortalisant la fin d’un monde et les premiers pas d’une nouvelle Ere.
Le Corbac

Héléna, Jérémy Fel, Rivages par Le Corbac

Jérémy le sait, nous en avons parlé quand je l’ai reçu pour Les Loups à leur porte, j’avais eu du mal avec sa construction narrative.
Aujourd’hui je viens de fermer Helena et je me suis régalé !
Je retrouve sa patte, sa manière bien personnelle de déstructurer le récit, de construire un roman chorale comme un véritable film, nous faisant alterner les points de vues, jouant sur les effets et le coté fantasmagorique de chacun, mettant en avant des personnalités ou caractères bien différents mais unis par un même lien… La famille, l’enfance, le poids du passé.
Je me retrouve beaucoup dans les pages de Jérémy, aussi bien en tant qu’adulte qu’en tant qu’enfant. Pourquoi ?

Parce qu’on sent les influences de lectures, de cinéma de Monsieur Fel.
Certaines scènes ne sont pas sans rappeler les textes de Clive Barker de part leurs violences et leurs noirceurs, d’autres m’ont ramenées à Poppy Z Brite dans leurs descriptions des liens entre personnages, dans cette manière qu’il a de décrire la profondeur des marques du passé et l’influence néfastes qu’elles ont sur ce que nous devenons.
Plus qu’un thriller, Helena est le roman de la vie, le roman du passé, le roman des méfaits parentaux, des erreurs d’éducation, des incompréhensions familiales et des non-dits et autres dénis.

Dans une langue sans fard et très visuelle, rappelant le Magicien d’Oz aussi bien que Jeepers Creepers, Jérémy nous promène dans les chemins de traverse de toutes ces familles qui nous semblent si normales alors qu’en réalité elles ne sont que violence et secrets enfouis, douleurs et frustrations.
Celle des parents transmise inconsciemment à leurs enfants, vous savez ce poids de nos échecs que nous faisons peser sur leurs épaules (cf. My Little Sunshine ou Juno), celle de nos pathologies adultes inscrites dans nos gènes suite aux abus de notre enfance (cf. L’Esprit de Caïn).

Oui le texte peut sembler dur, mais au moins il a l’élégance de ne jamais basculer dans le trash gratuit (en même temps il n’est pas si gore que ça, bien au contraire). Tout n’y est que romantisme morbide, amour destructeur et pesant, déracinement et quête de reconnaissance de la part de ces jeunes adultes que nous sommes tous.

Un très beau livre qui devrait nous interpeller, nous parents, sur ce que nous transmettons à nos enfants, ce que peuvent vivre ou subir nos conjoint(e)s.
Merci pour ce très beau roman.

Rencontre avec Patrick K. Dewdney, par Le Corbac

J’ai lu ou entendu dire que cette œuvre (parce qu il y a déjà 2 volumes et que d’autres sont prévus ?) était pour toi un réel aboutissement, limite tu touchais un rêve du doigt…

Cette série (que j’envisage sur sept tomes) est ma première incursion dans ce qu’on va appeler « la littérature de l’imaginaire ». Je ne sais pas si je parlerais d’aboutissement, parce que dans l’absolu je crois que j’envisage la littérature comme un parcours plutôt que comme une destination, mais c’est vrai que j’ai sciemment attendu avant d’attaquer ce travail parce que j’estimais ne pas avoir les épaules théoriques pour le porter. Ce qui est certain, c’est que quand j’étais gosse et que je m’imaginais en auteur durant mon enfance, c’est ce genre de bouquin-là qui me faisait rêver, principalement parce que c’est ça que je lisais.

Des auteurs français capable de faire souffler le vent épique de la Fantasy durant plus de 600 pages (hormis sous forme intégrale- je pense aux Lames du Cardinal de Pevel ou le cycle de Ji de Grimbert) y en a pas beaucoup. C’est quoi cette force que tu as et qui te permet de nous tenir en haleine, accrochés à tes basques ?

