Les Furtifs, Alain Damasio (La Volte), par Lou

Olololo minou t’as l’air de quoi du haut de tes cinq pommes et la dernière page des Furtifs entre les mains avec un peu d’eau de tes yeux dessus ? Pas de l’eau de la triste, de l’eau du beau. Genre putain minou c’est fou quand même.

Tu vois j’avais rien bité quand j’avais essayé La Horde du Contrevent. Genre vraiment rien, alors quand Plume m’a sorti tout de go Loubard faut que tu lis ça avec des screens à l’appui à me rendre dingo j’ai dit banco.

Je regrette tellement pas. C’est comme une réinvention des Pokemon mais en mille fois plus loco. Alain Damasio c’est un magicien des mots, même des fois il fait de la philo. Il te place face à tes perceptions, à tes moyens de communiquer, de se fondre dans le décor, de furtiver et de jouer avec les mots comme un gosse le ferait. 

La claque à Dallas je te jure. 

C’est Lorca tu vois c’est un gars qui est dans une unité spéciale de l’Armée et qui doit chopper des Furtifs (des genres de bestioles mi animales mi environnement qu’on voit pas et qui communiquent chelou chelou). Lorca il s’est fait prendre dans cette unité parce qu’il est super déter à cause que sa petite fille elle a disparu et que c’est impossible qu’on l’ait enlevé. Lui il croit dur comme nerfs que sa petite elle est devenue une furtive. 

En fait c’est un prétexte, mais un prétexte intelligent, pour écrire tout un tas de trucs sur l’anticipation. Sur les questions qu’on peut se poser. Sur le fait qu’on pense tous qu’à cause des technologies on finira peut-être cyborg mais si l’évolution elle était écologique et qu’on se transformerait grâce à l’environnement. Ça ferait quoi dans un monde pro très pro libéral où tout le monde semble être sorti d’un 1984 facebooké ? 

Je te jure. L’anticipation ça me rend parano souvent, limite je deviens anarchiste de la dernière heure et pour deux secondes avant de redescendre après je deviens aigri et j’me mets à douter de tout. Mais là j’ai des trémolos dans le gosier et l’impression d’avoir augmenté mes capacités neuronales. 

Ça veut pas dire que je vais devenir quelqu’un de bien ou quoi, je considère pas Damasio comme un chef spirituel ou un gourou. Mais les questions qu’il pose, sont vraiment tip top si tu veux tout savoir, et les réponses encore plus. 

Je regrette tellement pas de m’être fardé ce mastard de 700 pages. C’était beau, c’était intense, c’était joyeux, c’était triste c’était tellement tout et fou. 

M’est avis que même dans ma façon d’écrire j’vais invoquer aussi. Ça te laissera pas un des débiles, c’est sûr. 

J’fais mon malin mais y’a un paquet de lascars qu’ont déjà lu La Horde alors j’moufte pas tellement mais si tu veux un bon conseil, lis ce pavé et prends ton pied.

Si t’es comme moi et que c’est ton premier Damasio même s’il est « accessible », va falloir t’faire à tout un langage de geeks et de néologismes minou mais c’est pas si ardu si tu veux mon avis, vu que j’ai réussi à comprendre pas mal de trucs. 

C’était tellement dingo j’en reviens pas que ce soit déjà terminé. 

Ouh yeah. 

Besos .

Lou.

Eloge des bâtards, Olivia Rosenthal (Verticales), par Lou

Olivia Rosenthal elle raconte une histoire de grandes personnes et elle continue d’aimer le cinéma. Pas un cinéma que je regarde. Plutôt celui qui est en noir et blanc ou en technicolor et que je fantasme quand je vois les plus vieux en parler. Alors du coup je fantasme aussi quand Olivia Rosenthal raconte des histoires de grandes personnes avec des références de cinéma dedans.

(Qui sème la poussière récolte le désert)

Lily elle a le don de télépathie d’un coup d’un seul après avoir vu un poissonnier. Alors elle se dit que ce don il doit être profitable.

