Les Meurtres de Molly Southbourne, Tade Thompson (Le Bélial), par Le Corbac

Qui est Molly Southbourne ?
That is the question…
Cette novella de 111 pages est un pur plaisir solitaire et coupable. Une lecture rapide, sans temps mort qui me replonge dans l’ adolescence, quand je bouffais par paquet de 12 les Pocket Terreur ou les J’ ai Lu Epouvante.
Plaisir solitaire parce que le format choisi te permet de t’ enfermer dans une bulle le temps d’ un petit voyage dans l’ horreur. Petit voyage me direz vous mais qui suit quand même Molly de son enfance à l’âge adulte.
Plaisir coupable parce que c est sale. Oui sale mais pas malsain, faudrait pas confondre non plus. On n’est pas du Human Centipède mais plutôt dans un scénario de Cronenberg mis en scène par Sam Raimi.
Ça tranche, ça gicle, c est violent et terriblement prenant… angoissant ? Non. Flippant ? Ouiiiiiii.
Tu peux pas t’empêcher de penser aussi à Carpenter et son style visionnaire. Parce que Tade Thompson il ne s’arrête pas à une succession de scènes trash, non il t’emmène à une profonde réflexion sur l’origine de chacun        d’entre nous, sur l’évolution de l’espèce humaine, sur les mutations que nous subissons chaque jour sans nous en rendre compte.
Cette question de ce que le génome humain a été, est et va devenir est au centre de ce récit d exception.
T’inquiète pas, les digressions scientifiques sont adroitement amenées et n’ ont rien de rébarbatif ni d’incompréhensible.
Parce que Tad, il ne s’écoute pas écrire et n’étale pas sa science. Il est dans le ton juste quand il développe sa thèse et ses explications, juste ce qu il faut pour que nous nous y retrouvions sans nous perdre.
Pareillement, les scènes de violence n’ont nul excès, juste la précision du détail qui est nécessaire pour nous laisser la bouche entrouverte, à happer une bouffée d oxygène pour nous reconnecter.
Bref Le Bélial a fait un excellent choix en nous balançant ce petit bijou            d’horreur fantastique que sont Les Meurtres de Molly Southbourne.

Traduction Jean-Daniel Brèque.

Le Corbac.

Vox, Christina Dalcher (Nil editions), par Aurélie

Imaginez les États-Unis coupés du reste du monde. Imaginez que les femmes n’aient plus le droit de travailler, qu’elles portent un « compte-mots » autour du poignet qui les empêche de prononcer plus de 100 mots par jour. Imaginez que vous êtes une mère scientifique, réduite au silence et qui regarde impuissante ses garçons adhérer à la propagande du gouvernement et sa fille déjà habituée à être quasiment muette. Imaginez qu’un événement vous permette d’envisager de changer le cours des choses…

Voilà, vous êtes prêts à pénétrer dans ce grand roman qui glace le sang et réveille les consciences. Rien n’est jamais acquis, ne jamais se reposer sur les victoires des générations précédentes.

Ce roman attend tranquillement sur les tables de vos libraires de prendre au piège des lecteurs qui ne seront pas près d’oublier ces pages.

Traduit par Michael Belano.

Aurélie.

Vers la baie, Cynan Jones (Joëlle Losfeld), par Le Boss

Quand ils m’ont sorti de l’epad, ils m’ont dit

« si il te plait l’ancêtre, on en est à notre 200 me chronique »

La putain de sa mère me sortir de ma chambre pour cela, je m’appelle pas Jean Michel Isebe bordel….oups mon karma

en plus j’étais entrain de chourer de l’oxycontin, bref

Alors quoi de neuf Doc ?

déjà si je pourrais, j’irai bien voir le dernier Jim Jarmusch, puis pour la baston John wick 3

Après, je trouve Facebook de plus en plus sirupeux, vide, constant dans la connerie, remarquez c’est en phase avec les élections, et les gens……

Heureusement qu’il y a le groupe FDP, sinon je m’ennuierai velu

allez parlons lecture ^^

on se voit rapidos avec un focus sur les Arènes, collection équinoxes, et mon pote Aurélien Masson pour la France

autre pays ?

c’est William Gay, le champion avec Chris Offut question ricain,

Léo Henry m’a beaucoup touché son dernier Chez rivages

une chro pour la route ?

je vous laisse avec Cynan Jones, pas loin, Vers la baie^^

Premières pages dans l’univers de cet auteur Gallois.