Alors ça, je ne sais pas. Je dirais que c’est sans doute un amalgame d’un certain nombre de choses. Si j’en maîtrise quelques-unes, comme tout ce qui touche au rythme narratif ou textuel, aux sonorités, au choix des métaphores ou d’une étymologie précise pour l’écho qu’elle peut trouver dans l’inconscient collectif, (en gros la compréhension théorique de la littérature dont je te causais plus haut, et qui sont clairement le résultat de treize ans de métier) d’autres m’échappent entièrement, et m’échapperont sans doute encore longtemps. En vrai je n’ai jamais porté un regard fantasmé sur la création littéraire. Je suis trop conscient de ce qui m’a formé, de la quantité de retravail que je fournis pour ne pas le deviner en filigrane, même durant les phases les plus fluides, quand les mots surgissent comme une musique. Après, ben il y a une chose toute bête dont on parle peu (souvent au bénéfice de toute cette mystique un peu stupide qui entoure les créatifs), c’est que le regard que je porte sur le monde fait que j’ai tout simplement des choses à dire. Quitte à aller clairement au bout de mon propos, quand je feuillette les bouquins de la rentrée littéraire, j’y lis peu de générosité, peu de volonté de s’adresser à l’autre, d’interpeller ou de rendre compte du monde, si ce n’est dans une démarche nombriliste. Personnellement j’ai pas d’enjeux d’égo attachés à mon écriture. Mon besoin de reconnaissance se trouve ailleurs. Peut-être que c’est quelque chose qui se sent, que j’ai envie de parler aux gens, va savoir.

La Fantasy, on le sait bien, a des « rôles » variés. Elle fut un temps un réceptacle à l’imaginaire de qualité ou pas parce que c’était un super créneau commercial. Mais elle est aussi une pure et simple lecture évasion, le plaisir de voyager et de rêver. N’a-t-elle pas aussi un rôle plus intime, plus formateur, plus (H)istorique ? N’est elle pas une forme de révolte et une leçon de vie, un apprentissage et une remise en question de nous-mêmes ?

Mon travail universitaire (il y a longtemps maintenant) portait sur la Fantasy en tant que forme moderne des mythologies antiques. J’en suis venu à appréhender cette littérature comme jouant à la fois le rôle de ferment et de ciment culturel, une résurgence du récit des origines qui a accompagné l’émergence de tous les mouvements contre-culturels qui ont façonné le profil sociologique du XXème siècle. De là, il est facile d’envisager la fantasy comme une littérature formatrice, initiatique mais aussi nécessairement subversive, dans la mesure où son format même vient se poser en concurrence à celui de nos propres mythes fondateurs. Ce qui est intéressant c’est que l’angle philosophique de la fantasy a largement évolué depuis l’intronisation du genre par Tolkien. On est partis d’une base finalement très essentialiste, comme peut l’être la bible, pour arriver aujourd’hui à quelque chose qui revendique une vision clairement matérialiste du monde.

Ça va être super bateau comme question mais je suis curieux. Pour t’avoir rencontré dans une cave avec Jon Bassof, j’ai eu l’occasion de causer avec toi sur tes Crocs (Manufacture de Livres) et toute l’idéologie que tu y véhiculais, tes espérances, tes luttes, tes convictions et ta peur que le monde ne devienne aussi noir et désespéré que l’homme à la pioche… Syffe est totalement à l’inverse, porteur d espoir, vivant et plein d’ardeur… D’où vient ce changement? Ou pourquoi?

Avec mes textes précédents, j’ai plutôt été dans une approche de dénonciation. Il s’agissait de dresser des bilans, de faire dans l’exemple négatif, de dire : « voilà où mènent vos renoncements. » Ces récits étaient des récits de déstructuration. Avec ce cycle, je suis dans la démarche inverse. Je n’ai jamais caché que ma plume était avant tout un outil militant. J’entends user cette fois d’une trajectoire ascendante, celle d’un être qui se construit, pour porter les interrogations et les idées qui me préoccupent. Je ne sais pas s’il s’agit-là d’un véritable changement de cap, même si c’est évident que le format long du cycle se prête davantage à la pédagogie. Disons que j’attaque les choses par un autre bout. C’est un choix tactique. Je ne crois pas être plus optimiste aujourd’hui que quand on s’est rencontrés, mais je pense avoir avancé dans ma pensée politique. J’ai trouvé le moyen d’accommoder le constat de la défaite et aussi j’ai renoué avec le terrain, et la joie qu’il est possible d’y puiser malgré tout. Syffe est sans conteste l’enfant de tout cela.

