RIP, Gaet’s et Julien Monier (Petit à Petit) par Perrine

RIP RIPDerrick, je ne survivrai pas à la mortTome 1 : Derrick, je ne survivrai pas à la mort

RIP raconte le quotidien d’une bande de pauvres gars qui ont un métier des plus… réjouissant ! Leur job ? Débarrasser les logements des morts, mais pas n’importe lesquels, ceux qui n’ont plus de famille, ceux dont tout le monde se fout, ceux qu’on retrouve donc au bout de plusieurs semaines quand l’odeur devient insoutenable pour les voisins. Âmes sensibles donc s’abstenir !

Leur boîte revend aux enchères tout ce qui a de la valeur et eux peuvent garder ce dont les autres ne veulent pas, des conserves périmées aux paquets de PQ. Job de merde donc et la tentation est grande quand on voit passer des liasses ou des bijoux. Trop grande, lorsqu’ils sont appelés pour une vieille qui s’occupait seule de son fils handicapé, qui l’âge aidant, a passé l’arme à gauche, rejointe peu après par son fils, incapable de s’occuper de lui ou de prévenir qui que ce soit (vous noterez au passage le charme de notre société où ce genre de choses peut arriver…).

Résultat de recherche d'images pour "RIP BD Gaet's"C’est noir, c’est glauque et ça en dit long sur la nature humaine. J’ai beaucoup aimé le dessin, la qualité des personnages et l’originalité de l’ensemble. Bref, vivement la suite !

PS : Petit à petit est une maison d’édition normande avec une bien belle production que je vous recommande ! (chauvinisme quand tu nous tient !)

Perrine.

1, 2, 3 petits écarts avec Marin Ledun, Pascal Dessaint et Patrick Pécherot

Si j’affirme souvent que réussir un roman court est pour moi une preuve de talent, il faut également avouer que je suis souvent frustrée par la nouvelle ou novella. La qualité est pourtant indéniablement là comme ce fut le cas avec Cat 215 d’Antonin Varenne ou Albuquerque de Dominique Forma dans la très belle collection de La Manufacture de Livres, mais le format me laisse sur ma faim, j’en aimerais toujours un peu plus. Cependant, quand les Editions du Petit Ecart ont publié en lancement Marin Ledun, Patrick Pécherot et Pascal Dessaint, je n’ai pas pu résister et j’ai commandé les trois. J’ai bien fait, car ce n’était absolument pas ce à quoi je m’attendais.

Résultat de recherche d'images pour "mon ennemi intérieur ledun"Mon ennemi intérieur, Marin Ledun 

A mi chemin entre l’essai et l’autobiographie, ce texte est le fruit de la réflexion d’un auteur que j’apprécie tout particulièrement (je ne peux pas vous remettre le lien vers mes chroniques perdues depuis la migration mais lisez entre autres Salut à toi ô mon frère ou Les visages écrasés !). 

Mon ennemi intérieur est passionnant pour qui lit du roman noir et il l’est d’autant plus pour qui travaille dans le milieu. J’ai même pris note de certaines citations pour de futurs discours et interviews ! Marin Ledun a su analyser finement le roman noir, il a mis des mots sur ce que je ressens à sa lecture et pourquoi ce genre me touche. Après ce moment de réflexion sur ce dans quoi je baigne finalement depuis plus de 4 ans, j’ai juste envie de dire merci à ceux qui ont accompagné ma plongée dans le noir, m’amenant à découvrir des auteurs fabuleux comme entre autres Marin Ledun, Pascal Dessaint, Patrick Pécherot, Colin Niel ou Nicolas Mathieu (et ce bien avant le Goncourt). Qu’ils soient libraires (à commencer par Pierre d’Eureka Street), journalistes ou blogueurs (Caroline de Fondu au Noir et bien sûr mes comparses d’Unwalkers pour ne citer qu’eux).

« Le monde va mal, parlons en ensemble » nous dit Marin Ledun, les amateurs de roman noir sont en effet riches d’échanges, de discussions et de partages (de doutes, d’angoisses et d’apéro).

Résultat de recherche d'images pour "pascal dessaint la trace du héron"La trace du héron, Pascal Dessaint

Avec beaucoup de poésie, Pascal Dessaint nous emmène au cœur de son amour pour la nature. Au détour de magnifiques descriptions, nous en apprendrons plus sur l’auteur lui même, suivant le fil de ses souvenirs, sur ses livres et sur ses personnages.

Très intéressant pour qui connaît l’homme et son oeuvre c’est aussi une parenthèse de beauté et de douceur, de nostalgie du temps qui passe peut-être aussi, un moment des plus agréables !

