Sauvage, Jamey Bradbury (Gallmeister) par Lou

Oh babe, we definitely gotta talk about ‘dis book. « Le wendigo (pluriel : wendigowak / wendigos1) est une créature surnaturelle, maléfique et anthropophage, issue de la mythologie des Amérindiens algonquiens du Canada, qui s’est étendue dans tout le folklore d’Amérique du Nord.

Cette légende est partagée par plusieurs nations amérindiennes et peut désigner la transformation physique d’un humain après la consommation de viande humaine comme une possession spirituelle. »

(Wikipédia)

Oui je sais t’es surpris que je commence avec un truc copier coller de wikipédia minou mais j’ai pas vraiment le choix. T’as déjà vu ce film Vorace avec Guy Pearce et qui se déroule pendant la guerre de Sécession ? C’est là que j’ai appris c’était quoi un wendigo pour la première fois de ma life toute entière.

Ma montre et mon billet que Jamey Bradbury (qui vit en Alaska comme par hasard) elle s’est inspirée de ce mythe des petits indiens d’Amérique. Et en plus elle le fait royalement trop bien. Genre vraiment.

Déjà t’as à peine retourné le bouquin que tu vois qu’il a été lu et apprécié par John Irving (respect mec respect), et qu’en plus il place Sauvage entre les soeurs Brönte et Stephen King. Tu peux toujours faire le fanfaron à te méfier des coups de pouce donné par des auteurs qui défoncent pour en promouvoir d’autres. Là comme premier roman ça a de la gueule comme promo’.

Sinon l’histoire t’as peut-être envie que je t’en touche deux ou trois mots ?

Bah je vais en dire un peu plus. Parce que sinon tu comprendras rien.

Jamey Bradley fait partie de ces auteures qui te pondent une histoire lue sur un ton monocorde avec un espèce de truc sourd qui gronde entre les lignes. Que t’as l’impression que ça va te péter à la gueule à la fin du bouquin, quasiment 300 pages plus loin. Mais en fait elle se démerde encore mieux que ça. Là où tu pensais quand même avoir un peu de répit et te laisser distraire sur l’ensemble de l’histoire, ce sera juste une série de patate dans ta tronche là comme ça, un peu comme on rajoute du ketchup dans les frites pour que ce soit meilleur.

Sauvage, ça raconte l’histoire de Tracy qui est une ado presque adulte et qui est hyper balèze à la chasse et aussi elle a une autre passion dans la vie c’est faire du traîneau avec ses chiens sur le glace. Tant mieux parce que son père il fait pareil. Y’a un truc relou c’est que sa maman elle est décédée, genre renversée par une voiture. Mais elle vit encore à l’intérieur de Tracy.

Parce que Tracy tu vois si elle est fortiche à la chasse et qu’elle ressent (et quand je dis ressentir c’est ressentir genre jusque dans les émotions et les perceptions tu vois ?), c’est qu’elle a hérité d’un truc de sa mère. Tu verras quoi parce que je peux pas te dire sinon je vais te niquer l’histoire.

Un jour elle se ballade dans la forêt et elle se fait dégommer par un gus alors comme c’est un peu une ouf elle sort son couteau et elle pense l’avoir planté mais elle s’évanouit et quand elle se réveille y’a pu personne.

C’est juste comme ça que s’amorce l’histoire. T’attends pas à avoir des réponses à tout tout le temps comme on fait dans les bouquins qui veulent te rassurer sur la vie ou quoi. Non là y’a plein de trucs qui restent en suspends mais c’est fait avec tellement de génie que.

Que putain moi j’ai qu’une seule envie c’est que Jamey Bradbury tu vois elle soit ma pote et qu’elle me parle de l’Alaska comme tu me parlerais de ta sortie hebdomadaire chez Sephora. J’ai envie que Tracy elle me fasse la formation, qu’elle me dise comment ça marche les trucs de sorcières.

Et en plus moi aussi des fois j’ai l’impression que y’a plein de messages qui passent par le sang. Pas comme Tracy elle fait hein mais tu sais tous les trucs que tes vieux ils te lèguent dans la vie genre leurs tares et leurs bagages émotionnels et psychologiques et tout.

