Nadine Mouque, Hervé Prudon (La Noire – Gallimard) par le Corbac

T’imagines si les deux Charles ( Baudelaire et Bukowski, même prénom et même première lettre de leur nom de famille, y a pas photo même sans être fort comme les beaux pour saisir la connivence) avaient eu l’occase d’aller s’en jeter quelques uns derrière la cravate et que bim ils tombaient nez à nez avec Andrée Michaud et que ces trois là le nez poudré et la tête aérée, les yeux illuminés et la plume apprêtée avaient eu l’envie de se taper un délire mortel en écrivant à six mains un putain de polar… Manque plus que des jeux de maux ou de mots à la Pérec qui serait venu y mettre une pointe de son littéralisme oulipolien et t’as un Nadine Mouque.
Il m’a collé au mur comme une mouche sur son morceau de papier, impossible de décoller, il m’a laissé scotché et pourtant j’avais les pattes qui s’agitaient pour me bouger et les neurones en ébullition mais j’étais incapable de sortir de ce merdier…limite j’y trouvais même mon miel nutritionnel et ma nourriture spirituelle.
Il a publié cette ode à la Tristitude ( c’est pas de moi mais d’un chanteur qui porte le nom de Oldelaf et qui a une gueule de blatte) en 1995 à la Série Noire ( Gallimard n°2401) et quel bonheur de le découvrir aujourd’hui en 2019 dans la Résurrection de cette célèbre collection qu’était la Noire. Jouissif et impulsif à se le baffrer en une journée et en tâcher sa chemise tellement il m’a fait baver.
Hervé Prudon il est bon comme le cul d’une bombasse que tu croises dans la rue et que même si t’es avec ta femme et tes 5 mômes et que tu vas à la messe chaque dimanche et que tu baises que une fois par mois le dernier vendredi quand tu deviens le roi et que tu mets le petit Jésus dans la crèche ben tu peux pas t’empêcher de te retourner et de mater cette croupe hallucinante voire hallucinogène et te dire mais comment j’ai pu passer à coté de ça…
Parce que ce bouquin il déchire sa race, il t’arrache à ton petit confort et te remue les intestins pire qu’une coloscopie. C’est beau de violence, c’est malsain d’amour, c’est cruel de déchéance ( tiens au fait tu me feras jamais croire que le petit père Dupontel il l’ a pas lu quand il a écrit le scénario de Enfermé Dehors), ce livre il te pompe le moral pire qu’une pute ougandaise qui va se faire tabasser si elle ramène pas un bifton à son micheton, il te défonce les neurones comme un camion bélier pour chourave un distributeur automatique, ça t’envole comme une giclée de chevrotine à bout portant en pleine poitrine ( même avec un gilet pare-balles).
C’est une bombe nucléaire, un exercice de style, une parenthèse sur la médiocrité de nos vie, sur la déchéance de nos cités, sur les fantasmes alcooliques d’un pov type qui se branle la nouille en regardant Hélène et les garçons. C’est un convoi émotionnel de 12 wagons qui te passe sur le corps, c’est un 35 tonnes qui te percute de plein fouet, c’est un Boeing qui s’écrase sur ta pov face lunaire.
C’est beau comme un petit poème en prose de Baudelaire.
C’est violent et trash comme les contes de Bukowski.
C’est fin et travaillé comme les écrits de Michaud.
Et puis, et puis bordel ça date de 1995 mais c’est toujours on ne peut plus d’actualité. Cette violence des cités, cette déliquescence de l’humanité, les immigrés et les abus, le cul et la dope, les errances de ces générations laminées par un système qui n’a pas changé, les rebuts sociaux issus de famille émigrées parqué comme des chiens dans des cubes de béton sans autre avenir que celui de se reproduire ou de se bouffer la tronche, les luttes des classes pour sortir de la crasse…
Hervé Prudon aurait mérité d’être encore parmi nous parce que sa verve endiablée et son sens de la formule, son absence de nuance dessinée derrière ses jeux de mots à l’emporte pièces sont d’une qualité littéraire inégalée depuis longtemps et puis son discours…il est puissant et violent, virulent et intéressant, basé sur une étude limite anthropologique de notre société, de ses dérives et des effets néfastes de ce pseudo socialisme censé sauver la France, des ghetthos à l’américaine qui se développe et se répandent comme des colonies de blattes…

Ce bouquin est un putain de chef d’oeuvre.

Le Corbac.

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