Non c’est celle ci qui va être bateau… Par curiosité… Tes œuvres de fantasy lues et relues ? Les auteurs qui t’ont inspiré cette fresque ? Qui ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?

J’ai lu énormément de Fantasy, à tel point que j’en oublie bon nombre d’auteurs et que tout cela se confond en moi comme une sorte de magma au sein duquel ne survit pas grand-chose d’identifiable, pas en surface, du moins. Il faut vraiment que je fasse le choix d’y plonger pour isoler des éléments précis. Commençons par le Seigneur des Anneaux, évidemment. L’Assassin Royal, et pour le coup à peu près tous les livres de Robin Hobb, même ceux que j’ai pas aimé. Un Chant de Feu et de Glace, fatalement, qui est devenu le monument qu’on connaît. Tad Williams. Des choses plus obscures aussi, Les chroniques de Thomas l’Incrédule. Les Chroniques de la guerre des Ombres de Chris Clairemont (que j’ai trouvé remarquablement intelligent), et bon nombre des œuvres entourant l’univers de D&D, notamment ceux qui ont été conçus par R.A. Salvatore ou Margaret Weis. Et des contemporains francophones aussi, je pense aux Sentiers des Astres de Steffan Platteau, le travail littéraire incroyable de Justine Niogret. L’œuvre d’Alain Damasio. Et encore, la liste interminable que je suis entrain de dresser ne concerne que la Fantasy alors que mon cycle a des tas d’influences qui se situent à l’extérieur du genre. Howard Fast, Hugo, Dickens, Defoe, Bernard Cornwell etc… On va s’en tenir là, parce que sinon je ne m’arrête pas.


Retrouvez la chronique du Corbac sur L’enfant de poussière

Invasion, Luke Rhinehart, Aux Forges de Vulcain par Le Corbac

« Des boules de poils intelligentes débarquent sur Terre »… quand j’ai lu cette première phrase de 4ème de couverture, j’ai tout de suite pensé à CRITTERS, surtout avec la suite: « elles n’ont d’autre but que de s’amuser ».
Pour s’amuser, elles s’amusent, et gentiment en plus. Rien à voir avec ces boules de poils aux crocs acérés des années 80 qui viennent foutre le bordel sur notre chère planète, assoiffées de sexe et de sang, lubriques et agressives.
Quoique…
Quoique les Protéens ( c’est ainsi qu’ils se nomment), ne sont pas arrivés sur Terre pour se prendre la tête mais plutôt pour nous la prendre.
Luke Rhinehart étant américain, sa base sera…américaine.
Mais il n’empêche que son livre est universel et ne peut nous laisser indifférents.
Roman de la contestation, roman de la rébellion, roman de lutte, roman révolutionnaire.
Déjà, avec  L’Homme Dé, il avait rué dans les brancards, secouant les règles de bienséance et chamboulant les bonnes mœurs sociétales de la middle-class.
L’âge ne l’a pas assagi, bien au contraire.
Ce joyeux trublion se permet d’écrire avec toute l’arrogance du bouffon: critiquer et donner son désaccord sur ce qu’il pense de la gouverne de son seigneur et maître sans perdre la tête (au sens propre bien évidemment).
Acide et cruelle, réaliste et positionnée avec outrance, sa plume nous dessine le portrait de ce couple de rebelles, de réfractaires à l’hégémonie des médias et de la consommation, à la préséance de la renommée et de la richesse sur le bien commun.
Luttant depuis leur enfance contre cet absolutisme bienpensant, contre l’endoctrinement d’une société basée sur la consommation et l’enrichissement avec comme finalité le pouvoir, la domination mais toujours avec ce manque de reconnaissance.
Cette jeune nation que sont les Etats-Unis d’Amérique est encore bien vacillante, titubante encore parfois sur ses jeunes jambes.
Besoin d’expansion géographique, politique et économique donc militaire en fait, besoin d’étendre son pouvoir et de se faire voir, nécessité de se démarquer de ses vieux oncles européens et donc de devoir faire plus fort…ou pire.
Théorie complotiste, omniscience des services de renseignements dans la vie de chaque individu, surveillance, méfiance…où est donc l’insouciance ?
Insouciance, légèreté, amusement, gaudrioles et autres fariboles… C’est ce qu’il nous manque. L’humour et l’amour de la plaisanterie, le plaisir de chahuter, de s’amuser, de rire et de ne pas se prendre au sérieux; voilà ce que l’Homme a perdu.
Alors vi, je le dis Luke Rhinehart exagère, caricature jusqu’à l’excès, piétine les plates bandes et dépasse la ligne blanche très souvent mais bon Dieu que c’est bon!
Cultivé et informé, se positionnant clairement sur une opinion politique et un point de vue humaniste, Luke Rhinehart nous offre une œuvre picaresque à la Cervantès, le récit de ces petites gens si banales qui n’abandonneront jamais leurs idéaux ni leur foi en l’espèce humaine et qui toujours lutteront contre ces gigantesques moulins corporatistes, capitalistes, énigmatiques, administratifs et incompétents.
Une comédie dramatique dans l’air du temps, un drame comique qui devrait nous interpeller.
Le Corbac.

