Les Dévastés, JJ Amaworo Wilson (L’Observatoire) par Yann

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Camille Nivelle.

Né en Allemagne en 1969, JJ Amaworo Wilson, fils d’un père britannique et d’une mère nigériane, a grandi en Grande-Bretagne puis dans neuf pays différents avant de s’installer aux Etats-Unis. Pourquoi prendre la peine de ce petit rappel biographique pioché sur la 4ème de couverture de son premier roman ? Tout simplement parce que ce livre n’aurait sans doute jamais vu le jour sans cette confrontation au monde et aux cultures qui le composent.

Les Dévastés est paru aux Etats-Unis en 2016, chez PM Press, présenté comme un « éditeur indépendant spécialisé dans la littérature radicale, marxiste et anarchiste ». Dans un pays que le lecteur identifiera comme il le souhaite, mais qui pourrait être l’Inde ou le Brésil , à une époque tout aussi indéterminée, il fera la connaissance de Nacho Morales, jeune estropié polyglotte, devenu presque malgré lui, le prophète des « dévastés », hommes et femmes vivant dans la misère et la crasse, soigneusement tenus à l’écart du reste de la société. Mais l’histoire, elle, avait commencé quelques décennies plus tôt, lors de la première « Guerre des ordures », celle qui donna naissance à la Torre de Torres, tour de soixante étages, « effleurant la voûte des cieux ». Cette immense bâtisse désormais à l’abandon va être investie par Nacho et sa cohorte de dévastés qui tenteront d’y créer un monde dans lequel chacun puisse avoir sa place, une société aussi juste et égalitaire que possible, une enclave utopiste au coeur de la ville. Ce projet fou se heurtera bien vite à la réalité et rien ne sera épargné à l’armée des dévastés.

Heureux les affligés car ils hériteront de la Terre (Matthieu 5:4).

En exergue du texte, cet extrait de l’Evangile selon Matthieu donne le ton en plaçant le récit sous l’influence directe de la Bible. Les références y sont nombreuses sans être pesantes, nulle connaissance particulière en ce domaine n’est nécessaire pour suivre l’histoire. Dans cette tour de Babel des temps modernes, les habitants devront faire face à des éléments déchaînés comme à des attaques de moustiques, sans compter la cupidité de leurs semblables, en la personne des héritiers Torres, le fondateur de la tour. Après le déluge et une attaque d’ « übermoustiques », il faudra affronter une armée et seul un miracle permettra aux dévastés de sauver leur peau. Entre temps, JJ Amaworo Wilson nous aura conté les 2nde, 3ème et 4ème Guerres des ordures, la jeunesse de Nacho et de son frère adoptif, Emil, le fils prodigue, et présenté une impressionnante galerie de personnages parmi lesquels le Chinois, force de la nature dont on apprendra bien tard qu’il était japonais …

Plein de verve et d’humour, le roman de JJ Amaworo Wilson s’impose comme une excellente surprise de ce début d’année, un premier roman en forme de parabole, riche de la culture de son auteur, une ode à la tolérance et à l’universalité de l’homme, un appel à l’ouverture, bref un texte énergique et bienvenu en cette période de repli sur soi et de renaissance des nationalismes de tous bords …

Yann.

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