Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle, Rohan O’ Grady (Monsieur Toussaint Louverture), par Lou

Tu sais boï des fois t’es pris de doutes du genre « est ce que quand ch’rai grand ch’frai le même métier que maintenant et tout ? ». J’veux dire ça fait dix ans que tu traverses les saisons et son lot de rituels alors forcément ça fait que des fois tu peuxte poser certaines questions. 

Dans ces moments là t’as juste à ouvrir un livre comme celui-ci pour te dire que tu fais un putain de métier. Que si t’as l’opportunité de pouvoir conseiller un livre comme ça et que ça apporte à un gosse ou à ceux qu’ont pas forcément encore envie de grandir encore un peu de courage pour tenir bon. Bah t’auras tout gagné. 

Il faut pas grand chose pour que ça rime avec beaucoup. Les ingrédients c’est tout zob. Tu prends des gosses insupportables, tu les fous sur une île, tu leur plaques un lot d’adultes toujours le cul entre deux chaises entre le sentiment de vouloir bien faire et les émotions réelles d’avoir envie de claquer la gueule à des mioches. Un animal noble, assassin forgée par la Nature à qui on peut rien reprocher. Un oncle affable prêt à tout pour mettre la main sur un pactole de petit orphelin héritier. 

Et boum. À la vie à la mort. 

J’veux dire tu peux pas t’empêcher de penser à Moonrise Kingdom de Wes Anderson, et ce livre ayant été écrit au milieu des 60’s et ayant été un classique de la littérature jeunesse, c’est obligé que Wes l’ait lu. Pour les connections entre ses personnages, la façon dont se déroule l’histoire. La mise en place du décor. Ça fait penser à Sa Majesté des Mouches aussi en beaucoup moins cruel of course, avec un soupçon du Club des Cinq (celle là je la dois à Julien, je suis trop jeune pour avoir connu le Club des Cinq, alors je préfère rester humble devant mes aînés beaucoup plus vieux et dire que c’est grâce à eux que mes perceptions s’élargissent).

Ah et tu croyais que Lemony Snicket c’était un génie avec ses histoires des Orphelins Baudelaire ? Bah même si oui ok c’en est un je te l’accorde boï tu peux être sûr qu’il a du croiser la route de Rohan O’Grady aussi tellement c’est dingo et évident les passerelles entre les deux et tout.

Toujours est-il qu’entre 3 épisodes de Stranger Things, des envies de bouffer Game of Thrones jusqu’à la moelle, j’ai savouré Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle comme un choppe un sac de bombec, qu’on retourne le sac vide une fois qu’ils ont été bouffé, qu’on fait tomber tout le sucre et l’acide au fond de sa gorge pour que ça dure le plus longtemps possible. 

À ranger à côté du légendaire Watership Down en espérant que les publications dans cette collection sortiront plus vite quand même. 

Holy shit que c’était bon !

See you next time,

Besos

Traduit par Morgane Saysana.

Lou.

La Machine, Emanuel Dadoun (La Manufacture de Livres), par Le Corbac

Livre on ne peut plus surprenant construit à la fois comme une enquête et comme un roman d anticipation, La Machine ne laisse pas son lecteur insensible.
Véritable ingénieur littéraire, Emanuel Dadoun fabrique La Machine avec la minutie et la précision d’un maître horloger suisse.
Chaque pièce est positionnée avec précision et délicatesse où il se doit, les rouages sont parfaitement huilés, la mécanique ronronne sous la plume de l’auteur dans un tic tac mécanique de bon augure, promettant tension et questions. Petit à petit,  La Machine prend forme et révèle tout le machiavélisme d’Emanuel Dadoun.
Ce roman, à la précision d’orfèvre, est une véritable prouesse technique, mêlant habilement le vrai et le faux, l’onirisme et le réalisme mécanique d’une vie passée et pourtant en devenir.
La Machine c’est une horlogerie de précision, une montre parfaite, un objet conceptuel fabriqué avec soin dans un souci clairement affiché d’exercice de style.
Sous la plume parfaite d’Emanuel Dadoun, La Machine se réveille, se révèle et nous emmène dans les tréfonds tortueux et torturés de l’esprit humain.
Le Corbac va reprendre ses études et fabriquer des coucous bientôt.

Le Corbac.