L’enfant de poussière, Patrick K. Dewdney (Au diable Vauvert) par le Corbac

Je viens à l’instant de refermer L’enfant de Poussière, ben chapeau. Hormis Eddings, Gemmel, Hobb, Williams, Jordan ou Lynch j ai rarement autant été emmené sans force, promené d un bout à l’autre d’une partie de ce monde imaginaire, de ce territoire inconnu.

Je n’ai pas vu arriver les 16 ans de Syffe mais bon sang qu’est ce que j ai morflé à ses côtés. Dans mon coeur et dans mon corps, moralement et physiquement, émotionnellement et violemment. Rares sont les romans initiatiques aussi puissants et dégageant autant d’empathie.

On dirait du Guy Gavriel Kay tellement cela est ancré dans un univers au sein duquel chacun peut se projeter- moitié réel moitié bâti de toutes pièces. Une Histoire dans une histoire. Oh oui il est lent et épais, oh oui il pèse son poids avec ses 619 pages mais bon dieu il vaut son pesant d’or. Intelligent, travaillé, érudit, construit, il profite aussi d’une plume musicale. Celle d’une voix au coin d’ un feu de bois dans une vieille cheminée dans une vieille bâtisse misérable en bois, une voix légère et fraîche, rageuse ou posée, parfois poétique parfois brutale, sautant de la dureté à la froideur en passant par la sérénité, l’inquiétude, le doute, la peur et toute la gamme des émotions humaines sans jamais se perdre, sans jamais perdre le fil du récit. Sans jamais laisser se dérouler d un coup la bobine de la vie. La Voix du Conteur, du Ménestrel…

Roman d’une enfance à lutter pour se préserver, à ne pas se résigner sans comprendre. Récit d’une évolution, d’une adaptation à un système autre, d’une lutte contre les félonies et pour un libre arbitre. Véritable oeuvre de fantasy ( ou médiéval fantastique pour les francophiles déchaînés ), L’Enfant de Poussière de Patrick K.Dewdney est le premier volume d’une saga à avoir absolument dans vos bibliothèques. Bravo !

Le Corbac.

 

Et j’abattrai l’Arrogance des Tyrans, Marie-Fleur Albecker (Aux Forges de Vulcain) par le Corbac

Et j'abattrai l'arrogance des tyrans

Merci Marie-Fleur Albecker et David Meulemans pour cette excellente lecture. Ce furent des éclats de rire, des remarques à haute-voix, des extraits lus dans la libraire. Cette écriture si badine mise aux services d’un tel discours est un régal.

