Le Jour des corneilles, Jean-François Beauchemin (Libretto), par Lou

Wow, minou. J’te cadre direct le roman que je viens de lire, si tu kiffes les petits romans natural writing à la Gallmeister/Le Mot et le reste bah t’es tout pile là dedans, sauf que la narrateur, il a un peu la même palabre que Rabelais dans Gargantua. Imagine Sukkwan Island narré par Jacqouille la Fripouille. Effet garanti.

Sérieux au début t’y crois pas deux secondes, et après je sais pas tu te retrouves genre, emparé par le style et tu plonges direct dans la narration. Bim Bim. 

C’est une histoire à la première personne. T’es le fils Courge et tu vis en ermite dans la forêt avec ton père qu’est complètement cinglé. Genre il parle aux astres, il se torche à l’eau de vie et il te rosse à chaque fois que tu fais un truc qui lui plait pas. Tu sais pas trop à quelle époque on est vu que ça cause chelou chelou, mais y’a au moins la sécurité social et les médicaments pour soigner les nombreux amis que t’as dans la tête quand tu te causes à toi-même. T’es le fils Courge et tu subis les traitements de ton père qui vit avec le fait qu’il a perdu sa femme depuis que t’es né. 

Ça tangue souvent vers le fantastique, genre fantômatique un peu. Des fois le sordide te fait sourire alors qu’en vrai y’a pas grand chose de drôle et que ça vire parfois salement glauque. Mais au final entre tes mains t’as un livre que t’as envie de lire en groupe, parce que ça fait limite conte moderne tellement l’ambiance est propice.

Y’a apparemment eu une adaptation en film d’animation que j’ai pas vu, mais rien que le fait que ce soit Lorant Deutsch qui double la voix du fils Courge ça me coupe direct l’envie. Tu vois je pense qu’on peut vraiment lire ce récit à des gosses parce que la langue est vraiment chouette à découvrir même si au début tu bites pas grand chose.

Une super découverte, assez courte même si la langue prend du temps à assimiler. 

Gros coup de coeur en tout cas pour ma part ! Deal with it !

Lou

L’homme qui n’aimait plus les chats, Isabelle Aupy (éditions du Panseur), par Yann

Premier titre proposé par la toute jeune maison du Panseur, le roman d’Isabelle Aupy (que l’on découvre également) ouvre une nouvelle aventure éditoriale, placée, selon ce qu’on a pu en lire sur son site , sous les auspices conjugués de la différence et de l’exigence. Avançant avec prudence, l’éditeur Jérémy Eyme a programmé 2 titres pour 2019 et trois en 2020, choix que l’on ne peut qu’apprécier en ces temps de surproduction caractérisée.

Sur une île vit une poignée d’habitants, à l’écart du continent sans en être complètement coupés pour autant. Leur seul point commun : n’avoir jamais vécu « dans les clous », comme le dit le narrateur, différents, hors du troupeau et heureux de l’être. Menant une vie tranquille, les insulaires vont voir leur quotidien bouleversé le jour où leurs chats disparaissent, emportés par des hommes du continent. Envoyé à terre pour protester, l’instituteur du village n’en revient qu’un mois plus tard, avec un costume neuf et une femme de l’administration, avant que des agents ne viennent à leur tour installer un bureau sur l’île, afin de résoudre le problème. Mais les chiens que l’on propose finalement aux insulaires restent des chiens, même si l’Administration, curieusement, les nomme « chats » …

L’homme qui n’aimait plus les chats nous est présenté par son éditeur comme un descendant des grandes dystopies telles 1984 et Matin brun. Même s’il est toujours risqué de placer un ouvrage sous de telles références, force est de constater qu’Isabelle Aupy a bien lu et digéré ses classiques et en a surtout retenu le fait qu’une dictature ne s’empare pas systématiquement du pouvoir d’une façon brutale mais peut trouver ses origines de bien des manières.

