J’ai vendu mon âme en bitcoins, Jake Adelstein (éditions Marchialy), par Roxane

Jake Adelstein, au cas où vous n’auriez pas déjà lu Tokyo Vice et Le dernier des Yakuzas, est un peu le genre d’homme à abattre pour tous groupes mafieux ou autres grands escrocs. Journaliste américain vivant au Japon depuis plus de 25 ans, il est le premier journaliste étranger à avoir écrit pour l’éminent (et très conservateur) Yomiuri Simbun, le quotidien (japonais) le plus lu au monde. Un travail d’intégration de longue haleine tant il est complexe d’être réellement accepté au sein de la société japonaise. Après 12 ans de bons et loyaux services, Jake Adelstein commence à s’intéresser de près aux affaires de crimes organisés et à la grande institution mafieuse locale : les Yakuzas. Très rapidement, il réalisera que derrière le blanchiment d’argent, se cache un trafic bien plus sordide, celui d’êtres humains. Voilà qui l’amènera à plonger dans les bas fonds de Tokyo et à rédiger les deux ouvrages mentionnés plus haut, que je vous recommande bien évidemment, fortement. Depuis, j’attendais avec impatience une nouvelle enquête de ce cher Jake et je me suis sincèrement demandée comment il pourrait faire aussi fort que d’avoir tenu tête au patron du Yamaguchi-Gumi, soit la plus grande famille de Yakuzas.

Pari tenu avec « J’ai vendu mon âme en bitcoins » ou le plus grand casse cybernétique du siècle. Avant de vous en parler, petit focus sur le bitcoin, kézako ? Il s’agit d’une crypto-monnaie, une monnaie virtuelle programmée afin de proposer une alternative aux monnaies dites traçables, et donc aux banques. Je fais au plus simple, je ne rentrerai pas trop dans les détails vu que de toute façon je suis une vraie bille concernant le sujet et que l’ouvrage vous l’expliquera bien mieux que moi. Donc le bitcoin a vu plus ou moins le jour fin des années 2000 grâce à un certain Satoshi Nakamoto, identité factice bien évidemment, ce qui ne permet toujours pas à ce jour, de déterminer qui fut le créateur de la dite monnaie. Très rapidement, le bitcoin se démocratise dans le monde du dark web, auprès des passionnés d’informatique mais aussi de cyber-escrocs et des libertariens voulant à tout prix supprimer les institutions bancaires. Afin de permettre un peu de cohésion et de facilité d’utilisation, une plate-forme d’échange et de gestion des bitcoins se met en place sous le nom de Mt Gox. Anciennement plate-forme d’échange de cartes Magic (oui oui) et géré par Jed McCaleb, la société est rachetée par un jeune français vivant au Japon. Son nom est Mark Karpélès, geek avéré et notamment passionné de codes, pensant rendre service à tous les utilisateurs de bitcoin. Sauf que rien ne va se passer comme prévu et le voilà donc au centre de cet ouvrage. Il est le principal suspect (voir l’unique) aux yeux de la police japonaise quant au braquage de l’équivalent de 500 000 millions de dollars en 2014. Jake Adelstein, connaissant parfaitement les rouages de la justice japonaise, et combien il est difficile de s’en dépêtrer, décide de se pencher sur l’affaire. A ses yeux, Mark Karpélès est un simple idéaliste s’étant fait avoir à cause de sa naïveté et d’une gestion plus qu’aléatoire de sa société, malgré l’ampleur plus que notable que prenait le bitcoin. Le bitcoin répondait à une demande, assurément, et correspondait aussi pour certains, à une prise de position politique. Mark Karpélès est, pour notre journaliste, à des années lumières de toutes considérations autres que celles purement techniques. En creusant le passé et le parcours de Mark, on voit très vite le genre de jeune homme qu’il a pu être. Motivé et rythmé par l’envie de maîtriser les différents aspects de l’outil informatique et se désintéressant totalement de tout le reste, ce dernier a toujours évolué sans réfléchir aux possibles ennuis.

Voyant que cette histoire de braquage dépasse largement le jeune homme, Jake Adelstein va se concentrer sur tous les différents acteurs et participants de ce scandale, et là tenez vous bien, mais ça brasse un max de monde. De la justice japonaise intransigeante et ne souhaitant pas perdre la face dans une affaire qui la dépasse; en passant par les nombreux activistes comme le fondateur de Silk Road, site marchand à la Amazon où vous pouviez acheter votre drogue dans le plus grand des calmes. (et anonymement) L’implication du FBI, de certains agents corrompus jusqu’à l’os, sous prétexte d’avoir voulu faire avancer l’affaire coûte que coûte… Tout est pourri dans le monde de la crypto-monnaie et c’est ce qui est fascinant. Chaque personne plus ou moins impliquée, avait un idéal, souvent celui de permettre à tous, une consommation totalement libre, sans flicage, ni risque de piratage. Sans vouloir sortir les violons, le bitcoin était une alternative remettant l’individu lambda au centre d’une transaction, ne donnant de pouvoir absolu à personne, à l’inverse du système bancaire classique. Force est de constater que, d’une douce chimère, le bitcoin a fini par se transformer en cauchemar pour beaucoup, laissant sur la paille des centaines d’utilisateurs. Si Jake Adelstein m’avait habituée aux enquêtes coup de poing, pleines de rebondissements, il réussit icià nous passionner sur un sujet bien plus complexe et pas forcément maîtrisé de tous. Alors, vous vous demandez où ont bien pu passer ces milliers de bitcoins et quel a été le sort du fondateur de Mt Gox ? Vous n’aurez donc plus d’autre choix que de vous lancer dans la lecture de l’excellent « J’ai vendu mon âme en bitcoins » !

Traduit par Cyril Gay.

Roxane

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