Ellipse.

L’autrice parle des groupes qui se rassemblent pour des idées communes. Pour pas rester à rien faire pendant que le monde sombre. Les groupes c’est toujours des gens qui se rassemblent pour une cause commune mais c’est quoi qui fait que dans le groupe ils se ressemblent ? Je crois que ce serait super réducteur de dire qu’Éloge des bâtards est un roman sur l’empathie.

Chacun leur tour, Oscar, Full, Sturm, Gell, Clarisse, Filasse, Macha, Fox et Lily vont se livrer à une pratique qui vise à renforcer leurs actions révolutionnaires, tenter de trouver le point commun qui va vraiment les rassembler. Et ce sans que le pouvoir télépathique de Lily n’intervienne (ce qui doit être sacrément dur quand tu te rends compte que Lily est la narratrice et du coup un peu la voix de l’autrice quand tu cherches à faire des mises en abîmes).

Ce sont des histoires de grandes personnes parce qu’elles parlent du passé des Pieds Noirs, d’Algériens orphelins, de Juifs déportés, d’enfants abusés, de parents ravagés. Mais Olivia elle est sacrément fortiche parce que les personnes ont beau être grandes, la présence des parents dans ton enfance elle établit direct ce que tu vas être et du coup elle transforme l’histoire de grandes personnes en histoires de gosses qui se sont construits sur l’histoire du 20e siècle.

Et aussi peut-être parce que ce sont des bâtards chacun à leur façon si tu veux tout savoir. 

(Mange ta peur)

Ça crépite dans le ventre, pas des crépitements d’allégresse ou quoi. Ça défile en faisant des pops comme si tu sentais les noeuds se former dans ton bide, qui se délient par la suite pour en créer des nouveaux jusqu’à ce que ce soit la fin du livre.

En général quand je lis un livre en un jour c’est que tu peux y aller les yeux fermés. Bin là ouvre les quand même pour bien que ça s’imprime sur ta rétine. Parce que t’as vraiment pas envie d’oublier de quoi ça parle Éloge des bâtards. 

J’ai l’impression d’avoir pris 20 ans de plus, j’ai envie de terminer mon paquet de tabac, attendre que le jour se lève avant d’aller travailler et de regarder les gens qui défilent en leur inventant des histoires pour voir ce qui pourrait faire que j’ai des choses communes avec eux tu vois ? Comme si t’étais triste d’un truc chiant et que le seul réconfort ce serait de voir des gens solitaires qui font des actions solidaires pour détruire un pouvoir totalitaire.

C’est assez dingue, finalement toute cette empathie. 

Pfiou.

Allez salut hein !

Lou.

Par les routes, Sylvain Prudhomme (Gallimard – L’Arbalète), par Lou

J’ai , je crois, fait une expérience. De celles qui t’assomment et dont tu te réveilles en plein brouillard, mais genre des kilomètres et des heures plus tard. Je savais pas pour moi parce que c’était la première fois.

C’est dingo comme des fois le hasard fait que tu peux t’éloigner de certaines personnes, que même vingt ans après quand t’en as ras le cul de ta vie actuelle tu te décides à changer de vie et recroiser ceux qui t’ont construit. 

Par les routes, je l’ai lu comme on file sur l’A6, bouffant des bornes à la pelle en faisant pas vraiment attention à ce qui était écrit. C’est que quand je faisais les pauses que ça venait me percuter de plein fouet en plein dans ma caboche de sale gosse. L’air de dire. Putain. L’effet à retardement. Comme le gars qui te raconte une blague et que tu piges 2 jours après alors que t’es seul dans ta bagnole. 

Y’a Sacha. Sacha vient vivre à V. (et mon vieux c’est tellement délectable de partager un secret de savoir quelle ville c’est en vrai la ville de V. que t’as ce petit pincement de l’égo qui vient te taquiner le coeur par moments, et ça j’aime beaucoup si tu veux tout savoir). Il y a son cousin qui vit déjà là bas et qui on sait pas trop par quelle magie lui permet de retrouver l’Autostoppeur. 