Petit, faut absolument que tu lises Sauvage. Bon oké ça sort le 7 mars mais tu vas le noter dac ? Je vais t’aider à avoir envie de le noter tu vas voir, tu te rappelles de My Absolute Darling de Gabriel Tallent ? Bah Tracy elle pourrait être la cousine de Turtle. Et ça.

Ça <3

Longue vie à Jamey (t’as un prénom tellement cool meuf)

Sioux !

Lou

Traduit par Jacques Mailhos.

Nino dans la nuit, Capucine et Simon Johannin (éditions Allia) par Lou

Y’a des livres petits frères, c’est à dire c’est ceux que t’admire tout en voulant les défendre enfin plutôt les protéger tellement ils sont beaux et que tu te ramasses la gueule dessus avec juste une putain d’envie d’écrire partout sur toutes les feuilles qui te tombent sous la main jusqu’à la feuille de PQ même si c’est la dernière.

C’est plus élaboré que L’Été des charognes, c’est celui qui consacrera je pense. Mais c’est juste parce que Nino et moi on a souvent fait pareil comme le millier de garçons parisiens de 20 piges et que du coup Nino il a son histoire et moi pas encore.

Y’a Laura qu’avait raison et même si elle porte des salopettes bleues et qu’elle ressemble pas du tout à Lale physiquement comme mentalement, j’avais l’impression qu’on me tenait la main au fil des pages l’air de dire « vas y tu peux y aller c’est pratiquement fait pour toi ce texte ».

Simon mon vieux je sais qu’on se connait pas mais laisse moi t’appeler mon vieux c’est une marque de respect chez moi qui veut tout dire mais je crois que désormais tes romans et moi c’est jusqu’à ce que la morve nous sépare.

Pour ceux qui savent pas mais qui voudraient savoir, Nino se laisse bouffer par la nuit avec tout l’aspect métaphorique que ça implique. Enfant de la nuit, fils de la nuit y’a que la nuit qui le fait vibrer vivre ce que tu veux mais tant qu’il fait jour ça le dégomme comme on dégomme les vampires dans l’imaginaire. Et ça t’en es conscient que quand tu l’as vécu et y’a tellement de copains à moi qui l’ont vécu.

De la légion étrangère aux petits boulots de merde pour s’offrir un sursis entre deux plans qui rapportent gros parce qu’ils sont risqués, de la sueur qui se planque dans ton cul quand les flics te repèrent mais que t’es né sous une bonne étoile parce que t’as la bonne couleur de peau et qu’on te fout quand même la paix alors que dans tes neurones c’est déjà comme l’Enfer de Sartre.

Lis moi. Ces putains. de 280 pages.

Un poisson sur la lune – David Vann par Lou

Elle est dingue cette histoire de poisson sur la lune. Ça m’a rappelé quand on était gosses avec Plum et qu’on lui tirait dessus à la lune, pensant éclater tous ses cratères énormes parce qu’on trouvait qu’elle volait trop la vedette aux étoiles, que les étoiles elles crevaient et que elle jamais. Après on buvait du thé et on oubliait.

David Vann là il fait encore pire que d’habitude. Je veux dire si tu le connais un peu à force de le lire tu sais qu’il écrit des putains de tragédies que mêmes les grecs ils doivent pleurer dessus alors que franchement les grecs c’est les rois de la tragédie il paraît. Si tu connais pas trop David Vann, il a écrit un livre qui s’appelle Dernier jour sur terre, où t’apprends que son père il s’est suicidé.

Bah le poisson sur la lune c’est l’histoire romancée de ça. Et tu le sais hein je te spoile pas. Ça veut dire que t’es averti dès le début. Et tu sais quoi ? Ben t’y vas quand même. Pour le peu de lumière dans l’ombre ? pour satisfaire ton vice de petit voyeur et pouvoir en discuter autour d’une table carrée après ? Donner des armes à ton aigreur et croire que y’a que ta version de la vie qu’est lucide ?

Peu importe. David Vann il lâche rien. Je veux dire même quand tu l’attends au tournant il te surprend. À la fin du bouquin tu vois il félicite la traductrice de ses romans en français et soulignant le fait que son texte même s’il est américain en fait il prend toute sa force dans les langues germaniques. Et si t’as l’habitude des trucs allemands genre Werther et Goethe et tout (j’ai pas lu beaucoup hein j’frime pas j’ai juste fait allemand à l’école quand j’étais petit alors j’ai lu des trucs vite yeuf c’est tout), ben tu vois que David Vann il sait sacrément bien faire les mariages entre les tragédies grecques et la poésie allemande.