Ici, c’est par le biais du langage que l’administration modifie de manière insidieuse la façon de penser de ces insulaires, que l’on imagine sans peine comme les derniers réfractaires à soumettre. En appelant un chien un chat (contrairement à l’expression bien connue), la bureaucratie étatique modifie en profondeur le rapport de chacun(e) à l’animal concerné mais surtout crée des dissensions au sein d’une population qui, jusque là, était unie. Car, si certain(e)s acceptent de prendre un chien et de l’appeler chat, d’autres vont monter au créneau pour remettre les choses à leur place.

  • Eh ! Ludo ! Tu fous quoi avec ce chien ?
  • C’est pas un chien.
  • Quoi ?
  • C’est pas un chien qu’ils disent.
  • Qu’est-ce que tu racontes ? Bien sûr que si c’est un chien.
  • Ben non. Apparemment, c’est un chat. Même que c’est le professeur qui l’a dit. ils m’ont montré les papiers et tout, photo à l’appui, toutes les preuves, c’est un chat.

Avant l’argument ultime : « Ils m’ont même offert la laisse en prime, pour que j’le perde pas. » Politique, grande distribution, même combat … Et c’est ainsi que quelques irréductibles vont relever la tête et tenter de ramener le bon sens et la tranquillité sur leur île.

Si L’homme qui n’aimait plus les chats fait mouche, c’est surtout par cette démonstration selon laquelle les grands changements peuvent commencer de manière anodine, insidieuse, sans même que l’on y prête réellement attention . Isabelle Aupy nous appelle à la vigilance et, contrairement aux auteurs sous l’égide desquels elle publie ce roman, elle choisit l’optimisme, croyant toujours possible un regain de solidarité.

Yann.