Il y avait longtemps (Révolution de Sébastien Gendron doit être le dernier) que je n’avais pas lu un tel pamphlet, une telle ode à la lutte et à la rébellion.

Merci pour ce pur moment de bonheur.

« Peuple exploité par les plus riches et par les grands de ce monde, révoltez-vous ! Pauvres hères trimant au nom du profit et de la reconnaissance de vos patrons, de vos dirigeants, de vos chefs; misérable piétaille piétinée comme le raisin à la pige, battu comme le blé mûr par les administrations à la solde des puissants ; tristes sires qui ne supportez plus les ingérences, les arrestations arbitraires, les lois inégales et les réglementations humiliantes : prenez les armes et battez-vous. Luttez et défendez vos droits et idéaux. L’injustice n’est pas votre apanage, tout comme la pauvreté et l’échine courbée ne font pas partie de vos traits de caractère. Attisez la vindicte du plus grand nombre, regroupez les démunis et les exploités, les femmes et les étrangers, les rejetés du système sous prétexte de ne pas être nés au bon endroit, les nantis aux idées libertaires et progressistes (peu nombreux comme de coutume) qui croient en l’égalité de chaque individu viendront vous soutenir. Trouvez des meneurs forts, bavards, crédules et pourtant si réalistes ; trouvez des combattants, des beaux parleurs, des emblèmes représentatives d’une tentative vaine d’évolution des mœurs et de la société et laissez vous guider.

Accédez quelques heures, jours ou semaines à ce sentiment de béatitude et sentez vous pousser par une tornade contestataire et justifiée. Profitez de ces quelques moments d’euphorie galvanisante…

Après l’été qui agite les sangs vient l’automne humide qui freine les ardeurs. Suite à un hiver rude et violent qui fait cesser toute activité, qui détruit les pousses précoces et les tentatives de réveil arrive le printemps. Le printemps qui n’est que le renouveau d’une situation qui a existé, qui existe et qui existera toujours. Le renouveau de cette richesse réservée à une minorité se croyant au-dessus du panier parce que bien née, parce que détentrice d’une pseudo-autorité attribuée de droit(s), parce que riche, parce que forte, parce que corrompue manipulée, refusant de perdre une miette de leur pouvoir, parce qu’ancré dans la certitude qu’ils font ce qu’il faut pour vous, respectant vos origines, vos intelligences, vos us et coutumes ; vous le bas-peuple, le petit peuple, les rouages de cette mécanique implacable qui ne vise qu’à vous désincarner et vous réduire à l’état de simples coquilles vides et obéissantes.

Profitez de ces moments de liberté, de cette bise qui vous souffle dans les cheveux, dans ce vent léger qui vous pique les yeux, dans ce vent dur qui tente vainement de vous ralentir ; profitez de ces sensations et sentiments que vous découvrez, qui vous donnent enfin le sentiment de vivre, les émotions que doivent ressentir toutes ces bêtes enchaînées à qui l’on rend la liberté.

Parce que…

Parce que tout à une fin et que la loi du plus fort, du plus riche, du plus influent l’emporte toujours.

Alors si c’est pour mourir écartelé ou décapité, battu comme un chien ou bien devoir vivre dans la solitude inquiétante de la peur de voir la porte s’ouvrir, dans la tristesse d’avoir tout perdu et de devoir subir en outre les regards défiants et les sous-entendus malaisants de votre village… Alors je vous le dis : battez- vous quand même car d’autres dans les années et les siècles à venir vous imiteront et un jour, un jour vous aurez gagné !« 

Héros secondaires, S. G. Browne, Agullo, par Le Corbac

Ça c’est de la comédie dramatique ! Un bouquin digne d’un film de Di Cillo ou de Jarmush.

Un livre social, une bible culturelle, une référence humaniste, un pamphlet contre l’industrie pharmaceutique, une pochade littéraire, une référence en terme d’humour noir et de satire philosophique.