Ce qui est fou c’est que chaque personnage que rencontre Jim Vann correspond à une étape de la dépression qui est super bien décrite quand t’es en plein dedans. Même quand t’y es pas et que tu connais un peu je veux dire.

Oh et puis cette sensation que t’as quand t’as presque tout lu et que tu te dis « ah mais attends c’est pour ça que dans tel bouquin il dit ça / il parle de ça et bla bla bla bla ». Comme des petits indices qu’il a semé au fil du temps et que t’as presque l’ultime trésor entre tes mains.

Je pense que c’est typiquement le genre de roman qu’on va détester ou surkiffer, mais c’était déjà le cas pour Sukkwan Island pas vrai ? Alors je m’inquiète pas trop.

Pour ma part j’ai eu l’impression que pas un copain mais en tout cas quelqu’un que j’admire me racontait un grand secret, avec un peu du mytho de temps en temps pour que ça soit distrayant parce que se lamenter tout le temps ça fait souvent fuir les gens.

Mais le plus important j’ai trouvé c’est le message que j’ai interprété et qui va à l’encontre de ce plein de gens te balancent dans la vie quand tu vas pas bien. Les dépressifs ont de la volonté et ils font des efforts.

Tu veux en savoir plus ? Bin lis le minou. Moi je suis un peu vidé et tout. Je crois que je vais avoir besoin d’un truc léger après ça bicause on cause quand même de David Vann.

(un grand merci Saï, tant que t’écriras des bouquins comme ça j’aurai toujours un peu l’envie de vendre des histoires pour qu’elles soient lues wesh)

Traduit par Laura Derajinski.

Lou

Moi, Tituba, sorcière…, Maryse Condé (Folio) par Lou

Tu connais Tituba et qui est une sorcière ?

(oui je sais je lis beaucoup de trucs comme ça en ce moment mais je m’en fous c’est la vie t’as qu’à t’en foutre aussi c’est juste des livres après tout)

Bah si tu connais peut-être que tu peux dire avec moi combien c’est une histoire de fous.

Oui, minou une histoire de fou bicause vois-tu Tituba elle a vraiment existé c’était même dans les années 1692 et elle vivait en Afrique et tout tu vois et c’était déjà une esclave là bas et sa mère elle est morte d’une façon méga tragique mais malheureusement commune à l’époque mais ça je te spoile pas parce que Maryse Condé tu sais elle raconte vraiment bien.

Toujours est-il (t’as vu la tournure de mes tournures comment ça fait maintenant ?) que Tituba après elle est recueillie par une dame qui lui apprend des sorts un peu magiques et surnaturels mais seulement pour faire le bien. Après la dame elle meurt et comme la mère de Tituba qui s’appelle Abena dans le livre elle devient une invisible et elle veille sur Tituba. Un peu comme des gris gris vivant qui lui disent «meuf tu vas en baver dans la vie mais tkt on est là pas trop loin mais vraiment tu vas vraiment morfler ». Et Tituba elle a un peu peur mais elle est super vaillante mine de rien.

Parce que tu vois elle a des pouvoirs quand même et à chaque fois qu’on lui fait du mal elle pourrait se venger en leur faisant mille fois pire sur leur vie et les autres générations mais nan elle le fait pas. Parce que c’est une bienfaisante et qu’elle préfère soigner et tout.

Pis après elle va à Salem comme le chat dans Sabrina qui s’appelle comme ça bicause y’a eu le procès des Sorcières pour de vrai dans le monde réel et même que Tituba elle était là mais comme c’était une esclave noire et ben personne en a rien eu à foutre et du coup Maryse Condé elle imagine la vie comment qu’elle a dû être pour elle.