P.S. : pour en savoir plus, www.lepanseur.com

Dieux de la pluie, de James Lee Burke (Rivages / Thriller), par Seb

Quand j’imagine James Lee Burke dans sa maison en train d’écrire, avec l’immensité du paysage qui se déroule comme un tapis devant ses yeux, je le vois toujours avec son incontournable chapeau de cow-boy blanc, un couvre-chef à large bord. Et ce n’est pas une précaution inutile que de porter un couvercle sur la cafetière au Texas, là où se passe l’action de son roman « Dieux de la pluie ». Dès les premières pages on est écrasé par la chaleur qui se faufile partout, le moindre recoin d’ombre, le plus petit endroit confiné de cet état est envahi par une chaleur impitoyable. Les habitants et les animaux sont aplatis par les températures, et le climat sec s’enlace avec les paysages pour devenir sous la plume de l’auteur un personnage de premier plan.
Et Burke maîtrise son sujet, la faune, la flore, les coyotes qui chassent les spermophiles, les odeurs de créosote, les boules d’amarante qui parcourent le Hardpan, les crotales toujours prêts à faire sonner leur queue, tout y est, et tout est agencé dans un mouvement qui tient de l’alchimie. Un peu comme les interactions de l’univers, le monde de James Lee Burke tourne rond et chaque cliquetis de chaque rouage est un mouvement pensé, prévu et calibré.
J’ai mis du temps à lire ce policier car je suis souvent revenu sur mes pas pour me délecter de certains passages qui méritent qu’on s’y attarde. Il y a dans l’écriture de l’auteur une certaine perfection qui fait que l’on en redemande. Mais le talent de celui qui est sans conteste l’un des plus fameux auteurs de roman noir outre-Atlantique ne se borne pas aux descriptions inspirées, non, il possède aussi dans sa caisse à outil de romancier le talent de faire apparaître d’un coup la formule parfaite, la juste expression qui prend vie dans votre esprit. C’est ce qui se passe page 29 quand vous lisez ceci : Nick avait l’impression que son ectoplasme s’écoulait à travers les semelles de ses chaussures.
Ou bien ceci un peu plus loin page 47 : Elle expira, son cœur se réfugiant dans un endroit froid au fond de sa poitrine.
Dans ce roman conséquent l’auteur nous raconte une aventure d’un de ses vieux héros qu’il remet au goût du jour. Le shérif Hackberry Holland, vétéran de la guerre de Corée, veuf poursuivi par de vieux démons auxquels il signifie avec élégance un certain mépris et une indifférence magnifique. Hackberry Holland et son adjointe Pam Tibbs sont le reflet de la loi dans leur petite ville du Texas. Tout est calme dans ce patelin étouffé par les degrés quand un appel anonyme les prévient d’un massacre. Dans un lieu retiré du monde, au milieu de l’immensité que seul le Texas peut offrir, derrière une vieille église abandonnée de son dieu et de ses pèlerins, le shérif Holland va déterrer neuf cadavres de femmes, neufs immigrées clandestines vouées à la prostitution. Elles ont été hachées menu par une arme à feu automatique de très gros calibre. L’homme qui a téléphoné est un jeune vétéran de la guerre en Irak, il s’est fourré dans un beau merdier et panique en réalisant l’horreur qui a surgi du crépuscule. Cette affaire a des ramifications plus lointaines, Hackberry le sent bien. Très vite il va entendre parler d’un fou religieux, un tueur froid comme un crotale qui porte le surnom de « Prêcheur ». Le Prêcheur, Vikki Gaddis, jeune serveuse et chanteuse l’a croisé et pour la première fois de sa vie le tueur a connu l’échec. Pourquoi lui en voulait-il ? Parce qu’elle est la petite amie de celui qui a passé l’appel anonyme ? Cet homme qui puisse sa force et son inspiration dans les pages divines est un fantôme, presque une légende dans le milieu. Il est craint et ne se pose aucune limite. Seule sa conception du bien et du mal jalonne son parcours sanglant. Est-ce lui qui a commis l’inconcevable derrière cette église oubliée ? Qui tire les ficelles ? Vers quel endroit de l’enfer mène cette enquête ?
Dans une affaire dense et pleine de surprise où l’on croise des personnages habités et d’autres taillés dans le mythe du sud, notre paire de flics va vivre des moments intenses et parfois cruels. Leurs pas fouleront des contrées hostiles et la poussière se mêlera plus d’une fois au parfum âcre de la poudre brûlée. Nous croiserons aussi un agent de l’immigration qui porte lui aussi une lourde croix et un agent du FBI distant et méprisant. Quel plaisir de voir défiler cette galerie de personnages plus vrais que nature, ils sont là, dans leur jus, plantés dans le décor du Sud, avec leurs gueules et leurs allures improbables.
Vous dire que j’ai adoré ce bouquin est juste un affreux euphémisme, il se cache entre ces pages de sable et de soleil des passages somptueux et une brillante description de la société du sud. Durant 500 pages j’étais vraiment au Texas. J’ai ressenti les nuits fraiches et senti la brise du soir qui porte les odeurs de créosote. J’ai entendu le bruit des rideaux balancés par le vent, j’ai réellement vu ces lever de soleil incandescents qui avançaient dans une iridescente beauté. J’ai observé des coyotes efflanqués chercher leur pitance et j’ai vu des tableaux de couleurs mordorées se figer sur les montagnes. J’ai mangé avec Hackberry, j’ai goûté ces plats typiques du sud, j’ai écouté leur musique et entendu cet accent local traînant. J’ai éprouvé la chaleur de dingue et senti la poussière se coller à mes joues et vitrifier mon cou. J’étais vraiment au Texas.
Burke est de retour, flanqué de son shérif vétéran et d’un incroyable et atypique méchant, il va vous en mettre plein la vue !
Cap sur le sud de l’Amérique, direction le Texas et son Histoire, non loin du légendaire site d’Alamo, une page de vie vous attend.

Traduit de l’anglais par Christophe Mercier.

Seb.

Oyana, Eric Plamondon, éd. Quidam, par Aurélie

Oyana écrit à Xavier, l’homme avec qui elle partage sa vie au Québec depuis 23 ans. Pourquoi maintenant ? Parce que l’Histoire voit se tourner une page au Pays basque, terre d’origine refoulée depuis trop longtemps.

Il est temps de revenir sur le passé, il est temps d’entamer un processus d’introspection qu’elle évitait depuis de nombreuses années. Comme dans Taqawan, le combat d’un peuple occupe une place importante du récit, il met en lumière des fêlures profondes et révèle l’importance primordiale d’affronter ses choix et ses erreurs.

