Le diable en personne (Peter Farris – Traduction Anatole Pons – Édition Gallmeister ) par Le corbac

Ils sont toujours impressionnants de par la qualité de leurs publications chez Gallmeister et encore une fois Le Diable en personne est une parfaite réussite.
D’abord y a Léonard qui vit seul avec ses chats et le mannequin de sa femme avec qui il cause.
Ancien trafiquant d’alcool il vit reclus dans sa cahute au milieu des bois sans rien demander à personne, paisiblement et loin de tout et surtout de tous.
Les habitants du bled le considèrent comme une sorte d’original pas tout seul dans sa tête.
Et puis il y a Maya… Jeune et jolie jeune fille qui est sous la coupe de Mexico et qui fait la Pute, mais pas n’importe laquelle : celle du Maire.
Maire et Mexico sont deux fieffés fripouilles qui ont choisi de vendre leur ville à un cartel colombien et pour cela ils n’ont aucun scrupule… Sauf que, fou de désir pour la jolie et petite ado qu’est Maya, le Maire ne peut s’empêcher de tout lui dévoiler. Et manque de bol, la petite a une mémoire extraordinaire et ne loupe pas un mot, pas un nom, pas une information.
Alors faut s’en débarrasser, vite et proprement, dans l’idéal. Et là, c’est le drame… 
Ben vi, les deux couillons qui sont chargés de l’éliminer font l’erreur de se pointer sur les terres de Léonard. Et ça, ça lui plaît pas au vieux qu’on vienne empiéter sur ses terres, surtout pour ce genre de boulot.
Et c’est là que tout va partir en sucette et que le Diable va se révéler pire que les pires engeances humaines.
Il va la prendre sous son aile le Léonard la petite pute malgré elle, cette gamine vendue pour servir d’objet sexuel, parquée avec ses congénères, de motels en motels pour assouvir les besoins les plus bestiaux des porcs riches que sont les hommes de pouvoir, ceux qui estiment que tout leur est dû.
Il va s’y attacher parce que la petite Maya lui remémore tout ce qu’il a loupé, ce qu’il a perdu, ce qu’il n’a pas su conserver et il va la défendre corps et âme, se damnant plus encore qu’il ne l’est déjà.
Alors, tout le talent de Peter Farris apparaît dans cette incarnation du Diable. Le beau et bon diable, celui qui a tout accepté, qui a choisi de se perdre et de se marginaliser par amour, par foi en ses convictions et pour ne faire de mal à personne.
Cette gamine qui n’a rien demandé, qui n’a pas choisi sa vie ni son destin il va l’utiliser. Non pas comme ses clients mais comme un prêtre avec ses sermons, comme un curé de campagne voulant mettre ses pauvres ouailles sur le droit chemin. Celui de l’Amour, celui de la confiance, de la certitude qu’il existe en ce bas monde des gens de foi et d’honneur.
Maya devient sa rédemption, son excuse, son avenir qu’il ne croyait plus être qu’un passé en plastique avec une perruque à qui il cause chaque jour dans sa solitude, celle qu’il a perdu, pour qui il a abandonné toute sa réputation et pour qui il a sacrifié sa richesse et sa réussite mais qui finalement n’est plus qu’un souvenir dont il brosse les cheveux et qu’il promène parfois dans les rues , sur le siège passager de son vieux pick-up sous le regard attristé de ses congénères qui se nourrissent de on-dit, de
rumeurs et de mythologies mécréantes.
Sans retenue et avec une pudeur attendrissante, Peter Farris va nous tracer à coup de crayon gras, teinté de légères esquisses au fusain le portrait d’un homme autrefois
mort, vide et creux qui va retrouver goût à la vie. D’abord peut-être juste par fierté parce qu’on ne vient pas empiéter sur ses terres sans son autorisation mais surtout parce qu’il va réaliser que cette pov gamine lui permet d’exister, de s’interroger et de faire la paix avec lui-même. C’est que le Diable, en personne, n’est finalement qu’un archange déchu, un pauvre type qui s’est brûlé les ailes et a chu sans comprendre, sans réaliser tout ce à côté de quoi il était passé.
Ceci n’est pas l’éternelle histoire d’une quête de rédemption mais plutôt celle de la fatalité. Fatalité d’accepter ses choix, ses erreurs, ses refus de compromis, ses errances, ses fiertés mal placées et surtout une foi totale en un ego injustifié et un égoïsme sans borne.
Grâce à Maya, Léonard, le temps de quelques jours, de quelques cadavres, de
quelques fusillades va se redécouvrir une vie, un cœur, des émotions et des
sentiments. Lui qui se croyait damné à jamais va damner le monde et régler ses comptes, s’assumer et admettre ses erreurs.

Roman violent sur la prostitution et le pouvoir entre de mauvaises mains, Peter Farris nous offre aussi et surtout un roman d’une tendresse incroyable sur l’acceptation de son passé, sur le pardon et sur la reconnaissance de chacun pour ce qu’il est.

Le passé appartient au passé et souvent l’avenir se noie dans le présent qui ne dure que le temps de régler ses dettes.

Le Corbac aurait aimé avoir un grand père nommé Léonard…

 

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