Allez tous vous faire foutre, Aidan Truhen, Sonatine par Le Boss

Allez tous vous faire foutreFabrice POINTEAU (Traducteur), excellent traducteur par ailleurs,

 

Allez soit, si on essayait de placer ce livre dans un rayon de librairie, on aurait un peu de mal, entre David Ellis et Anonyme au pire des cas, et non pas au meilleur. Dans le style non sense, barré, là on a un drôle de zigoto, et l’auteur et son héros.

Rien que la phrase d’intro est excellente, en gros, comment mes ami es mettent autant de temps pour ne pas se rendre compte que je suis un connard et même encore. Un mantra, comme le nom du livre, à répéter tous les jours, un peu d’individualisme et d’égoïsme ne nuit pas.

Ecrit à la première personne, Jack Price va nous dévoiler sa vie, une routine, juste un putain de businessman de plus, à le lire on l’inviterait presque à l’anniversaire d’un de nos gosses reste que c’est un putain de dealer. Mais pas de bas niveau, après le café, Jack s’est mis à la coke avec une grande réussite.

Sa vie est pépère il gère son entreprise en bon père de famille, jusqu’au jour, où une de ses voisines est tuée. Et cela le dérange, car cela dérange son job, et alors qu’il veut juste comprendre pourquoi sa voisine a été tuée, il se prend une putain de rouste en essayant d’enquêter.

Alors là, fallait pas le toucher, parce qu’en plus il n’en a rien à foutre….Vous avez beau lui dire que les 7 plus grand assassins du monde ont un contrat sur lui, il s’en bat les couilles…pour notre plus grand plaisir. Jack va nous faire comme un burn out, et ils vont le payer grave.

C’est avec maestro que nous allons rentrer dans cette histoire, aux situations les plus folles et cocasses.

De l’action totalement débridée, des réflexions éparses, surgissant du cerveau malade de Jack et de son coach l’écrivain, c’est un des livres les plus jouissifs qu’il m’ait été donner de lire depuis un bout de temps.

Mais suis je bien normal de rire aux éclats suivant les turpitudes de Jack ou du bordel qu’il fout ? Cela, c’est à vous de le découvrir.

Un grand moment de bonheur dans ce monde triste, à ne pas manquer, mais les gens coincés peuvent passer leur chemin, les manichéens aussi, et , et et

Atchoummmmmmmmmmmm !!!

Le Boss.

 

 

 

Le témoin solitaire, William Boyle, Gallmeister, par Yann

Pas forcément besoin de parcourir le monde en tous sens pour écrire des histoires. Certain(e)s auteur(e)s de chez nous l’ont compris depuis longtemps, qui tournent inlassablement autour de leur nombril depuis des années. Pour William Boyle, le monde a l’échelle d’un quartier de New-York et c’est amplement suffisant.

Gravesend, avant d’être un roman de William Boyle (le 1000ème de la collection Rivages/Noir, excusez du peu), est un quartier de Brooklyn, dans lequel naquit et grandit l’auteur. Révélé (comme tant d’autres) par le gourou du polar François Guérif, William Boyle faisait en 2016 une arrivée remarquée sur les étals des libraires. Ce premier roman empreint de noirceur et d’humanité avait su imposer immédiatement cette nouvelle voix venue des Etats-Unis.

Lorsque parut, un an plus tard, son deuxième roman, Tout est brisé, il s’avéra que William Boyle avait suivi François Guérif de chez Rivages aux éditions Gallmeister. Si l’on y retrouvait cette peinture du quartier cher à l’auteur, le propos avait changé, délaissant cette part de roman noir si prégnante dans Gravesend pour une chronique au plus près des personnages et de leurs états d’âme. Privilégiant l’atmosphère autant que les caractères, le récit se teintait ainsi de mélancolie et de tendresse et offrait une nouvelle facette au talent de conteur de William Boyle.

Le témoin solitaire (également traduit par Simon Baril), s’il reste dans le même périmètre urbain, navigue à son tour entre roman noir et chronique de la vie d’un quartier. Amy, ex-« party girl », s’est éloignée de son ancienne vie et se consacre désormais à l’Eglise et aux personnes âgées de Gravesend. Unique témoin d’un meurtre commis en pleine rue, elle finit par s’y retrouver  impliquée bien malgré elle.

A travers le meurtre tout d’abord puis le personnage de Dom ensuite, William Boyle renoue avec son amour du roman noir et émaille son récit de rebondissements souvent liés au côté imprévisible de ce type un peu paumé, pas complètement méchant mais dont il vaut mieux néanmoins se tenir à l’écart. Amy, quant à elle, est une sorte de spécialiste des mauvais choix et ses décisions l’entraînent dans une spirale de violence qui impactera également celles et ceux qui l’entourent.

