La Rivière de Sang, Jim Tenuto (Gallmeister – Totem) par Le Corbac

Pour une fois je voudrais commencer par parler d’une autre personne que l’auteur. Oui, oui Monsieur Jacques Mailhos il s’agit de vous.
Je suis totalement incapable de lire en V.0 et je ne sais pas si je dois le regretter. En tout cas, il y a des moments de lecture durant lesquels on ne peut s’empêcher d’y songer.
Pourquoi? Juste parce que durant un instant on a ce sentiment de lire en VO ( comme à force de regarder des films en V.O sous-titrés, on finit par oublier qu’on lit et on se croit bilingue…).
Et cet instant on le doit à la qualité de la traduction.

Ce texte de Jim Tenuto m’a accroché aux zygomatiques. La justesse des bons mots, la qualité des échanges entre les personnages, ce rythme pseudo contemplatif qui nous hypnotise et nous emmène à suivre inlassablement cette mouche qui suit le cours de la Rivière de Sang.
Le ton est juste et on en entendrait presque les accents résonner à nos oreilles.

Le récit se place dans un lieu paradisiaque, un coin de paradis, le jardin secret des pêcheurs, le tout sous l’œil averti de Dahlgren Wallace.
Dahlgren Wallace… Un flegme à toute épreuve, un mordant dans la répartie, un sens de la sociabilité équivalent aux multiples hématomes ornant ses pommettes et surtout il est le roi de la ligne… Alors quand, brutalement, au point d’en effrayer les truites en perturbant le calme lénifiant de la rivière, les faisant se dissimuler dans les divers alluvions du fond, il se retrouve accusé du meurtre d’un client de son patron, il décide de laisser les poissons venir le flairer, le renifler, joli petit appât qui s’agite docilement au bout d’un hameçon.
Patiemment il va laisser la ligne se poser, les poissons venir mordre ou pas à chaque lancer. Il va corriger ses lancers, s’avancer parfois un peu trop loin dans le cours de la rivière, quitte à prendre le risque d’être submergé et de disparaître.

Jim Tenuto a su construire un roman noir et accrocheur, conçu comme une véritable partie de pêche: plusieurs hameçons, plusieurs lignes, divers lancer, différents moulinets et cannes variées. Amateurs ou professionnels, mythomanes ou objectifs, les pécheurs se succèdent aux fils des pages et des échanges.

Un roman paisible, addictif et empli de sérénité.
Encore…..

Le Corbac.

Traduction de Jacques Mailhos.

L’étoile du nord, D.B. John (Equinox, Les Arènes) par Le Boss

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Mis à part notre national Jean Luc Bizien, il n’y pas pas pléthore de polar se passant en Corée du nord, cela tombe bien bien ce n’en est pas un.

Alors ATTENTION DE NE PAS LIRE LA POST FACE OK !!!!!

On le dit, mais je me permets de vous le rappeler.

Plus c’est gros plus cela passe, cela doit être la devise des dictateurs coréens, l’auteur en a fait  sa devise pour le roman.

On notera un tournant dans la maison d’Aurélien Masson, ce livre diffère, enfin presque, reste le côté wild, des dernières productions. Beaucoup plus accessible que les autres, enfin jusqu’à la postface qui vous mettra en l’air

Bon, notre auteur va faire un tour dans ce pays, il en revient, merci, et il décide d’écrire un roman. Roman qui pourrait être porté à l’écran facilement.

Une bonne intrigue, un bon « thriller » avec espionnage, un one turn over page de qualité, mais pas que…

Je vais pas me casser et vous les casser  à vous faire un descriptif du scénario.

J’insisterai juste sur le fait que je n’avais pas envie de le lire, mais que finalement j’ai vite été pris. Si on ne décernera pas la plume d’or à l’écrivain, il y a un style qui va parfaitement au genre. Et c’est ce qu’on demande.

Après, sous couvert d’histoire d’espionnage, de personnes disparues, sur une histoire alambiquée, mais plus c’est gros plus ça passe, on découvre un pays qui au 21 ème siècle dépareille fortement..voire plus, crescendo. A se demander si tout cela est possible.

Quand la folie s’empare de dirigeants, avec une politique plus qu’efficace d’obéissance du peuple, on peut tout faire donc. Il en est de même avec les puissances étrangères, avec qui  le pays joue au poker.

Bienvenue donc dans ce pays, que n’auraient pas dénigré les nazis.

Très bon roman qui vous en apprendra plus que n’importe quel documentaire.

Mais attention ceci n’est peut être pas tout à fait un roman, certaines idées coréennes sont des armes de destruction massive.

Laissez votre cœur et vos idées préconçues sur la bonté humaine avant de lire.

Le Boss.

 

Le Pays des oubliés de Michael Farris Smith, Sonatine

Au pays de des désillusions et de « I’m in the mood » Michael est un roi. Le roi pour peindre des loosers.

Ces perdant merveilleux c’est avec art et humanité qu’ils nous les présentent et les fait vivre tout au long de ce récit.

