Roissy, Tiffany Tavernier (Sabine Wespieser) par Aurélie

RoissyJ’ai toujours aimé les aéroports, toujours eu l’impression d’y être comme dans une bulle, hors du temps. J’avais gardé ce roman précieusement de côté pour le commencer en attendant un vol.

L’héroïne de ce livre ne se souvient de rien. Voilà 8 mois qu’elle « vit » à Roissy, faisant tout pour passer inaperçue,  s’inventant des vies, se liant parfois à d’autres sdf même si elle se sent différente d’eux. L’aéroport est pour elle un refuge dans lequel elle flotte, loin d’un passé qui essaye de remonter à la surface, loin des existences des gens « normaux », loin d’une vie qu’elle devrait affronter.

Une rencontre va tout changer, va l’empêcher de se fondre dans le néant.

Mémoire, traumatisme, marginalité, deuil, rédemption, amour, autant de thèmes traités avec délicatesse et justesse dans ce roman singulier et extrêmement fort.

À découvrir sans faute parmi les plus belles pépites de la rentrée littéraire.

Aurélie.

Trois fois la fin du monde, Sophie Divry (Notabilia) par Aurélie

Trois fois la fin du mondeJoseph, 22 ans, entre en prison pour la 1re fois suite à un braquage durant lequel son frère est décédé. Rien n’aurait pu le préparer à ce qu’il allait y subir. Son plus grand rêve : la solitude, retrouver ne serait-ce qu’une miette d’intimité. Il va être exaucé au-delà de ses souhaits…

Je m’arrête là et vous conseillerais de faire comme moi : ne lisez pas la 4e de couv’, ne vous laissez pas dévoiler la suite. J’aimerais alors voir vos yeux s’écarquiller quand vous découvrirez la deuxième partie du roman.

Sophie Divry nous donne accès à une nouvelle facette de son génie littéraire. Comme pour chacun de ses livres, elle nous entraîne dans un univers complètement nouveau et nous surprend encore et encore.

Elle fait partie des rares auteurs qui ne m’ont JAMAIS déçue. A chaque fois je retrouve avec un immense plaisir son sens unique de la poésie, sa plume qui sait se renouveler tout en gardant ce quelle possédait déjà de si particulier, son imagination qui crée une bulle ouatée autour de ses lecteurs tout en les faisant réfléchir aux choses essentielles de l’existence.

J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany (Actes Sud) par Aurélie

J'ai couru vers le NilLa révolution égyptienne. Avec sa plume pleine de verve dont j’attendais le retour depuis le fabuleux  Automobile Club d’Égypte, Alaa El Aswany nous captive en nous permettant d’approcher le cœur des événements qui ont ébranlé son pays en 2011.

Dans ce roman choral, ce sont les voix de tous les Égyptiens qui retentissent, ceux qui croient à la révolution, ceux qui se découvrent en elle, ceux qui pensent tout perdre, ceux qui suivent, ceux qui sont lâches, ceux qui ont peur du changement, ceux qui sont prêts à mourir pour lui, ceux qui subissent, ceux qui s’aiment au milieu du tumulte.

On retrouve également le don de l’auteur pour dépeindre la société égyptienne, pour mettre en avant toujours avec une pointe d’humour ou d’ironie ses travers et les défauts, petits ou grands, de ce peuple qui cache souvent son hypocrisie derrière de belles formules et n’a pas l’habitude de remettre en cause le pouvoir en place.

Et la Femme dans tout ça ? L’auteur nous ouvre les yeux sur la place bien particulière qu’on lui assigne ou qu’elle pense pouvoir se choisir.

À vous de vous perdre dans les contradictions de « la république du comme si », dans les méandres d’un système où la violence règne en maître.

Encore interdit de publication en Égypte, J’ai couru vers le Nil est paru en France le 5 septembre dans la traduction de l’arabe (Égypte) de Gilles Gauthier.

La somme de nos folies, Shih-Li Kow (Zulma) par Aurélie

La somme de nos foliesPalme du plus grand dépaysement de la rentrée pour ce roman que Zulma est allé dénicher en Malaisie !

La petite ville de Lubok Sayong vous réserve bien des surprises. En retrait de la capitale et d’une normalisation un peu triste, ses habitants plein de fantaisie illuminent de leur vécu singulier une communauté ouverte au multiculturalisme, à l’entraide et au fabuleux.

Vous vous attacherez particulièrement à Mary Anne, jeune orpheline recueillie par Mami Beevi, figure incontournable de la région mais aussi à Auyong, personnage discret qui entoure de bienveillance ceux qui comptent pour lui.

Dans cette petite société en pleine mutation qui ne renie pourtant pas ses coutumes et des liens sociaux très forts, la plume de Shih-Li Kow nous démontre  avec douceur et humour que le mal peut facilement être mis à genou. Parfait pour l’optimiste invétérée que je suis !

Traduction de l’anglais (Malaisie) par Frédéric Grellier.

Isidore et les autres, Camille Bordas (Inculte-Derniere Marge) par Aurélie

Isidore est le 6e enfant d’une fratrie un peu spéciale : les cinq 1ers ont tous sauté au moins trois classes et sont autant à l’aise le nez dans les livres que démunis quand il s’agit d’interagir avec le commun des mortels.

À travers deux années complètement dingues, le lecteur suit l’évolution de ce jeune garçon aux portes de l’adolescence, un vrai gentil qui détonne aussi bien au collège que dans sa famille et dont l’altruisme va s’avérer un ciment particulier au milieu de la tourmente.

Terriblement drôle et intelligent, ce roman est à dévorer sans aucune retenue de 16 à 111 ans. 

Aurélie.