Bah tu vois j’ai trouvé ça hyper intelligent comme texte. Bicause non seulement moi j’y connaissais rien à l’esclavage du 17e siècle déjà en Amérique mais alors en Afrique encore moins. Et même les trucs vaudous et tout qui sont différent entre les deux continents mais que toutes les soeurs se connaissent j’ai l’impression et j’ai trouvé ça réconfortant et beau j’avais juste une envie c’est de mettre les traits de Tituba sur toutes les sorcières d’aujourd’hui que je connais (j’en connais un peu et elles sont vraiment très bien tu sais ?). Et du coup j’étais triste et révolté quand dans l’histoire Tituba et les autres sorcières elles s’en prennent plein leur gueule.

Tu vois c’est un chouette récit. En plus si c’était un film d’aujourd’hui y aurait écrit « CETTE HISTOIRE EST INSPIREE DE »

MON CUL PUTAIN ET TA GUEULE AUSSI.

On s’en fout de cette étiquette sur les films arrêtez de nous prendre pour des yaourts de supermarchés. Après on est persuadé que ce qui se passe dans le film tout est vrai alors que même la peau des visages elle ressemble à celle des magazines de merde et donc c’est pas la putain de vraie vie.

Dans Tituba on s’en branle de la différence entre la vérité et la fiction. C’est juste un super message d’abnégation, de bienveillance et de volonté de croire tout le temps et toujours voir le verre à moitié plein et ça c’est un super message qui fait toujours du bien dans les moments où qu’il fait sombre et tout minou tu trouves pas ?

Moi je trouve.

Je vais au dodo ou commencer une autre histoire ch’sais pas encore quoi tu verras bien t’as qu’à être patient en lisant des livres et en m’en parlant aussi j’aime bien.

Sioux

Lou

Nomadland, Jessica Bruder (éditions Globe)


Bin mon cochon tu sais, quand j’ai lu l’histoire de tous ces petits retraités j’m’attendais pas du tout à ça. D’abord parce que moi je connais que des travellers qui font des petits boulots et enchaînent les saisons pour vivre leur liberté sur la route mais qu’ont genre mon âge et tout.

Bin aux États-Unis, pour fucker la crise comme il se doit y’a plein de soissantenaires et plus (putain j’ai fait exprès d’écrire comme ça commence pas à me reprendre hein) qu’ont décidé de virer la putain de chaîne qui nous met des pressions monstres (quitte à courber l’échine tout sourire même devant les entreprises les plus raclo qu’existent humainement parlant) ; payer son loyer.

En gros tu suis en partie l’aventure de Linda May qui a genre soixante deux ans (là j’ai bien écrit, ça va, tu respire ?) au début de l’aventure et qui a pour projet (mec ch’pensais que les projets ça naissait à 30 piges et que ça s’arrêtait après trop d’échecs dans ta vie quoi, enfin) de construire un géonef.

En fait la dame c’est trop un héros, c’est genre une statistique dans le monde économique tu sais, elle a subi la crise et tout, pu de sous, se retrouver d’une situation confortable à un truc où t’as juste envie de te coller une balle parce que t’appartiens plus à la « société ». Bah elle en a rien à carrer.

La meuf se reprend en main et décide d’habiter dans sa bagnole. Et pour financer son projet elle décide de profiter de gens qui profitent d’elle aussi. Et comme par hasard sur qui on tombe ? Ama-putain-de-zon. Bah ouais ma gueule un vieux ça se plaint pas de son travail, ça bosse lentement mais correctement donc au final c’est super productif pour faire de l’inventaire 10h par jour payé 9$ de l’heure. Alors forcément t’as toute une partie sur les conditions de travail chez Amazon et des entreprises (genre CampWorkers que je connaissais pas) qui recrutent directement des gens en leur proposant une place de camping et pendant ce temps là tu bosses pour eux.

Outre le bordel éthique que ça représente pour moi (fuir le consumérisme pour se retrouver à bosser chez la pire des chiottes possibles), j’ai juste ressenti beaucoup de tendresse et j’crois qu’au fond j’ai commencé à comprendre que y’avait un truc que les anciens peuvent transmettre et qui pousse pas forcément à devenir réac ou raciste ou quoi.

C’est parsemé de petites techniques pour apprendre à vivre en van (enfin plus des anecdotes que des techniques, mais n’empêche y’a des trucs t’aurais jamais su t’en sortir tout seul si on t’avait pas dit).

Les baby-boomers sont-ils la solution à la morosité et à la dépression ambiante ? Bah certains, comme la petite bande de Linda May et de leur mise en valeur par la journaliste Jessica Bruder le sont, oui.

