Un autre tambour, William Melvin Kelley (Delcourt), par Yann

Heureuse initiative que celle de la maison Delcourt Littérature de rééditer ce roman initialement paru aux Etats-Unis en 1962 et publié en France par Casterman en 1965. Ce texte eut un écho retentissant lors de sa sortie, à tel point, nous dit l’éditeur, que l’on compara William Melvin Kelley à James Baldwin ou William Faulkner, excusez du peu. Comment expliquer, alors, que le New-Yorker parle aujourd’hui de lui comme du « géant oublié de la littérature américaine » ? Le fait que l’auteur se soit exilé avec sa famille, d’abord à Paris puis en Jamaïque, pour fuir le racisme, suffit-il à justifier cet effacement progressif des mémoires ? D’autres écrits, au moins aussi sulfureux que celui dont il est question aujourd’hui, ont traversé les années sans dommages et continuent de nos jours leur vie de « classiques » …

Mais l’essentiel est ailleurs, dans la possibilité qui nous est offerte de (re)découvrir ce roman intemporel dont l’audace surprend encore, à plus forte raison au sein de la société américaine du début des années 60. Imaginez un peu : dans une petite ville du Sud profond des Etats-Unis, fin des années 50, Tucker Caliban, fermier noir, met le feu à sa maison après avoir répandu du sel sur son champ et tué ses bêtes. Puis il quitte la ville. Le lendemain, c’est la quasi totalité de la population noire de Sutton qui a fait ses bagages pour partir vers le nord, sous les yeux ébahis des Blancs que rien n’avait préparés à une telle éventualité.

Sous la véranda de l’épicerie Thomason, comme chaque jour, rassemblés autour de M. Harper, quelques blancs désoeuvrés regardent et commentent le spectacle quotidien de la ville. Ainsi démarre le roman, alors que M. Harper raconte une nouvelle fois à son auditoire l’histoire de l’ Africain, cet esclave colossal entré en rébellion à peine débarqué du navire négrier, arrière-arrière-grand père de Tucker Caliban. De ce drame fondateur au cours duquel Dewitt Willson, nouveau propriétaire de l’Africain dut mettre fin aux jours de son esclave après l’avoir longuement traqué, de ce drame fondateur naquit un lien étroit entre la famille Willson et les Caliban, descendants de l’Africain. Quelques générations plus tard, David Willson vendra une parcelle de terre et une maison à Tucker Caliban, événement hautement improbable en ces lieux et à cette époque.

Roman choral, s’étirant sur plusieurs générations, Un autre tambour est aussi brillant dans la forme que dans le fonds. Impeccablement construit, il déroule à travers différentes voix, le récit de ces années passées, durant lesquelles se sont construites les fondations d’une histoire dont l’acte de Tucker Caliban semble signer le dénouement. L’alternance des narrateurs(trices) permet à William Melvin Kelley de varier l’éclairage qu’il apporte à son récit et de mieux cerner le rapport unique qui semble lier les Willson et les Caliban. La figure du révérend Bradshaw et ses apparitions à Sutton finiront d’apporter au lecteur les clés du récit. Et c’est finalement lui qui résumera le mieux la situation …

« Avez-vous jamais songé qu’une personne comme moi, un soi-disant guide spirituel, a besoin, lui, de Tucker pour justifier son existence ? Très bientôt, monsieur Willson, les gens se rendront compte qu’ils n’ont plus aucun besoin de moi, ni de personnes de mon genre. En ce qui me concerne, ce jour-là est sans doute arrivé. Vos Tucker se lèveront et diront : « Je peux faire ce que je veux, sans attendre que quelqu’un vienne me donner la liberté, il suffit que je la prenne. Je n’ai pas besoin de Monsieur le chef, de Monsieur le patron, de Monsieur le président, de Monsieur le curé ou de Monsieur le pasteur, ou du révérend Bradshaw. Je n’ai besoin de personne, je peux faire ce qui me plaît pour moi-même et par moi-même » ».

Incontournable roman sur le racisme où les rapports blancs-noirs, dominants-dominés sont au coeur même du récit, « Un autre tambour » est également un grand texte sur le mensonge et le regret, l’impossibilité de changer le cours de l’Histoire. On y appréciera le tableau plutôt féroce que fait William Melvin Kelley de la société blanche de l’époque, en mesurant ainsi encore plus l’impact qu’avait dû avoir son texte lorsqu’il parut. Sous ses airs de fable, « Un autre tambour » est un classique instantané auquel on souhaite une seconde vie plus longue que la première.

Yann.