Deuxième opus chez les oubliés de la vie, ou de la quinte flush à la naissance pas distribué.

On va  vite avec l’auteur, on ne tourne pas autour du pot, en bla bla ou conjoncture, tout s’enchaine rapidement entre les différents acteurs, du livre. Il n’est pas là pour faire pleurer dans les chaumières. Les héros ou zéros ne sont pas des causettes, ils se battent comme Jack pas par envie, juste pour vivre, avec juste un rêve à la clef. L’envie de vivre n’est pas au gout de ce livre, juste avance, le fameux marche ou crève.

Ne laissez pas les idiots ranger par caricature ce livre en « rural noir », c’est juste un bon roman sur les perdant merveilleux, écrit avec rage et force (cela se dit).

Ne passez pas à coté il n’y a pas que Bouysse et Lecorre en janvier.

Résumé :

Abandonné à la naissance, Jack est passé d’orphelinats en foyers, avant que Maryann, une lesbienne mise à l’écart par la bonne société de Louisiane, le prenne sous son aile. Aujourd’hui celle-ci vit ses derniers jours et sa propriété est menacée par les banques. Jack, qui veut à tout prix conserver cet héritage, doit trouver l’argent nécessaire. Mais, le corps cassé par une vie de combats, ravagé par de multiples addictions, il ne se sent plus la force d’avancer. D’autant plus qu’il doit aussi affronter Big Momma Sweet, qui règne sur cet empire du vice qu’est le delta du Mississippi.

Blood Song, Anthony Ryan (Bragelonne) par Le Corbac

Sorti en 2017, ce premier volume d’une saga consacrée à Vaelin Al Sorna est entré en ma possession en décembre 2018 (oui je sais, il m’a fallu le temps mais c’était Noël et ce fut un beau cadeau).
Déjà, y a des cartes et ça c’est super important; je dis pas que tu vas les utiliser à chaque fois mais c’est rassurant. Perso je trouve ça super important; tu vois ce petit plus qui fait que tu peux vérifier, suivre le récit de manière géographique. Ce gage de sérieux qui te dit: regarde c’est là et là et là. Cela donne une lecture plus concrète, ancrée dans la réalité.
Une fois ceci dit, qu’en est-il de ce récit?
Il est exactement ce que moi j’attends d’un bon récit de Fantasy.
Le style est bon et la structure souvenir raconté à un scribe /  jonction finale avec le moment présent est judicieuse et permet de donner tout son rythme à l’histoire. Alternant les échanges entre Vaelin et le scribe et le récit chronologique de son enfance et des raisons qui l’ont mené à cet instant, Anthony Ryan nous offre deux choses.
D’abord des pauses, des instants pour souffler, pour laisser retomber l’adrénaline, parce qu’il sait gérer le rythme et l’intensité narrative. Chaque partie monte en puissance, gagne en force progressivement. Il y a une certaine forme de la structure narrative utilisée par Robert E. Howard dans Conan. Toute la trame est ainsi constituée d’une succession d’épisodes qui forment un tout. C’est pratique pour la lecture aussi ce petit côté feuilleton.
Et puis, et puis il y a cette duplicité, ce vrai faux récit dont on ne découvre les absences ou les trous qu’à chaque fin de partie. Nous, lecteurs, avons droit à l’intégralité du récit, quand Verniers n’a qu’une version édulcorée, plus proche de celle du troubadour ou du conteur que de celle du biographe.
Pourquoi? Dans quel but?
Le reste de la recette est respecté à la lettre, les ingrédients connus et approuvés.
Chaque étape a déjà été testée, on est capable d’anticiper la suite et le déroulement de l’histoire ainsi que certaines conclusion. Et pourtant on se laisse encore une fois porter par la traduction de Maxime Le Dain qui a su transmettre cette intensité et ce rythme dans l’écriture d’Anthony Ryan.
Le liant de cette recette est basé, bien évidemment, sur l’éducation du personnage de Vaelin, son apprentissage, ses frères, ses influences, ses aventures de jeune homme.
Les liens d’amitié se tissent, ceux du respect des règles et des maîtres s’étoffent. Les épreuves de la formation sont le pendant des évolutions du personnage, adaptées et cohérentes.
Et derrière tout cela se trament bien sûr des luttes de pouvoir, des conflits, des batailles et des guerres engendrés par l’avidité ou la vengeance. Oui il y a aussi une trame géopolitique.
Et ça c’est fin. Très fin même. Il m’a rarement été donné de lire de la Fantasy aussi intelligente si je peux utiliser ce terme. Gemmell l’a fait avec sa saga Troie: créer toute une Histoire à son histoire, y incorporer tous les éléments d’ordre politique, économique, commerciaux inhérents à la vie d’un pays. On y parle donc pouvoir et commerce, politique et intrigues de couloir, luttes de classes et d’influence mais…mais surtout on y parle religion!
Royauté et Religion, ça vous dit rien?
Ah ben oui, il ne faut pas oublier qu’Anthony Ryan est d’abord diplômé en Histoire, et ça se sent, ça se voit.
Ceci fait qu’au delà d’un excellent roman de Fantasy, il nous offre une belle étude des religions, de leurs liens avec le pouvoir… oui on peut aller jusqu’à dire que l’histoire des religions européennes est ici dressée en filigrane ; inquisition et lutte pour se faire une place politique, influence et contradiction, divergence et nouvelles religions, paganisme et missionnaires, expansion et domination.
Par le biais de l’histoire de Vaelin, Anthony Ryan nous refait le récit de ces guerres de religion passées, de la montée des extrémismes, de ces luttes entre pouvoir spirituel et pouvoir exécutif.
Je n’ai qu’un regret: cette intrusion brutale en fin de volume d’une présence surnaturelle, l’introduction d’une dimension fantastique, limite ésotérique, qui arrive si brutalement que j’en ai été un poil déstabilisé.
Un très chouette roman de Fantasy, maîtrisé de bout en bout et qui nous emporte sans heurt dans une intrigue passionnante et foisonnante.
Le Corbac attend la suite… (message bien reçu Guillaume Missonnier?)