C’est une putain d’ode à la vie, basée sur les envies de liberté, se libérer des pressions sociales, de confort (j’sais de quoi je parle je suis le premier à me jeter sur tout ce qu’attraie au confort et à la facilité) sans pour autant tomber dans le truc New Age gourou de merde. Ah et l’envie d’aller chier sur le paillasson du premier mec (ce sera forcément un mec, on est élevé pour ça) qui te dira que si tu veux t’adapter faudra fermer ta gueule et travailler pour « gagner » ta vie).

J’accueille ce livre avec une putain de place dans ma bibli, j’sais pas ce que toi tu feras mais je sais déjà que j’ai pas mal de travellers dans mes contacts que ça va titiller. Pour le reste putain ouvrez le n’importe où lisez trois pages et vous allez voir que votre coeur vacille entre une envie de dégueuler sur ces putains de cols blancs ou d’embrasser la première personne aux cheveux gris que vous allez croiser la prochaine fois que vous ferez du camping.

J’me taille (et même si j’ai pas les couilles de la prendre ma liberté, t’inquiète que ça a laissé une empreinte bien visible dans la case « socialement inadapté »).

(et prenez des bouquins de chez Éditions Globe, c’est que des trucs de journalistes et bordel, bordel).

Traduit par Nathalie Péronny.

Lou.

Aujourd’hui, une journée passée hors du temps en compagnie de Linda May durant les trois ans qu’il aura fallu à l’auteure pour venir à bout de ses investigations, une journée de lecture accrochée aux pages de ce livre qui m’a tant appris.
Jessica Bruder s’est immergée pendant des mois dans le mode de vie des travailleurs nomades aux Etats-Unis, recueillant leurs histoires, leurs visions d’avenir, nous aidant à comprendre au fil des pages pourquoi tant de seniors se retrouvent sur les routes, presque démunis après une longue vie de labeur.
Loin du mirage du Rêve américain, on traverse le territoire en tous sens, faisant l’expérience de petits boulots qui se rapprochent plus de l’esclavage que de jobs adaptés à des personnes qui ont, pour la plupart, dépassé les 65 ans. Les Amazombies sont légion, les conditions de travail dans les entrepôts étant de loin les plus difficiles à endurer.
Pour bon nombre de ces nomades, peu d’envie ou peu d’espoir de retourner à une vie sédentaire et malgré tout l’impression d’avoir trouvé une famille sur laquelle ils peuvent compter dans cette société devenant de plus en plus individualiste.
Un très beau portrait de personnes en marge mais qui ne lâchent rien. Un instantané essentiel pour nous lecteurs, un modèle à éviter à tout prix.
Aurélie.

Hillbilly Élégie, J.D. Vance (Globe éditions) par Lou

Sans faire dans le misérabilisme, J.D. Vance parle de l’univers dans lequel il a évolué, des chances qu’il a eu de pouvoir se sortir de sa condition.

On parle quand même d’un mec qui a des valeurs conservatrices. Et pourtant. Pourtant j’ai ressenti une putain d’empathie. Parce que je suis aussi issue d’une famille blanche faisant partie de la classe ouvrière ? Peut-être, même si à bien des égards je me sens encore privilégié par rapport aux faits relatés ici.

Hillbilly élégie n’est pas la putain de pépite littéraire de la rentrée. Mais ça refout un gros boost de savoir qu’il y a un ennemi commun à tout ça. Que toutes les luttes de minorités (et les hillbillies en font partie, même si la plupart d’entre eux sont blancs, chrétiens, racistes, homophobes, …) commencent par la lutte des classes et malgré les idées conservatrices de Vance, je crois qu’il a saisi l’essentiel de ce que je ressentais (bon et la conversation que j’ai eu à propos du bouquin hier soir a clarifié certains points qui restaient encore sombres, mais tu t’en doutes minou tout ceci est une autre histoire).

Si tu veux savoir ce que sont devenus les petits enfants des gens qu’ont jamais cessé de douiller depuis la Grande Dépression, ceux qu’on a toujours cherché à écarter de la classe moyenne parce qu’ils faisaient tâches dans les données sociologiques et qu’il est plus facile de s’en prendre au manque d’éducation ou au manque de culture d’une classe défavorisée que de faire en sorte de les encourager, alors lis Hillbilly élégie.