Des jours sans fin, de Sebastian Barry (Gallimard / Folio), par Seb

« Le sergent nous donne l’ordre de préparer nos baïonnettes. On charge et on transperce tous ceux que les obus ou les balles ont trompeusement épargnés. Peut-être que les braves se défendent, mais on s’en rend à peine compte. Gonflés par la vengeance, c’est comme si aucune balle pouvait nous atteindre. Notre peur s’est consumée dans la chaleur de la bataille et métamorphosée en un courage assassin. On est des vauriens célestes qui viennent voler les pommes dans les vergers de Dieu, sans peur, sans la moindre peur, sans une once de peur. »

C’est un pote auteur qui a attiré mon attention sur ce livre. Quand on lit, on a souvent des potes qui lisent aussi. Quand on écrit, on a immanquablement des potes qui écrivent. Cet ami, c’est Jean-Baptiste Ferrero. Sur sa page Facebook, il avait parlé de ce roman avec tellement de conviction et d’amour – on sentait au travers des mots, que c’était sincère -, que j’avais immédiatement filé dans une librairie à Tulle pour trouver cet ouvrage. Une fois devant le rayon de ladite librairie, il n’y avait qu’un seul exemplaire, celui en Folio. Parfois les choses doivent se faire…
Je dois dire que je n’ai pas été déçu. Quel voyage, quelle aventure et surtout, quelles émotions m’ont traversé sans cesse, d’un bout à l’autre des Etats-Unis, d’un bout à l’autre du livre. De quoi ça parle ?
Nous sommes dans les années 1850. Thomas McNulty, un irlandais, rencontre John Cole en Amérique. C’est le coup de foudre, l’alliage parfait de l’amour et de l’amitié. Ces deux-là ne vont plus se quitter. Leur amitié va les aider à tenir le coup lors de leurs aventures, leur amour va sublimer les moments de grâce. Au fur et à mesure de leur périple, ils feront la guerre, danseront dans un saloon pour des trappeurs et des mineurs, referont la guerre à nouveau, sans jamais quitter l’autre des yeux. Jusqu’à ce que la folie des hommes les rattrape.

En même pas trois cents pages, l’auteur parvient, avec une maîtrise rare, à parler à la fois d’un pays qui se construit dans la violence extrême, d’en montrer les symptômes et les effets, d’en disséquer les conséquences avec la précision d’un chirurgien et l’élégance d’un poète. Il faut les voir ces deux-là, Thomas et John, « le beau John Cole » comme l’appelle sans cesse Thomas. Ils se regardent avec les yeux de l’amour, ils en bavent l’un pour l’autre, ils ne vivent que pour passer un jour de plus aux côtés de l’autre. Les tourments de la vie, les horreurs de la guerre, la faim, le froid, la promiscuité et le racisme, la haine glacée des combattants, ils ne les supportent que par la présence de leur amour. Cet amour c’est un poêle ronflant au cœur de l’hiver, c’est un torrent de fraîcheur en plein désert. C’est un vêtement de laine épaisse dans la nudité la plus extrême.

Ces deux personnages, qui assument leur amour et le vivent malgré l’époque et les idées conservatrices et puritaines, je m’y suis au moins autant attaché qu’à Lennie et Georges, les deux marginaux du roman Des souris et des hommes. Bien sûr, les sentiments ne sont pas exactement les mêmes, le rapport humain non plus. Là où il y a une complémentarité entre Lennie et Georges, il y a une altérité parfaite entre Thomas et « le beau John Cole ». La narration à la première personne de Thomas McNulty n’y est sans doute pas pour rien. On a l’impression de lire un carnet de route authentique. Il n’empêche, tout au long de ces pages d’une vraie beauté, je m’en suis fait du souci pour eux ! Je ne compte plus les litres d’huile que j’ai produit en vivant littéralement leurs aventures, leurs difficultés, les dangers d’un pays en ébullition.
Le tour de force, parce que c’en est un, c’est de réussir cette description d’une société changeante, très mobile, avec cet angle de vue très vaste et large, la profondeur aussi, et d’y ajouter ce coup d’écriture à la loupe, braquée sur nos deux héros. Nous sommes dans leurs têtes, nous battons avec leurs cœurs et nos yeux voient les immensités que scrutent les leurs, nos âmes éprouvent les atrocités que vivent leurs âmes.