Traduit par Maxime Le Dain.

Le Corbac.

Le camp des morts, Craig Johnson (Gallmeister – Totem) par Seb

Traduit de l’américain par Sophie Aslanides

 « Il y eut un silence. Il avait marqué une pause, et tout ce que je parvins à me dire, c’est que ce serait la dernière chose que je verrais. Le temps s’arrêta et ce fut comme si l’air était mort, comme si les flocons de neige restaient suspendus tel un mobile aérien au moment où je plongeai les yeux dans la noirceur de son visage. J’attendis tandis qu’il chancelait dans le silence. » 

Je n’ai pas pu m’en empêcher. Je l’ai dévoré. Et pendant que je me baffrais de mots et de phrases j’ai ri au moins une bonne quarantaine de fois. De ce rire qui jaillit, clair et franc, sincère, qui fait du bien. Pourtant c’est un polar et il recèle de la tristesse et de la noirceur, mais sur ces flots-là, surnage un certain espoir et un humour vif et roboratif.

Craig Johnson je l’ai découvert sur le tard, et entre lui et moi il y a un truc. Et le meilleur quand on fait une découverte aussi belle bien après les autres, c’est de contempler tous les bouquins qu’on a pas lus et qui nous attendent.

L’histoire : Au foyer des personnes dépendantes, une vieille femme, Mari Baroja est retrouvée morte. Malgré la banalité de l’évènement, Lucian Connally, l’ancien shérif de Durant demande à Walt Longmire d’enquêter. Lucian et Walt c’est une très longue histoire. Le premier a recruté le second il y avait un sacré paquet d’années, le second avait servi tout ce temps sous les ordres du premier, et ils avaient beaucoup appris l’un de l’autre. Alors évidemment, Walt va fouiner, et il va trouver des éléments bizarres en même temps que plusieurs évènements à priori sans liens surgissent comme le tonnerre sur le comté d’Absaroka. De fil en aiguille, de mensonges en mauvaises pensées, de rebondissements en fouille minutieuse du passé, entre appât du gain et rancœurs recuites, notre valeureux shérif va avoir fort à faire, et le renfort de son ami si fiable Henry Standing Bear ne sera pas de trop.

Ce que j’apprécie énormément chez Craig Johnson, c’est l’humanité qui se coule dans les pages comme la lumière se coule dans le jour. Il nous plante une histoire dans un des coins les plus paumés d’Amérique et le grand et unique lien que l’on débusque sous l’ombre des Big Horn Mountains c’est l’humanité et la solidarité. C’est un des effets de la nature directe et toute puissante, sous son joug, les humains se rapprochent et s’entraident, ou meurent seuls. Parce que la nature là-bas c’est quelque chose. Et l’auteur ne peut pas résister au plaisir de planter son récit en plein hiver, et les hivers dans le Wyoming c’est quelque chose qui tient de l’inatteignable et du magique. Du féroce aussi. Les tempêtes de neige déferlent sur le comté comme le ressac sur une plage trop isolée, les congères sont comme des vagues figées par le froid, la neige semble ne jamais devoir cesser de tomber, les montagnes n’en finissent pas d’être sublimes et partout, cet air sans limites, cet horizon qui épouse le ciel et la terre, entre les nuages obèses et les sommets aiguisés comme des crocs d’ours débonnaire.

Alors oui, le décor est bien plus que cela, il est un personnage, mais un personnage qui ne ramène jamais sa fraise, qui se contente d’être là, posé, à compter les heures et les années, qui n’intrigue pas avec les autres personnages humains, mais qui exerce quand même son influence par sa simple présence, son grand pouvoir immobile sous la baguette des saisons. La colère d’un homme n’est pas la même sous le blizzard et devant les arêtes colossales de montagnes millénaires.