Premier arrêt avant l’avenir, Jo Witek (Actes Sud junior), par Aurélie

Jo Witek ne prend jamais les chemins les plus courts avec sa plume. Elle questionne, remet en cause, titille la conscience collective, éclaire les tourments adolescents, fouille des personnages victimes de leur environnement social, leur donne la force d’être fiers de ce qu’ils sont.

C’est dans le train pour Paris que Pierre reçoit d’une jeune femme inconnue le meilleur conseil de sa vie : « reste comme tu es, distrait, rêveur et confiant en l’être humain ». Pour ce tout jeune bachelier qui s’apprête à entrer dans la meilleure prépa de France après des années d’obéissance et de travail acharné, cette phrase agit comme une déflagration. C’est la 1re fois qu’on lui conseille d’être lui-même et non de se plier à ce qui est le mieux pour lui, fils de maçon doué pour les études. Commencent alors quelques folles journées qui, en plus de lui proposer un éveil à l’amour et aux autres, remettent en question sa vie déjà bien rangée et toute tracée.

Parenthèse ou changement de cap ? Vous le découvrirez en lisant cet excellent roman, fruit de la magnifique rentrée ado d’Actes Sud junior.

Aurélie.

Archives des enfants perdus, Valeria Luiselli (L’Olivier), par Fanny

Il est des livres que je mets du temps à quitter, tant l’impression est forte. Voici une histoire qui est une expérience littéraire, une plongée dans plusieurs mondes, une odyssée touchante, intime, universelle.

Valeria Luiselli (traduction Nicolas Richard) nous entraine sur l’histoire d’un couple recomposé, deux documentaristes tombant en amour lors d’un projet commun, celui d’enregistrer le paysage sonore de New-York.
J’ai déjà adoré l’inventivité de ce début par les sons, le rythme, l’ambiance de cette ville.

Les voici rapidement à quatre, un homme, une femme, un petit gars et une p’tite chouette, cette nouvelle vie ensemble, les sons familiaux comme un ronronnement réconfortant pour chacun.
Et puis le temps, les réflexions plus denses sur les nouvelles envies professionnelles,leurs ouvertures à d’autres thématiques au travers de la pulsation de la société américaine d’aujourd’hui, sa politique migratoire notamment.

Lui veut se concentrer sur les derniers peuples libres ayant résister aux Blancs, les grands chefs Cochise et Géronimo.
Elle se plonge dans les articles de fond dédiés aux enfants réfugiés, voulant aller au delà de l’exercice de façade du tribunal de l’immigration de New-York.

Leurs projets s’extériorisent hors de la Grosse Pomme tandis que leur vie de couple s’étiole.

Luiselli nous transporte alors dans le « vrai », l’épine dorsale de ce pays de migrants que sont les États-Unis tout en nous parlant, avec délicatesse, de la fin intime de deux personnes qui se sont tant aimés.
Mais avant de formuler cette séparation, ils décident tous deux d’organiser une aventure, celle qui les portera sur leurs territoires respectifs de recherche, vers le Nouveau-Mexique, leurs enfants à bord.
Je suis partie avec eux, dans cette voiture qui faisait défiler les kilomètres, les paysages de plus en plus nus, l’esprit ouvert aux vents, aux questionnements, aux enfants perdus, à l’écho des Chiricahuas.

Luiselli m’a fait vivre une aventure qui sort des sentiers battus, m’offrant des tableaux sonores qui touchent au plus profond de l’âme humaine.
Se laisser aller à ce roman a été une des plus belles choses que j’ai pu vivre de cette rentrée littéraire (même si celle-ci n’est pas finie…). Être bousculée au cœur, ressentir l’innocence de la beauté de ce monde, tout comme sa folie destructrice.

« Entendre est une manière de toucher à distance » reprend l’auteure à Murray Schafer. Alors j’ai entendu, lu, touché et penser si fort à ces enfants qui partent dans ce désert, un numéro de téléphone parfois inscrits sur leurs cols, espérant rejoindre une famille, un espoir.

J’ai aussi écouté ces deux enfants, ceux de la banquette arrière, avec eux aussi leur empreinte de vie, leurs doutes, leurs peurs, leurs observations directes face au dos de ce couple qui s’efface au fur et à mesure du périple.
Eux, frère et sœur pour toujours, « Ground Control » et « Major Tom » dans leur « Space Oddity », loin de leurs zones de confort. Ils explorent aux aussi.