Parce qu’autant vous le dire, ce livre est un torrent d’amour qui charrie des tonnes de boue. Les destins de ces deux hommes sont comme deux troncs d’arbres emportés dans des flots tonitruants.
Sebastian Barry créé une véritable performance, celle de faire jaillir la lumière du fond de l’obscurité, de préserver une fleur sur un champ de bataille et de faire en sorte qu’on la voie aussi, parmi les cadavres éventrés et les rigoles de sang. Il nous montre les corps inertes et abandonnés par la vie, allongés sur le dos, les paupières grandes ouvertes, mais dans les yeux gris, se reflète un ciel bleu. L’auteur déniche sans cesse le beau au milieu de l’horrible, il possède cette faculté à pointer une silhouette altière et accorte au milieu d’un bouge enfumé rempli de mineurs avinés. La magie de l’auteur est là, cachée dans les détails, dans les recoins de ces pages sublimes.
À chaque instant, on s’attend autant à voir surgir la mort que la poésie, la laideur que la beauté, le meilleur et le pire de l’espèce humaine qui est en train de gagner là-bas, sur la terre des Indiens, ses galons de Meurtrière hors norme et de saccageuse de l’humanité. Par instants, j’ai trouvé dans ce roman échevelé, des allures de Méridien de sang, de Cormac McCarthy, pour la sauvagerie de certaines scènes, pour l’absence d’espoir à certains moments, pour cette certitude que de toute façon, tout se finira mal parce que c’est l’Homme qui écrit l’histoire. Mais au contraire du chef-d’œuvre de MacCarthy, il n’y a pas cette course folle droit dans le mur, ce côté nihiliste des personnages du juge et du jeune homme. Il existe du beau un peu partout dans le livre, des touches subtiles, ici et là, déposées par le pinceau de l’auteur. MacNulty et Cole, mais pas seulement eux, m’ont essoré le cœur et les tripes, et j’ai tremblé pour eux, de tous mes membres. Il y a eu des passages durant lesquels j’ai cessé de respirer tant c’était imprévisible, parce que j’étais devenu, sans m’en apercevoir, un compagnon de route de Thomas et John, et j’ai certainement veillé sur eux autant qu’eux ont veillé l’un sur l’autre. Thomas penché sur John qui dort, John regardant Thomas dans son sommeil, et moi juste au-dessus, flottant tel un spectre sans gêne dans le halo de leur amour. Le récit d’une émouvante franchise et la naïveté de Thomas McNulty apportent beaucoup, avec ses mots simples, il vous touche et vous fendille, et vous ne pouvez pas ne pas vaciller.
C’est un très grand roman qui deviendra, j’en suis persuadé, un classique.
Je vous laisse avec cette considération de Thomas McNulty sur la guerre : Quand la mort surgit, les âmes, c’est pas seulement une grande rivière qui se transforme en cascade. Les âmes c’est pas ça, pourtant c’est ce qu’exige cette guerre. Avons-nous tant d’âmes que ça à offrir ? Comment est-ce possible ?

Traduit de l’anglais par Laetitia Devaux

Seb.

Le Patient, Timothé Le Boucher (Glénat, 2019), par Perrine

Ce n’est pas la première fois que je vous parle de BD, et pas la première non plus que je suis transportée par Timothé Le Boucher puisque j’avais chroniqué ici même Ces jours qui disparaissent. Ici encore, il s’attache à nous parler de pathologies psychiatriques, ici encore il présente des personnages d’une complexité terrifiante, ici encore il nous émeut et il dérange.

Le Patient c’est une famille massacrée un soir dans sa maison, le père dans le garage, la mère dans la cuisine, les petits à l’étage et la grand mère dans l’escalier. Tous sauf deux, la fille handicapée, considérée par toute la ville comme une débile et retrouvée errant dans la rue l’arme du crime à la main, et le fils, gravement blessé qui s’en sort avec quelques années de coma et une bonne dose de rééducation.

Côté enquête tout cela est vite classé évidement, et le scénario s’attache à suivre ce jeune homme dans son travail de reconstruction, aidé par une psy qui a également suivi sa sœur. L’ambiance est pesante, le livre très sensoriel au point de me surprendre à arrêter de respirer pour ne plus sentir l’odeur d’hôpital. Tout y est dans les détails, dans les cases sans texte, avec beaucoup de subtilité et de talent, entre mystère autour de ce qui s’est réellement passé et séquelles de l’événement.

Comme dans son précédent album, j’admire le traitement qu’il fait des pathologies et de leur suivi. Un livre à mettre dans les mains de ceux qui osent encore dire que « la BD ce n’est pas vraiment des livres » (on peut même les assommer avec il est relativement lourd).

Perrine.

Expiations : celles qui voulaient se souvenir, Kanae Minato (Atelier Akatombo), par Roxane

J’attendais depuis un long moment la sortie française du roman à succès de Kanae Minato, qui m’avait séduite par son précédent roman noir « Les assassins de la 5ème B ». L’intrigue se situe au sein d’un groupe de petites filles qui n’ont pas plus de dix ans, vivant dans un village dont le nom n’est jamais cité, et dont on sait seulement qu’il s’agit de l’endroit où l’air est le plus pur au Japon. Yuka, Sae, Maki et Akiko sont amies depuis presque toujours, rien n’a jamais ébranlé la paisible amitié des petites filles, jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle enfant dans l’école. Emiri, dont la riche famille vient de Tokyo, va sans le vouloir chambouler chacune des petites filles, bousculant habitudes et certitudes. Après quelques semaines pourtant, Emiri réussira à s’intégrer sans trop de difficulté, créant une nouvelle dynamique de groupe.

Alors qu’elles jouaient dans la cour de l’école le jour de la fête d’O-Bon (fête célébrant les ancêtres), un homme se faisant passer pour un technicien va leur demander de l’aide et emmener Emiri avec lui. Plusieurs heures auront le temps de s’écouler avant que les petites filles ne se rendent compte qu’il est bientôt l’heure de rentrer, et que leur jeune amie n’est pas revenue. Partant à sa recherche, elles retrouveront la petite Emiri assassinée, dans les vestiaires de l’école, imprimant dans l’esprit de toutes, des images indélébiles.