Quel plaisir de retrouver la prose si spécifique d’Eric Plamondon, son univers qui nous avait déjà explosé au visage dans son précédent texte édité par Quidam.

Ce livre ? C’est une vraie bombe ! (Sans mauvais jeu de mots bien sûr…)

Cataractes, Sonja Delzongle (Denoël), par Le Corbac

La Delzongle, elle, on peut vraiment la qualifier de pointure montante du thriller français.
Thriller ou suspense, pas confondre avec policier ou noir ou fantastique.
Elle a pas besoin d’en faire des tonnes pour pondre un excellent suspense haletant à souhait, conçu comme une commode normande avec tous ses tiroirs et ses faux fonds.

Déjà le décor : l’ex-Yougoslavie, encore occupée à panser les blessures de sa guerre civile. Plus précisément un barrage, la montagne, la forêt et un monastère reconverti en centre psychiatrique.
(Et là tu te dis que tu vois le truc venir, que c’est du réchauffé et que les « nouvelles » pointures l’ont déjà fait et que de toute manière…bref)
Sauf que déjà la forêt n’est pas un simple décor. Comme sa comparse Sandrine Collette, elle fait de la Nature un véritable personnage. Elle sait la rendre vivante, nous en faire sentir les odeurs, percevoir les multiples vies qui y résident, nous faire entendre le moindre craquement, le moindre ruissellement. Et bien évidemment, comme tout un chacun la Nature peut être bonne ou mauvaise.
Dans la veine, Sonja Delzongle ne te trace pas des portraits caricaturaux à l’emporte pièce des personnages ( que ce soit les premiers rôles ou les seconds et même les figurants); non non, elle te les façonne, elle leur donne une vraie vie et pas une vie de papier.
(ça paraît con dit comme ça mais ils sont terriblement vivants et cohérents, sortant des éternels et sempiternels clichés habituels que l’on retrouve chez les 2/3 des pseudos auteurs de thriller français. Bref )
Et puis l’histoire ou le sujet ou le thème… On y retrouve le thème de la filiation et du deuil (déjà évoqué d’une autre manière dans Boréal – Editions Denoël) mais cette fois ci d’un point de vue masculin/paternel. De la même manière, elle reprend la thématique de la survie, de la culpabilité, de la vengeance, de la rédemption et de l’écologie.
(ça fait beaucoup tu vas me dire, mais de la même manière que je l’avais écrit pour Boréal, elle fait pas un gloubiboulga immonde et insipide mais un excellent ragoût, préparé avec délicatesse, douceur et aisance qui à chaque page va te révéler de nouvelles saveurs que tu n’imaginais pas, de nouvelles odeurs que tu ne soupçonnais pas. Oh que oui, je te le dis tout est délicat et sans esbrouffe et effets sanglants et sanguinolents à deux balles. Ici tout est ouvragé comme une madone dans une église, un cantique de multiples fois travaillé pour réveiller en nous des échos…et ça c’est gage de qualité! Bref )
En outre, ce roman a pour l’auteur une connotation très intime comme elle l’explique dans ses remerciements; elle revient en effet à ses racines profondes ( la Serbie), remonte elle aussi ainsi la source de son passé, grimpant sur les rochers de ses souvenirs, se plongeant dans les lacs de son enfance et errant dans la magla sans se perdre.
Cataractes est un déferlement de sensations, une vague de souvenirs, un courant d’histoire dans lequel Sonja mêle l’Histoire et la Science (et ben oui ça reste aussi sa marque de fabrique, ancrer son récit dans une toile de véracité et d’informations réelles et concrètes et cela sans le rendre lourd ou pesant mais en l’incluant totalement dans le déroulement de l’action. Comme quoi le talent n’est pas une question de pointure… Bref)
Bref donc je vais arrêter de lui lancer des belladones, des amanites et autres variétés à tendance hallucinogène pour essayer de conclure…
Le dernier opus de Sonja Delzongle est un excellent thriller mené de main de maître(sse), recelant beaucoup plus qu’il n’y paraît de prime abord, riche de qualités narratives, de recherches et de rebondissements ( j’aime pas ce mot… de surprises. Oui c’est mieux, parce que rebondissement ça fait aller faut que j’arrive encore à accrocher mon lecteur parce que je suis pas sur que ce soit bon… donc oui plein de surprises c’est top… Bref)

Donc un roman que je conseille aux vrais amateurs de thriller et à ceux qui croient en lire surtout, parce que Cataractes est un VERITABLE THRILLER FRANCAIS… lui.

