RIP, Gaet’s et Julien Monier (Petit à Petit) par Perrine

RIP RIPDerrick, je ne survivrai pas à la mortTome 1 : Derrick, je ne survivrai pas à la mort

RIP raconte le quotidien d’une bande de pauvres gars qui ont un métier des plus… réjouissant ! Leur job ? Débarrasser les logements des morts, mais pas n’importe lesquels, ceux qui n’ont plus de famille, ceux dont tout le monde se fout, ceux qu’on retrouve donc au bout de plusieurs semaines quand l’odeur devient insoutenable pour les voisins. Âmes sensibles donc s’abstenir !

Leur boîte revend aux enchères tout ce qui a de la valeur et eux peuvent garder ce dont les autres ne veulent pas, des conserves périmées aux paquets de PQ. Job de merde donc et la tentation est grande quand on voit passer des liasses ou des bijoux. Trop grande, lorsqu’ils sont appelés pour une vieille qui s’occupait seule de son fils handicapé, qui l’âge aidant, a passé l’arme à gauche, rejointe peu après par son fils, incapable de s’occuper de lui ou de prévenir qui que ce soit (vous noterez au passage le charme de notre société où ce genre de choses peut arriver…).

Résultat de recherche d'images pour "RIP BD Gaet's"C’est noir, c’est glauque et ça en dit long sur la nature humaine. J’ai beaucoup aimé le dessin, la qualité des personnages et l’originalité de l’ensemble. Bref, vivement la suite !

PS : Petit à petit est une maison d’édition normande avec une bien belle production que je vous recommande ! (chauvinisme quand tu nous tient !)

Perrine.

La Belle de Casa, In Koli Jean Bofane (Actes Sud) par Aurélie (OK)

La belle de CasaSese Seko a débarqué sur les plages du Maroc en étant persuadé que son passeur l’avait emmené à bon port… en Normandie ! Dès lors, c’est le système D qui va primer dans cette ville où tout le continent africain semble se croiser et où son quotidien va être fait d’arnaques sur Internet mais aussi de belles rencontres et de fortes amitiés.

L’une d’elle tourne court lorsqu’il découvre l’envoûtante Ichrak égorgée dans la rue. La belle exerçait une attraction particulière sur tout le quartier, l’onde de choc de sa mort va s’étendre sur de nombreux personnages que l’auteur nous dévoile peu à peu. Ichrak revit sous sa plume, Chergui, le vent qui rend fous les habitants de Casa, maintient la pression et le lecteur entrevoit le dénouement avec stupéfaction.

Un roman très riche, qui ouvre une porte sur le problème des migrants avec autant d’humour que de gravité.

Cerise sur le gâteau, l’auteur rend un magnifique hommage au roman de Kaoutar Harchi « A l’origine notre père obscur » qui m’avait subjuguée lors de sa parution en 2014 chez Actes Sud. À travers plusieurs extraits, on ressent l’écho qu’a ce texte sur Ichrak, femme condamnée par sa beauté et l’absence de père dans une société plus qu’exigeante envers les femmes et où les hommes ont parfois du mal à contenir leurs instincts primaires…

Aurélie.

Isidore et les autres, Camille Bordas (Inculte-Derniere Marge) par Aurélie

Isidore est le 6e enfant d’une fratrie un peu spéciale : les cinq 1ers ont tous sauté au moins trois classes et sont autant à l’aise le nez dans les livres que démunis quand il s’agit d’interagir avec le commun des mortels.

À travers deux années complètement dingues, le lecteur suit l’évolution de ce jeune garçon aux portes de l’adolescence, un vrai gentil qui détonne aussi bien au collège que dans sa famille et dont l’altruisme va s’avérer un ciment particulier au milieu de la tourmente.

Terriblement drôle et intelligent, ce roman est à dévorer sans aucune retenue de 16 à 111 ans. 

Aurélie.

Ce qui nous revient, Corinne Royer (Actes Sud) par Aurélie

Ce qui nous revientUn texte de toute beauté qui, en plus de mettre en lumière Marthe Gautier, la Découvreuse oubliée, donne tout son sens au mot roman.
Loin de composer une biographie déguisée, ces lignes prennent un tour extrêmement romanesque pour ajouter une nuance très personnelle au passage du terme Mongolisme à Trisomie 21. M’attendant à suivre essentiellement Marthe dans ses mésaventures, c’est Louisa qui m’a complètement cueillie au fil des pages.
Le choix des mots est éblouissant, la maîtrise de la langue me fait me sentir toute petite et admirative devant ce roman qui réunit toutes les qualités pour s’imposer comme l’un des Grands de la rentrée d’hiver.
Aurélie.