Cependant, cette fois encore, c’est dans la tendresse qu’il porte à ses personnages et à son quartier, ainsi que dans les descriptions qu’il en fait, que William Boyle est le plus talentueux et convaincant. Amy, écartelée entre son désir de faire le bien autour d’elle et l’insouciance de sa vie passée; Fred, son père, alcoolique repenti,qui réapparaît aussi subitement qu’il avait disparu après la naissance de sa fille ; M. Pezzolanti, son propriétaire, affable et soucieux du bien-être de la jeune femme; Mme Epifanio, une de ces personnes âgées auxquelles Amy tient compagnie et donne l’eucharistie … A l’instar des romans d’Ivy Pochoda ou Atticus Lish, on croisera ici nombre d’hommes ou de femmes, jeunes ou plus âgés, simples figurants ou personnages secondaires, une véritable galerie de portraits est ainsi décrite au fil du roman et contribue à lui donner de l’épaisseur.

Poursuivant sa Comédie humaine à lui, William Boyle confirme sans peine tout le bien que l’on pensait de son travail et n’en finit pas de revenir au quartier de ses origines, un monde à part entière, dont certains habitants ne sont même jamais sortis. Ici comme ailleurs, le drame peut faire irruption dans le quotidien à tout moment. Ici aussi, nombreux sont celles et ceux qui cherchent une forme de rédemption et n’aspirent qu’à devenir de meilleures personnes. C’est cette tendresse, cette humanité que l’on apprécie particulièrement chez William Boyle et c’est dans les failles de ses personnages que son récit gagne en profondeur et en richesse.

Une oeuvre se construit, dont on attend la prochaine pièce.

Traduit par Simon Baril.

Yann.

 

 

 

L’équipage, Joseph Kessel, Gallimard, par Seb

« Jusque-là, il n’était monté que sur des appareils d’école, de lentes machines d’où l’on voyait, comme d’un balcon, se dérouler le paysage. Maintenant vibrait sous lui un avion de guerre, solide et prompt, construit pour les combats, engin de meurtre qui avait un profil de requin. Mais comme l’ouverture où il insérait son corps était étroite, encombrée d’un tabouret, des cartes qu’il emportait et de la crosse des mitrailleuses jumelées ! Comment s’y mouvoir pour observer à l’aise et pour se battre ? Le capitaine lui demanda s’il était prêt, Herbillon baissa la tête, et aussitôt une anxiété voluptueuse caressa tout son corps. »

 

Joseph Kessel. Quelle gueule ! Une figure ample, burinée, marquée par des tribulations incessantes, enrichie par des rencontres merveilleuses. Un homme qui a quadrillé la planète. Un visage scarifié par l’épreuve des émotions, le vivant fleurit sur cet épiderme rugueux. Joseph Kessel. J’ai une affection toute particulière pour cet écrivain, et une admiration assez colossale pour l’auteur, l’homme, son œuvre, son parcours. Joseph Kessel c’est la synthèse aboutie d’Ernest Hemingway, Jack London, Blaise Cendrars et Antoine de Saint-Exupéry. Rien que ça.

Premier conflit mondial. Quelque part dans l’Est de la France. Jean Herbillon, jeune officier pilote arrive dans sa première unité de combat. Il va découvrir un monde d’une grande richesse, rempli de forts caractères et d’hommes magnifiques. Il va épouser l’amour du grand frisson, celui qui se faufile et vibre pile dans l’espace qui palpite entre la vie et la mort, le cœur au bord des lèvres et les yeux exorbités. Mais alors qu’il est en train de gagner sa place, de se faire respecter, il va croiser le chemin de l’amour en même temps que celui de l’amitié. Et les deux vont se mêler, se confondre, jusqu’à en devenir une chose insoutenable et…indispensable. Dans le ciel écumé par de nouveaux chevaliers aux étoiles d’argent, le jeune homme devra faire face à ses démons, ses désirs puissants, il devra mesurer le poids de l’honneur et, celui incommensurable de la conscience qui taraude et corrode le moral jusqu’à la moëlle. Dans une époque de fracas et de sang, quand la seule chose immuable se révèle être l’amitié inconditionnel des frères d’armes, quand le seul blindage contre les balles est la solidarité et aussi la chance, comment se tenir debout sans trembler, comment ne pas faire un pas de côté, ou en arrière ? Jean Herbillon va apprendre LA leçon de la guerre, que les hommes seuls sont les plus farouches au combat, mais que ceux qui ont quelque chose à y perdre sont les plus braves.

Dans L’équipage, il nous emmène dans le cockpit rudimentaire des premiers chasseurs de la première guerre mondiale. Au travers des jeunes yeux idéalistes de Jean Herbillon, aspirant fraîchement affecté dans une escadrille, l’auteur nous fait découvrir que la grande richesse d’un homme dans la guerre c’est la solidarité, la fraternité, l’amitié des heures sombres et glauques, quand le panache du malheur recouvre le monde et que les seules lumières qui éclairent assez sont les yeux du compagnon d’arme.

