Ce qui nous revient, Corinne Royer (Actes Sud) par Aurélie

Ce qui nous revientUn texte de toute beauté qui, en plus de mettre en lumière Marthe Gautier, la Découvreuse oubliée, donne tout son sens au mot roman.
Loin de composer une biographie déguisée, ces lignes prennent un tour extrêmement romanesque pour ajouter une nuance très personnelle au passage du terme Mongolisme à Trisomie 21. M’attendant à suivre essentiellement Marthe dans ses mésaventures, c’est Louisa qui m’a complètement cueillie au fil des pages.
Le choix des mots est éblouissant, la maîtrise de la langue me fait me sentir toute petite et admirative devant ce roman qui réunit toutes les qualités pour s’imposer comme l’un des Grands de la rentrée d’hiver.
Aurélie.

Le Meurtre du commandeur, Haruki Murakami (Belfond) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "Murakami Haruki, Le Meurtre du commandeur"Découvrir un nouveau roman de Murakami c’est toujours pour moi comme renouer avec un vieil ami.
1er effet : le temps se dilate, je me mets au diapason du rythme propre à son oeuvre.
2ème effet : je donnerais tout pour échanger ne serait-ce que quelques minutes de ma vie avec celle du personnage principal qui, bien qu’à un tournant difficile de son existence vit son quotidien avec une sérénité qu’on envie forcément.
3e effet : je guette les thèmes chers au cœur du grand écrivain et me perds toujours plus loin dans les méandres de son imagination.
La musique, l’amour, la création artistique, le fil tendu entre réalisme et surnaturel, les ténèbres souterraines, les mystères liés au passé, des phrases qui s’ancrent profondément en nous. Pour moi un des grands romans de Murakami qui vient rejoindre sur mon podium personnel La Fin des temps et Chroniques de l’oiseau à ressort.
Un conseil amis lecteurs : prévoyez d’avoir le 2ème tome sous la main quand vous approcherez de la fin du 1er !
Je termine avec un grand merci à Hélène Morita pour les dizaines d’heures du magnifique travail qui nous permet aujourd’hui d’avoir accès en français à ce diptyque.
Aurélie.

Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu (Actes Sud) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "nicolas mathieu leurs enfants après eux"Hacine, Steph, Anthony sont tous trois adolescents quand on fait leur connaissance au tout début du roman. L’été 92 s’étire dans une chaleur lourde, ils rêvent d’une vie bien différente que celle qu’ont vécue leurs parents, rêvent de quitter Heillange, cette petite ville moribonde où rien ne semble coller à leurs aspirations. Trois contextes familaux et des orgines sociales très différentes mais finalement une même envie d’ailleurs.

Eté 92 puis 94, 96 et enfin 98. Ils traversent l’adolescence et semblent hésiter à basculer dans l’âge adulte où les attend peut-être la « petite vie » tant redoutée. On a envie de les encourager, de les pousser à déployer leurs ailes tout en ayant suffisamment de recul, nous adultes, pour savoir que les chamboulements de l’adolescence ne nous emmènent pas toujours là où on l’aurait souhaité…

Mention spéciale pour le personnage d’Anthony qui est mon préféré, particulièrement touchant. Un garçon très sensible qui grandit avec des parents qui traînent de belles casseroles et dont on ne peut qu’imaginer le destin dans un contexte différent. A travers lui, l’auteur nous livre aussi quelques-unes des scènes érotiques les plus réussies que j’aie pu lire.

Portrait à la loupe d’une région sinistrée, d’une génération qui en est issue. Violence, dépendance mais aussi amitié et sensualité. Un très grand livre que je voyais bien revêtir dès ma lecture en juillet un ou deux beaux bandeaux rouges. Une fois n’est pas coutume, le jury Goncourt a fait des merveilles !

Les Diables de Cardona de Matthew Carr, Sonatine par Le Boss

Et bien en voilà un roman politico historique d’aventures qui vaut le coup. Plus qu’un coup, comme dirait un ami, bref….

C’est avec avidité que je me suis enfilé ce pavé. J’ai dévoré l’érudition de l’auteur et l’humanisme qu’il partage tout au long des pages. Le bon sens, la tolérance, à une époque ou comme la nôtre, voire en un peu pire, cf l’Inquisition. Effectivement à une époque comme celle-ci  il est vrai qu’évoquer l’homosexualité, les différentes croyances, l’immigration… Ha merde je me relis mais merde, mais mais mais c’est comme maintenant !

