La disparition d’Adèle Bedeau, Graeme Macrae Burnet, Sonatine, par Bruno D.

Surprenant roman de cette rentrée littéraire avec une préface qui jette le trouble d’entrée. Adapté au cinéma par Claude Chabrol au cours de l’été 1988, mais finalement non, récit autobiographique de Raymond Brunet, mais finalement peut être que non, soit des zones d’ombres judicieusement semées dès le départ par le romancier tel un Simenon qui écrivait « tout est vrai sans  que rien ne soit exact ».

Saint Louis, ville de 20 000 habitants à la frontière franco-suisse près de Mulhouse va servir de décor principal à l’action de cette histoire. Action, c’est vite dit parce qu’on est plutôt dans une fine observation de la vie quotidienne de cette ville moyenne endormie ou rien de bien excitant ne se passe habituellement.

L’auteur, fort adroitement et avec une minutie de chaque instant nous conte l’existence de Manfred Baumann, 36 ans directeur de banque effacé au passé obscur et de l’inspecteur Gorski devenu flic par conviction alors que ses parents le destinaient à reprendre l’affaire familiale. Baumann a pour habitude de déjeuner au restaurant La Cloche, repaire d ‘habitués, là ou une serveuse plantureuse, Adèle Bedeau officie. Du jour au lendemain, cette dernière disparaît sans laisser aucune trace, et vient raviver les souvenirs d’une affaire vieille de 20 ans avec un meurtre pas vraiment élucidé, celui de Juliette Hurel.

Alsace figée dans le temps, atmosphère singulière, l’ambiance est glauque et mystérieuse, faite de ces toutes petites choses mises bout à bout qui constituent la vie, et qui ne valent rien aux yeux de tous, sauf pour les gens directement concernés. Références appuyées au Maître du noir, Simenon, et à la caméra d’un Claude Chabrol qui savait filmer et mettre en lumière cette vie provinciale comme personne, l’auteur nous sert une copie fine, lente et obsédante de deux êtres en proie à bien des questions et en quête de rédemption semble t il. Baumann et Gorski, destins croisés soumis aux aléas de la vie, au gré des rencontres et des tourments. Fin limier pour l’un, et gauche pour l’autre dans ses rapports avec les humains ; enfermés dans leurs éducations et marqués par leur jeunesse, leur évolution est plutôt évidente et d’une fortune classique.

Sauf que la banalité n’existe pas et que la vie de nos deux héros est racontée avec une certaine virtuosité par GMB.

Bien que très lent (ce n’est pas ce que j’aime habituellement), j’ai plongé dans cette ambiance des années 80 avec plaisir, c’est dû en grande partie au talent de l’auteur qui a su retransmettre au travers de son écriture attachante, cette impression poisseuse et étouffante qui donne du piment à la condition humaine. La fin avec ses surprises n’est d’ailleurs pas en reste . Une réussite assurément !

Traduit par Julie Sibony.

Bruno D.

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