Le Meurtre du commandeur, Haruki Murakami (Belfond) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "Murakami Haruki, Le Meurtre du commandeur"Découvrir un nouveau roman de Murakami c’est toujours pour moi comme renouer avec un vieil ami.
1er effet : le temps se dilate, je me mets au diapason du rythme propre à son oeuvre.
2ème effet : je donnerais tout pour échanger ne serait-ce que quelques minutes de ma vie avec celle du personnage principal qui, bien qu’à un tournant difficile de son existence vit son quotidien avec une sérénité qu’on envie forcément.
3e effet : je guette les thèmes chers au cœur du grand écrivain et me perds toujours plus loin dans les méandres de son imagination.
La musique, l’amour, la création artistique, le fil tendu entre réalisme et surnaturel, les ténèbres souterraines, les mystères liés au passé, des phrases qui s’ancrent profondément en nous. Pour moi un des grands romans de Murakami qui vient rejoindre sur mon podium personnel La Fin des temps et Chroniques de l’oiseau à ressort.
Un conseil amis lecteurs : prévoyez d’avoir le 2ème tome sous la main quand vous approcherez de la fin du 1er !
Je termine avec un grand merci à Hélène Morita pour les dizaines d’heures du magnifique travail qui nous permet aujourd’hui d’avoir accès en français à ce diptyque.
Aurélie.

Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu (Actes Sud) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "nicolas mathieu leurs enfants après eux"Hacine, Steph, Anthony sont tous trois adolescents quand on fait leur connaissance au tout début du roman. L’été 92 s’étire dans une chaleur lourde, ils rêvent d’une vie bien différente que celle qu’ont vécue leurs parents, rêvent de quitter Heillange, cette petite ville moribonde où rien ne semble coller à leurs aspirations. Trois contextes familaux et des orgines sociales très différentes mais finalement une même envie d’ailleurs.

Eté 92 puis 94, 96 et enfin 98. Ils traversent l’adolescence et semblent hésiter à basculer dans l’âge adulte où les attend peut-être la « petite vie » tant redoutée. On a envie de les encourager, de les pousser à déployer leurs ailes tout en ayant suffisamment de recul, nous adultes, pour savoir que les chamboulements de l’adolescence ne nous emmènent pas toujours là où on l’aurait souhaité…

Mention spéciale pour le personnage d’Anthony qui est mon préféré, particulièrement touchant. Un garçon très sensible qui grandit avec des parents qui traînent de belles casseroles et dont on ne peut qu’imaginer le destin dans un contexte différent. A travers lui, l’auteur nous livre aussi quelques-unes des scènes érotiques les plus réussies que j’aie pu lire.

Portrait à la loupe d’une région sinistrée, d’une génération qui en est issue. Violence, dépendance mais aussi amitié et sensualité. Un très grand livre que je voyais bien revêtir dès ma lecture en juillet un ou deux beaux bandeaux rouges. Une fois n’est pas coutume, le jury Goncourt a fait des merveilles !

Les Diables de Cardona de Matthew Carr, Sonatine par Le Boss

Et bien en voilà un roman politico historique d’aventures qui vaut le coup. Plus qu’un coup, comme dirait un ami, bref….

C’est avec avidité que je me suis enfilé ce pavé. J’ai dévoré l’érudition de l’auteur et l’humanisme qu’il partage tout au long des pages. Le bon sens, la tolérance, à une époque ou comme la nôtre, voire en un peu pire, cf l’Inquisition. Effectivement à une époque comme celle-ci  il est vrai qu’évoquer l’homosexualité, les différentes croyances, l’immigration… Ha merde je me relis mais merde, mais mais mais c’est comme maintenant !

C’est avec habileté donc que notre écrivain nous emmène dans une Espagne déchirée, en proie à ses démons de l’époque. Pour se situer, le roi de la poule au pot n’est pas encore roi et n’a pas de panache blanc,  Ravaillac est né, etc, ce qui ne nous empêchera pas de le rencontrer dans cette histoire …

A travers une trame mêlant sorcellerie, histoire de meurtres, amour interdit, etc, on tient un bon pavé d’un grand roman d’aventures où ce mot prend tout son sens, avec un regard sociétal pas tendre, sur l’époque concomitante avec la nôtre…

L’histoire ne servirait elle à rien ?

Espagne, XVIe siècle : un mystérieux tueur musulman s’en prend à l’Église catholique.
1584. Le prêtre de Belamar de la Sierra, un petit village d’Aragon à la frontière avec la France, est assassiné, son église profanée. Sur les murs : des inscriptions en arabe. Est-ce l’œuvre de celui qui se fait appeler le Rédempteur, dont tout le monde ignore l’identité, et qui a promis l’extermination de tous les chrétiens, avec la même violence que celle exercée sur les musulmans ? La plupart des habitants de la région sont en effet des morisques, convertis de force au catholicisme, et qui pratiquent encore l’islam en secret.
À la veille d’une visite royale, Bernardo de Mendoza, magistrat à Valladolid, soldat et humaniste, issu d’une famille juive, est chargé de l’enquête.