Dans ce roman doté d’une grande puissance littéraire et d’une généreuse sensibilité, Joseph Kessel explore les méandres de l’âme humaine, quand celle-ci se fait joueuse, aventurière, mais aussi calculatrice, revêche, fidèle et emportée, tantôt sombre et tantôt lumineuse, dans cette alternance de sentiments plus vrais que le ciel est infini et plus violents que la guerre elle-même.

Mais pour soulever toute cette matière, il fallait une plume magnifique, éprouvée et lyrique, celle de Joseph Kessel. Avec finesse, il nous prouve que dans le monde moderne l’aventure existe encore, nichée dans les tripes de la guerre, que pour la débusquer il suffit de s’élever dans les airs sulfureux et coudoyer d’autres anges noirs, maléfiques, des ombres accompagnées de ce grondement de tonnerre, affichant le rictus qu’ont les hommes face à la mort qui rôde et fait sa récolte inlassable. Oui, l’aventure réclame ce prix-là, rien de plus, rien de moins. L’ivresse du combat, ou même juste l’excitation de la possibilité d’un affrontement, en se sachant prêt, se croyant prêt, et protégé par l’ami qui veille sur votre nuque comme un père, déterminé à faire barrage de son propre corps s’il le faut, parce qu’ils ont promis, tous autant qu’ils sont, à se sauver les uns les autres, au moins à essayer de toutes leurs forces.

Mais le vrai cœur d’un roman vous le savez bien, ce n’est pas l’histoire, c’est l’écriture. Et là, nous sommes servis copieusement. Comme cet phrase page 50 : Ses yeux errèrent à travers la chambre qu’il n’avait pas eu le loisir d’examiner la veille. Il frissonna : un véritable cercueil tendu de noir et rapiécé, à la fenêtre, par le chiffon blême de la brume.

Des passages de ce tonneau, ce livre en regorge. L’auteur saisit le moment, les instants, fugaces ou plus longs, ces interstices de beauté fulgurante qui font le plus grand trésor de la vie. Je vous laisse avec une de ces descriptions dont je raffole, page 66 :

« Du terrain se levait en une poudre lumineuse la cendre bleutée du soir. »

Lisez Kessel, et quelque chose en vous sera comblé. 

Seb.

Le coeur blanc, Catherine Poulain, L’Olivier

Une vie hors normes constitue forcément un sujet de choix lorsque vient l’envie d’écrire. Et c’est ce qu’avait brillamment réussi Catherine Poulain en 2016 avec Le grand marin, également publié à L’Olivier. Ce premier texte, inspiré de son expérience au milieu des pêcheurs d’Alaska, avait fait irruption à grand bruit sur la scène littéraire française et, après 230 000 exemplaires vendus et une dizaine de prix littéraires engrangés, il est en cours d’adaptation au cinéma.

Mais il n’y était finalement question que d’une partie de la vie de l’auteur. Personnage au caractère bien trempé, attirée par la route et l’aventure bien plus que par une quelconque carrière routinière, Catherine Poulain avait, avant même de partir au Québec puis en Alaska, connu la précarité et la vie épuisante des saisonniers, durant quelques années, dans le sud de la France où elle travaillait comme ouvrière agricole.

Le coeur blanc cultive donc le paradoxe d’être à la fois une sorte de contrepoint au Grand marin, tout en constituant un complément au récit que fait Catherine Poulain de sa propre vie, à travers le destin de Rosalinde et de ses compagnons de galère. On parle ici d’un contrepoint dans la mesure où le décor immense et glacé de l’Alaska a cédé la place aux parcelles agricoles d’un sud de la France écrasé par la chaleur.

En s’attachant à décrire le quotidien d’un groupe de saisonniers, quelque part en Provence, Catherine Poulain suit ce même idéal de liberté qui la mènera plus tard à l’autre bout du monde. Mais, plus que la liberté après laquelle ils courent, c’est leur difficulté à vivre qui caractérise d’abord ses personnages. Le travail est dur, le salaire misérable, l’hébergement souvent plus que précaire alors, pour supporter tout ça, Rosalinde, Mounia, le Gitan, Acacio, Césario et les autres se réfugient chaque soir dans la consolation éphémère de l’ivresse, qui leur rend la vie un peu moins dure et permet à leurs rêves de grandir.

Etre une femme ici, au milieu de tous ces hommes, n’a rien d’une évidence. Il faut supporter ces regards, ces mains qui se baladent un peu trop, ces insinuations, tout ce poids qui se libère et se déchaîne quand monte l’ivresse. Si la liberté est l’étoile qui guide ces hommes, le désir est celle qui les condamne à devenir des brutes incapables de penser autrement qu’avec leur sexe. La pénibilité du travail serait aisément supportable s’il n’y avait celle des hommes, qui viennent tour à tour, la nuit, frapper à la porte du camion où dort Rosalinde.

L’intention est louable de mettre en lumière ces hommes et femmes usés par la vie, le travail et les excès avant même de vieillir. A travers les voix de Mounia ou Rosalinde s’élève, claire et forte, celle d’une femme qui revendique sa liberté et le droit de disposer de son corps comme elle l’entend. Il est donc d’autant plus regrettable que, malgré cette volonté initiale, le roman se perde dans quelques longueurs et redites qui diluent la force du texte, défaut que n’avait pas Le grand marin.

