Le Terroriste Joyeux (suivi de Le Virus de l’Ecriture), Rui Zink (Agullo), par Le Corbac

Un roman satirique et cynique sur l’absurdité de notre monde, celui de la peur et de l’écriture ? Celui du mouton consommateur de chaînes d’infos en continu, abreuvé à la peur de l’autre, de l’étranger, de celui qui n’a pas les mêmes idéaux ou opinions et qui donc est forcément le méchant à abattre ?
Une pièce de théâtre en hommage aux maitres de l’absurde?
Une conversation enregistrée ? Ou sa retranscription ? Un document officiel, malencontreusement tombé d’un dossier dans le métro ou un bus ?
Bouffonnerie tragique ?
Drame burlesque ?

Le livre de Rui Zink est un drôle de manifeste, surtout qu’il aborde avec élégance et ironie deux thèmes importants à notre époque. Mais si, vous savez bien, cette société apeurée de tout dans laquelle nous vivons, celle où dès que l’autre est différent de par son nom, sa religion, ses opinions ou même son physique il devient un danger. Mais si, celui que, par sa différence, nous allons, braves moutons bien élevés, mettre dans la case       « inconnu », «étranger », celui dont il faut forcément se méfier et avoir peur, celui qui est indubitablement porteur de violence et du mal parce qu’il n’est pas comme nous. Sans le dire clairement, avec beaucoup de cynisme, Rui Zink se moque de notre monde et de notre époque. Celle où tout n’est que médiatisation, orientation de pensée, gestion de masse du comportement individuel afin de le faire adhérer sans faute à un dogme général imposé et instauré par une élite de ronds de cuir qui ne connait de la réalité quotidienne que le dosage de leurs apéros , les interrogatoires insipides et stériles qu’ils imposent selon des critères statistiques, quelque soit l’individu tant qu’il est différent et ne correspond pas à nos critères de références occidentaux, isolationnistes et sécuritaires.
Le face à face entre ce Joyeux Terroriste et ses «tortionnaires », ses interrogateurs, devient sous la plume de l’auteur une véritable joute verbale, qui permet ainsi de remettre l’église au centre du village (athée par définition, anti-religion par conviction, j’aime beaucoup cette expression. Elle me permet de me souvenir qu’autour d’une église tourne tout un village, qu’elle ne sert que de prétexte à justifier des alcoolismes notoires- ben oui il y a toujours un bistrot à côté de l’église-, la médisance de bas étage des petites gens envieuses, jalouses et frustrées qui viennent commérer et médire de la réussite des autres quand eux vivent dans leur marasme sociétal, sentimental etc…). En effet, que sommes-nous si ce n’est un troupeau bavant, béatifiant les chaînes d’infos continues comme de nouvelles divinités que nous adorons quotidiennement, les écoutant, les croyant, ne faisant plus confiance qu’à leurs divines paroles ?
Entre Beckett, Ionesco et Kafka, Rui Zink nous offre une œuvre étrange mais oh combien maitrisée, pas un mot n’est pas à sa place, les idées et idéaux sont clairement identifiés et défendus sans ferveur exhibitionniste mais avec un relativisme de bon aloi.
Le Corbac sent la révolte et la rébellion intellectuelle gronder… et il aime ça.

Que dire du second texte ( ben oui parce que chez Agullo, on vous en donne pour votre argent ; un livre, deux textes, deux fascicules révolutionnaires, deux pamphlets délicats et plein d’ironie pour le prix d’un… je vous le dis depuis un an et quelques suivez ces gens ils sont le terreau d’un nouveau genre, les nouveaux intellectuels révolutionnaires de la littérature… mais je m’égare et m’emporte… quand je pense qu’il me reste deux ouvrages de chez eux pour la rentrée littéraire à lire, je vais mourir en plein orgasme littéraire, la tête couverte de slips.) hormis que j’ai ri… mais ri comme cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps.
Imaginez un brave citoyen mondialiste, rebelle, écrivant pour nous raconter cette contamination mondiale d’ «écritationnite » aigüe qui touche chaque membre de la population sans distinction de sexe ou de statut, chacun étant persuadé d’être le nouvel écrivain adulé et à la mode alors que… un must de cynisme, d’ironie et, oserais-je, oui osons, de réalisme. Aujourd’hui quand tu es à la retraite, que t’es au chômage, que ta femme te trompe, que tu t’emmerdes le week-end avec des gosses que tu vois que tous les 15 jours et qui n’attendent que tu fasses chauffer la CB gold ou premier, tu peux t’inventer une vie ! Deviens écrivain, écris un livre insipide et fade ça se vent, raconte tes nuits de solitude avec ton chat tu deviendras un best-seller. Fabule sur ta relation imaginaire avec Harry Potter ou ton histoire d’amour avec ton assureur, tu vendras des livres et tu atteindras des sommets insoupçonnés.
Au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, accrochez- vous, mettez-vous en mode finesse intellectuelle, humour débordant, cynisme ravageant et réalisme frappant et courez à la rencontre de ce Terroriste Joyeux, vous allez exploser en plein vol.

Traduction de Maïra Muchnik

Le Corbac.

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