C’est avec habileté donc que notre écrivain nous emmène dans une Espagne déchirée, en proie à ses démons de l’époque. Pour se situer, le roi de la poule au pot n’est pas encore roi et n’a pas de panache blanc,  Ravaillac est né, etc, ce qui ne nous empêchera pas de le rencontrer dans cette histoire …

A travers une trame mêlant sorcellerie, histoire de meurtres, amour interdit, etc, on tient un bon pavé d’un grand roman d’aventures où ce mot prend tout son sens, avec un regard sociétal pas tendre, sur l’époque concomitante avec la nôtre…

L’histoire ne servirait elle à rien ?

Espagne, XVIe siècle : un mystérieux tueur musulman s’en prend à l’Église catholique.
1584. Le prêtre de Belamar de la Sierra, un petit village d’Aragon à la frontière avec la France, est assassiné, son église profanée. Sur les murs : des inscriptions en arabe. Est-ce l’œuvre de celui qui se fait appeler le Rédempteur, dont tout le monde ignore l’identité, et qui a promis l’extermination de tous les chrétiens, avec la même violence que celle exercée sur les musulmans ? La plupart des habitants de la région sont en effet des morisques, convertis de force au catholicisme, et qui pratiquent encore l’islam en secret.
À la veille d’une visite royale, Bernardo de Mendoza, magistrat à Valladolid, soldat et humaniste, issu d’une famille juive, est chargé de l’enquête.

Traduit par Claro.

 

 

Evasion, Benjamin Whitmer, éditions Gallmeister par Le Corbac

C’était pas gagné pour ma pomme!
Mauvais moment, mauvais Karma? Je ne sais pas mais il m’a fallu quelques semaines pour le lire et le finir.
Non pas qu’il ne soit pas à mon goût ou pas bon ( on en recausera après) mais j’ai eu beaucoup de difficultéS à m’y plonger et à être entrainé dans cette « traque ». Peut-être l’âge qui me joue des tours mais j’ai rapidement été perdu( perturbé) par la quantité de personnages qui déboulent d’un coup, un peu comme la grenaille d’un fusil qui s’éparpille dans toutes les directions.
Trop de monde, trop d’actions, trop d’histoires…
Et pourtant…
Pourtant je l’ai fini sans contrainte ni obligation avec au final un certain plaisir.
Benjamin Whitmer fait plus que d’écrire « la quintessence du roman noir », il se réapproprie les règles du drame romantique et nous offre une très belle œuvre théâtrale (ben oui c’est un roman et alors? Tu crois que ça va m’empêcher de donner mon avis? Tu l’as dit à Baudelaire que ses poèmes en prose c’étaient pas des vrais poèmes? Non? Ben voilà, là c’est pareil…)
Alors petit rappel des règles:
1)Refus de la règle des 3 unités (Check)
2)Refus de la règle de bienséance (Méga Check)
3)Mélange des genres (amour, humour et suspense par exemple – Check)
4)Rejet du Moralisme (Check fois 2)
5)Héros singulier, souvent marginal, représentant le mal du siècle ( Mopar mérite des méga Check, comme Dayton, Jim, Charlie et les autres).
En outre le projet romantique du drame est parfaitement atteint. En représentant un certain passé à forte consonance historique ( la Corée par exemple, le racisme des USA, la pauvreté et la dépendance au pouvoir et aux drogues, la peinture sans concession de la misère culturelle de l’Amérique profonde des années 60), l’auteur nous permet d’appréhender notre présent et de mettre en avant le rôle de l’individu dans la société.
Toute cette histoire de traque n’est en fait qu’un prétexte pour dénoncer un certain obscurantisme (Salem? McCarthy?…) ambiant dans notre époque, un retour à certaines croyance archaïques qui nous ont fait nous dresser les uns contre les autres.
Toute cette violence n’est que le reflet de l’incohérence idéologique, politique et économique que nous partageons tous. Il n’est question dans Evasion que de la lutte d’une minorité qui refuse de se plier aux contraintes absurdes des pseudo règles sociales de l’époque, des soi disant bonnes mœurs que l’on nous impose sous prétexte d’être le chef, le détenteur du pouvoir, le roi du petit monde que chacun croit être.
Evasion est un très beau roman sociétal, empreint de regrets sur notre monde, lucide sur les dangers que nous courons à continuer à jouer les moutons et à nous laisser mener sans lutter, sans résister par des pseudo-pouvoirs en place.
Un livre noir, un livre violent, un livre cohérent et qui devrait nous faire réfléchir sur notre perdition à venir.
Homo Homini Lupus Est… telle sera la conclusion du Corbac.
Traduction impeccable de Jacques Mailhos.
Le Corbac.

