Micron Noir, Michel Douard (La Manufacture de Livres), par Le Corbac

Dans le cadre de ses 10 ans, la Manufacture réédite chaque mois un ouvrage…
Moi qui n’avais pas lu Micron Noir à sa sortie , ce fut l’occasion.
Et je me suis mis des claques, cogné la tête contre les murs, pincé les tétons parce que je me suis pris un trip de fou furieux.
Michel Douard il te fait avaler son histoire d’un seul coup.
Paf dans la gorge il te fourre sa pilule et tu l’avales direct…  sans eau… sec.
Et puis ça commence à monter… doucement tu commences à te sentir partir ailleurs.
Dans ces années 2048, celles de la Guerre Nouvelle et de ses supers soldats dopés au Micron Noir-une drogue de synthèse conçue normalement uniquement pour les militaires- qui servent à régler les multiples conflits entre nations, à engranger des ronds pour les sponsors et autres médias qui retransmettent sur toute la planète ces nouveaux jeux du cirque…
Et putain ça pulse! Quand tu commences à suivre le narrateur, ton taux d’adrénaline il monte en force et je te jure que le père Douard, en bon dealer de mots, il t’invite très vite à en reprendre une de pilule… parce quand t’as commencé à t’enfiler ses mots et son écriture pêchue, rythmée comme un match de football américain (ça me fait penser au film Any Given Sunday de Oliver Stone), tu peux plus t’arrêter. Faut que ça avance et que ça défouraille, que ça saigne.
Et ça le fait pire que le Roller Ball mixé avec French Connection.
Ben oui parce que la dope de M’sieur Douard elle n’est pas que violente et agressive.
Elle est vicieuse et réfléchie sur ce nouveau monde qui finalement, quand tu réfléchis entre deux cachetons, est très proche du nôtre. Parce que même si géopolitiquement et économiquement le monde a évolué, l’être humain il n’a pas changé. Toujours cupide, toujours dépendant de tout et de rien, toujours calculateur et manipulateur, avide de richesses et de pouvoir, naïf et candide, prêt à toutes les bassesses au nom de sa foi, pour accéder au sommet…
Et la Terre ne va pas mieux, comme nous le fait remarquer l’auteur qui se plaît à nous rappeler toutes ces bonnes pratiques écolos que nous tentons ou mettons en place à notre époque ne seront finalement bonnes à rien et autant pisser dans un violon. En effet la Planète, elle est comme la charpie envoyée au combat, elle crève la gueule ouverte.
Et au milieu de cette montée psychédélique de violence brute il y a des ilots ; un père, un grand-père, une révolutionnaire utopiste, un petit village d’irréductibles gaulois pas plus honnêtes qu’un sénateur mais qui ont foi en leur combat…Ceux-là réveillent nos consciences, ceux-ci bousculent nos croyances et nos espérances avec un regard lucide et (sur)réaliste sur ce que nous sommes.
Ce Micron Noir, hormis un roman d’anticipation est un exceptionnel roman sur nous, sur ce que nous devenons, sur ce que nous allons faire de notre monde.
Il y a des méchants vraiment méchants, des plutôt gentils, des gentils vachement méchants et des bisounours aussi…parce que finalement plus on est bon et plus on est con….
Ce livre mérite d’être plus connu, répandu et étudié parce qu’au-delà d’un polar d’anticipation il est une très belle et profonde fresque sociale qui nous annonce nos déviances à venir.
Le Corbac s’en est chié dans les plumes tellement il était bon…

le Corbac.

2 réflexions sur « Micron Noir, Michel Douard (La Manufacture de Livres), par Le Corbac »

  1. Le Corbac, vous connaissez ? C’est un curieux oiseau qui agite sa plume pour écrire des critiques sur un site spécialisé. Et je vous prie de croire qu’il a de l’imagination, ce drôle de volatile, il a tellement d’imagination qu’il ne tarit pas d’éloges sur ce livre-ci. Et il en faut, de l’imagination, pour être enthousiaste à ce point ! En tout cas il en a plus que l’auteur ! Et il est vexé comme tout, notre perdreau, car il n’avait pas lu cette merveille littéraire à sa sortie, en 2015, mais seulement lors de sa réédition en mai 2019. Ce qui nous vaut son papier dithyrambique, histoire de se faire pardonner, sans doute.
    Et quant au pauvre naïf que je suis, au gré d’une balade sur le Net, en quête de récréation, je me laisse séduire, et par le ramage, et par le plumage de notre chroniqueur emplumé et décide de vérifier « in situ » la magnificence de ce chef-d’œuvre…
    Il s’agit donc d’une sorte de roman d’anticipation qui est sensé nous faire faire un bond d’une trentaine d’années. Pourquoi pas ? Ce bond en avant me fait faire un bond… en arrière ! Il s’agit du genre (“littéraire”) que j’affectionnais adolescent. Il m’apportait dépaysement et pseudo-sciences qui comblaient ma curiosité.
    Seulement voilà, deux générations se sont succédées depuis cette époque, sans doute ai-je perdu toute ingénuité et innocence car la déception est grande. On se trouve devant un très banal polar avec trafic de drogue, courses poursuites, règlements de compte et jaillissement d’hémoglobine. Rien que de très ordinaire. L’auteur a voulu se donner quelques moyens supplémentaires en se projetant dans l’avenir (drones à tous les étages) mais très peu, en fin de compte. Le contexte géopolitique est inexistant, les personnages sont transparents, et, pour ne surtout pas être désorienté, on ressort de vieilles voitures à essence, de collection, du début des années 2000 ou des hélicoptères de types connus… seule innovation, les guerres sont devenues une sorte de télé-réalité avec paris à l’appui…
    Un décalage de trente ans n’est sans doute pas suffisant pour laisser libre cours à une imagination débordante et changement radical de la société mais alors j’aurais aimé une satire plus agressive de notre civilisation et de son impact sur la planète, et quelque chose de plus délirant dans le comportement des masses. Silence radio.
    Un moment, ce livre m’a fait penser à « Acide sulfurique » d’Amélie Nothomb, juste un petit moment, n’est pas Amélie qui veut…

  2. salut,
    ya, je l’ai lu à sa sortie et j’avais adoré, et le livre et l’auteur…
    il semble donc que le corbac ait vraiment accroché et vous non
    soit
    belle journée

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