Traduit par Claro.

 

 

Evasion, Benjamin Whitmer, éditions Gallmeister par Le Corbac

C’était pas gagné pour ma pomme!
Mauvais moment, mauvais Karma? Je ne sais pas mais il m’a fallu quelques semaines pour le lire et le finir.
Non pas qu’il ne soit pas à mon goût ou pas bon ( on en recausera après) mais j’ai eu beaucoup de difficultéS à m’y plonger et à être entrainé dans cette « traque ». Peut-être l’âge qui me joue des tours mais j’ai rapidement été perdu( perturbé) par la quantité de personnages qui déboulent d’un coup, un peu comme la grenaille d’un fusil qui s’éparpille dans toutes les directions.
Trop de monde, trop d’actions, trop d’histoires…
Et pourtant…
Pourtant je l’ai fini sans contrainte ni obligation avec au final un certain plaisir.
Benjamin Whitmer fait plus que d’écrire « la quintessence du roman noir », il se réapproprie les règles du drame romantique et nous offre une très belle œuvre théâtrale (ben oui c’est un roman et alors? Tu crois que ça va m’empêcher de donner mon avis? Tu l’as dit à Baudelaire que ses poèmes en prose c’étaient pas des vrais poèmes? Non? Ben voilà, là c’est pareil…)
Alors petit rappel des règles:
1)Refus de la règle des 3 unités (Check)
2)Refus de la règle de bienséance (Méga Check)
3)Mélange des genres (amour, humour et suspense par exemple – Check)
4)Rejet du Moralisme (Check fois 2)
5)Héros singulier, souvent marginal, représentant le mal du siècle ( Mopar mérite des méga Check, comme Dayton, Jim, Charlie et les autres).
En outre le projet romantique du drame est parfaitement atteint. En représentant un certain passé à forte consonance historique ( la Corée par exemple, le racisme des USA, la pauvreté et la dépendance au pouvoir et aux drogues, la peinture sans concession de la misère culturelle de l’Amérique profonde des années 60), l’auteur nous permet d’appréhender notre présent et de mettre en avant le rôle de l’individu dans la société.
Toute cette histoire de traque n’est en fait qu’un prétexte pour dénoncer un certain obscurantisme (Salem? McCarthy?…) ambiant dans notre époque, un retour à certaines croyance archaïques qui nous ont fait nous dresser les uns contre les autres.
Toute cette violence n’est que le reflet de l’incohérence idéologique, politique et économique que nous partageons tous. Il n’est question dans Evasion que de la lutte d’une minorité qui refuse de se plier aux contraintes absurdes des pseudo règles sociales de l’époque, des soi disant bonnes mœurs que l’on nous impose sous prétexte d’être le chef, le détenteur du pouvoir, le roi du petit monde que chacun croit être.
Evasion est un très beau roman sociétal, empreint de regrets sur notre monde, lucide sur les dangers que nous courons à continuer à jouer les moutons et à nous laisser mener sans lutter, sans résister par des pseudo-pouvoirs en place.
Un livre noir, un livre violent, un livre cohérent et qui devrait nous faire réfléchir sur notre perdition à venir.
Homo Homini Lupus Est… telle sera la conclusion du Corbac.
Traduction impeccable de Jacques Mailhos.
Le Corbac.

Little Heaven, Nick Cutter, éditions Denoël (Sueurs Froides) par Bruno

Traduction d’Eric Fontaine

Le mal le plus profond est au cœur de ce roman choc, ce n’est pas qu’une vue de l’esprit, c’est quelquefois un résumé de l’existence et d’actes commis au nom de quoi, de qui, mystère ? Il s’exprime de bien des façons mais finit toujours par atteindre celui qui l’utilise. Rédemption de l’âme humaine, souffrances et souvenirs, seule une lecture attentive vous permettra de goûter à la puissance évocatrice de ce récit qui va vous emmener loin, très loin, aux confins de la folie, de la peur et de l’horreur.

Bâtie sur une oscillation de deux temps, principalement 1980 et 1965-66, cette histoire se découpe en 9 chapitres bien balisés. On sait où on se trouve et à quelle période. Micah, Minerva et Ebenezer sont nos trois héros. En ouverture, on découvre leurs vies riches et agitées soumises à bien des exactions ; acteurs marquées et marquants, animés d’une certaine fureur, gâchette adroite et facile. Tuer ne leur pose pas de problème en fait puisque c’est leur métier !

Ce drôle de trio va devoir faire équipe en 1966 pour retrouver et sauver un enfant embrigadé par une espèce de secte. Qui dit secte dit forcément danger !