Le Corbac.

L’autre côté, Léo Henry (Rivages), par Le Boss

Assez inclassable, comme ses écrits à la Volte, comme à chaque fois, un moment de lecture prenant, loin des clichés habituels.


Sur fond de sujet brulant, il y a l’histoire de l’arroseur arrosé. Nous sommes dans l’imaginaire, nous sommes dans un livre ….

A travers une écriture poétique, l’auteur évite tous les écueils et bêtises sur un sujet qui sera toujours d’actualité. Pas de stigmatisation.
A travers le parcours d’un homme qui fuit son pays avec sa famille, on les voit se heurter à toutes portes qui se ferment sur leur passage ou avant.
Mais il n’y a aucun sentiment violent chez cet homme qui perd tout et qui veut sauver sa fille . Pas d’apitoiement, atermoiement, juste sa volonté, jusqu’à la dernier page

Si la trame prête à réfléchir, l’écriture est tellement loin de la nasse, qu’on est emporté dans le récit, juste par les mots, sans parfois suivre le scénario.
Un auteur qui se distingue encore et toujours et qui, sans délivrer de message ou de conseil, nous amène à la réflexion.
Un livre que je ferais lire de force à tous connards anti migrants anti tout, jamais contents, pour qu’ils sachent, pour qu’ils comprennent, pour qu’ils s’illuminent et que la bienveillance l’emporte.

Le Boss.

L’homme qui savait la langue des serpents, Andrus Kivirähk (Le Tripode), par Lou

Traduit de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier, illustrations de Denis Dubois, Le Tripode, collection Météores.

TEAM #SLYTHERIN, À MOI !

(tous ceux qui ont décidé de renier le fourchelang, passes ton chemin, salut).

Nom d’un petit sourcil qui ondule ! Je viens de passer trois jours ACCROCHÉ à…

Attends je recommence dac ? D’façon t’as le temps t’es vissé le cul sur ton fauteuil oklm, tout va bien.

(tu permets, je prends ma respiration un ptit peu d’abord dac ?). 

Anyway. Tu vois cette sensation que t’as quand tu lis un bouquin que pas mal de personnes autour de toi ont lu et qu’elles t’en chient une loghorrée de trucs comme quoi faut absolument que tu le lises, etc etc, mais que t’es super frustrÉe bicause t’as jamais pris le temps de le lire. Bah voilà on y est. Et cette sensation bizarre que maintenant tu sais. T’es pas capable de rendre compte à quel point tu viens de terminer un des livres qui marquera à jamais ton imagination mais tu sais que tu fais partie d’un truc, en silence. Un silence que ceux qui l’ont lu savent. Enfin t’as compris quoi (comment ça non ? BAH ATTENDS UN PEU SOIS PATIENT ÇA VA DEUX SECONDES).

Le truc vient d’Estonie. Estonie mon gars, déjà si tu te rappelles où c’est sur une carte de l’Europe moi j’te file un carambar. Et ensuite je crois que ce livre est la vengeance ultime du traducteur qui prend grave cher pendant ses études, quand tous ses copains se sont foutus de sa gueule en clamant « t’as pris ESTONIEN ? mais t’es un ouf malade toi nan ? ça existe la littérature estonienne au moins ? ».

BAH OUI PUTAIN.
(je savais pas hein)

On va entrer dans le vif du sujet sinon je vais te perdre et tu vas zapper et tout. Alors go go go.