Choquées et effrayées, elles partiront chacune de leur côté, prévenir parents, policier et enseignants. Le petit village va alors connaitre la fin d’une ère paisible, chaque habitant vivant dans la crainte et dans la méfiance. Pendant des mois l’enquête ne fera aucune progression, les quatre petites filles interrogées sans cesse mais sans réussir à se souvenir du visage du tueur et la mère d’Emiri perdant un peu plus chaque jour la raison. Tandis que la police met petit à petit l’affaire de côté, la mère d’Emiri décide d’inviter les quatre enfants chez elle, afin de leur parler une toute dernière fois. La mort d’Emiri ne peut pas rester impunie, et le délai de prescription ne permettra plus à la famille de faire perdurer l’enquête, elle les menace alors de se venger de chacune d’elles, si elles ne retrouvent pas l’identité de l’assassin. Trouver le tueur ou expier, voilà ce que les jeunes filles vont porter comme poids pendant presque quinze ans.

Construit sous forme de roman choral, plus précisément sous forme de lettres qui seront toutes adressées à Asako, la mère d’Emiri; nous allons au fil des pages nous engouffrer dans les souvenirs des quatre jeunes femmes. A travers le prisme de chacun des personnages, le lecteur voit se construire une intrigue complexe et terrible, faite de peurs et de non dits, de la part des enfants comme des adultes. Si la mort de la petite Emiri a été dévastatrice pour ses parents, ses quatre amies portent en elles une blessure toute aussi vive, ayant des répercussions certaines sur leur mental et leur construction en tant que femmes. Au delà du simple roman noir ou « revenge story », Expiations donne à réfléchir sur l’implication de chacun, sur les actions et les actions manquées, et comment elles peuvent nous hanter pendant des années . Kanae Minato nous prouve à travers cet ouvrage qu’au delà de l’intrigue policière, la tension narrative tient avant tout grâce à des personnages bien construits et bien écrits. Elle nous donne aussi à réfléchir sur tout ce qui a permis à l’intrigue d’exister : le système éducatif japonais, la peur de ce que l’on ne connait pas, ce que l’on permet ou non de faire aux femmes… Voilà donc un ouvrage construit avec subtilité, maîtrisé dans les sujets qu’il aborde et tout en offrant de belles sueurs froides… Immense coup de cœur !

Traduit par Dominique et Franck Sylvain et Saori Nakagima.

Roxane

La crête des Damnés, Joe Meno (Agullo), par Le Corbac

Moi j’aimais bien sa poésie à Joe, son sens du mot et sa rythmique, son récit entre onirisme et réalisme, sa délicatesse et sa sensibilité qui apparaissaient entre les lignes, au détour d’une virgule ou au final d’un point. Véritable artiste des mots, Joe Meno a su conquérir mon cœur avec ses deux premiers opus (Le Blues de la Harpie, Prodiges et Miracles, tous deux chez Agullo- virement de mes 10 % en attente- qui étaient excellents) ; bref Le Corbac avait hâte de lire ce nouvel opus de ce splendide auteur (qui fait concurrence aux américains bien en nombre de Gallmeister…)
Sauf que… Voilà… Le résultat n’a pas été à la hauteur de l’attente…
Je m’attendais au même rythme, au même genre, à la même poésie et là j’ai pris ma claque.
Joe Meno n’était pas du tout là où je l’attendais (comme quoi les idées préconçues…) ; ben c’est pas cool et ça pourrait te faire passer à côté de chouettes bouquins si t’étais pas un poil curieux.
Alors ton Corbac il a plongé quand même dans les pages de La Crête des Damnés… A retrousse ailes mais il s’est lancé.
Et ça n’a pas matché.
Je n’ai nullement retrouvé l’écriture poétique de Joe Meno.
Passé le temps d’adaptation à l’écriture il ne peut qu’admettre que ce roman s’adresse à une tranche de lecteurs nés entre 1970 et 1978(d’un point de vue strictement culturel). En effet le dit-roman se situe dans la veine d’un American Graffiti réalisé par John Waters et scénarisé par un Roger Avary.
C’est là que pêche ce roman.
La Crête des Damnés est un roman intimiste s’adressant réellement à une génération, choix de qualité mais qui va, à mon sens restreindre le public de ce brave Meno.
En effet, malgré un sujet universel (les interrogations existentielles d’un ado en plein devenir- se résumant à « laquelle je vais niquer-, le passage de l’enfance à l’âge adulte, les problématiques de « comment fais-je pour exister », qui suis-je, où vais-je etc etc…), Joe Meno ne crée rien de nouveau.
Cette Crête c’est un ersatz de Stand-by me, c’est un Rusty James sans émotion, c’est un Outsiders écrit intimement par un ancien ado. Ce roman m’a semblé tellement personnel que j’ai eu limite l’impression de lire des souvenirs ou une thérapie d’adulte n’ayant pas passé le cap de l’adolescence ( je veux dire par là que ce roman finalement s’adresse à chaque adulte en regret de sa grande époque de rébellion, en pleine crise existentielle du bon quadra ou quinqua en devenir ; tu sais le mec ou la meuf qui jette un regard sur sa vie et qui s’en veut d’avoir craché sur ses idéaux, d’avoir sacrifié sur l’autel du grand K ses grandes idées sur le Monde, cet adulte devenu trop grand trop vite et qui a dû, voulu, choisi de se plier à des contraintes sociales et sociétales dont il ne voulait pas et qui se réveille un matin en se disant mais au fait que suis-je devenu…).
La Crête des Damnés est un roman audacieux et très intime, claquant à la génération d’après 68 qu’elle a tout loupé, qu’elle s’est oubliée, qu’elle a perdu de vue ses rêves et ses idéaux de l’époque. Peut-être Joe Meno a-t-il voulu réveiller nos consciences, raviver nos humeurs contestataires et belliqueuses, notre volonté de lutter contre un système qui ne nous convenait, ne nous convient et ne nous conviendra pas mais sous l’égide duquel nous avons néanmoins courbé l’échine.
Malgré le fait que cet ouvrage soit empreint d’une nostalgie touchante, mis en scène avec un esprit de rébellion limite guimauvesque, malgré son écriture tendanciellement ado de l’époque et à cause de son ancrage générationnel, le dernier roman de Joe Meno ne fera frémir (à mon appréciation toute personnelle) que ceux qui ne vivent que dans le regret de ses années passées où ils se croyaient les Rois du Monde, ceux qui sont nostalgiques de cette époque durant laquelle tout leur semblaient possible, et qui au final ont tout oublié des leurs rêves.
C’est le roman de ceux qui n’ont jamais osé, de ceux qui ont abdiqué, qui ont baissé les bras et sont rentrés dans le rang.
Autre bémol , cette playlist conséquente parsemant tout le roman en une succession de titres sur des cassettes audios que s’échangent les personnages pour partager leurs sentiments et émotions ou ces paroles de chansons venant émailler le texte est longue et toujours en VO. Cela aurait mérité, je pense, une traduction pour que l’on en saisisse la teneur et que l’on fasse le lien avec le récit.
Touchant mais déprimant, le Corbac va donc se rouler en boule et pleurer sur ses rêves oubliés, prendre 2 Xanax, fumer un tarpé, boire deux verres de sky ou une bouteille de rouge et aller se coucher…