Au final, Le coeur blanc, s’il s’avère moins réussi que son prédécesseur, confirme néanmoins le talent de Catherine Poulain pour donner une voix à celles et ceux qui vivent à la marge et dont les rêves seront toujours infiniment plus beaux que la réalité avec laquelle ils se coltinent au quotidien.

Yann.

1, 2, 3 petits écarts avec Marin Ledun, Pascal Dessaint et Patrick Pécherot

Si j’affirme souvent que réussir un roman court est pour moi une preuve de talent, il faut également avouer que je suis souvent frustrée par la nouvelle ou novella. La qualité est pourtant indéniablement là comme ce fut le cas avec Cat 215 d’Antonin Varenne ou Albuquerque de Dominique Forma dans la très belle collection de La Manufacture de Livres, mais le format me laisse sur ma faim, j’en aimerais toujours un peu plus. Cependant, quand les Editions du Petit Ecart ont publié en lancement Marin Ledun, Patrick Pécherot et Pascal Dessaint, je n’ai pas pu résister et j’ai commandé les trois. J’ai bien fait, car ce n’était absolument pas ce à quoi je m’attendais.

Résultat de recherche d'images pour "mon ennemi intérieur ledun"Mon ennemi intérieur, Marin Ledun 

A mi chemin entre l’essai et l’autobiographie, ce texte est le fruit de la réflexion d’un auteur que j’apprécie tout particulièrement (je ne peux pas vous remettre le lien vers mes chroniques perdues depuis la migration mais lisez entre autres Salut à toi ô mon frère ou Les visages écrasés !). 

Mon ennemi intérieur est passionnant pour qui lit du roman noir et il l’est d’autant plus pour qui travaille dans le milieu. J’ai même pris note de certaines citations pour de futurs discours et interviews ! Marin Ledun a su analyser finement le roman noir, il a mis des mots sur ce que je ressens à sa lecture et pourquoi ce genre me touche. Après ce moment de réflexion sur ce dans quoi je baigne finalement depuis plus de 4 ans, j’ai juste envie de dire merci à ceux qui ont accompagné ma plongée dans le noir, m’amenant à découvrir des auteurs fabuleux comme entre autres Marin Ledun, Pascal Dessaint, Patrick Pécherot, Colin Niel ou Nicolas Mathieu (et ce bien avant le Goncourt). Qu’ils soient libraires (à commencer par Pierre d’Eureka Street), journalistes ou blogueurs (Caroline de Fondu au Noir et bien sûr mes comparses d’Unwalkers pour ne citer qu’eux).

« Le monde va mal, parlons en ensemble » nous dit Marin Ledun, les amateurs de roman noir sont en effet riches d’échanges, de discussions et de partages (de doutes, d’angoisses et d’apéro).

Résultat de recherche d'images pour "pascal dessaint la trace du héron"La trace du héron, Pascal Dessaint

Avec beaucoup de poésie, Pascal Dessaint nous emmène au cœur de son amour pour la nature. Au détour de magnifiques descriptions, nous en apprendrons plus sur l’auteur lui même, suivant le fil de ses souvenirs, sur ses livres et sur ses personnages.

Très intéressant pour qui connaît l’homme et son oeuvre c’est aussi une parenthèse de beauté et de douceur, de nostalgie du temps qui passe peut-être aussi, un moment des plus agréables !

Résultat de recherche d'images pour "patrick pecherot lettre à b"Lettre à B. Patrick Pécherot

Hommage à Prévert, à la chanson, à la Bretagne, au Cinéma aussi, Patrick Pécherot prend le prétexte de Barbara pour nous parler avec délicatesse de foule de sujets à la fois. Au milieu de ces références culturelles, on retrouve forcément la guerre, les bombardements sur cette chère ville de Brest et cette question « Qu’a fait de nous la guerre », sujet phare de l’auteur.

Le style Pécherot m’émeut toujours autant, et ces quelques pages n’ont fait que renforcer l’idée que je me faisais de l’auteur, que j’ai d’autant plus hâte de rencontrer au prochain Bloody Fleury !

3 tout petits livres donc, à lire si vous aimez les auteurs, si vous avez envie de découvrir leurs styles, si vous avez besoin d’un petit écart entre vos lectures. Ils m’ont fait du bien je dois l’avouer et à l’approche des fêtes je vous conseille vivement de les offrir aux amoureux du roman noir, de la nature et pourquoi pas de Prévert, en plus ils sont visuellement très réussis je trouve.