Dès les premières lignes, j’ai retrouvé les sensations que j’avais eues lors de la lecture de Little bird, cet univers qui tient sacrément bien la route, même verglacée. Il y a dans l’écriture de Craig Johnson cet allant, cette générosité palpable, qui nous transporte et nous soulève, dans une joie qui déborde parfois. La narration à la première personne du shérif Walter Longmire est un régal, parsemée de traits d’humour quasi permanents, de joutes verbales entres les protagonistes du département de police ou avec Henry « l’ours », et en particulier entre le shérif et son adjointe, Vic, un volcan sensuel qui agît comme un révélateur de pas mal de pensées de Walt. Entre eux c’est «je t’aime moi non plus», et leur art de l’esquive n’a d’égal que celui de la répartie caustique.

Le sens de l’auto-dérision du shérif est un des atouts de cette histoire et je le pressens, de cette série en cours. C’est une délectation au fil des pages. Mais là où cela devient très subtil c’est qu’au travers de l’humour maîtrisé, l’auteur fait passer des messages sur l’histoire de ce pays, son histoire sanglante, comme page 189 : C’est une tradition de l’Ouest qui existe depuis toujours : en cas de doute, accusez l’Indien.

Mais il y a aussi cette capacité à construire des scènes cinématographiques hilarantes, page 353 : L’endroit était bondé. Tout le monde se figea quand ils virent entrer un shérif armé, deux adjoints, un Indien et un ouvrier ; ils durent nous prendre pour les Village People. 

Cela dit, n’allez pas croire que ce roman policier est burlesque, non. Il explore les méandres sombres et inquiétants de l’âme humaine, il nous fait côtoyer de bien tristes sires et des individus qui ne valent pas la corde pour les pendre. Grâce à la plume de Craig Johnson, on sait tout des velléités des méchants, de leurs turpitudes et de leurs misérables motivations, et pour contrer tout cela, il faut bien toute la bonne volonté des gens de bien, qui se serrent les coudes pour tenir debout ce coin de pays perdu qui réclame sa part de beauté et d’honnêteté. Parce que finalement, tout est là. L’auteur célèbre les gens bien, j’aurais même pu dire les gens bons (parce qu’il y a dans cette histoire des ressortissants basques). Même s’il met à jour le côté obscur du pays, avec ses plaies béantes qui refusent de coaguler malgré les années et les décennies, l’auteur braque le projecteur sur ces liens indéfectibles que l’on retrouve peut-être plus qu’ailleurs là où la vie est dure, la où la nature vous en met plein la gueule.

Le plus fort, le grand tour de main, c’est de faire apparaître le destin tragique des nations indiennes en filigrane, et en creux, le télescopage d’une civilisation basée sur la relation au réel (la nature, le vivant et l’immatériel, le spirituel) avec celle qui voue un culte aveugle au dieu argent. Il en résulte que la plupart des indiens des romans de Craig Johnson sont des déclassés.

Craig Johnson manie la plume comme Walt Longmire son calibre, avec précision et talent, comme à la page 206 : …j’admirai le vent incessant du Wyoming qui balayait les crêtes des congères comme une rafale qui étête les vagues de l’océan.

Ou page 313 : Il nous regarda tous les deux, ses yeux noirs étincelants comme les dos de truites affleurant dans les eaux sombres.

Avec ce deuxième opus des aventures du shérif Longmire, Craig Johnson construit et façonne un héros inconnu de l’Amérique, de ceux qui soutiennent les murs porteurs de la société, un éclaireur des lieux obscurs, un personnage faillible d’une considérable humanité, un géant généreux au cœur d’argile et à l’humour ample et dévastateur.

Le Wyoming au ciel si bleu vous attend, et si vous croisez un shérif immense et un peu empâté flanqué d’une adjointe bien roulée aux yeux vieil or, vous saurez que vous êtes arrivés.

Seb.

 

Sorcières, Mona Chollet (Zones) par Lou

Bon en tant que garçon ayant été élevé comme un garçon dans un monde de garçon je me sens pas trop légitime de parler de Sorcières ni de dire ce que j’en ai pensé. Parce que je pense que malgré toute la bonne volonté que je veux y mettre je ferai encore plein de bourdes.

J’dis pas ça pour que tu sois clément.e. envers moi si jamais tu lis tout ça parce que ça, j’en ai un peu rien à branler mais je tiens pas à m’approprier quelque chose qui n’a pas été écrit pour moi à la base.



Bon en fait je vais juste dire que putain. Mona Chollet elle déchire. Je veux dire tu vois elle fait un récapitulatif sur ce que c’est une sorcière et donc elle parle de la chasse aux sorcières et moi j’avais lu Michelet déjà mais c’était un point de vue d’un garçon tu vois ? Et après elle enchaine sur le corps des femmes et son vieillissement, sur la symbolique Femme/Nature, sur les violences obstétriques et tout. Ce que j’aime beaucoup chez cette dame c’est qu’elle valse de manière hyper habile entre les termes un peu compliqués en les illutrant avec des exemples plus accessibles liés à la pop culture ou juste à l’actualité si t’es un peu curieux de ce qui se passe des fois dans la vie (si si des fois je lis des articles un peu partout).