Lis-le, offre-le. Propage-le.

Foi de moi. Vance n’a pas cherché à faire un putain d’hommage parce qu’il parle de sa famille, de ses amis ou quoi. Il a tenté de mettre en lumière (en y arrivant parfois, juré) des personnes bien trop souvent pointées du doigt et sur qui on rejette bien trop souvent la plupart des conneries dont les seuls responsables sont les gouvernements.

Run for it, un des meilleurs bouquins que j’ai lu de cette rentrée ! (ça sort le 6 septembre minou, t’as pu longtemps à patienter)

Dammit’ ! That’s it !

Lou

Sorcières, Mona Chollet (Zones) par Lou

Bon en tant que garçon ayant été élevé comme un garçon dans un monde de garçon je me sens pas trop légitime de parler de Sorcières ni de dire ce que j’en ai pensé. Parce que je pense que malgré toute la bonne volonté que je veux y mettre je ferai encore plein de bourdes.

J’dis pas ça pour que tu sois clément.e. envers moi si jamais tu lis tout ça parce que ça, j’en ai un peu rien à branler mais je tiens pas à m’approprier quelque chose qui n’a pas été écrit pour moi à la base.



Bon en fait je vais juste dire que putain. Mona Chollet elle déchire. Je veux dire tu vois elle fait un récapitulatif sur ce que c’est une sorcière et donc elle parle de la chasse aux sorcières et moi j’avais lu Michelet déjà mais c’était un point de vue d’un garçon tu vois ? Et après elle enchaine sur le corps des femmes et son vieillissement, sur la symbolique Femme/Nature, sur les violences obstétriques et tout. Ce que j’aime beaucoup chez cette dame c’est qu’elle valse de manière hyper habile entre les termes un peu compliqués en les illutrant avec des exemples plus accessibles liés à la pop culture ou juste à l’actualité si t’es un peu curieux de ce qui se passe des fois dans la vie (si si des fois je lis des articles un peu partout).

Et je viens de retrouver ce que je voulais écrire et que j’avais oublié. Comme je l’ai dit plus haut je cherche pas à m’approprier quoique ce soit ni à faire un concours de bite de qui se fait agresser le plus dans la vie de tous les jours à cause de son sexe, ou de sa sexualité (bicause je connais la réponse je crois). Mais tu vois toutes les situations violentes qu’elles soient morales ou physiques, vécues par les femmes et ben je me dis que putain si y’a une poignées de mecs qui pouvaient se sortir les doigts du cul et réfléchir deux secondes à tout ça, on commencerait aussi à un peu lever le tabou sur la compétitivité masculine, l’exclusion sociale et les comportements de groupes de merde typiquement masculins.

Alors que t’aies une nénette ou un zizi tu vois franchement lis le le livre. Juré quand t’es un garçon t’as pas envie de geindre parce que t’es plus malheureux que tout le monde et quand t’es une fille t’as pas envie de faire la guerre aux autres filles si t’es pas d’accord avec tous les courants féministes qui existent.

En plus tu vois Mona Chollet elle parle pas que des femmes blanches et hétérosexuelles ce qui est bien je trouve parce que du coup c’est pas un livre exclusivement fait pour les femmes blanches intellectuelles et hétérosexuelles.

(pis si t’es vraiment vraiment intéressé.e bah tu peux lire Beauté fatale et Chez soi qu’elle a publié aussi, je les ai lus et parole que t’as l’impression de grandir sans devenir trop débile).

Bisou
Lou

Liens de sang, Octavia Butler (Dapper Littérature)

Ayé j’ai terminé Liens de Sang de Octavia Butler, elle l’a publié en 1979 et je trouve que le livre a pas du tout vieilli si tu veux tout savoir.

J’ai pas vraiment les mots adéquats alors plutôt que d’être maladroit je vais pas faire trop le mariole et je vais juste te raconter l’histoire et aussi que j’ai vraiment mais vraiment vraiment beaucoup aimé.
Y’a Dana et Kevin tu vois c’est un couple mixte (elle est afro-américaine et lui c’est juste dit qu’il est blanc) et ils vivent en Californie à la fin des années 70 et à un moment y’a Dana qui jump dans le passé sans qu’on sache vraiment pourquoi mais elle est balancée à l’époque de l’esclavagisme et des plantations dans le Sud des États-Unis tu vois ?