On saura jamais le nom de l’Autostoppeur. On saura juste que Sacha et lui ont été amis et qu’ils se sont pas vus depuis 17 ans. Que maintenant l’Autostoppeur il a une amoureuse et un fils. Et que l’envie de parcourir les routes ne l’a jamais quitté. Qu’il en a besoin, parce que ça lui permet de rencontrer des gens qu’il aurait jamais rencontrés normalement. De partager des vies. 

C’est des fois un triangle amoureux mais pas dégueulasse ou quoi. Simple. Parce que certaines personnes préfèrent se raccrocher au fait qu’on a bien qu’une seule vie pour empêcher les autres de vivre ce qu’ils ont à vivre.

Y’a aussi le fait que des fois on a besoin que certaines personnes partent pour se rapprocher naturellement de certaines autres. 

Et si tu lis des fois avec un peu de scepticisme sur l’innocence de certaines situations, tu te dis que Kundera, Pons et Mc Carthy veillent un peu sur Sylvain Prudhomme et que son histoire elle en est encore que meilleure tu vois ?

Moi je te conseille de lire Par les routes. Pas parce qu’il est beau ou profond ou quoi. Parce qu’une fois que tu feras des pauses, t’auras l’impression qu’on t’as mis un de ces uppercuts dans la tronche mais sans que tu t’en rendes compte déjà et qu’ensuite, qu’ensuite celui là de coup de poing il fait pas du tout mal.

Mon vieux c’était trop bien !

À plus ! 

Lou.

Une Bête au Paradis, Cécile Coulon (L’Iconoclaste), par Lou

GARÇON L’ADDITION PUTAIN !

Mon vieux j’ai terminé un livre en un jour ça faisait tarpin longtemps que ça m’était pas arrivé, que je m’étais pas régalé comme ça à dévorer un bouquin un peu comme tu veux passer du temps avec le/la garçon/fille de tes rêves et que ça s’arrête jamais !

Je connais les livres de Cécile tu vois genre vraiment et bah même pas je me lasse de lire ces histoires de la campagne qui te chamboulent dans tout ton toi a l’intérieur même que encore une fois ça te fait dire sur un ton un peu adulte et solennel « y’a des livres qui arrivent à point nommé dans ta vie ». 

Choisiton ses lectures ou sonssentel qui nous choizissent mon cher Ouatesaunne ? 

Élémentaire la putain de toi, élémentaire voyons !

Le Paradis c’est là où y’a Émilienne, Blanche, Gabriel et Louis qui y vivent. Et des cochons et des poules parce que c’est une ferme le Paradis. Et comme dans tout bon Paradis qui se respecte on te permet d’apprivoiser les anges qui y habitent et ceux un peu sombre aussi des fois, et une ou deux paires d’araignées. 

C’est des formes géométriques amoureuses mais pas que parce que c’est pas non plus du Françoise Bourdin faut pas déconner (ou alors un mélange entre Françoise Bourdin, Xavier Dolan et Guy Ritchie). C’est le temps des émotions qui craquent de partout et d’une ruralité aussi belle que cruelle.

Y’a des procédés cinématographiques qui sont vraiment vraiment bien gaulés comme des fusils de Tchekov et des plans séquences a t’en faire te tordre les boyaux et un amour de la Terre indéniable qui détonne avec l’enfer babylonien de la Grande Ville. 

On retrouve des traces des Trois saisons d’orage et même ça se lit un peu comme une suite qui n’en serait pas vraiment une. 

T’es super content de la fin que je spoilerai pas bien évidemment et tout ça c’est tellement bien fait pour la gueule des vrais trous du cul que t’en jubiles un peu comme si la vraie fin de GOT ça aurait été de voir Cirsei régner sans qu’elle soit méchante.

Lis moi ça, c’est tout très très bon. Compte encore sur la plume poétique de l’Autrice pour t’en mettre plein ta gueule. Et range ça à côté des Franck Bouysse pour qu’ils fassent copains copains tellement c’est évident !