Et je viens de retrouver ce que je voulais écrire et que j’avais oublié. Comme je l’ai dit plus haut je cherche pas à m’approprier quoique ce soit ni à faire un concours de bite de qui se fait agresser le plus dans la vie de tous les jours à cause de son sexe, ou de sa sexualité (bicause je connais la réponse je crois). Mais tu vois toutes les situations violentes qu’elles soient morales ou physiques, vécues par les femmes et ben je me dis que putain si y’a une poignées de mecs qui pouvaient se sortir les doigts du cul et réfléchir deux secondes à tout ça, on commencerait aussi à un peu lever le tabou sur la compétitivité masculine, l’exclusion sociale et les comportements de groupes de merde typiquement masculins.

Alors que t’aies une nénette ou un zizi tu vois franchement lis le le livre. Juré quand t’es un garçon t’as pas envie de geindre parce que t’es plus malheureux que tout le monde et quand t’es une fille t’as pas envie de faire la guerre aux autres filles si t’es pas d’accord avec tous les courants féministes qui existent.

En plus tu vois Mona Chollet elle parle pas que des femmes blanches et hétérosexuelles ce qui est bien je trouve parce que du coup c’est pas un livre exclusivement fait pour les femmes blanches intellectuelles et hétérosexuelles.

(pis si t’es vraiment vraiment intéressé.e bah tu peux lire Beauté fatale et Chez soi qu’elle a publié aussi, je les ai lus et parole que t’as l’impression de grandir sans devenir trop débile).

Bisou
Lou

Le Cherokee, Richard Morgiève (Joëlle Losfeld), par Yann

Certaines choses ne s’expliquent pas. Le fait de découvrir Richard Morgiève en 2019 pour la parution de ce qui constitue plus ou moins son 30ème roman en fait partie. Une fois passé ce léger sentiment de « comment j’ai pu passer à côté aussi longtemps ? » survient un beaucoup plus agréable « cool, il en reste plein à lire »…

Voilà en gros notre état d’esprit après avoir refermé Le Cherokee et jubilé tout au long de ses presque 500 pages. L’auteur n’est pas un débutant, il n’a rien à prouver et c’est donc libéré de cette contrainte qu’il se lance dans un récit complètement débridé qui se balade entre roman noir, espionnage et western.

Nick Corey, shérif de Panguitch, comté de Garfield (Utah), découvre lors de sa tournée nocturne sur les hauts plateaux du comté, une voiture abandonnée. Quelques instants plus tard, un avion de chasse Sabre se pose à proximité, sans lumière ni pilote. Une enquête commence, au cours de laquelle Corey retrouvera sur son chemin l’assassin de ses parents, devra démêler un complot contre son pays et découvrira son homosexualité.

Si le premier chapitre débute de manière assez classique en posant les bases de la double enquête que devra mener Nick Corey, Richard Morgiève délaisse rapidement les sentiers battus pour mieux s’amuser avec les codes des récits de genre. Il nous propose ainsi un véritable guide de l’enquêteur en égrenant tout au long du roman des conseils que se donne Corey, dont voici le premier  : « La règle d’or d’un enquêteur, c’était de ne pas prendre les triangles rectangles pour des guitares ». Le ton est donné et le lecteur aura ainsi le plaisir de savourer régulièrement des réflexions de ce type.

Dans un récit de ce type, où interviennent entre autres, un tueur en série et un complot militaro-religieux, on pouvait craindre la surenchère et l’hystérie qu’affectionnent certains auteurs et que l’on retrouve bien souvent au cinéma également. Il n’en est rien, Richard Morgiève privilégiant l’humour et la fantaisie tout au long d’un roman paradoxalement très sombre, où les fêlures de chacun sont mises à jour et constituent parfois un véritable poids, particulièrement pour Corey dont l’histoire personnelle n’est pas véritablement joyeuse. Mais, dans ce tunnel de noirceur subsistent un humour ravageur et des personnages saisissants, des scènes et des rencontres inoubliables. Et Richard Morgiève sait comme personne être cru quand il le faut, accentuant ainsi le décalage avec le sérieux de l’enquête.

De ce livre où presque chaque page recèle un extrait que l’on a envie de citer, on se contentera de ces quelques lignes qui remettent les choses à leur place, comme une profession de foi.

« Les écrivains n’étaient rien que des gars mal dans leur peau avec des boutons et des petites bites. Ils essayaient de sortir de leur misère en racontant des histoires (…). Il fallait raconter des histoires et éviter de s’en raconter. Il fallait raconter des histoires aux gens, les écrivains l’avaient bien compris. Leur raconter des histoires pour les inquiéter, les distraire, détourner leur attention ou les prévenir qu’ils allaient se coincer les doigts dans la porte. »

Mission accomplie, et plutôt deux fois qu’une. Le Cherokee se lit comme un excellent polar dont on aurait dynamité les codes et Richard Morgiève se montre tout aussi à l’aise dans la progression de son récit que dans les digressions qui émaillent celui-ci, contribuant de manière étonnante à donner un ouvrage aussi efficace que cohérent. Et il nous livre le plus américain des romans français de cette rentrée d’hiver, celui que bon nombre d’auteurs hexagonaux rêvent d’écrire un jour.