Little Heaven, Nick Cutter, éditions Denoël (Sueurs Froides) par Bruno

Traduction d’Eric Fontaine

Le mal le plus profond est au cœur de ce roman choc, ce n’est pas qu’une vue de l’esprit, c’est quelquefois un résumé de l’existence et d’actes commis au nom de quoi, de qui, mystère ? Il s’exprime de bien des façons mais finit toujours par atteindre celui qui l’utilise. Rédemption de l’âme humaine, souffrances et souvenirs, seule une lecture attentive vous permettra de goûter à la puissance évocatrice de ce récit qui va vous emmener loin, très loin, aux confins de la folie, de la peur et de l’horreur.

Bâtie sur une oscillation de deux temps, principalement 1980 et 1965-66, cette histoire se découpe en 9 chapitres bien balisés. On sait où on se trouve et à quelle période. Micah, Minerva et Ebenezer sont nos trois héros. En ouverture, on découvre leurs vies riches et agitées soumises à bien des exactions ; acteurs marquées et marquants, animés d’une certaine fureur, gâchette adroite et facile. Tuer ne leur pose pas de problème en fait puisque c’est leur métier !

Ce drôle de trio va devoir faire équipe en 1966 pour retrouver et sauver un enfant embrigadé par une espèce de secte. Qui dit secte dit forcément danger !

Vous dire que j’ai aimé ce scénario, non, vous dire que c’est une réussite, non ; parce qu’en fin de compte j’ai «surkiffé» cette aventure riche et profonde qui risque de vous tenir haletants et éveillés longtemps. Ne fermez pas la lumière, car au cœur des ténèbres on ne vous entendra pas hurler de terreur.

Ecriture précise et vocabulaire très fourni, Nick Cutter fait monter doucement la pression avec une action lente mais prenante, des descriptions hallucinantes et on glisse lentement mais sûrement dans un univers de peurs viscérales comme sorties de la nuit des temps.

Et que dire des personnages secondaires comme le révérend Amos, « fou de jésus, bas du cul » , un prédicateur dérangé, mais pas que, guidant hors du monde et dans un espèce de camp retranché sa petite communauté.

Ambiance visuelle soignée, ce roman au goût de western version Tarantino, louche également vers l’univers de Stephen King, mais le grand King, le roi de l’épouvante et de la peur qu’il a été à une certaine époque.

Noires visions soumises à notre imagination, en 200 pages et 33 sous chapitres au centre de ce roman, l’auteur gagne ses galons de maître de l’horreur et respirer devient pour le lecteur un exercice périlleux. Il y a bien longtemps que je n’ai pas ressenti une telle pression du mal à chaque page tournée.

En 600 pages bien remplies, Nick Cutter nous promène dans un univers glauque et mortel où d’étranges créatures viendront sonder vos peurs les plus sombres. C’est un livre magistral et beau. Beau par ses nombreuses illustrations qui accompagnent le déroulé de l’histoire et nous aident à visualiser, magistral pour la réalisation, l’épaisseur des protagonistes, et un synopsis peut être pas si original que ça, mais qui nous renvoie à l’essence même de la vie et du mal, toujours présent à un moment ou à un autre.

« Little Heaven », c’est un nom, c’est un lieu, c’est un roc, mais c’est surtout un très grand ouvrage de Monsieur Nick Cutter, un voyage où il vous faudra avoir le cœur bien accroché, car vous n’en ressortirez pas indemnes !

Merci à Joséphine Renard et aux éditions Denöel pour cette collection Sueurs Froides qui nous livre vraiment de grands frissons. FONCEZ !

Traduit par Eric Fontaine.

Bruno.