Sur le site des éditions du Petit Écart  on peut lire qu’elles sont nées d’envies. « Un Petit Écart, c’est quoi ? C’est une proposition insolite faite à un auteur qui l’entraîne hors de ses sentiers littéraires habituels. Une possibilité de livrer un texte différent, un texte forcément court, peut-être intime, peut-être politique, peut-être poétique … »

« Pour les lecteurs, un Petit Écart c’est la possibilité de partager une aventure avec un auteur apprécié en acquérant  un livre « à part », élégant, à la fabrication soignée, diffusé dans un nombre d’exemplaires limité. » 

Pour ma part c’est un contrat pleinement rempli et une collection qui tient toutes ses promesses, j’ai hâte d’en découvrir la suite ! 

Le poids du monde, David Joy, éditions Sonatine, par Le Boss.

C’est son deuxième  livre traduit, impasse sur le précédent, je découvre donc, tout en sachant que le premier avait fait un certain buzz.

Alors, play,  4 ème de couv qui donne l’impression qu’on a bien tous les éléments d’une tragédie courante dans le rural noir américain.

 

Alors, on a :

1  – Le lieu, trou du cul du monde

2  – Retour de guerre, jeunesse en péril

3  – Le niveau sociétal exigé

4 – Armes, drogues, fait divers et d’été

etc etc …

Mais, si on sort de ce carcan infligé depuis 3 ou 4 ans par la mode polardesque, on peut dire que David Joy fait partie des 1 % qu’on peut et se doit de lire. Ne voyez aucun rapprochement avec certains motards….

J’entends et je vois des gens qui commencent à se lever pour partir, restez assis, on va répondre à votre Pourquoi  tonitruant ….

Ou pas ?

Soit, ce mec a quelque chose de plus que les autres, une sorte de don qui lui permet d’écrire du très bon à partir d’une trame mille et une fois revue par le cinéma ou les livres. Ce talent de la description des personnages, de leurs âmes, et du fameux « nature writing », s’il existe. Il a l’art et la manière aussi de compliquer un banal scénario, en une ode à la lumière inexistante dans les Appalaches décrits. Paradoxale, il est vrai, que cette phrase suscitée, mais qui s’explique par une lueur intérieure que David Joy fait apparaitre avec ses personnages si consistants. Vous êtes encore là ? Moi j’ai failli me perdre.

Plussoyons sur cette qualité d’écriture sur les êtres et ce qui les relie dans ce livre. Ces enfances perdues, cette société à la dérive lâchée par toutes et tous. Réjouissons nous de leurs malheurs, de leur pauvreté, de leurs faiblesses, ils nous ressemblent tant, car on a droit à un très bon livre.

Ainsi soit il…

Résumé :
Après avoir quitté l’armée et l’horreur des champs de bataille du Moyen-Orient, Thad Broom revient dans son village natal des Appalaches. N’ayant nulle part où aller, il s’installe dans sa vieille caravane près de la maison de sa mère, April, qui lutte elle aussi contre de vieux démons. Là, il renoue avec son meilleur ami, Aiden McCall. Après la mort accidentelle de leur dealer, Thad et Aiden se retrouvent soudain avec une quantité de drogue et d’argent inespérée. Cadeau de Dieu ou du diable ?
Traduit par Fabrice Pointeau.

 

Le Boss.

 

Le fils, Philipp Meyer, Albin Michel et Le Livre de Poche, par Seb

   «  Nous avancions sur une longue plaine entourée de collines, nous enfonçant sous les arbres pour en ressortir plus loin, passant des ténèbres au clair de lune puis de nouveau aux ténèbres ; les indiens faisaient confiance aux yeux des chevaux et ceux-ci chassaient devant nous tous les animaux de la forêt. Je cherchai mon frère. Derrière moi les cavaliers surgissaient des arbres comme s’ils naissaient de l’obscurité même.

 

Ce livre m’a accompagné un bon moment après l’avoir lu. Non pas à cause de ses 784 pages en format poche, car il ne s’est pas écoulé un seul jour sans que j’y fourre mon nez, même aux heures les plus improbables. Cette histoire a exercé sur moi un pouvoir particulier, j’étais passionné par le récit, les personnages, surtout celui d’Eli ; il fallait que j’y retourne, sans cesse, me replonger dans cette époque, ces lieux, cette histoire qui se cousait dans les plis de la grande Histoire. Oui je sais, vous voulez savoir de quoi ça parle.

1848 – Quelque part dans le sud-ouest du Texas. Sur la « frontière mouvante ». Eli McCullough, environ 12 ans, vit avec sa mère, sa sœur, son frère et son père qui est rangers. Une nuit, alors que le père est en mission, ils sont attaqués par des indiens comanches. Eli et son frère sont enlevés et le reste de la famille massacré. Eli restera trois ans au sein des comanches, il va être « adopté » par Toshaway, le chef de la tribu. Il en conservera un souvenir brûlant et vivace. Ensuite, après quelques errances, il construira sa légende à coups de révolvers et de fusils, il prendra part à la guerre de sécession et aux guerres indiennes pour devenir « le colonel », terme par lequel tout le monde l’appelle désormais. Ensuite, à coup d’achat de terrains, il va façonner un empire du bétail et ne semblera vivre que pour échapper à quelque chose qui le tourmente. Il donne l’impression de se tenir toujours à distance des émotions, de l’empathie, de la compassion, comme si ces choses-là étaient trop chargées, trop brûlantes pour lui. Eli est un homme froid et cynique. Son ombre va planer sur toute sa descendance.