En fait l’histoire du roman se passe à un moment qui a presque déjà été raconté par Michel Pastoureau dans son livre sur l’Ours. Ça se passe à un moment où l’Ancien monde a rencontré la « modernité » du monde chrétien, et qu’il a fallu au fur et à mesure oublier toutes les traditions ancestrales et tout. 

Et là tu vas me dire « ouais Lou encore un de tes putains de romans nostalgiques qui vont te transformer en vieux réac à moustache sudiste un jour ».

TG. Non. Parce que la force de Kiviräkh réside dans le fait qu’il n’est pas NOSTALGIQUE. Y’a des méchants partout (enfin surtout dans les derniers survivants qui ont les vieilles traditions parce que franchement les chrétiens dedans c’est genre des Moldus qui servent à rien à part se branler sur les chevaliers allemands qui apportent la chrétienté en Estonie et se faire mordre par des serpents ou se faire couper la tête).

Dans tout ce brol, on suit l’histoire de Leemet, jeune garçon super doué en narration au point de te déconnecter de toute la réalité qui t’entoure avec ses habitudes animalistes à la con mais qui fascinent comme un gosse devant son premier oualdizné.

J’ai A-DO-RÉ (avé l’accent parisieng, of course). Alors bien sûr il faut rentrer dedans, ça met du temps à démarrer, mais le résultat est épique. 

Tous les gros fans de druides, animalisme, pamphlets, récits contestataires, remises en questions des valeurs, pour se rendre compte que de toute façon la finalité elle est la même pour tout le monde, je vous conseille VIVEMENT de lire ce livre. 

C’est un peu comme le mythe du bon sauvage, mais en grave moins raciste. Enfin pas raciste à l’envers quoi, le bon sauvage existe pas dans le bouquin, c’est un putain de sauvage avec des traditions qui se perdent et qui se confrontent aux nouvelles traditions mais qui valent pas mieux l’une que l’autre. Juste que le monde est fou.

Et au milieu de tout ça y’a les animaux, les serpents, les ours et tout. 

T’attends pas non plus à voir un bon pour souscrire à la SPA ou à WWF à la fin du bouquin minou mais si t’aimes les GRANDS romans bah vas y les yeux fermés. 

Pour les sceptiques que j’aurai pas encore convaincu, c’est un genre de conte – on va dire fable carrément – inspirées des grands récits nordiques/teutons et on sent tout de suite l’influence que ceux ci ont eu dans la culture celte (genre les bretons et les angliches comme le Roi Arthur et Merlin l’Enchanteur et le Roman de Renart).

Putain ch’crois que j’ai jamais écrit un truc aussi long. Garde ça en tête si t’as encore besoin de preuves sur la qualité du pavé. 

Si t’as pas encore pris tes petites vacances annuelles à la Baule et que t’as envie de te lire un bon roman avec tout ce qu’il faut dedans, roule. 

C KDO WESH

Bisous

Lou

Star Trip, Eric Senabre (Didier Jeunesse), par Lou

Dans la vie y’a trois time travellers que j’affectionne particulièrement ; Doc Brown, Marty Mc Fly et celui qui remporte la palme, Eric Senabre. 

Que ce soit avec la trilogie Sublutetia dans laquelle on voyageait dans le Paris puis le Londres de la fin du 19e/début 20e, en passant par la Rome antique avec Elyssa de Carthage puis le Londres victorien du 19e siècle, grâce au Dernier songe de Lord Scriven, Eric est un sacré conteur, qui se confirme roman après roman.

Pour une fois je vais fermer ma gueule et pomper le résumé sinon je vais partir avec mes digressions habituelles qui font que je m’égare dans tous les sens et ce serait pas rendre honneur à cette chouette histoire. HAHEM, LUMIÈRE !

1968, Idaho. En l’absence de ses parents, May, 16 ans, s’occupe de son petit frère malade. Il s’amuse avec la navette spatiale de sa série préférée, Star trip, quand son acteur principal débarque chez les enfants. Désagréable, il joue si bien son rôle de capitaine Burke que le garçon, embarqué dans un périple jusque dans l’Utah pour faire décoller la navette, confond fiction et réalité.