Bonne journée et mort aux mauvais moments !

❤

Ah ouais ça sort que vers fin août alors prends ton mal en patience et déteste nous encore un peu plus de lire des choses géniales avant tout le monde ️

Besos 

Lou

Rafael, derniers jours, Gregory McDonald (10/18), par Lou

Eh boï tu sais c’est où toi Morgantown ? Attends j’vais te raconter un peu en même temps que l’histoire de Rafael. 

Tu vois on m’avait dit que ce livre il fallait absolument que je le lise et quand j’ai répondu bavazi dis pourquoi qu’faut que j’le lise ? on m’a dit c’est l’histoire d’un père qui se sacrifie pour sa famille. 

J’voulais pas dire au client qu’des histoires comme ça j’en avais soupé. J’en avais ras le cul des histoires où papa qui fait des conneries revient tout rédempteur à essayer de se racheter, ça a niqué la vie du gosse mais là faut qu’il pardonne parce que papa est triste et boum surprise le paternel clamse à la fin et le fils comprend à quel point il était grand au fond. Ras le cul.

Mais comme y’a que les zobs qui changent pas d’avis j’ai changé d’avis tu vois et franchement je regrette pas. Y’a même Philippe qui m’a dit que j’en aurai mal à mon bide, et Julien qui m’attend au tournant si j’en dis du mal et tout. C’est son livre préféré dans la vie presque. Pression. 

Bin mon vieux j’ai une sale boule dans le ventre et la gorge remplie d’un truc comme quand tu regardes un drame des années 90 que t’as beau faire ton fier et ton trou du cul insensible et tout, alors que vient se dérouler sous tes yeux une histoire qui t’crève le coeur. 

Pas de rédemption ni rien de ce genre. Morgantown (j’y viens ayé) c’est juste un bled qu’en est même pas un déjà. Genre si Dieu il existe il a craché par Terre à cet endroit là précisément. En mode bidonville un peu mais j’imagine dans le sud-ouest désertique des États-Unis quoi. Et comme dans toute biodiversité qui naît de n’importe quoi y’a toute une troupe de gens qui vivent là, dont Rafael.

J’ai dit ils vivent mais en fait ils … subsistent (ch’crois que c’est comme ça qu’on dit quand cherche pas à être insultant). Ils ont pas de passé, pas d’avenir. Ils se partagent tout et y’a des gosses un peu partout. Des gosses, des vieux et des adultes malades. Et Luis qu’a un camion, mais c’est un vrai zob en plus d’être le frère de Rafael. 

Bref Rafael il parait un peu teubé à première vue, je crois qu’on aurait dit simplet à une époque. Simplet avec un look d’Indien apparemment vu que c’est de ça qu’on l’traite dans le bouquin, mais quand il demande à son père si c’est un Indien son père il lui dit juste de fermer sa gueule. Pas de passé, pas d’histoire j’te dis. 

Rafael il a qu’une envie, c’est que sa famille et les gens de Morgantown ils se tirent de là bas. Qu’ils aillent à la ville, qu’ils jouent au base-ball, deviennent docteur, fassent de la musique. Il en a marre que les gens crèvent comme ça. Et il a pas un rond, et il est alcoolique, il sait qu’il va crever sans que ça fasse de pli ou quoi. 

Alors un jour qu’il est rond il se rend dans un entrepôt qoù y’a un gars qui s’appelle McCarthy (comme Cormac ouais) et il lui propose un boulot : 25 000 dollars pour jouer dans un Snuff Movie. Et Rafael il accepte parce qu’en fait crever ça lui fait pas peur. Simplet on pensait ? Lucide le gars, genre de savoir quand il va crever et comment, ça le rend, lumineux (dans nos têtes hein parce que dans le livre t’as juste envie d’y mettre deux claques à dire mais putain arrête tes conneries mon gars).