1848 – Peter est le fils « du colonel ». C’est un homme différent, qui semble toujours être en dehors de lui-même. Le poids de l’héritage lui est insupportable, parfois il subit les décisions de son père, parfois il se révolte mollement. Et peut-être qu’au milieu de toute cette violence et de la folie des hommes, il pourra s’échapper.

De nos jours. Jeanne-Anne est la petite fille de Peter. Les évènements ont fait d’elle la patronne de la famille. Elle est la détentrice de tout. L’histoire, le passif, les secrets sales, le futur et le présent. Elle doit faire prendre un virage à l’entreprise familiale et à sa propre vie. Mais boucler la boucle n’est pas si facile quand les souvenirs et les fantômes vous observent.

 

Avec ce roman puissant et très documenté, Philipp Meyer fait s’exercer le souffle de l’histoire. Ah ce que j’ai aimé ce roman ! La construction d’abord. Dans une alchimie savante, on alterne les chapitres et les trois personnages, Eli et Jeanne-Anne à la troisième personne du singulier et Peter sous la forme d’un journal qu’il tenait. La forme narrative du journal confère une certaine distance, ce qui peut surprendre car on s’attend justement à plus de proximité. Cela tient à l’écriture, à l’atmosphère que l’auteur a instaurée, l’émotion s’y fait rare et on peut le déplorer, l’écriture est froide, mais je pense que c’est pour rester fidèle au personnage qui semble flotter dans son être ; ainsi, comme sur des montagnes russes, nous passons de la frénésie au grand calme, à la peur avant le vide puis à la décélération brutale. J’ai aimé les trois personnages, mais j’ai préféré celui d’Eli. Quel parcours ! Quel voyage chez les comanches ! L’auteur nous fait découvrir cette nation dominante, parmi les plus puissantes, nous apprenons leur mode de vie, leurs rites, leurs traditions et croyances. Nous écoutons avec eux le bruit du vent et rien de ce qui vit sur cette contrée ne leur est étranger. Leur connaissance du monde végétal est totale et ils étreignent une liberté sans limite. C’est tout cela qu’Eli, rebaptisé Tiehteti-taibo (ce qui signifie « petit homme blanc ridicule ») va découvrir et apprendre. Je me suis attaché à cette nation indienne avec une grande facilité et beaucoup d’émerveillement. Ces comanches, l’auteur les représente loin de l’hagiographie. Tels qu’ils sont, parfois des sauvages barbares dénués de pitié, parfois des poètes, parfois des êtres capables d’empathie et de beaucoup de gratitude. Mais toujours un peuple libre en prise directe avec la vie et la nature.

Mais, tout au long de la lecture, une peine profonde m’étreint malgré tout, car je sais que cette peuplade vit ses dernières années de liberté et d’insouciance, car l’homme blanc continue d’avancer, de confisquer la terre, de propager ses maladies mortelles et de considérer les Peaux-Rouges comme des êtres inférieurs. Et de les voir progresser, mener leur vie de nomades, chasser le bison, en tirer le maximum (il y a dans ce roman un passage d’anthologie au cours duquel l’auteur nous décrit comment la totalité du bison est exploitée, rien n’est gaspillé, un moment édifiant pour notre société de consommation reine du gâchis). Et de les voir diriger des raids, explorer des terres, prendre soins des plus faibles, tout cela me brisait le cœur car je connaissais la fin tragique qui les attendait, tapie dans les méandres de l’histoire funeste.

C’est le plus souvent les chapitres dédiés à Eli qui faisaient naître en moi une émotion, un sentiment dont les deux autres personnages sont dépourvus, j’ignore si cela était une volonté de l’auteur ou si Peter et Jeanne-Anne sont un peu loupés de ce point de vue. Cela ne m’a pas vraiment gêné d’ailleurs, grâce aux comanches.

Au-delà du récit de trois générations qui ont participé à la construction d’un pays encore juvénile, l’auteur, en abordant de front les sujets de la confiscation de la terre, du génocide des indiens, de la cupidité et de la violence brute qui semble figée dans l’ADN de ce pays, en parlant de tout cela, Philipp Meyer nous raconte l’histoire de l’Amérique. De la folle poussée de fièvre vers l’Ouest à la bagarre pour la terre et l’éradication des tribus indiennes, de la bagarre suivante entre blancs pour la terre, toujours la terre, du schisme de la guerre civile à la découverte du premier puit de pétrole au Texas, le puit qui va changer la face du monde. C’est une folie humaine que nous dévide l’auteur, la fresque de la naissance du Texas sur un matelas de dollars et sur les cadavres entassés de pas mal de gens. C’est aussi la chronique du racisme ordinaire, contre les indiens bien sûr, mais aussi contre les mexicains, les noirs, les colons arrivés trop tard, bref, tout ce qui n’est pas yankee.