Quatre morts et un papillon, Valérie Allam, Editions du Caïman par Le Corbac

Résultat de recherche d'images pour "valérie Allam 4 morts"Premier roman adulte pour la nouvelle collection de Caïman (Roman noir)

Et pour être noir, c’est noir…

Quatre femmes, quatre destins qui vont se croiser, s’emmêler et se mêler. Quatre femmes qui vont se battre, s’aimer et aimer, lutter et affronter leur passé, faire des choix, bons ou mauvais, parfois irréparables…

Quatre femmes donc : Johanna, Magali, Loubna et Chloé, que Valérie Allam va mettre en scène dans cette magnifique histoire.

« Magnifique » et « noire » se marient très bien sous la plume de l’auteur.

Avec une construction hachée, alternant les récits des unes et des autres en respectant la chronologie et le déroulement des événements, l’histoire nous plonge dans le quotidien, celui qui nous entoure, celui des faits divers, celui des situations que l’on croit toujours n’arriver qu’aux autres.

Évitant l’écueil du pathétisme et du larmoiement de bas étage, sans effet de style et avec une sobriété désarmante Valérie Allam nous promène dans les espoirs et les attentes, les errances et les erreurs, les songes et les choix de ces femmes.

Chacune d’elles a choisi d’essayer de vivre ou de survivre aux événements et traumatismes qu’elles ont subis.

Avec un talent digne de Sandrine Collette, l’auteur nous dépeint des portraits de femmes aux justes couleurs, dans les tons sombres du désespoir mais avec aussi cette luminosité proche de l’espoir qui nous fait dire que cette toile est belle.

Ces quatre visages sont liés au fil du temps par ce petit papillon. Petit papillon qui cristallise pour chacune d’elle la volonté de vivre, l’envie d’avancer et cette envie d’avoir droit au bonheur et à la sérénité. Petit papillon qui incarne pour chacune d’elles un souffle, un mouvement dans leur existence propre… Mais comme chacun le sait, les papillons vivent peu de temps.

Au final donc, Quatre morts et un papillon est un livre plein d’humanité et de souffrance, plein d’amour et de combativité, de noirceur et de tendresse.

Un livre écrit délicatement et avec énormément de féminité que beaucoup d’hommes se devraient de lire.

 

Longue vie à Valérie Allam et le Corbac en retiendra cette phrase : « C’est noir et froid par ici et je sens tes larmes qui coulent dans mon cœur »

 

Le Corbac.

 

 

Lykaia, DOA, Gallimard

S’il existait un prix récompensant chaque année l’ouvrage qui a alimenté le plus efficacement fantasmes et rumeurs dans le petit monde du livre, Lykaia aurait raflé la palme en 2018, écrasant la concurrence sans laisser la moindre chance à qui que ce soit.

Initialement prévu aux éditions Equinox, la collection polar des Arènes, nouvellement créée par Aurélien Masson, le dernier ouvrage de DOA paraît finalement chez Gallimard, hors collection, sous une couverture aussi sobre que sombre.

On sera moins surpris de ce remue ménage à la lecture des 30 premières pages de Lykaia. DOA nous convie en effet à une plongée sans filtre dans le monde BDSM (« ensemble de pratiques sexuelles faisant intervenir le bondage, les punitions, le sadisme et le masochisme, ou encore la domination et la soumission », définition Wiktionnaire), un univers où se côtoient le sexe et la violence, la rencontre d’Eros et Thanatos. On a beau savoir l’imagination de l’Homme sans limites dans certains domaines, DOA parvient à surprendre le lecteur avec une première scène à la lecture de laquelle on s’accrochera aux accoudoirs … Le texte ne s’adresse donc pas aux lecteurs frileux ou trop sensibles, il nécessite clairement d’avoir le coeur bien accroché.

Au-delà de l’aspect fantasmatique et sensationnel du sujet, qu’en est-il vraiment ? On suit ici le périple d’un homme (le Loup) et d’une femme (la Fille), dont les prénoms importent finalement peu, de Berlin à Venise en passant par Luxembourg et Prague. Point de tourisme ici, les préoccupations sont tout autres et les lieux visités farouchement protégés des regards profanes. Alors, oui, il y est beaucoup question de sexe et de pratiques extrêmes, oui, la violence en fait partie intégrante, oui, c’est un univers qui peut effrayer mais qu’a voulu l’auteur exactement ? D’abord, et ça n’est pas une surprise, sortir des sentiers battus. L’homme est discret et semble se remettre en question à chacun de ses ouvrages. Ensuite, bousculer ses lecteurs, quitte à en laisser quelques uns sur le bord du chemin car le sujet ne fera pas l’unanimité.