Ce roman touche à la philosophie, la morale, la politique, pour nous raconter l’abandon et la souffrance des enfants perdus. Et tout cela avec une telle intensité que j’en ai encore les larmes aux yeux.

« Archives des enfants perdus » est un roman contemporain, fort, riche, qui porte longtemps en nous son écho et donne envie d’envoyer basculer ces frontières absurdes qui usent les âmes et aiguise l’absurdité humaine.

-Un-très-grand-roman-

Fanny.

Les Attracteurs de Rose Street, Lucius Shepard (Le Bélial), par Le Corbac

Bienvenue à Londres, mais pas n’importe lequel ! Celui de la fin du XIXème, celui qui suinte la misère sociale, celui qui transpire les déviances et déficiences des populations des plus bases strates sociales, celui de l’ombre omniprésente dans les bas quartiers et de la luminosité rayonnante des plus riches, de ceux qui se croient meilleurs parce bien nés.
Le Londres des nouveaux progrès de la psychanalyse, de l’aliénisme ; celui de l’abjection, de l’hypocrisie sociale, des moins que rien qui donneraient un rein pour un quignon de pain, qui vendraient leurs enfants pour une soupe.
Le Londres où l’industrialisation et l’urbanisation à outrance laissent en rade les mécréants et les pauvres, celui qui piétine l’infâme populace des pauvres, des putains, des mendiants, des indigents et autres rebus de la société.
Merci Dickens, Shelley et consorts… Nous voici plongés dans une période où l’obscurantisme scientifique rime encore avec l’évolution capitaliste du nom, de la renommée et du titre.
Ici, point de salons guindés, aux décors somptueux, souvenirs passés et passant des grandes heures de l’expansion de l’Empire, dans lesquels ces messieurs bien habillés sirotent avec délectation leur brandy, fumant leurs cigares importés à la sueur des esclaves de leurs colonies en devisant allègrement des derniers potins du parlement.
Avec Lucius Shepard, nous sommes dans le gothique, dans l’Hospice, dans les mauvais quartiers, dans les bordels et dans les maisons hantées.
Mélangeant adroitement sciences et fantômes, l’auteur nous plonge avec violence dans la noirceur de l’époque, dans les ténèbres de l’être humain. De prime abord, la mise en place nous pousse à la dépression et à une mélancolique toute romantique, nous faisant nous demander s’il n’en fait pas trop. Que nenni, bien au contraire ! L’ambiance, le cadre sont totalement en adéquation avec le récit et son rythme. Tout y est pesant, affligeant et lourd ; rien ne semble mener à une once d’espoir, tout y est morbide, avilissant et pourtant (ou justement plutôt) totalement romantique.
Ce jeune aliéniste en quête de la reconnaissance de ses pairs et prêt à tout pour se faire un nom, ce brave inventeur de génie, qui cherche à construire des machines pour dépolluer la ville, ces deux jeunes femmes, ex-prostituées qui le secondent et tiennent sa maisonnée- pardon l’ancien bordel tenu par sa défunte sœur mystérieusement décédée… que c’est beau et glauque à souhait !
Dans cette sombre histoire de fantômes, plus qu’une maison, ce sont les hommes qui sont hantés. Les remugles du patriarcat, du conservatisme victorien et du machisme envahissent l’air plus que la suie des industries de ces braves notables si persuadés de leur bon droit. La bassesse humaine n’a d’égale dans ces quelques 128 pages que la beauté- parfois malsaine- de l’Amour.
Nous promenant allègrement sur les toits de Londres, dans ses ruelles obscures et dans les pièces silencieuses et pourtant si riches de vie de cette vieille demeure, Lucius Shepard nous emmène à plonger dans ce que l’homme (oui oui l’homme, le mec, le type, le genre masculin quoi) a de plus vil et de plus malsain. Même le beau y est sali, même les sentiments y sont noircis, même les émotions y sont vicieuses et perverses.
Cette novella s’adresse clairement aux amateurs de fantastique, mais attention pas celui d’Herbert, de Saul ou de King… non, plutôt celui d’une Anne Rice, d’une Poppy Z. Brite ou d’une Jeanne Faivre d’Arcier. Pas de gore, ni de tripes ; pas d’effets de style ou de rebondissements recrudescents pour nous tenir en haleine… juste les bons mots pour nous plonger dans cette ambiance gothique et romantique à souhait qui va nous tenir en haleine le temps de quelques heures, le temps d’enquêter sur le spectre de cette sœur, sur les méfaits de l’argent et de l’éducation quand ils sont mis au service de nos déviances et nous donnent ce sentiment de détenir le pouvoir absolu, nous autorisant à tous les excès sans aucun respect de l’être humain que nous avons en face de nous.
Un très bon roman écrit avec cœur, passion et emplis de frissons.
Le Corbac n’est pas prêt d’aller à Londres…