Traduit par Estelle Flory.

Le Corbac.

La tentation, Luc Lang (Stock), par Fanny et Aurélie

François est un chasseur. Il suit un cerf, majestueuse « bête à seize cors dans la lumière dorée d’un jour d’octobre ». Ainsi commence ce roman avec cette plume tournée vers la nature sauvage environnante.
Les descriptions alpines happent, enserrent, projettent dans un univers fait de rudesse minérale et de beauté végétale.

L’homme traque son cerf, hésite une fraction de seconde. C’est le début du changement, François le perçoit, le ressent. La balle part, mais elle blesse au lieu de tuer. François retrouve sa bête mais ne peut l’achever. Un élément, dans sa course, l’a perturbé.

Un frisson me parcourt, me voilà subjuguée. Dans cette ambiance proche d’un « Natural writing à la sauce des Alpes », Luc Lang y dissèque l’âme humaine, les failles familiales avec une écriture à la fois sèche et délicate .

Notre homme est un imminent chirurgien, précis, sûr, concis. Il emporte le cerf, le soigne dans sa « boucherie » et le laisse libre… mais non loin de lui, lui offrant foin et eau.
Le cervidé est là, altier et distant, l’observant, attendant.

En recherchant son cerf blessé, François a cru apercevoir sa fille dans l’habitacle d’une voiture pourchassée par deux motards, telle une biche prise en chasse elle aussi. Cette vision le hante, il cherche à la joindre mais Mathilde est aux abonnés absents.
Au même moment, Mathieu, le fils, trader à New-York, menant grande vie, débarque au chalet familial.
Maria, la matriarche, s’est, quant à elle, réfugiée dans un couvent, veillant sur sa folie destructrice.
Et François… lui recoud les plaies mais n’arrive plus à recoudre les liens familiaux, à retrouver les mots pour panser son angoisse, ou pire, dire son amour.

Le temps s’est chargé de dilater leurs relations aussi facilement qu’une balle rentre dans un tissu pour pénétrer un cœur.

François accueille alors en lui comme une forme de rédemption dans ce monde montagneux où règne calme, luxe, whisky cent ans d’âge et musique classique. Il espère un nouveau lien, un vieux père imaginant le retour au bercail de ses petits.
Mais le danger rôde, le cerf et le chien sentent l’humeur sombre des lieux où des véhicules circulent, sombres, intrigants, menaçants.

La biche surgit alors, une Mathilde apeurée, ensanglantée, tristement accompagnée.
C’est l’heure de l’hallali, le mauvais gibier doit être pourchassé avant sa mise à mort.