Autant j’ai le coeur accroché quand je vois des trucs gores ou violents et tout la faute à quand j’étais gosse et franchement les premières scènes j’m’ai dit « bon ça va si c’est que ça c’est dégueulasse mais admettons » autant en fait au bout d’un moment c’est pas que t’en peux plus mais tu somatises. Genre ton corps il fait des soubresauts tu vois ? C’est pas la spasmophilie encore mais t’es au 3e barreau sur l’échelle quand même. 

J’ai trouvé le sujet vraiment très bien traité, genre pas du tout mélo ni larmoyant ou quoi. Genre malgré une atmosphère poisseuse au début comme dans U-Turn un peu (faut que tu vois ce film minou il est énorme) et des envies de lire dans ton frigo tellement ça cagne des fois dedans, ce livre est putain beau. 

On essaye pas de t’enfler en te filant de l’espoir, y’a pas d’héroïsation (rien à foutre si ça veut rien dire t’as compris) du personnage principal, même les « méchants » ils ont juste l’air dégueulasses mais au final ils pourraient être n’importe qui tellement ça se tient. 

Cette histoire elle a été publiée y’a longtemps hein, genre en 1991 et j’ai vu après avoir fait des recherches et tout que y’a eu un film avec Johnny Depp et Holy Shit Marlon Brando dedans ! (sorti en 1997), et Luiz Guzman qui est à peu près le 2e portoricain après Danny Trejo (qui est américain) à jouer dans tous les films mexicains que t’as vu. Bref je veux voir ce film alors si vous avez des retours à faire dessus t’hésites pas tu laisses un commentaire et tout.

Voilà t’as été bien courageux si t’as tenu la route jusqu’au bout de mon ressenti, je peux que te conseiller de lire ce court roman profitez en il est souvenu épuisé tellement il est bien et pas souvent réédité. Pour ceux qui l’ont lu bien joué vous m’avez transmis le virus il mérite sa place dans ma bibli à coté de tous les romans américains qui défoncent ses parents !

Hasta luego hijo.a.s

Lou.

Traduit par Jean-François Merle.

Précis de décomposition, Emil Cioran (Gallimard), par Lou

Fichtre chaton ! Tu sais là je crois que j’y ai laissé un paquet de neurones. Le genre de bouquin où tu lis un paragraphe mille fois jusqu’à ce que la bave qui te coule de la bouche à force de bugger te fait comprendre qu’il faut que tu passes au paragraphe d’après.

Mais n’empêche, quand tu captes, c’est drôle (des fois), cynique même, défaitiste, intelligent. J’vais pas dire que t’as l’impression de découvrir la vie, ce serait aller à l’encontre de la pensée de Cioran (si j’ai compris un minimum quoi). 

Si t’es en guerre avec la résignation, le pessimsime et tout un tas de trucs qui rendraient jaloux le plus gothique de tes amis, tu peux tester cet essai c’est un bon médicament. Libre à toi d’avoir envie de te flinguer après, mais bon on a plus souvent vu l’humain se buter après avoir lu Goethe que Cioran, donc.

En clair, voilà un bon livre de chevet que j’échangerai bien contre le Coelho que t’as osé foutre sur ta table de chevet et dont tu te sers comme un calendrier perpétuel de citations pour facebook à la con, soyons réalistes, exigeons d’être lucides. C’est un bien meilleur remède pour chasser les idées noires. 

Big up !

Lou

Grâce, Delphine Bertholon (Le Livre de Poche), par Lou


Bon alors le mieux chaton, c’est que si tu décides de lire ce bouquin (et très sérieusement j’en doute pas), le mieux c’est que tu cales ton boul’ bien vissé dans un fauteuil, avec une toute petite lumière qui tamise. Après si t’es bigleux et que t’as besoin que ce soit Versailles chez toi j’y peux rien, mais juste ça rendrait l’ambiance encore plus … 

**porte qui grince, fenêtre qui claque**

Tu vois cette espèce de frisson qui te parcourt l’échine comme dans un film de Guillermo del Toro ? (en vrai je fais juste référence à l’Orphelinat et à l’Échine du Diable), attends toi à ça. Sans le côté fantastique, plus dans le genre qui t’met mal à l’aise. J’sais pas si t’as déjà lu du Shirley Jackson dans ta vie mais dans l’idée c’est ; maison inquiétante/gothoflippante qui fait que tu sais pas sur quelle rondelle danser à chaque page tournée, t’ambiances ou pas ?