Histoire étrange, courte, mais qui marque. Quand on lit les remerciements on comprend, ces émotions que nous transmets l’auteur au fil du livre.

Il y a d’abord la perte, le devoir de l’honorer, la famille, et le vide de la mort superposé à la vacuité du ciel et de la mer.

C’est une lecture qui nous perd au large, on en revient pas, le salaud^^

voilà je retourne à Alain Damasio qui est dense, et que je lis depuis un mois et j’en suis pas à la moitié

Trad. de l’anglais par Mona de Pracontal Collection Littérature étrangère/Joëlle Losfeld, Gallimard Parution : 16-05-2019
Un homme part en mer en kayak, dans le but de disperser les cendres de son père. Sa femme, enceinte, l’attend sur la plage. Un coup de foudre, du tonnerre, et le voici virant, se retrouvant seul au milieu de la mer, sans aucune terre en vue. Son réveil est douloureux, sa main blessée, son bras paralysé. Tout est désormais question de rythme : comment, doucement, retrouver force et courage afin de regagner la rive?

Trad. de l’anglais par Mona de Pracontal Collection Littérature étrangère/Joëlle Losfeld, Gallimard Parution : 16-05-2019
Un homme part en mer en kayak, dans le but de disperser les cendres de son père. Sa femme, enceinte, l’attend sur la plage. Un coup de foudre, du tonnerre, et le voici virant, se retrouvant seul au milieu de la mer, sans aucune terre en vue. Son réveil est douloureux, sa main blessée, son bras paralysé. Tout est désormais question de rythme : comment, doucement, retrouver force et courage afin de regagner la rive?

7 raisons de lire Marin Ledun

  1. Écrivain étiqueté voix du noir, Marin est avant tout un auteur, ne suivant aucun chemin, pas de programmation, de carrière, il est libre. Si vous en doutez, regardez donc sa bibliographie. [Le boss]

2. Ils ne sont pas nombreux les auteurs à comprendre et décrire des sentiments féminins avec autant de justesse. Marin Ledun est de ceux là et nous offre des textes d’une grande beauté. [Perrine]

3. Fin connaisseur du roman noir, il refuse les cases, va toujours là où on ne l’attend pas et suit la route de chacun de ses personnages.

4. Ce qui l’intéresse, c’est l’humain. Reste à savoir ce que l’humain a fait de la société et vice versa. Il pointe régulièrement les travers du système du doigt, comme dans le magnifique roman Les visages écrasés (cruellement d’actualité puisqu’il raconte le calvaire des employés de France Télécom).

5. Ils ont voulu nous civiliser est inoubliable, il dessine des personnages d’une belle profondeur et nous entraîne dans un rythme infernal d’une noirceur abyssale. [Aurélie]

6. Le romancier est aussi passionnant que ses œuvres, l’entendre en table ronde est toujours un bonheur tout comme discuter avec lui en dédicaces (en plus il est drôle et sympa).

7. Auteur engagé, Marin Ledun n’hésite pas à tremper sa plume dans le vitriol quand c’est nécessaire. Il ne se contente pas de laisser parler sa colère et sait documenter ses textes et les argumenter. [Yann]

Vous en voulez plus ?

Découvrez l’entretien du Corbac avec Marin Ledun et retrouvez nos chroniques :

Rappeler les enfants, Alexis Potschke (Le Seuil, collection Cadre rouge), par Lou

Oké oké. J’ai délaissé les grands espaces américains, la poudre dans le nez, les boum boum et les bang bang mais quand même minou j’ai lu un peu tu vois ?

En plus ce livre il est royalement bien si tu veux tout savoir, il raconte pas vraiment d’histoire mais il en raconte tellement plein d’autres à la fois que tu voyages vachement loin dans tes souvenirs du bahut. 

Alexis il est professeur (j’ai dit professeur, Alexis il me donne envie de bien l’écrire pour une fois ce mot) de français dans un collège de banlieue (parisienne mais franchement tu peux coller dans n’importe quelle banlieue je suis sûr que ça fonctionne aussi).

Je trouve ça très humble et très digne et très noble d’avoir la perception qu’a Alexis des enfants et de son métier et de son collège en général. Il en parle avec une petite insolence poétique, un sale gosse assagi, à deux pas du sourire quand les gosses font ou disent des conneries mais toujours très pédagogue. 

Et ce que j’ai préféré mon vieux, c’est à quel point t’as mis tout en lumière, genre vraiment. Y’a aucune stigmatisation, juste des gosses pas tous égaux mais dont t’as choisi de dire ce qui faisait leur force plutôt que de se poser des questions sur pourquoi ça va pas et comment ils parlent pas bien. 