Lang nous porte au cœur d’un tableau naturaliste où chaque détail compte. « La tentation » pourrait être le titre d’une scène de chasse où François joue avec l’illusion d’être un père, un mari, peu persuadé, finalement, qu’il peut s’en arracher, ancré dans son état primitif de chirurgien opulent et de pater héroïque.
De ce jeu illusoire, il ne restera que des cendres.

« La tentation » possède une grande force attractive, mêlant à la fois roman noir et roman familial.
Du grand art, point barre.

Fanny

Alerte ! Bombe littéraire !

Un grand, grand roman noir comme les Français savent peu en faire. Un presque huis-clos qui se révèle partie après partie grâce à une construction narrative brillante, des filtres successifs ajoutant de l’épaisseur, des précisions à une histoire familiale complexe et à un règlement de compte sur fond de chasse en moyenne montagne.

Complètement happée aux côtés de François dans ces quelques jours où la tension monte irrémédiablement, je n’ai pu que dévorer le roman d’une traite, impossible de me dégager de l’atmosphère si particulière que Luc Lang met en place.

Amis lecteurs, lisez-le ! Il me semble qu’on en entend trop peu parler dans cette rentrée et pourtant c’est assurément un des meilleurs textes que j’aie lu jusqu’ici.

Merci à l’ami facebook qui m’a donné envie de me jeter sur ce livre grâce à sa critique, s’il se reconnaît qu’il se manifeste, j’ai oublié de qui il s’agit…

Aurélie.

Des souris et des hommes, John Steinbeck (Folio), par Seb

« Au soir d’un jour très chaud, une brise légère commençait à frémir dans les feuilles. L’ombre montait vert le haut des collines. Sur les rives sablonneuses, les lapins s’étaient assis, immobiles, comme de petites pierres grises, sculptées, et puis, du côté de la grand-route, un bruit de pas se fit entendre, parmi les feuilles sèches des sycomores. Furtivement, les lapins s’enfuirent vers leur gîte. Un héron guindé s’éleva lourdement et survola la rivière de son vol pesant. Toute vie cessa pendant un instant, puis deux hommes débouchèrent du sentier et s’avancèrent dans la clairière, au bord de l’eau verte. »

Chère lectrice, cher lecteur. Je ne vais pas en faire des tonnes avec ce roman. Pas besoin. Si tu le lis, tu sauras pourquoi. Si tu l’as déjà lu, alors tu sais. Durant les à peine 180 pages de ce livre j’ai vraiment eu la sensation d’être un vagabond. Le troisième larron invisible et muet qui accompagnait Lennie et Georges. J’ai marché avec eux le long des routes pulvérulentes et écrasées de soleil, j’ai arpenté les chemins de cailloux et de hautes herbes où glissaient en silence des serpents gris. Comme eux, je me suis arrêté sur un talus, soufflant après un raidillon trop long, et j’ai laissé mon regard galoper sur les espaces devant moi, les champs et les cultures, les alignements de fruitiers dont les branches croulaient sous l’effort et le poids. Je me tenais toujours en retrait de ces deux amis. Lennie, un géant un peu lent, un simplet au cœur gigantesque, un Ogre à l’âme d’enfant, et Georges, sec comme un coup de trique, tout ramassé en lui-même, le cerveau allant plus vite que ses jambes. Un bien étrange attelage.

Ces deux-là se sont bien trouvés, pour sûr. Ils sont aussi bien assemblés qu’une chèvre et un T-rex. Mais ça fonctionne. L’amitié a des secrets qui doivent rester secrets, elle emprunte des chemins qui n’existent que lorsque qu’on y a fait un pas, puis deux. Je me suis mis dans leur sillage il n’y a pas si longtemps que ça. D’abord je les ai entendus. J’étais allongé dans un pré et je regardais la course des nuages avec un brin d’herbe entre les dents. Ils parlaient fort, comme s’ils n’avaient jamais envisagé que quelqu’un d’autre habite ce pays. Ils se disputaient, une histoire de fille je crois. Le grand balèze, Lennie, avait posé ses grosses pattes lourdes sur les hanches de la donzelle, ou sur sa robe, je ne sais plus trop. Ensuite ils se sont calmés, et ils ont laissé leurs rêves prendre le pouvoir. Ils ont laissé libre cours à leur imagination et à l’espoir. Lennie a parlé de lapins, et Georges acquiesçait à chaque fois. Lennie parlait d’une petite maison et d’un potager, et Georges acquiesçait toujours. Ils ont ajouté des poules qui pondaient beaucoup d’œufs, et puis aussi un horizon assez court, barré par des petites collines vertes d’où dégringolait un ruisseau jamais asséché. Ils se racontaient comment, bientôt, ils seraient bien le soir, sur le porche, le cul dans leur fauteuil à écouter les insectes crissant dans le crépuscule qui ramperai et avalerai les arbres, les champs, le potager et les lapins.