Résultat de recherche d'images pour "patrick pecherot lettre à b"Lettre à B. Patrick Pécherot

Hommage à Prévert, à la chanson, à la Bretagne, au Cinéma aussi, Patrick Pécherot prend le prétexte de Barbara pour nous parler avec délicatesse de foule de sujets à la fois. Au milieu de ces références culturelles, on retrouve forcément la guerre, les bombardements sur cette chère ville de Brest et cette question « Qu’a fait de nous la guerre », sujet phare de l’auteur.

Le style Pécherot m’émeut toujours autant, et ces quelques pages n’ont fait que renforcer l’idée que je me faisais de l’auteur, que j’ai d’autant plus hâte de rencontrer au prochain Bloody Fleury !

3 tout petits livres donc, à lire si vous aimez les auteurs, si vous avez envie de découvrir leurs styles, si vous avez besoin d’un petit écart entre vos lectures. Ils m’ont fait du bien je dois l’avouer et à l’approche des fêtes je vous conseille vivement de les offrir aux amoureux du roman noir, de la nature et pourquoi pas de Prévert, en plus ils sont visuellement très réussis je trouve.

Sur le site des éditions du Petit Écart  on peut lire qu’elles sont nées d’envies. « Un Petit Écart, c’est quoi ? C’est une proposition insolite faite à un auteur qui l’entraîne hors de ses sentiers littéraires habituels. Une possibilité de livrer un texte différent, un texte forcément court, peut-être intime, peut-être politique, peut-être poétique … »

« Pour les lecteurs, un Petit Écart c’est la possibilité de partager une aventure avec un auteur apprécié en acquérant  un livre « à part », élégant, à la fabrication soignée, diffusé dans un nombre d’exemplaires limité. » 

Pour ma part c’est un contrat pleinement rempli et une collection qui tient toutes ses promesses, j’ai hâte d’en découvrir la suite ! 

L’éternité n’est pas pour nous, Patrick Delperdange, Les Arènes, Equinox, par Perrine

Résultat de recherche d'images pour "l'éternité n'est pas pour nous"Assise sur une chaise en plastique, au bord de la chaussée, Lila attend le client. Quand Julien, le fils de bonne famille, débarque avec ses amis, elle comprend que les choses vont mal tourner. Sam et Danny traversent la campagne à la recherche d’un refuge. Ils ont quitté le foyer qui hébergeait Danny, après ce que ce dernier a fait au gars qui l’importunait. Sans doute ce pays est-il maudit. Une odeur âcre monte des champs abandonnés. Des bêtes sortent des bois, guettant leurs proies. Les enfants renient leurs parents. Ces pauvres âmes, c’est nous. Des chiens errants en quête d’éternité, pleins de lâcheté et de courage.

L’éternité n’est pas pour nous tient dans le magnifique portrait de ses personnages, rebus de l’humanité, ces invisibles que nous évitons, devant qui nous baissons les yeux, entre pitié et honte. Danny, Sam, Lila et Cassandre, déjà si malchanceux de par leurs situations misérables, vont apprendre que les choses peuvent être pires, sans pour autant qu’on l’ait mérité.

Comment lutter lorsque l’on se retrouve face à des gens puissants de normalité, suffisants de bonne réputation et néanmoins sans le moindre état d’âme ? Comment ne pas trembler avec Lila à la recherche de sa fille, prostituée certes, mais qui garde un respect d’elle même et considère (à raison) que sa profession ne donne pas tous les droits sur elle ? Comment ne pas être ému par Danny, un peu simplet, sûrement malade, mais tellement attachant et Sam qui veille tant bien que mal sur lui ?

Face à eux les puissants et les bien pensants, pétris de « bonnes » intentions voire dévots, bien installés dans ce coin de campagne où tout le monde se connaît et qui pour se protéger envisagent une « chasse aux nuisibles ». Et qui d’autre que les marginaux pourrait être nuisible ?

Que dire enfin du flic qui se réjouit de tomber sur des crimes, non pas pour la satisfaction d’arrêter de dangereux psychopathes mais pour l’opportunité d’avancement qu’ils annoncent ?

Dans ce roman court il y a du tragique pour sûr, au sens théâtral et mythologique du terme (avec une Cassandre est-ce surprenant ?) C’est un texte très beau, très fort, mais j’émets néanmoins quelques réserves sur la chute, dont je ne vous parlerai évidemment pas. A vous de me dire car c’est sans nul doute un roman à lire ! 