En fait tu penses vachement à Pennac ou aux poèmes de Desnos qu’on te fait apprendre à l’école quand tu lis Rappeler les enfants

Dézo, je sais pas quoi dire à cause que faut vraiment que vous le lisiez pour vous rendre compte que ça fait du bien, genre vraiment du bien de lire ce récit qui n’est pas vraiment un roman et moi je regrette vraiment pas de l’avoir lu même si j’ai lu que ça pendant environ un mois.

J’ai les yeux qui piquent tellement je vous fais un bisou et je te félicite Alexis, cette première publication est une petite pépite que je vais me garder dans ma bibli !

See you

Lou.

Les dieux de Howl Mountain, Taylor Brown (Albin Michel – Terres d’Amérique), par Yann

Pionnière incontestable en matière de littérature américaine de qualité, la collection Terres d’Amérique, dirigée par l’impeccable Francis Geffard, creuse inlassablement son sillon depuis 1996 et continue de mettre en avant des auteurs confirmés ou débutants dont les textes déçoivent rarement. Taylor Brown, après La poudre et la cendre, un premier roman publié chez Autrement en 2017, rejoint donc ce catalogue que beaucoup doivent envier et propose avec Les dieux de Howl Mountain, un texte plus abouti et ambitieux qui devrait réjouir les amateurs de ce mélange de roman noir et d’Amérique rurale remis à l’honneur ces dernières années par des auteurs comme Donald Ray Pollock, Ron Rash ou David Joy, pour ne citer que les plus connus dans nos contrées (on pourra également penser à Frank Bill ou Benjamin Whitmer, largement aussi talentueux).

Il sera donc ici question des montagnes de Caroline du Nord dans lesquelles le trafic de bourbon bat son plein sous l’oeil bienveillant (lire « corrompu ») du shérif du comté. Rory Docherty revient de Corée amputé d’une jambe, qu’il a remplacée par une béquille astucieusement prévue pour pouvoir y cacher un revolver, ce qui peut s’avérer utile quand on travaille pour Eustace Uptree, baron du commerce local, caché dans les montagnes. Lorsque le shérif décide de changer les règles de jeu, appuyé par des fédéraux sur les dents, la situation, de tendue, devient explosive.

Si Les dieux de Howl Mountain ne manque ni de violence ni de rythme, c’est sur une histoire d’amour que reposent ses fondations, en l’occurrence, celle vécue par Bonni, la mère de Rory, et Connie Paxton, quelques années plus tôt, romance qui s’acheva dans le sang et les larmes, laissant Bonni muette aux bons soins d’un asile, après qu’elle eut assisté à la mort de son jeune amant et énucléé un de leurs agresseurs. La quête de Rory est donc au centre de ce roman dont Ma, grand-mère de Rory et mère de Bonni, constitue indéniablement un personnage inoubliable, une indomptée comme on les aime. Ancienne prostituée, herboriste confirmée, accessoirement maîtresse d’Eustace, Ma est une figure locale dont la réputation n’est plus à faire. Ma et son arbre à bouteilles, que l’on prendra comme un clin d’oeil à Joe Lansdale …

On l’aura compris, l’attachement que Taylor Brown porte aux protagonistes de son roman donne au texte une épaisseur qui manquait singulièrement à son premier essai. En y ajoutant une description précise du trafic de bourbon dans le comté ainsi que des personnages qui se croisent et s’affrontent dans un ballet survolté, il parvient à livrer un roman à la hauteur de la collection au sein de laquelle il est publié, ce qui n’est pas peu dire. Recommandable, donc …

Yann.

La guerre est une ruse / Prémices de la chute, Frédéric Paulin (Agullo), par Le Corbac