Lennie demanda pour au moins la dixième fois à Georges s’il le laissera s’occuper des lapins. À la fin Georges soufflait parce que Lennie le fatiguait. Lennie est un colosse qui érode à force de questions redondantes. C’est un enfant prisonnier d’un corps trop grand pour lui, un corps avec des bras tellement pleins de force qu’il peut faire le boulot de trois hommes normaux. Lennie ne sent pas sa puissance. Souvent ses caresses sont des coups mortels. Ça lui arrive souvent ce genre de problème. Il caresse une souris qu’il a attrapé et d’un coup la souris est morte. Alors Georges se fâche tout rouge, mais ça ne dure jamais longtemps parce que Georges donnerait sa vie pour Lennie.

Dans cette Amérique des années 20 et 30, où des hordes de gens en hardes sillonnent les contre-allées de la Californie, quand on a un véritable ami avec qui partager ses rêves et regarder les étoiles en respectant le silence qui donne encore plus de valeur à l’instant présent, on peut se dire qu’on est malgré tout chanceux, même avec trois dollars en poche et aucune idée de ce que sera le prochain jour qui se fabrique dans la marmite de la nuit.
Lennie et Georges n’ont presque rien. Un vieux baluchon contenant une ou deux conserves, une couverture chacun, un vêtement de rechange, un couteau, des bricoles. Mais ils peuvent compter l’un sur l’autre et ça, ça n’a pas de prix. L’un travaille dur et l’autre réfléchit pour deux. Et il ne leur viendrait pas à l’idée de se quitter ou de se trahir, non, jamais cette drôle d’idée n’a traversé leur esprit.
Souvent le soir, toujours en retrait, je les observe. Ils sont un peu gauches dans leurs gestes, un peu empruntés, surtout Lennie qui bouge dans un corps trop grand pour son esprit. Mais j’attrape leurs regards, quand ils se posent sur l’ami qui dort, ou bien qui se lave au bord du ruisseau. Les yeux de Lennie quand Georges parle et explique des choses, ça vaut tout l’amour du monde. Ce sont les yeux d’un enfant qui écoute une personne plus haute que la lune.
Et puis il y a le timbre de leurs voix, ça ne trompe pas le timbre. Du miel et de l’amitié, il y en a dans leurs voix, des pichets entiers.

Je ne suis pas près d’oublier Lennie et Georges. Et Crooks non plus. Crooks le noir, le nègre qui vit dans un recoin de grange, qui sait parfaitement la place que ce monde-là lui réserve, Crooks heureux d’avoir seulement une place. John Steinbeck écrivait à l’époque de Faulkner, deux géants, deux écritures différentes. Quand l’un écrivait sur ce sud qu’il adorait et connaissait si bien, sur cette société complexe bâtie sur l’esclavage, sur ces désespérés bouffés par leurs sentiments violents, l’autre écrivait d’une manière plus politique. Steinbeck ne dénonçait pas la misère, il la montrait, il vous faisait endosser les haillons, dormir dans la paille ou à la belle étoile, endurer la faim, l’extrême fatigue d’un travail très mal payé. La politique du moins disant.

Les personnages de John Steinbeck parlent comme ils doivent parler, ils s’expriment avec des accrocs, mangent des mots faute de pain sans doute. Ils optent pour le silence plutôt que lever le voile sur leurs sentiments profonds. Mais si leurs paroles ont des blancs leurs actes eux, ne mentent pas.
Dans ce roman âpre et singulier, vous trouverez toute la grandeur humaine et toute sa petitesse. Le tout pétri et mélangé par un boulanger hors-norme.
Comme le dit Joseph Kessel dans son excellente préface : ce livre est bref. Mais son pouvoir est long.

Traduit de l’américain par Maurice-Edgar Coindreau

Seb.

Miss Islande, Audur Ava Olafsdottir (Zulma), par Fanny

Voici un petit bijou littéraire qui porte en lui un charme fou. Quel plaisir de retrouver Ólafsdóttir (traduction Eric Boury) dans toute la finesse de son écriture et de son atmosphère.

Nous sommes dans les années soixante lorsqu’ Hekla, vingt et un ans, débarque à Reykjavík avec, sous les bras, sa machine à écrire et une petite valise.

Hekla, dont le prénom est emprunté à celui d’un volcan actif situé dans les Hautes Terres d’ Islande, va vers son destin d’auteure, sans esbroufe ni délire égotique : elle y va, portée par son art et son amitié pour Jón et Ísey.
Lui rêve d’Ailleurs avec un A majuscule pour le porter sur ses ailes, car Jón adore la couture et les hommes dans un pays où la société islandaise ne peut supporter ce genre de « fantaisie ». Elle, tendre amie d’enfance, rédige secrètement son journal de bord, petite merveille poétique sans en avoir l’air… ce qui en fait toute sa beauté; Ísey est déjà mère de famille à dix-huit ans, tout à fait dans le cadre de l’époque.

Avec une tendresse éblouissante pour ses personnages, Ólafsdóttir nous peint cette Islande conservatrice et corsetée des années soixante qui assène à ses enfants sauvages « Sois belle et tais-toi » ou « Tu seras un homme mon fils ».