 Traduction Jean-Daniel Brèque.

Le Corbac.

Les Furtifs, Alain Damasio (La Volte), par Lou

Olololo minou t’as l’air de quoi du haut de tes cinq pommes et la dernière page des Furtifs entre les mains avec un peu d’eau de tes yeux dessus ? Pas de l’eau de la triste, de l’eau du beau. Genre putain minou c’est fou quand même.

Tu vois j’avais rien bité quand j’avais essayé La Horde du Contrevent. Genre vraiment rien, alors quand Plume m’a sorti tout de go Loubard faut que tu lis ça avec des screens à l’appui à me rendre dingo j’ai dit banco.

Je regrette tellement pas. C’est comme une réinvention des Pokemon mais en mille fois plus loco. Alain Damasio c’est un magicien des mots, même des fois il fait de la philo. Il te place face à tes perceptions, à tes moyens de communiquer, de se fondre dans le décor, de furtiver et de jouer avec les mots comme un gosse le ferait. 

La claque à Dallas je te jure. 

C’est Lorca tu vois c’est un gars qui est dans une unité spéciale de l’Armée et qui doit chopper des Furtifs (des genres de bestioles mi animales mi environnement qu’on voit pas et qui communiquent chelou chelou). Lorca il s’est fait prendre dans cette unité parce qu’il est super déter à cause que sa petite fille elle a disparu et que c’est impossible qu’on l’ait enlevé. Lui il croit dur comme nerfs que sa petite elle est devenue une furtive. 

En fait c’est un prétexte, mais un prétexte intelligent, pour écrire tout un tas de trucs sur l’anticipation. Sur les questions qu’on peut se poser. Sur le fait qu’on pense tous qu’à cause des technologies on finira peut-être cyborg mais si l’évolution elle était écologique et qu’on se transformerait grâce à l’environnement. Ça ferait quoi dans un monde pro très pro libéral où tout le monde semble être sorti d’un 1984 facebooké ? 

Je te jure. L’anticipation ça me rend parano souvent, limite je deviens anarchiste de la dernière heure et pour deux secondes avant de redescendre après je deviens aigri et j’me mets à douter de tout. Mais là j’ai des trémolos dans le gosier et l’impression d’avoir augmenté mes capacités neuronales. 

Ça veut pas dire que je vais devenir quelqu’un de bien ou quoi, je considère pas Damasio comme un chef spirituel ou un gourou. Mais les questions qu’il pose, sont vraiment tip top si tu veux tout savoir, et les réponses encore plus. 

Je regrette tellement pas de m’être fardé ce mastard de 700 pages. C’était beau, c’était intense, c’était joyeux, c’était triste c’était tellement tout et fou. 

M’est avis que même dans ma façon d’écrire j’vais invoquer aussi. Ça te laissera pas un des débiles, c’est sûr. 

J’fais mon malin mais y’a un paquet de lascars qu’ont déjà lu La Horde alors j’moufte pas tellement mais si tu veux un bon conseil, lis ce pavé et prends ton pied.

Si t’es comme moi et que c’est ton premier Damasio même s’il est « accessible », va falloir t’faire à tout un langage de geeks et de néologismes minou mais c’est pas si ardu si tu veux mon avis, vu que j’ai réussi à comprendre pas mal de trucs. 

C’était tellement dingo j’en reviens pas que ce soit déjà terminé. 

Ouh yeah. 

Besos .

Lou.