Il faut savoir déjà que le Sieur Paulin est le premier auteur français publié chez Agullo.
Il faut savoir ensuite (parce que j’ai suivi ses diverses interviews et autres interventions) que le Sieur Paulin a fourni un sacré travail de fond pour écrire les 2 romans sus-cités (sachant que le 3ème et dernier volume ne va pas tarder). Oui, M’sieur dame il a travaillé seul comme un grand ; en même temps il est pas petit le gaillard. Il s’est documenté, a fouiné, fouillé tout seul dans les archives de divers médias pour étoffer son sujet.
Il faut savoir enfin (quoi ? Deux minutes oui ! J’y viens à son livre mais j’ai le droit de dire que j’ai apprécié son travail de base non ?)… donc il faut savoir aussi que La guerre est une ruse et Prémices de la chute sont une œuvre de fiction ; rien à voir avec un essai ou un documentaire.
Donc venons-en au fait…
La guerre est une ruse commence en 1992 en Algérie et Prémices de la chute se termine le 11 septembre 2001 à New-York. Un récit donc étalé sur 9 ans qui va nous faire suivre le travail et la vie de Tedj Benlazar, agent des services secrets français chargé de s’occuper de la problématique algérienne, de la montée du terrorisme islamiste et de sa probable propagation en France.
Hormis une étude radicalement concrète de la situation de l’Algérie, puis de la Croatie, la Serbie et autres pays ayant servi de portes étendard et de premier bastion du terrorisme islamiste, Frédéric Paulin nous raconte aussi la triste et passionnante existence de Tedj Benlazar, fils d’immigré installé en France, pays pour lequel il a été prêt à tout sacrifier… mais la roue tourne et les gens changent.

Tedj, de par son parcours et ses errances, ses doutes et ses questionnements n’échappe pas à ce cycle et évolue. En bien ? En mal ?
Dans ce monde souterrain, des manipulations politiques, des passe-droits économiques, des obligations géo-politiques, rien n’est jamais simple. Et quand on est un individu avec une conscience, un sacré professionnalisme et ses problèmes perso, c’est encore plus compliqué de trouver la juste place qui nous correspond.
Autour de Tedj évoluent de nombreux seconds couteaux, des personnages tous en lien avec ces événements terrifiants, dans ces pays touchés et impliqués par le terrorisme.
Puis il y a les français, ceux qui vont se réveiller un beau matin et réaliser que la guerre est arrivée dans leurs rues, leurs villes. Qu’elle va frapper et faucher leurs femmes, leurs enfants, leurs amis, leurs voisins. Cette violence soudaine, Frédéric Paulin nous la claque dans la face en nous faisant le récit du gang de Roubaix, de tous ces braquages dans le Nord de la France. Et puis, après cette première apparition, quand toutes les pièces sont en place et que l’Etat a bien accroché ses œillères et noyé les faits pour éviter que la population panurgesque ne s’emballe ou ne s’affole, d’autres événements que nous avons connus surgissent : un assassinat dans une mosquée, un attentat dans un RER… et là, le doute n’est plus possible : elle est là.
Elle est là cette haine, cette guerre de soi-disant foi qui réside à la base dans toute une manipulation politique. Elle frappe aveuglément et chaque lecteur se retrouve à se remémorer des événements qu’il a vu ou dont il a entendu parler dans les médias à une époque pas si lointaine que ça au final.
Et puis au milieu de toute cette sanglante violence, il y a des hommes, des femmes. Il y a la perte, la mort, le deuil, la maladie, l’amour, les enfants, les espoirs, l’âge qui passe, les idéaux qui se font et se défont, des projets de vie, des retrouvailles et des absences.
Les deux premiers romans de Frédéric Paulin sont pleins de richesses romanesques, d’une grande qualité narrative et d’une délicatesse stylistique, nous faisant osciller entre récit, témoignages, essai, documentaire sans que jamais la lassitude ne nous gagne, sans jamais non plus nous perdre ou en faire trop.
Les deux premiers volumes de cette trilogie sont un beau cours d’Histoire et un très délicat portrait d’hommes et de femmes, chacun porteur d’une croix, qu’ils ne savent comment poser et qu’ils se forcent à traîner partout avec eux, au risque de faire souffrir ceux qui les accompagnent.

Le Corbac

Ma soeur, serial killeuse, Oyinkan Braithwaite (Delcourt), par Aurélie

Terminé dans ma voiture avant d’aller au travail , il m’était impossible d’attendre la fin de journée pour lire les 30 dernières pages !

Un roman noir exceptionnel dont le titre nous dit tout. Korede sait depuis toujours qu’elle doit protéger sa petite soeur. Ça se complique quand la petite soeur en question commence à tuer des hommes. Encore plus quand Ayoola, absolument irrésistible, séduit le beau médecin que Korede convoitait depuis des mois…

Jusqu’où peut aller Korede pour sauver Ayoola malgré un énervement grandissant vis-à-vis de cette soeur qui ne vit que pour son plaisir sans penser aux conséquences ? Vous pourrez le savoir très vite, cette bombe sera disponible en librairie dès demain grâce aux éditions Delcourt. Un texte qui détonne et qui vous donne une énergie folle. J’ai été remontée à bloc pour affronter ma journée !