Les quelques wagons de retard que l’on pouvait avoir  n’y changeront rien, on vient de prendre le train en marche.

Yann.

Entretien avec Jéremy Fel par Le Corbac

Tu peux nous parler de tes influences littéraires et cinématographiques les plus sombres ? Le pourquoi du comment ?

Pour les influences dont je suis conscient, on va dire, je citerais pêle-mêle Stephen King, Joyce Carol Oates, Clive Barker, Peter Straub, David Lynch… Je ne cherche pas à imiter ou pasticher ces auteurs, bien entendu, encore moins à me comparer à eux. Mais il est normal, je pense, de trouver de franches influences dans un premier et un deuxième roman. Après, l’idée est de ne surtout pas se laisser écraser par ces influences, ces références, et de parvenir à construire un univers personnel. Dans mes romans on voit sans problème quelles ont été mes lectures mais les obsessions qui les traversent me sont complètement propres. Et c’est par la fiction pure qu’on parle, je pense, le mieux des choses qui nous sont les plus personnelles, quand on n’a pas forcément conscience de le faire.

Encore une fois, tu joues sur la chorale et la destructuration du récit, le non-dit et le sous entendu. Pourquoi construire chaque recueil, roman ou histoire comme un puzzle, une énigme?

Les loups à leur porte par FelLe premier roman était pour moi clairement un recueil de nouvelles où le lecteur s’amusait à voir des liens au fil de sa lecture, des continuités, où un arc narratif principal se formait peu à peu. Helena est un roman volontairement plus linéaire, même s’il y a là aussi multiplicité de points de vue. En général, j’écris sans plan établi, j’aime bien me laisser guider par mon univers, mes personnages. Avancer à tâtons. Stephen King disait que pour qu’un lecteur n’ait pas d’avance sur l’intrigue, l’auteur ne doit pas en avoir non plus. Je suis tout à fait d’accord avec ça. D’ailleurs, chez moi, ce n’est pas l’intrigue qui « gouverne » le reste, si on peut dire, ce sont les personnages qui par leurs actions construisent l’intrigue. J’ai des idées vagues du déroulement du roman, des moments charnières, mais tout peut évoluer de façon parfois imprévue. Cette liberté m’est nécessaire.

J’aime bien sûr balader le lecteur, le faire douter de ce qu’il lit, le laisser avoir sa propre interprétation sur certains événements, le rendre actif, à l’affût, j’aime faire en sorte que sa lecture soit toujours surprenante. Pour moi, lire est une expérience physique, le lecteur doit le ressentir comme tel. Et certains mystères doivent selon moi subsister après lecture.

« Vous les femmes… » Des femmes, encore et toujours des femmes… Mais aussi des mères, des épouses, des jeunes femmes, des enfants…

Helena est dédié à ma propre mère. ; la figure de la mère est très présente dans ce roman, mais aussi dans Les loups à leur porte. La transmission parents-enfants est aussi un thème prépondérant dans mon écriture. Chez moi, c’est l’inconscient qui mène la barque. Il n’y a pas de volonté de créer des personnages féminins en particulier. Cela s’impose à moi, tout comme le reste. Il faut croire que mon enfance a été marquée par la présence de femmes fortes et que je tente de retranscrire tout cela dans mes livres.

On sent clairement une inspiration audio et télévisuelle très marquée 90’s… Besoin de partager ta culture ? Repère conceptuel dans ton schéma de vie et ton expérience narrative?

Résultat de recherche d'images pour "Jérémy Fel"J’aime en général faire des clins d’oeil à tout un pan de cette culture qui a bercé mon adolescence. Des films, des livres, ou des morceaux de musique. Cela crée aussi un rapport très direct avec le lecteur, qui a généralement les mêmes références que moi. Pour Helena je voulais que les personnages soient au départ très stéréotypés, que le lecteur, en entamant la lecture, ait l’impression de déjà les connaître, les ayant croisé dans de nombreux films américains, dans de nombreuses séries télé. Puis, au fil de la lecture, il se rend compte que les apparences sont particulièrement trompeuses et que ces personnages se révèlent beaucoup plus complexes qu’ils ne le pensaient. Que quand le vernis craque, beaucoup de violence peut surgir. Là encore, c’est une volonté d’emmener le lecteur là où il ne pensait pas aller. Tout comme moi je ne sais pas où je vais quand je commence un livre. « Ecrire c’est mettre ses tripes sur la table et regarder ce que cela donne » disait Céline.

La plupart de tes personnages ( même dans ton premier) sont des torturés, des écorchés, des marqués aux fers rouge. Pourquoi les choisir déjà si différents?

Je ne « choisis » pas de créer des personnages torturés. On va dire que c’est naturel chez moi. Et, torturé, je dois l’être pas mal pour aller dans cette voie, en effet. Ce sont de toute manière les personnages les plus intéressants, ceux qui peuvent amener le lecteur le plus loin. Dans Helena je voulais mettre en scène des personnages qui peuvent commettre des actes monstrueux, sans pour autant être qualifiés de « monstres ». Je voulais que le lecteur, malgré leurs actes, puisse quand même éprouver de l’empathie pour eux. Ils ont tous en eux une violence qui peut surgir à n’importe quel instant… tout comme chacun de nous.