Voilà, maintenant t’imagines que l’auteur est un trekkie confirmé (un fan de Star Trek pour ceux qui savent pas) mais qu’il en connait au moins autant que Georges Lucas sur Star Wars alors ça sert à rien de lui faire à l’envers en cherchant la baston intergalactique. Que les personnes à qui il rend hommage à la fin du livre sont des figures légendaires de la scène musicale anglaise et du petit écran américain. Que tous les personnages sont vraiment attachants, jamais vraiment méchants et toujours croqués avec une intelligence particulière et riche en anecdotes.

Merci à toi Eric pour ce trip quasi interstellaire tout en restant dans l’Idaho puis dans l’Utah. Je vais reprendre une phrase d’un de tes personnages qui m’a fait vachement du bien à mon identité un peu paumée, (d’ailleurs ce personnage m’a fait penser à ce vieux brigand de Don Miguel Ruiz et ses 4 accords toltèques, un fou qui dit des vérités faciles donc on prend ce qui est bon dedans et pissétou). BREF LA PHRASE LOU BORDEL LA PHRASE.

« Peu importe la destination, ce qui compte c’est le voyage ». Tout est résumé, c’est exactement le ton du roman. 

J’ai pas la connaissance nécessaire pour avoir décodé tous les petits privates jokes mais je peux vous dire qu’on en savoure tous ceux qu’on capte. Et ça fait plaisir de lire un auteur qui se fait plaisir pas vrai ?

Farewell my friend, live long & prosper !

Lou

Trouver l’enfant, Rene Denfeld (Rivages), par Aurélie

J’avoue que c’est cette couverture sublime qui m’a tout d’abord attirée vers ce livre. Puis le sujet, une enfant disparue depuis quelques années, le seul espoir restant à ses parents étant une enquêtrice un peu spéciale.

Naomi a connu la captivité lorsqu’elle était petite. Elle n’en a plus aucun souvenir, se rappelle juste de sa fuite, seule. Voilà presque 10 ans maintenant qu’elle passe sa vie à passer de ville en ville pour aller là où on l’appelle, là où des enfants doivent être retrouvés. Madison n’avait que 5 ans quand elle a été enlevée. Ses plus grandes forces : une intelligence vive et une imagination prompte à l’attirer loin de la dure réalité.

Un sujet finalement souvent traité me direz-vous ? Peut-être, oui, mais je me rends compte que j’aime toujours autant ça, surtout quand c’est aussi bien écrit, entouré d’une pudeur et d’une douceur qui rendent lumineux l’élan d’humanité qui perce dans ce recoin sinistre de l’Oregon où ne semblaient vivre que des rustres solitaires.

Déjà en pile chez vos libraires, n’hésitez surtout pas à craquer !

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Bondil

Aurélie.

La vie en en Rose, Marin Ledun (Gallimard – Série Noire), par Le Boss

Deuxième partie d’une trilogie mettant en scène une famille de Tournon aux personnages iconoclastes.  Vous avez aimé le premier, vous adorerez le second.

Écrivain étiqueté voix du noir, Marin est avant tout un auteur, ne suivant aucun chemin, pas de programmation, de carrière, il est libre. Si vous en doutez regardez donc sa bibliographie.
Marre du convenu  du noir, de personnages récurrents, flics blasés, alcoolos, serial killer à l’enfance ravagée, marre de l’ouest, du nature writing, envie de rire tout en s’instruisant avec une belle histoire qui sort des clous ! Je vous propose ce livre.
Les livres dit « policiers » ou noirs » comiques sont très rares, surtout ceux qui tiennent la route. De plus, Marin est un des rares à réussir à parler et penser au féminin, et cela marche nickel !!!
En filigrane, que vous connaissiez Marin ou pas, bien sûr qu’à travers chaque page, il pointe les problèmes sociétaux, met des des coup de lattes à ceux qui le méritent, et clôt son livre en montrant bien du doigt le rouleau compresseur qui flingue tout un chacun, sans balles, mais à petits coups de crosse.

Collection Série Noire, Gallimard
Parution : 02-05-2019
 
Le Boss.