Traduit de l’anglais (Nigeria) par Christine Barbaste.

Aurélie.

Aloys, Sarah Turoche Dromery (Thierry Magnier), par Lou


C’est chelou comment les goûts évoluent avec le temps. Y’a pas si longtemps quand je lisais de la litté destinée aux ados, je préférais quand ça parlait de cul, de drogues, de milieux alternatifs, des romans du bitume sombres et violents.

Puis sur le chemin des lectures, j’ai lu du Carole Martinez, des essais féministes sur la médecine, d’autres de psycho-socio et des portraits de meufs de qualité, victimes d’une société patriarcale de merde, dans laquelle l’Eglise a joué un rôle de bâtard jusqu’à reléguer la femme au rang d’objet et qui porte encore ses fruits pourris aujourd’hui.

Le hasard de la vie a fait que j’ai rencontré Aloys sur ces croisements littéraires. Gamine de 13 piges, enfermée dans un couvent pour des raisons obscures, à l’âge où biologiquement t’es un peu paumé entre ta future morphologie d’adulte et où la séparation de celui de l’enfance se fait souvent avec beaucoup de difficultés.

A travers ce personnage, Sarah Turoche-Dromery dénonce les monstruosités infligées aux femmes dès leur plus jeune âge. On pense forcément aux Soeurs Magdalène mais version gosse et dans un décor médiéval aussi lumineux que sombre. Les injustices, les trahisons, les envies de meurtres, le conditionnement religieux, mais aussi la peur du dehors, d’être dénoncée par méchanceté et de finir pendu ou sur un bûcher, les expériences complètement ahurissantes pour justifier de l’innocence de l’âme, …

Ce roman est aussi très bien documenté sur la vie quotidienne dans les couvents, les travaux effectués, les caractères qui se forgent quand on est obligé de s’en remettre à Dieu pour des raisons qu’on comprend pas toujours. 

Je peux pas cacher que cette histoire m’a mis par moments mal à l’aise, avec dans la tête des phrases telles que « putain c’est pas possible, c’est de la fiction on pouvait pas être aussi cruel » ou bien « et la solidarité féminine là dedans elle est où bordel de merde ? ».

Une fiction donc à laquelle on croit, qui font écho à une certaine actualité (port du voile, passage à l’âge adulte, l’envie de liberté, de créativité, du regard des hommes et de leurs volonté à soumettre n’importe quelle femme).

T’as compris, en toute objectivité je peux que défendre ce bouquin qui doit avoir une place réservée dans les bahuts, à conseiller au petit club de lecture qui donne vie à ta librairie, aux ados déjà remontés contre la société,…

Je sens que je vais me faire un petit truc léger parce que j’en suis encore tout chambouleversé. J’sais pas si t’as lu Purge de Sofia Oksanen une fois dans ta vie, mais quand t’as refermé le bouquin bah ce que t’as ressenti ça doit se rapprocher de comment j’me sens là maintenant.

Merci Sarah, des comme ça t’en fais quand tu veux ! (Pour ceux qui veulent je vous conseille Charly du même auteur, un petit bijoux !)

Pfiou.

See you plus tard

Lou

La mort selon Turner, Tim Willocks (Sonatine), par Le Boss

Retour aux affaires pour Mr Willocks. Si beaucoup  l’ont connu avec La religion et Les 12 enfants de Paris, il ne faut pas oublier ses deux livres cultes et très noirs aux éditions de l’Olivier.

Donc bienvenue à M. Turner .

Et bée, cet aparté au milieu de sa trilogie n’est pas une franche réussite.

Si on a tous ou pas bien apprécié « La religion », avec sa suite un peu « Ramboesque » mais bon qui passait, là je n’ai pas retrouvé l’homme des polars noirs déjantés « Bad city blues » et sa suite « Les rois écarlates ».

Un scénario très faible, l’intrigue de même, des personnages qu’on ne retiendra pas après une semaine… Rien de transcendant, malgré sa belle écriture.

La seule image ou scène dont je me souviendrai, c’est le passage à la recherche de l’eau dans le désert, très gore, mais cela ne suffit pas à en faire un livre.

A l’encontre de beaucoup, je reste plus que mitigé sur ce livre, on verra le prochain, 16 ème siècle ou bien 21 ème, ou bien jeunesse… seul Tim Willocks le sait.

Mais je regarderai à deux fois… et je ne me précipiterai pas sur son prochain livre.

Le Boss.

Traduit de l’anglais par Benjamin Legrand.