S.G.Brown dépasse le stade de la simple comédie granguignolesque encore une fois. Il revisite avec talent l’art et la manière de dénoncer, de se démarquer sans se faire remarquer, d’expliquer sans être moralisateur.

Psychologie de comptoir et analyse fouillée ; discussion de potes bourrés mais vérités à assener, drôles de types sans aucune empathie ni ambition qui se découvrent autre chose que Monsieur Tout Le Monde.

Entre Pratchett et Incassable, un roman inclassable.

Tout y est frais et léger, profond et argumenté, facile et drôle, travaillé et nouveau, révolutionnaire et novateur.

Lire S.G.Browne, ce n’est pas s’arrêter à une culture typiquement américaine ; c’est se plonger sans bouée dans un décorum quotidien qui nous rappelle que nous sommes traités comme des chiens ou des moins que rien, tant que nous fournissons des résultats adéquats, c’est nous souvenir que, même en temps que bétail servile, nous avons notre conscience, notre esprit et que l’Humain est Bon par définition.

Quadras et quinquas de tous horizons, vous qui avez été élevés sous la coupelle des Marvel, Avengers, Strange et autres Comics, venez découvrir

Captain Vomito

Spasmo Boy

Eczéman

Super Gros-Tas

Docteur L’Enfant-Do

Mr Black-Out

Hallucination- Man

Professeur Priapisme

Nos nouveaux Héros, nos nouveaux super-méchants, une bande de losers sans emploi stable qui se découvre capable de s’enfiler une cape et un méga-moule bite pour sauver le vieux et le pochetron, le sdf et le malheureux,  de corriger le gros con irrespectueux et le sans-gêne tout permis.

Une nouvelle ère s’ouvre dans la mutation génétique !!!

Traduit par Morgane Saysana.

 

[Rentrée littéraire – 20/09/2018] Un été sans dormir ,Bram Dehouck, Mirobole, par Le Corbac

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Comment résister à l’appel de la Mère Patrie, comment ne pas sentir ce sang qui bouillonne à l’idée de rentrer sur tes terres natales, de retrouver ton Plat Pays, ses moules frites son Grand Jacques, son humour aussi sombre que les flots de la Mer du Nord…

Brahm Dehouck m’a emmené, que dis-je emporté en quelques pages, en quelques mots. J’ai ressenti très vite cette pointe de cynisme, cette ironie virale pour se moquer, pour détourner, pour montrer.

Entre C’est arrivé près de chez vous avec un Dupontel à la caméra et un Bienvenue chez les cht’i écrit par les frères Cohen, cet été est merveilleux.

Ces gens-là vivent au plat Pays et ces braves bourgeois voient débarquer un parc à éoliennes.

C’est le début de la Fin pour ce tranquille et petit village des Flandres.

Mauvaise foi et médisance, méchanceté et frustration, commérages et espionnage ce véritable Desperate Housewives belge est un succès de noirceur et d’humour.

Des personnages travaillés au cordeau selon leurs caractères, véritables marionnettes sous la plume de Bram Dehouck qui sait les faire vivre, les rendre attachants mêmes pour certains, désagréables ou pitoyables pour d’autres.

Nos turpitudes, nos jalousies et envies (nos travers typiquement humains en fait) sont d’une exaspérante lucidité et ne sont pas que symboliques. Derrière cet humour noir, fait de sourires et de fou rire, la population que nous sommes en situation de crise, quand elle perd ses répères, ne trouve plus ses habitudes rituelles et se retrouve livrée à elle-même est bien peu reluisante et nous invite à nous souvenir de cette bonne vieille maxime : avant de regarder dans la bouche de ton voisin, regarde la paille qu’il y a dans ton nez.

Baignant dans un style fluide et direct, sans mots de trop et sans lourdeur, cette promenade dans la BELGITUDE vaut son pesant d’Or.

Allez, je reprends mon vol pour d’autres contrées.

Traduit par Emmanuel Sandron.