Et puis l’écriture, la langue, superbe. Page 692 : Les morts étaient des concurrents déloyaux, figés dans leur perfection quand la chair des vivants n’en finissait pas de faiblir.

C’est une performance sidérante sur une famille qui ploie sous le joug d’une ombre tutélaire et légendaire, « le colonel ». Alors quand les sentiments s’en mêlent, ou s’emmêlent, et que l’histoire et les velléités jouent les trouble-fêtes, tout devient incertain, l’avenir se teinte de noir et de sang. Le sang, la seule véritable constante en Amérique.

Seb.

Traduit par Sarah Gurcel.

 

3 minutes, 7 secondes, Sébastien Raizer, La Manufacture de Livres

Profil atypique que celui de Sébastien Raizer.   Co-fondateur, dès 1992, des éditions du Camion Blanc, spécialisées dans le rock, il y traduit des textes de l’anglais et en publie également sous son nom.  Ainsi verront le jour plus de 400 titres. Arrivé en littérature avec Le chien de Dédale en 1999 (Verticales), il poursuit avec Corrida détraquée chez Grasset en 2001 avant de se lancer dans une trilogie ambitieuse et exigeante parue à la Série Noire : L’alignement des équinoxes (2015 à 2017). Fasciné par le Japon et sa culture, Sébastien Raizer vit actuellement à Kyoto.

Pour son premier ouvrage à La Manufacture de Livres, il frappe fort avec    3 minutes, 7 secondes, une novella d’à peine plus de 100 pages qui plonge le lecteur au coeur du vol MU 729, entre Shangaï et Osaka et lui fait partager les quelques minutes restant à vivre à l’équipage et aux 316 passagers avant qu’un missile nord-coréen n’entre en contact avec l’avion.

Parti de Shangaï avec du retard, le vol MU 729 doit également calculer sa trajectoire en fonction du typhon Talim, en provenance d’Okinawa. On le voit, ce ne sera pas le trajet le plus serein pour le commandant Nomura.

En se focalisant à la fois sur les relations troubles entre les membres du personnel de service et sur les pensées et divagations de quelques passagers, Sébastien Raizer offre un tableau pris sur le vif, un instantané de vie dans un dernier voyage vers la mort. Des hallucinations/souvenirs de Nomura lorsqu’il est informé de l’envol du missile aux réflexions du sino-américain Glenn Wang concernant l’hypothèse d’un jeu psychique et collectif permettant l’expérience de la mort, le voyage est autant mental que physique. Yan Van Welde, autre passager, condense à lui seul ces deux aspects puisqu’il est voyageur-photographe et c’est dans le cadre de son projet en cours, intitulé Plein Est, qu’il est présent dans l’avion et se remémore les images marquantes des étapes précédentes.

« Je me demande même si une part de moi ne souhaite pas secrètement que ce cinglé ait raison et qu’un missile nord-coréen vienne bel et bien annuler le vol Shangaï-Osaka. Le rayer de la carte du ciel – nous ne sommes déjà plus sur terre, de toute façon. Mourir sur terre serait manifestement plus tragique et plus douloureux. Mais ici ? Nous ne sommes déjà plus nulle part, endormis dans un long et monotone et interminable flottement, en apesanteur de nous-mêmes. »

Aussi court que réussi, 3 minutes, 7 secondes parvient à se montrer déstabilisant, voire dérangeant dans ses dernières pages, et ce huis-clos céleste mêle avec virtuosité le physique et le cérébral, le sexe et la mort au long de ces 187 secondes de tension.

Yann.

 

Le fruit de mes entrailles, Cédric Cham, Jigal Polars par Bruno

« Noir et Sauvage » indique le bandeau rouge sur la couverture où l’on voit une moto filant à vive allure. Après avoir avalé à tombeau ouvert les 280 pages du dernier Cédric Cham, je ne peux qu’abonder dans ce sens, et bien que n’étant pas toujours très fan de ces bandeaux racoleurs souvent surfaits, je dois bien avouer que ces deux mots collent à merveille à ce roman. Bravo à Jigal Polar et à Jimmy Gallier de publier ces pépites concentrées de noir, où la vie part en vrille au hasard des rencontres et aléas de la vie.

Ce roman, c’est l’histoire croisée de trois êtres englués dans le tourbillon de la vie : Vrinks d’abord, fiché au grand banditisme et qui purge dix ans de taule ; Amia ensuite, jeune femme d’une vingtaine d’année tombée dans les griffes de proxos de la pire espèce, et enfin celle du Capitaine Alice Krieg, flic tenace qui ne vit que par et pour son boulot.