Hével, Patrick Pécherot (Série Noire)

Résultat de recherche d'images pour "hével"Je l’ai toujours dit et défendu, un bon roman est un roman bien écrit. Vous pouvez avoir la meilleure intrigue du monde, le twist parfait ou un grand sens de l’humour, pour faire un grand roman, il faut savoir manier les mots. Et Patrick Pécherot, il sait.

Attention je ne parle pas d’utiliser des mots savants ou de manier le dictionnaire des synonymes histoire de coller un terme plus original que celui qui nous vient naturellement. Non le style Pécherot est d’une simplicité déconcertante, mise au service de personnages de la classe populaire sans grande éducation. On ne s’y penche pas forcément, il coule au fil des pages nous enveloppant dans l’ambiance froide et rude de transports de marchandises dans un camion délabré. Mais si on y prête attention, chaque mot est fabuleusement bien choisi et chaque phrase touche au but.

1958 donc, Gus et André parcourent le Jura alors que la guerre d’Algérie traumatise encore. A chacune de leurs étapes, ils sentent la tension, le rejet de ces arabes qui n’ont rien à faire là et qu’on accuse de tous les maux (il faut bien un coupable n’est-ce pas ?).

Magnifiquement construit, entre confession et instantané d’une période dont on parle assez peu, Hével m’a émue, chacun de ses personnages m’a touchée, et j’avais presque envie de le relire à nouveau à peine refermé.

Un très beau roman donc, pour un grand auteur, dont le style à lui seul mérite le détour. Merci à mon cher libraire Pierre de m’avoir une fois de plus mis un incontournable dans les mains. 

Sur le ciel effondré, Colin Niel (Rouergue noir) par Perrine

Résultat de recherche d'images pour "Sur le ciel effondré"Quel bonheur de retrouver notre capitaine Anato, que j’avais beaucoup aimé dans Obia. Traumatisé par la recherche infructueuse de ses origines, il a fini par abandonner sa quête et lutte contre des douleurs physiques inexpliquées. Il explore à son tour les remèdes mystiques, en faisant appel à différents obiaman.

Nous replongeons donc dans cette Guyane que Colin Niel m’avait amenée à découvrir, cette fois en s’intéressant plus particulièrement aux exploitations aurifères, à leur impact environnemental bien sûr, mais aussi sociétal. Dans cette région française (ne l’oublions pas), les différentes ethnies cohabitent plus qu’elles ne vivent ensemble, alimentant un racisme ordinaire, une incompréhension, une indifférence ou une peur de l’autre. L’abandon politique est omniprésent, la population n’a pas de sentiment d’appartenance à la France et ce ne sont ni la pauvreté, ni le manque de moyens ou de perspectives d’avenir qui risquent d’améliorer la situation. Dans ce contexte, de très nombreux jeunes se suicident, notamment parmi les Wayanas.

Comme dans sa trilogie Guyanaise, Colin Niel nous transmet merveilleusement bien son amour de la Guyane, mais un amour lucide. Ce n’est clairement pas un décor de carte postale malgré des paysages sublimes magnifiquement retranscrits, mais l’auteur nous propose un constat clair de l’énorme gâchis que représente la situation. Il milite pour sa réhabilitation et pour que les pouvoirs publics s’intéressent enfin au problème et y proposent des solutions.

Cependant, c’est avec un immense respect que Colin Niel traduit les différences entre les ethnies, avec dans cet opus une grande importance accordée aux traditions et aux religions ancestrales. Il nous emmène à travers des conflits de générations, la difficulté des parents de ne pas faire les bons choix et celle des enfants de trouver leur place dans ce territoire.

L’identité est une nouvelle fois au cœur du roman, avec l’idée que de connaitre son histoire, celle de son peuple, et de se l’approprier permettra à chacun des personnages de se construire un avenir. D’ailleurs parlons en de ces personnages… tous si profonds, si brisés, si humains ! Colin Niel est un orfèvre qui les cisèle avec une précision qui les rend extrêmement touchants. Je lui en veux d’ailleurs encore beaucoup de leur faire autant de mal ! Chacun lutte avec ses démons, chacun est finalement très seul, et vous donne envie de les prendre dans vos bras en leur promettant que tout va s’arranger.

Résultat de recherche d'images pour "la série guyanaise colin niel"Sur le ciel effondré est donc un roman qui vous transporte, qui vous éclaire, qui vous émeut, qui nous pousse à réfléchir sur l’évolution des peuples et des territoires et de soi même, qui vous fait voyager, qui est magnifiquement bien écrit. Donc un roman qu’il faut acheter vous l’aurez compris (et prenez en bonus l’intégrale de la trilogie guyanaise si vous ne les avez pas encore !)