C’est d’abord de nous, humains, qu’il est question ici. Car, comme le dit le Loup :

 » La baise, c’est le miroir magique de l’humanité. Le comprendre peut faire peur, mal, ou soulager, tout dépend du reflet, mais il est inutile de se voiler la face, lesexe révèle nos failles et nos limites, bien réelles, inaltérables et infranchissables. Le reste, c’est du vent. on est comme on nique et on est ce qu’on nique, rien de plus. »

On peut aussi, paradoxalement, considérer qu’il est ici question d’amour, oui cette chose qu’on accommode à toutes les sauces, des plus mièvres aux plus relevées. Ce sont des êtres blessés par la vie que met en scène DOA, mais dont la capacité à aimer reste intacte même si elle a revêtu d’autres formes. Les sentiments sont présents dans ces pages, bien plus qu’on ne pourrait le croire au premier abord, et, sous l’apparente monstruosité des pratiques, c’est  encore l’humain qui se révèle, certes pas sous son aspect le plus attirant mais c’est quand les masques tombent que l’on peut accéder à la vérité de chacun(e).

Aussi violent soit-il, aussi déviantes puissent être les scènes qu’il décrit, le roman de DOA effraie plus qu’il n’excite, interroge et dérange, bouscule sans ménagement. On tient là un des rares livres à propos desquels on oserait l’expression si galvaudée de « véritable uppercut », tant on peine à relever la tête et reprendre une vie normale une fois ses 240 pages achevées. Très grosse sensation de cette fin d’année, dont les ventes risquent d’être inversement proportionnelles à l’intensité des secousses qu’il aura éveillées en nous. Noir et nihiliste, Lykaia sera sans conteste le joyau sombre de l’année.

Allez tous vous faire foutre, Aidan Truhen, Sonatine par Le Boss

Allez tous vous faire foutreFabrice POINTEAU (Traducteur), excellent traducteur par ailleurs,

 

Allez soit, si on essayait de placer ce livre dans un rayon de librairie, on aurait un peu de mal, entre David Ellis et Anonyme au pire des cas, et non pas au meilleur. Dans le style non sense, barré, là on a un drôle de zigoto, et l’auteur et son héros.

Rien que la phrase d’intro est excellente, en gros, comment mes ami es mettent autant de temps pour ne pas se rendre compte que je suis un connard et même encore. Un mantra, comme le nom du livre, à répéter tous les jours, un peu d’individualisme et d’égoïsme ne nuit pas.

Ecrit à la première personne, Jack Price va nous dévoiler sa vie, une routine, juste un putain de businessman de plus, à le lire on l’inviterait presque à l’anniversaire d’un de nos gosses reste que c’est un putain de dealer. Mais pas de bas niveau, après le café, Jack s’est mis à la coke avec une grande réussite.

Sa vie est pépère il gère son entreprise en bon père de famille, jusqu’au jour, où une de ses voisines est tuée. Et cela le dérange, car cela dérange son job, et alors qu’il veut juste comprendre pourquoi sa voisine a été tuée, il se prend une putain de rouste en essayant d’enquêter.

Alors là, fallait pas le toucher, parce qu’en plus il n’en a rien à foutre….Vous avez beau lui dire que les 7 plus grand assassins du monde ont un contrat sur lui, il s’en bat les couilles…pour notre plus grand plaisir. Jack va nous faire comme un burn out, et ils vont le payer grave.

C’est avec maestro que nous allons rentrer dans cette histoire, aux situations les plus folles et cocasses.

De l’action totalement débridée, des réflexions éparses, surgissant du cerveau malade de Jack et de son coach l’écrivain, c’est un des livres les plus jouissifs qu’il m’ait été donner de lire depuis un bout de temps.

Mais suis je bien normal de rire aux éclats suivant les turpitudes de Jack ou du bordel qu’il fout ? Cela, c’est à vous de le découvrir.