Hasard de la vie et concours de circonstances, ces trois là vont se trouver embarqués dans une folle histoire sans temps mort. Juste le temps peut être de s’apercevoir en cours de route qu’ils sont tous passés à côté de leur vie, de leur existence et que le temps perdu ne se rattrape jamais. Lorsque Simon Vrincks apprend au parloir de la prison par son ex femme que le corps de sa fille Manon a été retrouvé mutilé dans les eaux d’un fleuve, il n’a plus qu’une seul idée : se tirer et retrouver le ou les salopards qui l’ont tuée.

Amia, elle, trouve la force et le courage de fuir ses bourreaux lorsqu’elle réalise qu’elle est enceinte.

Deux signes pour deux individus au cœur brut et à l âme ravagée ; par la douleur et l’envie de se comporter enfin en Père pour l’un, et par l’envie d’être une mère protectrice pour l’autre ; deux signaux de départ pour une nouvelle vie, une cavale, un désir de rédemption et tant pis pour ce qui se passera. On ne regarde pas dans le rétroviseur et on fonce !

« Noir et Sauvage » donc, mais je pourrais ajouter violent et sanglant, sombre et bestial, speed et addictif. On tourne les pages de ces vies qui défilent dans un rythme fou en même temps que l’on se prend à espérer une vie meilleure pour ces écorchés vifs à deux doigts de sombrer définitivement dans la folie.

Notre fliquette n’est pas en reste lorsqu’un événement particulièrement intrusif vient bouleverser le cours d’une vie qu’elle croyait maîtriser de A à Z.

Ces êtres brisés ont finalement plus de points en commun qu’il n’y paraît. C’est la vie dans toute sa splendeur et sa misère. Elle passe trop vite et il ne faut pas louper les moments de bonheur qui peuvent se présenter. Spleen du flic, du taulard ou de la pute, même combat, imparable. Leurs vies, leurs ennuis, leurs « tu meurs », c’est une fuite en avant parsemée de violence et de morts.

La solitude et l’absence de père ou de mère, où l’oubli volontaire, lourd passé que l’on traîne toute une vie, Cédric Cham n’a pas son pareil pour mettre en scène des personnages que l’on a peine à juger. Ils sont attachants, vivants, à fleur de peau et l’auteur est bien rentré dans le giron de la maison Jigal que l’on reconnaît à ses thèmes abordés, du noir sans concession, du brutal, du polar sociétal, marque de fabrique de cette maison d’édition marseillaise. Moi j’ai adoré et vite lu cet opus qui n’est pas sans rappeler les bouquins de Job avec toujours ce code d’honneur des malfrats et une formidable histoire d’amour souvent impossible.

Bruno D.

L’éternité n’est pas pour nous, Patrick Delperdange, Les Arènes, Equinox, par Perrine

Résultat de recherche d'images pour "l'éternité n'est pas pour nous"Assise sur une chaise en plastique, au bord de la chaussée, Lila attend le client. Quand Julien, le fils de bonne famille, débarque avec ses amis, elle comprend que les choses vont mal tourner. Sam et Danny traversent la campagne à la recherche d’un refuge. Ils ont quitté le foyer qui hébergeait Danny, après ce que ce dernier a fait au gars qui l’importunait. Sans doute ce pays est-il maudit. Une odeur âcre monte des champs abandonnés. Des bêtes sortent des bois, guettant leurs proies. Les enfants renient leurs parents. Ces pauvres âmes, c’est nous. Des chiens errants en quête d’éternité, pleins de lâcheté et de courage.

L’éternité n’est pas pour nous tient dans le magnifique portrait de ses personnages, rebus de l’humanité, ces invisibles que nous évitons, devant qui nous baissons les yeux, entre pitié et honte. Danny, Sam, Lila et Cassandre, déjà si malchanceux de par leurs situations misérables, vont apprendre que les choses peuvent être pires, sans pour autant qu’on l’ait mérité.

Comment lutter lorsque l’on se retrouve face à des gens puissants de normalité, suffisants de bonne réputation et néanmoins sans le moindre état d’âme ? Comment ne pas trembler avec Lila à la recherche de sa fille, prostituée certes, mais qui garde un respect d’elle même et considère (à raison) que sa profession ne donne pas tous les droits sur elle ? Comment ne pas être ému par Danny, un peu simplet, sûrement malade, mais tellement attachant et Sam qui veille tant bien que mal sur lui ?

Face à eux les puissants et les bien pensants, pétris de « bonnes » intentions voire dévots, bien installés dans ce coin de campagne où tout le monde se connaît et qui pour se protéger envisagent une « chasse aux nuisibles ». Et qui d’autre que les marginaux pourrait être nuisible ?

Que dire enfin du flic qui se réjouit de tomber sur des crimes, non pas pour la satisfaction d’arrêter de dangereux psychopathes mais pour l’opportunité d’avancement qu’ils annoncent ?

Dans ce roman court il y a du tragique pour sûr, au sens théâtral et mythologique du terme (avec une Cassandre est-ce surprenant ?) C’est un texte très beau, très fort, mais j’émets néanmoins quelques réserves sur la chute, dont je ne vous parlerai évidemment pas. A vous de me dire car c’est sans nul doute un roman à lire !