**bruit de pas au plafond alors que t’habites au dernier, halogène qui s’allume tout seul avant d’claquer l’ampoule**

Ben en vrai tu vois, Delphine elle arrive à rassembler tout ça et avec un putain d’talent d’écriture et grâce (hoho) à quelques symboles parsemés telle une cuisto inquiétante ; une région Lyonnaise en période de Noël (si si je suis sûr que ça fout les chocottes), un jeu de 7 familles aussi référencé qu’le tarot de Jodo, deux époques différentes sur lesquelles je reviendrai quand j’parlerai de l’histoire du roman, des chapitres courts qui te permettent de reprendre ton souffle entre chaque cliffhanger et ..

L’histoire maintenant hein ? C’est pour ça que t’es là pas vrai ? 

Grâce c’est la mère de famille. En 1981, 34 ans, deux enfants, flippée de vieillir (mais qui ne l’est pas en vrai hein ?). Elle tient un journal qui pue le secret bien lourd à porter, parce que sinon Grâce s’adresserait pas à eux comme ça (à ses secrets, faut que tu suives si tu veux que j’arrête de faire des ellipses trop fréquemment chaton…).

En 2010 on change de narrateur, on passe au fils de Grâce, Nathan qui lui s’adresse au fantôme de sa défunte femme (tu noteras l’effort de style parce que j’écris pas que des conneries non plus). Plongé lui, ses jumeaux de 5 ans, sa frangine garçon manqué et sa mère dans un Noël traditionnel qui sent ou le règlement de compte, ou une histoire chelou à la Dickens…en fait vire Dickens et ses fantômes faussement méchants et on fout Michael Haneke aux commandes histoire de t’foutre une chiasse sordide de tous les diables. 

On appréciera aussi le petit côté enquête qui se révèle au fur et à mesure, au mystère qui règne autour de Christina, sorte de sorcière moderne, arborant une chevelure rousse qui en dit long sur la suite de l’histoire. 

J’ai la langue qui saute tellement je m’empêche d’écrire pour pas spoiler. Putain que c’est dur.

Si t’as sauté tout ça et que ce qui t’intéresse c’est la conclusion et que t’es plus cinéphile que littéraire, dis toi que si t’as kiffé Le nombre 23, Les Autres, Festen, Amityville, j’en oublie tellement d’autres que c’est indécent mais ce qu’est sûr c’est que vous prendrez un malin plaisir à essayer de pécho les références. 

J’l’ai bouffé en une journée, juste le temps d’me servir trois grenadines et de maudire la peau des ongles qui pousse pas assez vite.

Quand l’roman était sorti en 2012 ça a été un énorme coup de coeur d’une libraire avec qui j’ai bossé et qu’a toujours fait mouche quand je lui demandais conseil (Coucou Souhila). Voilà chose faite, et je regrette tellement rien que vous allez courir chez votre libraire et vous dégoter cette petite perle !

Lou

Rappeler les enfants, Alexis Potschke (Le Seuil, collection Cadre rouge), par Lou

Oké oké. J’ai délaissé les grands espaces américains, la poudre dans le nez, les boum boum et les bang bang mais quand même minou j’ai lu un peu tu vois ?

En plus ce livre il est royalement bien si tu veux tout savoir, il raconte pas vraiment d’histoire mais il en raconte tellement plein d’autres à la fois que tu voyages vachement loin dans tes souvenirs du bahut. 

Alexis il est professeur (j’ai dit professeur, Alexis il me donne envie de bien l’écrire pour une fois ce mot) de français dans un collège de banlieue (parisienne mais franchement tu peux coller dans n’importe quelle banlieue je suis sûr que ça fonctionne aussi).