Vous dire que j’ai aimé ce scénario, non, vous dire que c’est une réussite, non ; parce qu’en fin de compte j’ai «surkiffé» cette aventure riche et profonde qui risque de vous tenir haletants et éveillés longtemps. Ne fermez pas la lumière, car au cœur des ténèbres on ne vous entendra pas hurler de terreur.

Ecriture précise et vocabulaire très fourni, Nick Cutter fait monter doucement la pression avec une action lente mais prenante, des descriptions hallucinantes et on glisse lentement mais sûrement dans un univers de peurs viscérales comme sorties de la nuit des temps.

Et que dire des personnages secondaires comme le révérend Amos, « fou de jésus, bas du cul » , un prédicateur dérangé, mais pas que, guidant hors du monde et dans un espèce de camp retranché sa petite communauté.

Ambiance visuelle soignée, ce roman au goût de western version Tarantino, louche également vers l’univers de Stephen King, mais le grand King, le roi de l’épouvante et de la peur qu’il a été à une certaine époque.

Noires visions soumises à notre imagination, en 200 pages et 33 sous chapitres au centre de ce roman, l’auteur gagne ses galons de maître de l’horreur et respirer devient pour le lecteur un exercice périlleux. Il y a bien longtemps que je n’ai pas ressenti une telle pression du mal à chaque page tournée.

En 600 pages bien remplies, Nick Cutter nous promène dans un univers glauque et mortel où d’étranges créatures viendront sonder vos peurs les plus sombres. C’est un livre magistral et beau. Beau par ses nombreuses illustrations qui accompagnent le déroulé de l’histoire et nous aident à visualiser, magistral pour la réalisation, l’épaisseur des protagonistes, et un synopsis peut être pas si original que ça, mais qui nous renvoie à l’essence même de la vie et du mal, toujours présent à un moment ou à un autre.

« Little Heaven », c’est un nom, c’est un lieu, c’est un roc, mais c’est surtout un très grand ouvrage de Monsieur Nick Cutter, un voyage où il vous faudra avoir le cœur bien accroché, car vous n’en ressortirez pas indemnes !

Merci à Joséphine Renard et aux éditions Denöel pour cette collection Sueurs Froides qui nous livre vraiment de grands frissons. FONCEZ !

Traduit par Eric Fontaine.

Bruno.

Quatre morts et un papillon, Valérie Allam, Editions du Caïman par Le Corbac

Résultat de recherche d'images pour "valérie Allam 4 morts"Premier roman adulte pour la nouvelle collection de Caïman (Roman noir)

Et pour être noir, c’est noir…

Quatre femmes, quatre destins qui vont se croiser, s’emmêler et se mêler. Quatre femmes qui vont se battre, s’aimer et aimer, lutter et affronter leur passé, faire des choix, bons ou mauvais, parfois irréparables…

Quatre femmes donc : Johanna, Magali, Loubna et Chloé, que Valérie Allam va mettre en scène dans cette magnifique histoire.

« Magnifique » et « noire » se marient très bien sous la plume de l’auteur.

Avec une construction hachée, alternant les récits des unes et des autres en respectant la chronologie et le déroulement des événements, l’histoire nous plonge dans le quotidien, celui qui nous entoure, celui des faits divers, celui des situations que l’on croit toujours n’arriver qu’aux autres.

Évitant l’écueil du pathétisme et du larmoiement de bas étage, sans effet de style et avec une sobriété désarmante Valérie Allam nous promène dans les espoirs et les attentes, les errances et les erreurs, les songes et les choix de ces femmes.

Chacune d’elles a choisi d’essayer de vivre ou de survivre aux événements et traumatismes qu’elles ont subis.

Avec un talent digne de Sandrine Collette, l’auteur nous dépeint des portraits de femmes aux justes couleurs, dans les tons sombres du désespoir mais avec aussi cette luminosité proche de l’espoir qui nous fait dire que cette toile est belle.

Ces quatre visages sont liés au fil du temps par ce petit papillon. Petit papillon qui cristallise pour chacune d’elle la volonté de vivre, l’envie d’avancer et cette envie d’avoir droit au bonheur et à la sérénité. Petit papillon qui incarne pour chacune d’elles un souffle, un mouvement dans leur existence propre… Mais comme chacun le sait, les papillons vivent peu de temps.

Au final donc, Quatre morts et un papillon est un livre plein d’humanité et de souffrance, plein d’amour et de combativité, de noirceur et de tendresse.

Un livre écrit délicatement et avec énormément de féminité que beaucoup d’hommes se devraient de lire.

 

Longue vie à Valérie Allam et le Corbac en retiendra cette phrase : « C’est noir et froid par ici et je sens tes larmes qui coulent dans mon cœur »

 

Le Corbac.