Liens de sang, Octavia Butler (Dapper Littérature)

Ayé j’ai terminé Liens de Sang de Octavia Butler, elle l’a publié en 1979 et je trouve que le livre a pas du tout vieilli si tu veux tout savoir.

J’ai pas vraiment les mots adéquats alors plutôt que d’être maladroit je vais pas faire trop le mariole et je vais juste te raconter l’histoire et aussi que j’ai vraiment mais vraiment vraiment beaucoup aimé.
Y’a Dana et Kevin tu vois c’est un couple mixte (elle est afro-américaine et lui c’est juste dit qu’il est blanc) et ils vivent en Californie à la fin des années 70 et à un moment y’a Dana qui jump dans le passé sans qu’on sache vraiment pourquoi mais elle est balancée à l’époque de l’esclavagisme et des plantations dans le Sud des États-Unis tu vois ?

En fait pas longtemps après tu percutes qu’elle « est envoyée » dans le passé à chaque fois qu’un de ses ancêtres est en danger de mort. Et elle aussi elle revient dans son époque à chaque fois que sa vie est menacée dans le passé.

Et tu vois aussi à un moment y’a Kevin qui se jette sur elle au moment où elle est happée dans le passé et du coup il part avec elle. Comme ça même lui en tant que blanc de l’époque contemporaine il se rend compte de tout ce qu’on a pu faire comme merdes et tout. Et ça va même mettre leur couple à rudes épreuves et tout. Mais quand même c’est un roman ils s’aiment et ils aiment aussi leurs défauts parce que ça les aide à survivre ensemble.

Et Octavia Butler elle a des phrases qui marquent bien la tête si tu veux tout savoir.

Anyways, c’est un livre à lire pour sa richesse historique, sa justesse d’esprit (tant sur la condition des esclaves mais aussi de la condition des femmes esclaves et des femmes d’aujourd’hui – même si ça se passe à la fin des 70’s).

Les réflexions menées sont habiles (« qui t’es pour me juger sur mon époque avec tes concepts du futur ? ») et les clivages entre les différents personnages gavé constructifs.

Voilà moi je connaissais pas Octavia Butler et j’avais jamais rien lu d’elle mais je pense que si je trouve d’autres bouquins y’a grave moyen que je m’en grignote un par envie subite.

Mouip mouip
Lou.
Traduit par Nadine Gassié.

Les coeurs déchiquetés, Hervé Le Corre (Rivages/Noir)

« Le premier soir, il n’osa pas toucher l’urne, ni parler à sa mère. Le lendemain, dans le noir, laissant l’air frais qui s’infiltrait entre les persiennes venir sur lui, il pleura. Il demanda pardon pour cette vie qui le poussait si fort et l’éloignait et l’attirait et l’arrachait. Il se sentit si malheureux qu’il ne vit pas d’autre issue que de partir et de s’ensauvager pour ne plus rien savoir, ne plus rien dire, rester ainsi, comme une bête dans ses instincts et son silence. Loin de tout. »  

Cela fait une grosse heure que j’ai refermé ce roman noir. J’ai la tête congestionnée et traversée de sentiments divers et puissants, des émotions violentes viennent à la vie en moi et se dissipent dans une matière qui se tient entre la brume et la cendre. Cette histoire, contée avec un talent époustouflant, est passée sur moi comme un rouleau compresseur qui aurait pris tout son temps, pour que chaque mot touche, chaque ligne m’agrafe, que chaque personnage fasse de moi un intime de sa vie de papier. Sous le rouleau compresseur, lent et pesant, le moindre gravillon a été un point de lumière, une douleur transformée en mots, et ce fut à la fois terrible et terriblement bon.

L’histoire. Mitant des années deux mille. Pierre Vilar, commandant de police à Bordeaux traîne sa carcasse désossée d’enquête en enquête. Il n’est plus qu’un fantôme enfermé dans un corps humain depuis que son fils de huit ans, Pablo, a été enlevé, cinq ans plus tôt, sur le chemin du retour de l’école. Depuis il ne vit que dans l’esprit de vengeance et le faible espoir de retrouver Pablo. Pour l’aider, puisque ses collègues n’ont aucune piste, il a mis un ancien gendarme sur le coup.

Pendant ce temps, à Bordeaux, Victor, un collégien, découvre sa mère assassinée. Et sa vie bascule.

C’est assez rare de tomber sur une histoire qui tient debout du début à la fin. C’est encore plus rare de tomber sur des personnages aussi bien fichus. Et c’est très dur de trouver un auteur capable de se mettre à ce point à la place des personnes. Dans ce livre il y a tout cela. Ce qui vous en conviendrez en fait déjà un sacré bouquin.