Je trouve ça très humble et très digne et très noble d’avoir la perception qu’a Alexis des enfants et de son métier et de son collège en général. Il en parle avec une petite insolence poétique, un sale gosse assagi, à deux pas du sourire quand les gosses font ou disent des conneries mais toujours très pédagogue. 

Et ce que j’ai préféré mon vieux, c’est à quel point t’as mis tout en lumière, genre vraiment. Y’a aucune stigmatisation, juste des gosses pas tous égaux mais dont t’as choisi de dire ce qui faisait leur force plutôt que de se poser des questions sur pourquoi ça va pas et comment ils parlent pas bien. 

En fait tu penses vachement à Pennac ou aux poèmes de Desnos qu’on te fait apprendre à l’école quand tu lis Rappeler les enfants

Dézo, je sais pas quoi dire à cause que faut vraiment que vous le lisiez pour vous rendre compte que ça fait du bien, genre vraiment du bien de lire ce récit qui n’est pas vraiment un roman et moi je regrette vraiment pas de l’avoir lu même si j’ai lu que ça pendant environ un mois.

J’ai les yeux qui piquent tellement je vous fais un bisou et je te félicite Alexis, cette première publication est une petite pépite que je vais me garder dans ma bibli !

See you

Lou.

Aloys, Sarah Turoche Dromery (Thierry Magnier), par Lou


C’est chelou comment les goûts évoluent avec le temps. Y’a pas si longtemps quand je lisais de la litté destinée aux ados, je préférais quand ça parlait de cul, de drogues, de milieux alternatifs, des romans du bitume sombres et violents.

Puis sur le chemin des lectures, j’ai lu du Carole Martinez, des essais féministes sur la médecine, d’autres de psycho-socio et des portraits de meufs de qualité, victimes d’une société patriarcale de merde, dans laquelle l’Eglise a joué un rôle de bâtard jusqu’à reléguer la femme au rang d’objet et qui porte encore ses fruits pourris aujourd’hui.

Le hasard de la vie a fait que j’ai rencontré Aloys sur ces croisements littéraires. Gamine de 13 piges, enfermée dans un couvent pour des raisons obscures, à l’âge où biologiquement t’es un peu paumé entre ta future morphologie d’adulte et où la séparation de celui de l’enfance se fait souvent avec beaucoup de difficultés.

A travers ce personnage, Sarah Turoche-Dromery dénonce les monstruosités infligées aux femmes dès leur plus jeune âge. On pense forcément aux Soeurs Magdalène mais version gosse et dans un décor médiéval aussi lumineux que sombre. Les injustices, les trahisons, les envies de meurtres, le conditionnement religieux, mais aussi la peur du dehors, d’être dénoncée par méchanceté et de finir pendu ou sur un bûcher, les expériences complètement ahurissantes pour justifier de l’innocence de l’âme, …

Ce roman est aussi très bien documenté sur la vie quotidienne dans les couvents, les travaux effectués, les caractères qui se forgent quand on est obligé de s’en remettre à Dieu pour des raisons qu’on comprend pas toujours. 

Je peux pas cacher que cette histoire m’a mis par moments mal à l’aise, avec dans la tête des phrases telles que « putain c’est pas possible, c’est de la fiction on pouvait pas être aussi cruel » ou bien « et la solidarité féminine là dedans elle est où bordel de merde ? ».

Une fiction donc à laquelle on croit, qui font écho à une certaine actualité (port du voile, passage à l’âge adulte, l’envie de liberté, de créativité, du regard des hommes et de leurs volonté à soumettre n’importe quelle femme).

T’as compris, en toute objectivité je peux que défendre ce bouquin qui doit avoir une place réservée dans les bahuts, à conseiller au petit club de lecture qui donne vie à ta librairie, aux ados déjà remontés contre la société,…

Je sens que je vais me faire un petit truc léger parce que j’en suis encore tout chambouleversé. J’sais pas si t’as lu Purge de Sofia Oksanen une fois dans ta vie, mais quand t’as refermé le bouquin bah ce que t’as ressenti ça doit se rapprocher de comment j’me sens là maintenant.