Hekla a un père aimant passionné par les volcans, elle possède cette force qui lui dira de ne jamais être cette « Miss Islande » bonne à marier, mais d’y aller, de déployer ses ailes d’écrivain.
Jón a une faille en lui, part sur les bateaux de pêche juste pour pouvoir vivre un quotidien devenu trop étriqué pour lui.
Ísey regarde en face sa condition et puise dans cette vie de foyer l’essence même de son art, sans le reconnaître.

J’ai embarqué totalement auprès d’eux, leur langage, leur corps, leurs questionnements, leurs aventures, leur inconstance, leur bravoure.

« Miss Islande » est un roman lumineux qui m’a transporté sur ses sentiers de traverse, ceux qui donnent envie de croire en ses rêves et en l’accomplissement de sa vie.
Un petit miracle à lui tout seul.

Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle, Rohan O’ Grady (Monsieur Toussaint Louverture), par Lou

Tu sais boï des fois t’es pris de doutes du genre « est ce que quand ch’rai grand ch’frai le même métier que maintenant et tout ? ». J’veux dire ça fait dix ans que tu traverses les saisons et son lot de rituels alors forcément ça fait que des fois tu peuxte poser certaines questions. 

Dans ces moments là t’as juste à ouvrir un livre comme celui-ci pour te dire que tu fais un putain de métier. Que si t’as l’opportunité de pouvoir conseiller un livre comme ça et que ça apporte à un gosse ou à ceux qu’ont pas forcément encore envie de grandir encore un peu de courage pour tenir bon. Bah t’auras tout gagné. 

Il faut pas grand chose pour que ça rime avec beaucoup. Les ingrédients c’est tout zob. Tu prends des gosses insupportables, tu les fous sur une île, tu leur plaques un lot d’adultes toujours le cul entre deux chaises entre le sentiment de vouloir bien faire et les émotions réelles d’avoir envie de claquer la gueule à des mioches. Un animal noble, assassin forgée par la Nature à qui on peut rien reprocher. Un oncle affable prêt à tout pour mettre la main sur un pactole de petit orphelin héritier. 

Et boum. À la vie à la mort. 

J’veux dire tu peux pas t’empêcher de penser à Moonrise Kingdom de Wes Anderson, et ce livre ayant été écrit au milieu des 60’s et ayant été un classique de la littérature jeunesse, c’est obligé que Wes l’ait lu. Pour les connections entre ses personnages, la façon dont se déroule l’histoire. La mise en place du décor. Ça fait penser à Sa Majesté des Mouches aussi en beaucoup moins cruel of course, avec un soupçon du Club des Cinq (celle là je la dois à Julien, je suis trop jeune pour avoir connu le Club des Cinq, alors je préfère rester humble devant mes aînés beaucoup plus vieux et dire que c’est grâce à eux que mes perceptions s’élargissent).

Ah et tu croyais que Lemony Snicket c’était un génie avec ses histoires des Orphelins Baudelaire ? Bah même si oui ok c’en est un je te l’accorde boï tu peux être sûr qu’il a du croiser la route de Rohan O’Grady aussi tellement c’est dingo et évident les passerelles entre les deux et tout.

Toujours est-il qu’entre 3 épisodes de Stranger Things, des envies de bouffer Game of Thrones jusqu’à la moelle, j’ai savouré Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle comme un choppe un sac de bombec, qu’on retourne le sac vide une fois qu’ils ont été bouffé, qu’on fait tomber tout le sucre et l’acide au fond de sa gorge pour que ça dure le plus longtemps possible. 

À ranger à côté du légendaire Watership Down en espérant que les publications dans cette collection sortiront plus vite quand même. 

Holy shit que c’était bon !

See you next time,

Besos

Traduit par Morgane Saysana.

Lou.

La Machine, Emanuel Dadoun (La Manufacture de Livres), par Le Corbac

Livre on ne peut plus surprenant construit à la fois comme une enquête et comme un roman d anticipation, La Machine ne laisse pas son lecteur insensible.
Véritable ingénieur littéraire, Emanuel Dadoun fabrique La Machine avec la minutie et la précision d’un maître horloger suisse.
Chaque pièce est positionnée avec précision et délicatesse où il se doit, les rouages sont parfaitement huilés, la mécanique ronronne sous la plume de l’auteur dans un tic tac mécanique de bon augure, promettant tension et questions. Petit à petit,  La Machine prend forme et révèle tout le machiavélisme d’Emanuel Dadoun.
Ce roman, à la précision d’orfèvre, est une véritable prouesse technique, mêlant habilement le vrai et le faux, l’onirisme et le réalisme mécanique d’une vie passée et pourtant en devenir.
La Machine c’est une horlogerie de précision, une montre parfaite, un objet conceptuel fabriqué avec soin dans un souci clairement affiché d’exercice de style.
Sous la plume parfaite d’Emanuel Dadoun, La Machine se réveille, se révèle et nous emmène dans les tréfonds tortueux et torturés de l’esprit humain.
Le Corbac va reprendre ses études et fabriquer des coucous bientôt.

Le Corbac.