Des vies débutantes, Sébastien Verne (Asphalte), par Yann

Pari osé que celui des éditions Asphalte qui ont décidé de ne publier qu’un titre pour cette rentrée littéraire, premier roman d’un auteur dont on saura seulement qu’il vit à Lyon. Peu importe, l’essentiel est ailleurs, dans ce texte ramassé sur moins de 200 pages, au titre évocateur et poétique.

On y fait la connaissance d’Adrien, jeune français installé aux Etats-Unis, chauffeur de taxi dans le Wisconsin, pour les rencontres et la paie, photographe par passion. Grâce à une de ses photos prise chez un client, il est embauché dans le centre photographique de Rockport, Maine, où il fera la rencontre de Gloria, responsable de la galerie, et de Travis, photographe également, qui l’entraîne dans de menus trafics jusqu’au jour où les acolytes vont viser un gros coup.

Construit en trois parties, Des vies débutantes démarre donc dans la ville de La Crosse, Wisconsin et permet à Sébastien Verne de décrire le bourg et certains de ses habitants, à travers l’objectif d’Adrien, fasciné par ce monde et les personnages qui y vivent, ces « nighthawks » chers à Edward Hopper comme à Tom Waits. Adrien y fait son apprentissage de la vie américaine et prend la mesure des destins qui l’entourent. Subjugué par la mythologie locale, il s’y frottera involontairement en ayant pour cliente (qu’il ne verra jamais) Mme Dahmer, mère du tristement célèbre Jeffrey, effroyable tueur en série de la fin des années 80. Ce sera pour lui l’occasion de réaliser une série de clichés grâce auxquels il sera embauché à Rockport.

« Il photographie beaucoup, tente de saisir cette Amérique arc-boutée sur une culpabilité éternelle, lointain héritage des premiers arrivants mus par la foi et la rage d’installer leurs vies dans ces terres froides du Wisconsin. »

Le récit se poursuit dans le Maine et, à travers de nouvelles et cruciales rencontres, le destin d’Adrien va basculer progressivement jusqu’à faire de lui un fugitif, un homme qui retourne en France et s’y cache durant une vingtaine d’années. C’est un mail de Gloria qui va le sortir de l’espèce de torpeur dans laquelle il s’est laissé aller ces dernières années et le pousser à traverser à nouveau l’Atlantique pour retrouver cette femme qu’il a toujours regrettée. Mais il reste encore un prix à payer pour effacer cette erreur de jeunesse commise avec Travis et Adrien va devoir faire des choix.

Des vies débutantes est un hommage de l’auteur à ces Etats-Unis qui manifestement le fascinent, l’hypnotisent. Les grands espaces, ce pays neuf où tout semble encore être à faire, sont synonymes de liberté et c’est bien ce que cherche Adrien, avec la fougue de sa jeunesse et une envie de vivre autre chose qu’une existence morne et étriquée dans son pays d’origine. Alors, malgré quelques maladresses dans la narration et une écriture qui manque parfois de relief, Sébastien Verne parvient à embarquer le lecteur avec lui en parlant autant d’Amérique que de photographie, de liberté que d’apprentissage et réussit donc son pari avec ce premier roman qui, sans aucun doute, en appelle d’autres. Une nouvelle réussite donc pour Asphalte, qui poursuit ainsi son aventure éditoriale en dehors des sentiers battus.

Yann.

Zébu boy, Aurélie Champagne (Monsieur Toussaint Louverture), par Fanny

Aurélie Champagne porte en elle une langue et, pour un premier roman, c’est déjà remarquable. Et quand, en plus, l’histoire marque le pas et vous emporte, alors là, c’est coup de cœur !

Zébu Boy fut un valeureux garçon vacher, lors des combats, il s’opposait à la bête, la faisait résister, plier. Zébu Boy reste toujours ce beau garçon à la stature imposante, au regard profond. Zébu Boy partit un jour à la guerre pour la « Très Grande France », qui lui prit ses amis, sa fierté, jusqu’à ses godillots.
Ambila revient à Madagascar, son pays, en Mars 1947.
Il veut recoudre son histoire, recréer le troupeau qui faisait la fierté du père. Peut-être pour ressentir de nouveau la force d’être vivant, appartenant à une terre.
Ambila fait alors le plein d’aody, des remèdes ancestraux comme colliers porte-bonheur selon la circonstance. Il les vendra aux plus nécessiteux d’esprits forts, aux plus offrants surtout.