Merci Sarah, des comme ça t’en fais quand tu veux ! (Pour ceux qui veulent je vous conseille Charly du même auteur, un petit bijoux !)

Pfiou.

See you plus tard

Lou

Dix, Marine Carteron (Le Rouergue Jeunesse, collection DoAdo Noir), par Lou

Krkrkrkr.

LA CRUAUTÉ, règnera sur cette chronique. Délivrée par l’uniiiiiique *DrLDrLDrLDrLDrLDrLDrL* (c’est le bruit des roulements de tambour, mais t’embêtes pas à me féliciter tout le monde sait déjà comment j’imite super bien tout dans la vie jusqu’au bruit des instruments les plus compliqués à imiter)…. MARIIIIIIIIINE – THE KILLER QUEEN – CARTEROOOOOON !!!! 

(salve d’applaudissements comme si t’allais voir la première de Scream en 96 et que y’aurait eu Wes Craven d’invité qui t’aurais fait un clin d’oeil en te pointant du doigt).

MINOU !

Tu vois les araignées comment elles mettent du temps à tisser leurs petites toiles toutes jolies quand l’astre du matin révèle la rosée déposée pendant la nuit et que ô merveilles des merveilles tu t’ébahis tel un nouveau-né devant sa première série netflix ? Bah t’oublies tout de suite !

On est dans le « putain tu vas t’en prendre plein la gueule ». Tisser une toile ? Ok, mais avec toutes sortes de pièges de guedins dignes de toute la saga Saw orchestrée par je sais pas combien de Jigsaw aux commandes ! 

Dix, comme les Dix petits nègres (c’est pas moi qu’a dit c’est le livre qui t’oriente direct), un Agatha Christie avec des ados. Et c’est. DÉ-LEC-TABLE. C’est hyper déstabilisant de s’apercevoir que tu trépignes de salegossitude à l’idée que chacun des dix personnages va avoir une mort horrible et de savoir pourquoi c’est lui qui disparait dans cet ordre là et tout.

Ooooouuuh. Bon attends attends j’ai pas été très clair. Je reprends, on est sur une île et t’as 7 ados + 3 adultes qui se retrouvent dans un manoir pour participer à une téléréalité mixée à un Escape Game littéraire. Sur le papier of course, parce que dans la réalité tu te rends vite compte que tout le monde cache un lourd secret et que s’ils vont pas tarder à servir de nourriture aux crabes c’est bien parce qu’ils méritent tous leur PUTAIN DE NÉMÉSIS (oui j’utilise du grec, mais c’est parce que j’ai vu Snatch au moins 73 fois dans ma vie alors laisse béton).

Voilà. Marine rend un superbe hommage aux contes traditionnels et à la mythologie grecque qui font la morale parce que t’as eu une conduite sale très sale dans ta vie et que t’as été un danger pour autrui et que du coup si tu payes c’est ta faute tu vas pas venir pleurer après on t’avais prévenu. 

Au-delà des conneries que je peux débiter, le roman est intelligent de par son approche des comportements déviants que reproduisent les adolescents entre eux, à force de se faire parasiter par certains comportements adultes, avec une grosse influence de toxicité masculine. Slutshaming, viol, agression physique et/ou verbale, exclusion des groupes dû aux différences physiques, ethniques, …

Brillant. 

Je jalouse les petits malins que je reconnais (enfin une surtout) dans les remerciements qui ont eu ce texte sous forme de feuilletons, mais je remercie la personne de pas m’avoir envoyé ça sous cette forme sous peine de harcèlement quotidien pour avoir chaque feuilleton le plus vite possible.

Marine, Olivier, merci, bravo je sais pas quoi dire, c’est juste une excellente collaboration encore une fois. Je vais ranger Dix à côté d’un certain Plus de morts que de vivants parce que c’est tout à fait sa place. 

DE KRO BISOUS 

(DU SANG DU SANG ENCORE DU SANG JE VEUX DU SANG !)

Lou.