Hervé Le Corre façonne ses livres, il leur donne une couleur, un climat, une température. Dans un territoire quasi vivant sous sa plume, il fait évoluer des hommes et des femmes travaillés avec une méticulosité et une générosité que j’ai trop peu souvent rencontré. Jim Harrison, « Big Jim », disait que c’était assez facile d’être un flic ou un mauvais garçon, ou un fermier, mais que devenir le temps d’un roman la fille de ce fermier c’était une autre paire de manches. Après avoir lu ce roman noir, je n’ai aucun doute sur la capacité d’Hervé Le Corre à devenir la fille du fermier. Car il est entré dans l’esprit et la conscience de ses personnages avec une telle virtuosité que j’en suis estomaqué. Sans pathos, sans artifices ni grosses ficelles, mais avec une extrême sensibilité et une pudeur à toute épreuve. Il fallait bien cela pour mener au bout, et avec tact, un tel récit noir.

L’auteur nous parle de deux pertes, différentes mais inestimables, et du caractère inconsolable de ceux qui restent. Ceux qui survivent au « vide » laissé et qui sentent au creux de leur poitrine leur cœur déchiqueté. Déchiqueté, défoncé, entaillé et ouvert en deux, mais qui bat encore, malgré la peine inaltérable, malgré la douleur inextinguible, malgré la colère folle, malgré ce magma de sentiments qui s’affolent comme des vents contraires dans la colonne d’un ouragan.

C’est la grande question posée par l’auteur : comment survivre après « ça », comment vivre tout simplement ? Est-il possible de reconstruire ne serait-ce qu’une simple cabane sur les ruines de la grande maison ? Sur le même terrain ? En nous faisant suivre les traces de ce gamin, Victor, et celles de Pierre Vilar, le flic, l’auteur nous chamboule et nous bouleverse, il nous fait descendre dans l’abîme, au fond du fond, là où la peine n’a plus de visage, plus de consistance, quand elle n’est plus qu’air. Et il nous place en face du mal presque absolu, devant celui que nous considérons comme l’être ignoble par excellence, celui que l’on hait de toutes nos forces, le pédophile.

C’est le portrait déchirant d’un homme qui s’accroche à son fils disparu par le fil ténu de la quête confiée à un gendarme à la retraite, c’est le portrait déchirant d’un enfant qui s’accroche à l’image et au souvenir de sa mère en protégeant comme un trésor macabre l’urne dans laquelle reposent ses cendres. L’un et l’autre parlant presque chaque jour à l’absent et l’absente, pour les faire vivre encore, pour faire durer les moments de bonheur engloutis, pour rester debout, même si c’est douloureux au point de presque s’évanouir. Il y a, après la page 92, quelques feuilles absolument époustouflantes et poignantes, tellement subtiles, sur le retour de Victor chez lui, dans cette maison vidée de sa maman, mais une maman dont la présence flotte encore partout. Une maison où chaque objet rappelle un moment d’amour, où une pièce convoque des souvenirs sublimes qui maintenant brûlent le cœur. Le mien a fondu pendant ces pages-là, et il s’est écoulé par mes yeux.

Hervé Le Corre nous montre comment on peut se remettre de ce cataclysme, ou ne pas en guérir. Il nous dessine ces vies broyées et démontées qui traces malgré tout un sillon de larmes sous ce soleil éreintant de la Gironde, quand l’air vient à manquer, quand le vent emporte la tristesse qui s’écoule des yeux avec une nonchalance qui devient un baume.

Hervé Le Corre nous raconte que le bien et le mal coexistent, qu’ils se croisent et s’enlacent, qu’ils se mêlent, se mélangent et peut-être copulent, et que nous, simples humains, nageons ou surnageons dans cette mélasse, soit en surveillant sous nos pieds l’obscurité des fonds où rôdent les monstres, ou bien en saisissant parfois la lumière qui jaillit entre deux nuages.

L’écriture de l’auteur est travaillée, elle trouve des angles inédits, imprime des images magnifiques et métaphoriques, c’est sculpté, c’est soigné. Il y a un équilibre entre les personnages et les paysages, la sainte trinité « le style, les personnages, la nature ». Hervé Le Corre possède une capacité à écouter le cœur de ses personnages qui oblige à l’admiration. Je pense notamment à cette scène si finement narrée, page 379, dans laquelle l’auteur dépeint l’amour entre deux ados, avec le ressenti, avec l’émotion, il ne manque rien mais il n’y a rien en trop. À faire lire dans les ateliers d’écriture (pour ceux qui y croient).

Je vous laisse avec un passage qui en dira peut-être plus que moi.

« Vilar laisse la pluie de novembre ruisseler sur le pare-brise en songeant à tout cela. Aux morts, décidément. Il est devant cette école, assis derrière le volant. Il n’est pas pressé. Personne ne l’attend plus. (…) Le monde frémit et se brise en dizaines d’éclats mous et changeants à travers l’eau qui coule. De temps en temps, un coup d’essuie-glace raffermit tout et à nouveau tout semble sur le point de se dissoudre. »

C’est juste incroyable de donner vie à des images et des scènes pareilles.

Seb.