Zébu Boy veut renaître et nous emporte dans sa quête. Il nous embarque comme il embarquera son partenaire d’aventure, Tantely, à la main blessée à cause d’un amour déçu.

Nous voilà sur les routes à l’heure où l’insurrection gronde.
J’y ai découvert tout un pan de l’histoire malgache que je ne connaissais pas.
Le 29 Mars 1947, une jacquerie sanglante fait face au pouvoir colonial, Madagascar veut sa liberté, la revendique à coup de sagaies, de machettes et d’amulettes.

Le destin d’Ambila le pose sur cet instant alors que résonne encore en lui l’écho effroyable de la guerre. Les images se superposent et agitent notre héros.

Aurélie Champagne nous transporte avec Ambila par Zébu Boy : sur un même tempo, le passé récent violent entrelace le présent rageur.
La tension monte, les réminiscences se font plus vives, happée je fus, car « Zébu Boy » est un roman qui devient une odyssée, un chant, un cri.

Voici une histoire qui tatoue l’esprit pour en faire, de nouveau, une publication puissante des éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Fanny.

La Petite sonneuse de cloches, Jérôme Attal (Robert Laffont), par Aurélie

Voilà un roman promptement lu ! Embarquée par l’esprit pétillant de Chateaubriand dans les rues de Londres en 1793, j’ai vogué de traits d’esprits en flamboyantes déclarations d’amour, tout cela parce que l’imagination de Jérôme Attal s’est emballée suite à la découverte de la trace d’un baiser à peine évoqué dans les Mémoires d’outre-tombe.

Drôle et tendre bien que sur fonds de famine et de digne pauvreté, ce roman m’a paru parfois bien proche d’une pièce en 4 actes pleine de rebondissements. Un délice !

On cherche souvent au moment de la rentrée littéraire LE livre qui nous fera sourire avec intelligence. Je pense l’avoir trouvé pour vous.

Aurélie.

Le Prix Polar des Blogueurs

Ce n’est pas tellement dans notre genre de participer à des prix, mais allez savoir pourquoi quand Léa nous a proposé de nommer un polar français et un polar étranger (chacun), toute l’équipe était partante ! Accrochez-vous donc, voici les nominés dans la catégorie Polar selon les Unwalkers.

Sélection polars français

Le boss : Ma douleur est sauvagerie de Pierric Guittaut (Ed. Equinox – Les Arènes)

Le Corbac : Rafales de Marc Falvo (Ed. Lajouanie)

Yann : Le Cherokee de Richard Morgiève (Ed. Joëlle Losfeld)

Fanny : Les mafieuses de Pascale Dietrich (Ed. Liana Levi)

Aurélie : Dans l’ombre du brasier d’Hervé Le Corre (Ed. Rivages/Noir)

Lou : Né d’aucune femme de Franck Bouysse (Ed. La manufacture de livres)

Roxane : Prémices de la chute de Frédéric Paulin (Ed. Agullo)

Sélection polars étrangers

Le Boss : Nuits Appalaches de Chris Offutt – traduction Anatole Pons – (Ed. Gallmeister)

Le Corbac : Les spectres de la terre brisée de Craig Zahler – traduction Janique Jouin de Laurens – (Ed. Gallmeister)

Yann : Willnot de James Sallis – traduction Hubert Tézenas – (Ed. Rivages/Noir)

Fanny : Un silence brutal de Ron Rash – traduction Isabelle Reinharez – (Ed. Gallimard)

Aurélie : Les mains vides de Valerio Varesi – traduction Florence Rigollet – (Ed.Agullo)

Lou : A sang perdu de Rae DelBianco – traduction Théophile Sersiron – (Ed. Seuil)

Roxane : Celles qui voulaient se souvenir de Kanae Minato – traduction Dominique Sylvain – (Ed. Atelier Akatombo)

C’était donc le premier tour, si vous nous lisez régulièrement vous ne serez pas surpris par nos choix ! Si vous ne vous rappelez pas pourquoi ils sont là relisez nos chroniques !

On vous reparle du second tour à partir du 30 septembre pour découvrir les 10 finalistes, on espère avec plusieurs de nos chouchoux, et pour plus d’informations sur le prix rendez-vous sur le site du Grand Prix des blogueurs Littéraires ou sur instagram, facebook etc !