Un grand moment de bonheur dans ce monde triste, à ne pas manquer, mais les gens coincés peuvent passer leur chemin, les manichéens aussi, et , et et

Atchoummmmmmmmmmmm !!!

Le Boss.

 

 

 

Le témoin solitaire, William Boyle, Gallmeister, par Yann

Pas forcément besoin de parcourir le monde en tous sens pour écrire des histoires. Certain(e)s auteur(e)s de chez nous l’ont compris depuis longtemps, qui tournent inlassablement autour de leur nombril depuis des années. Pour William Boyle, le monde a l’échelle d’un quartier de New-York et c’est amplement suffisant.

Gravesend, avant d’être un roman de William Boyle (le 1000ème de la collection Rivages/Noir, excusez du peu), est un quartier de Brooklyn, dans lequel naquit et grandit l’auteur. Révélé (comme tant d’autres) par le gourou du polar François Guérif, William Boyle faisait en 2016 une arrivée remarquée sur les étals des libraires. Ce premier roman empreint de noirceur et d’humanité avait su imposer immédiatement cette nouvelle voix venue des Etats-Unis.

Lorsque parut, un an plus tard, son deuxième roman, Tout est brisé, il s’avéra que William Boyle avait suivi François Guérif de chez Rivages aux éditions Gallmeister. Si l’on y retrouvait cette peinture du quartier cher à l’auteur, le propos avait changé, délaissant cette part de roman noir si prégnante dans Gravesend pour une chronique au plus près des personnages et de leurs états d’âme. Privilégiant l’atmosphère autant que les caractères, le récit se teintait ainsi de mélancolie et de tendresse et offrait une nouvelle facette au talent de conteur de William Boyle.

Le témoin solitaire (également traduit par Simon Baril), s’il reste dans le même périmètre urbain, navigue à son tour entre roman noir et chronique de la vie d’un quartier. Amy, ex-« party girl », s’est éloignée de son ancienne vie et se consacre désormais à l’Eglise et aux personnes âgées de Gravesend. Unique témoin d’un meurtre commis en pleine rue, elle finit par s’y retrouver  impliquée bien malgré elle.

A travers le meurtre tout d’abord puis le personnage de Dom ensuite, William Boyle renoue avec son amour du roman noir et émaille son récit de rebondissements souvent liés au côté imprévisible de ce type un peu paumé, pas complètement méchant mais dont il vaut mieux néanmoins se tenir à l’écart. Amy, quant à elle, est une sorte de spécialiste des mauvais choix et ses décisions l’entraînent dans une spirale de violence qui impactera également celles et ceux qui l’entourent.

Cependant, cette fois encore, c’est dans la tendresse qu’il porte à ses personnages et à son quartier, ainsi que dans les descriptions qu’il en fait, que William Boyle est le plus talentueux et convaincant. Amy, écartelée entre son désir de faire le bien autour d’elle et l’insouciance de sa vie passée; Fred, son père, alcoolique repenti,qui réapparaît aussi subitement qu’il avait disparu après la naissance de sa fille ; M. Pezzolanti, son propriétaire, affable et soucieux du bien-être de la jeune femme; Mme Epifanio, une de ces personnes âgées auxquelles Amy tient compagnie et donne l’eucharistie … A l’instar des romans d’Ivy Pochoda ou Atticus Lish, on croisera ici nombre d’hommes ou de femmes, jeunes ou plus âgés, simples figurants ou personnages secondaires, une véritable galerie de portraits est ainsi décrite au fil du roman et contribue à lui donner de l’épaisseur.

Poursuivant sa Comédie humaine à lui, William Boyle confirme sans peine tout le bien que l’on pensait de son travail et n’en finit pas de revenir au quartier de ses origines, un monde à part entière, dont certains habitants ne sont même jamais sortis. Ici comme ailleurs, le drame peut faire irruption dans le quotidien à tout moment. Ici aussi, nombreux sont celles et ceux qui cherchent une forme de rédemption et n’aspirent qu’à devenir de meilleures personnes. C’est cette tendresse, cette humanité que l’on apprécie particulièrement chez William Boyle et c’est dans les failles de ses personnages que son récit gagne en profondeur et en richesse.

Une oeuvre se construit, dont on attend la prochaine pièce.

Traduit par Simon Baril.

Yann.