En fait pas longtemps après tu percutes qu’elle « est envoyée » dans le passé à chaque fois qu’un de ses ancêtres est en danger de mort. Et elle aussi elle revient dans son époque à chaque fois que sa vie est menacée dans le passé.

Et tu vois aussi à un moment y’a Kevin qui se jette sur elle au moment où elle est happée dans le passé et du coup il part avec elle. Comme ça même lui en tant que blanc de l’époque contemporaine il se rend compte de tout ce qu’on a pu faire comme merdes et tout. Et ça va même mettre leur couple à rudes épreuves et tout. Mais quand même c’est un roman ils s’aiment et ils aiment aussi leurs défauts parce que ça les aide à survivre ensemble.

Et Octavia Butler elle a des phrases qui marquent bien la tête si tu veux tout savoir.

Anyways, c’est un livre à lire pour sa richesse historique, sa justesse d’esprit (tant sur la condition des esclaves mais aussi de la condition des femmes esclaves et des femmes d’aujourd’hui – même si ça se passe à la fin des 70’s).

Les réflexions menées sont habiles (« qui t’es pour me juger sur mon époque avec tes concepts du futur ? ») et les clivages entre les différents personnages gavé constructifs.

Voilà moi je connaissais pas Octavia Butler et j’avais jamais rien lu d’elle mais je pense que si je trouve d’autres bouquins y’a grave moyen que je m’en grignote un par envie subite.

Mouip mouip
Lou.
Traduit par Nadine Gassié.

Johnny Cash – I walk the line, Silvain Vanot (Le Mot et le Reste) par Lou

Eh minou tu sais j’me suis dit que comme première publication chez les Unwalkers fallait que j’tape assez fort, du coup j’ai réfléchi à une histoire, ou à un dude qui voulait marcher dans son sens à lui, pas faire comme tout le monde même si des fois faut faire avec. 

Ça tombe putain de bien vu que Silvain Vanot (à qui on doit un bouquin sur Dylan dispo en Librio) a sorti un truc sur Johnny Cash, qui est genre un de mes héros préférés et un modèle de citoyenneté dans la vie (ça veut dire quelqu’un qui arrive à foutre le bordel et se faire aimer des gens même si à la base c’est un sale gosse  qu’était pas destiné à ça tu vois ?)

I walk the line, en référence à la chanson la plus connue du chanteur, est aussi efficace que le répertoire de Cash ; chapitres lus en 3 minutes tout en révélant des secrets qui te permettent de mieux comprendre l’Homme en noir, c’est simple, professionnel et orienté, en gros un bon mélange de perfection. 

Tu peux pas t’empêcher de penser au film de James Mangold (Walk the Line, y’a pas le I c’est important) et tant mieux parce que Vanot y fait référence, t’hallucines aussi de voir avec quelle simplicité il te décompose ce tube, l’analyse et te dit tout ça avec des mots simples, comprenant que la musicologie tu savais même pas que ça pouvait exister ni comment ça pouvait être intéressant dans la vie.

Pas de secrets croustillants dignes d’un torche cul acheté chez le marchand de journaux, mais de véritables anecdotes sur ce qui a constitué la légende Cash ; son amitié avec Dylan, les enregistrements de ses tubes en langues étrangères (allemand/espagnol), son concert à la prison de Folsom et les réactions du personnel du pénitencier quant au fait qu’il se foutait bien de leur gueule, appuyé par des prisonniers chauds bouillants, …

Pas besoin d’être fan ou incollable sur l’artiste, ça se lit tout seul et on en ressort avec l’envie de choper une gratte, d’y glisser un billet pour changer le son de l’instrument et de lâcher des « hmmmmmm » avant chaque couplet.

Un putain de régal, autant t’dire que t’as vite fait de réviser ta lettre au Père Noël, préférant piocher dans la biographie sélective, la discographie sélective et la filmographie sélective de Johnny pour égayer tes étrennes.

Allez Santa fais nous plaisir putain !

Gimme some mother fuckin kisses !

Lou