Entretien avec Marin Ledun par Le Corbac

Salut à Toi ô Marin Ledun… La Vie en Rose est ton dernier roman et comme le précédent publié chez Série Noire. La question me vient spontanément : Crooooâ tu possible de nous expliquer ce que tu fais chez La série Noire? Quel est la « place » de ces deux romans dans cette Série?

Ne vaudrait-il pas mieux poser la question à Stéfanie Delestré, la directrice de la Série Noire ? Après tout, c’est elle qui définit les contours et le contenu de la collection. Ce que je peux dire, c’est que ces deux romans l’ont emballée et elle a pensé qu’il y avait matière à faire lire le public de la Série Noire, à le secouer, voire à l’élargir. Pour ma part, je m’y sens très à l’aise. Je reste convaincu qu’un roman, c’est une histoire, des personnages pour l’incarner et un style, une écriture, un angle, un point de vue, si tu préfères. Partant de là, mon métier consiste à trouver le bon angle pour raconter mes histoires et mettre en scène mes personnages. Dans Salut à toi… et La vie en rose, le bon angle, c’est la comédie grinçante. C’est ce que je crois. Ce qui ne signifie pas que ce sera le cas pour les prochains.

Ce n’est pas ta première publication, aussi bien en jeunesse que pour adulte. J’ai lu En Douce et Ils ont voulu nous civiliser et bien évidemment les deux aventures de Rose. Croooâ tu possible de nous expliquer comment tu fais pour jongler ainsi entre différents « genres » et surtout style: un huis clos, une tragédie en course poursuite et deux romans aux tons vaudevillesque, rappelant les écritures d’un Pennac, les textes de la scène punk des années 80; le tout en respectant à chaque le vocabulaire, le rythme et la structure de ses « styles »?

Je n’ai absolument pas le sentiment de « jongler ». Je n’écris que ce que je sais ou peux écrire. Encore une fois, ce sont mes personnages et mes histoires qui déterminent l’angle d’approche de mes livres. Je continue de penser en termes de critique sociale et de ne voir que le fil rouge autour duquel s’articulent tous mes romans. Ce serait triste s’il n’existait qu’une seule façon de faire du roman noir pour chaque auteur. Le marché du livre nous met déjà suffisamment dans des cases, ne nous laissons pas berner. Manchette disait que le polar n’était pas un genre – et qu’il fallait se méfier des genres ! Ecrire est une façon de résister, avec les armes subversives que cette activité nous permet : la colère, la rage, le noir, mais aussi l’amour, la solidarité et le rire.

Dans chaque livre que tu écris, on retrouve cette verve « contestataire », ces opinions « révoltées » sur la Société dans laquelle nous vivons, cette « hargne » de tes personnages face à l’Injustice. Croooâ tu possible que cela ait un lien avec tes propres opinions et idéaux? Croooâ tu possible que outre un excellent divertissement, le roman puisse servir de transmetteur de message, d’outil de réflexion et peut-être faire changer certaines choses ?

Le roman noir est un outil politique, comme toute forme d’expression culturelle. Parce que nous y sommes libre. D’écrire ce que nous voulons. De lire ce que nous voulons, y compris entre les lignes. Pour ma part, je me vois comme un raconteur d’histoires contemporaines, et ce n’est déjà pas si mal. Mon boulot consiste à m’assurer que tu me liras jusqu’au bout et que tu aimeras ce que je te raconte, que cela te file la nausée ou te fasse marrer. La part politique contestataire ou engagée que tu perçois dans mes romans est moins celle de mes personnages que la tienne, ami lecteur, qui projettes tes propres révoltes.