Total Labrador, J.H Oppel par Le Corbac et Perrine

Il arrive parfois (souvent ?) que nous nous retrouvions avec la même envie de lire et de chroniquer le même titre. Ça vous fait plus de lecture d’accord et ça ne plaît pas à l’algorithme qui contrôle la lisibilité de nos articles, mais nous on kiffe vous donner deux fois plus de raisons de découvrir un roman !


Monsieur Oppel,
J’avais lu 19 500$ la Tonne et m’étais régalé avec vos abricots (entre autres passages succulents). Vous m’aviez donné aussi l’occasion de faire connaissance avec la charmante Lucy Chan.
Lorsque j’ai appris que vous sortiez un nouveau roman , chez le même éditeur, dont le tire m’interpella de suite, j’ai évidemment décidé de vous lire.
Total Labrador…  Quel titre étrange me disais-je en ayant eu fini de lire le résumé, notant au passage et avec une évidente satisfaction le retour de cette adorable analyste au caractère bien trempé.
Alors donc ce fut totalement intrigué et bien disposé que je lus votre roman…
Ben putain, CHAPEAU.
Vous m’avez scié… laissé la bouche ouverte comme un poisson crevé échoué sur une plage insalubre et polluée, avec un petit filet de bave… mes yeux écarquillés de surprise devant la qualité de votre intrigue et votre sens du récit .
Adolescent, j’avais consommé sans modération Robert Ludlum, John le Carré, Frédérick Forsyth et bien évidemment les Ian Fleming… pour ne citer qu’eux.
Je pensais donc avoir vu pas mal de choses dans le domaine des romans d’espionnage.
Mais vous… ouah… je vous ai trouvé digne de ces vieux classiques de référence (selon mon point de vue bien évidement), vous n’avez en effet rien à leur envier.
Vous avez repris la même construction que dans le précédent opus et cela fonctionne à merveille même. Mieux encore que la première fois.
Est-ce parce que je me trouvais déjà habitué à votre écriture ?
Ou plutôt que je me suis laissé emmener en toute sécurité avec Lucy un peu partout dans le monde ?
Ou encore parce que le rythme que vous donnez à votre roman est une musique qui prend à chaque chapitre un peu plus de force, de puissance pour finir en un crescendo parfaitement construit ?
Ou peut-être que votre intrigue nous tient en haleine, nous faisant, frénétiquement parfois, tourner la page pour savoir, pour comprendre?
Probablement est ce un mélange de tout cela, tous ces petits fils que vous avez reliés et assemblés pour nous offrir cette riche tapisserie, reflet des arcanes du pouvoir, des luttes d’ego et des influences économiques qui dirigent les vrais puissants. Le dessin de cet univers souterrain, des complots et des négociations commerciales, celui aussi des manipulations et des transgressions est en outre illuminé par la froideur méticuleusement humanisée de la charmante Lucy Chan.
Tout cela donc pour juste vous dire une chose Mr Oppel : MERCI.
Souhaitant vous relire bientôt, je vous prie d’accepter mes sentiments les plus admiratifs.

Un Lecteur subjugué. Le Corbac


Ahhh Jean-Hugues, un auteur dont j’apprécie l’humour et l’intelligence, autant à l’écrit qu’à l’oral. Je ne sais pas si sans le connaître, je me serais plongée dans son dernier roman, car l’espionnage n’a jamais été particulièrement ma tasse de thé.

Et pourtant, un vrai plaisir d’évoluer dans cette histoire de missions ratées, de secrets et de trahisons. Un vrai James Bond, au féminin avec le retour de Lucy Chan aux commandes, et avec tellement plus de subtilité !

Si vous aimez l’humour au 5ème degré, les mots choisis avec soin et les références goûteuses, l’action grâce à une construction impeccable et l’analyse d’un système bien crasse, foncez sur Total Labrador, qui une fois de plus est à la hauteur de son ambition !

Perrine

Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives (Gallimard) par Aurélie

Tenir jusqu'à l'aubeEn lisant ce livre je me répétais « Mais oui, c’est ça, c’est exactement ça ! ».

Je reste sans voix devant la magie de la plume de Carole Fives : d’une situation bien spécifique elle nous emmène par la main vers un universel qui nous éclate au visage.

Une vérité habilement noyée dans notre quotidien est tirée à la surface mot après mot et l’auteure met le doigt exactement là où la société fait montre de dysfonctionnements gravissimes mais passant presque inaperçus.

Ce livre devrait être lu par toute femme pour remettre les choses en perspective et par tout homme pour enfin se poser les bonnes questions et nous regarder d’un autre oeil.

Un roman d’utilité publique !

Ils ont voulu nous civiliser, Marin Ledun (Flammarion – J’ai lu) par Aurélie

Tous se passe sur un temps très court, à la faveur d’un nuit de tempête près de la côte Atlantique. La tension monte, une chasse à l’homme enragée débute et les éléments se déchaînent pour donner au roman une atmosphère de fin du monde. L’Apocalypse, c’est bien ce à quoi semble s’être préparé un vieil homme dans sa propriété depuis des décennies. Il n’est pas rentré indemne de la guerre d’Algérie et a constitué un véritable arsenal au fil des années. Seul phare au milieu de la tempête pour le jeune homme poursuivi, sa maison pourra-t-elle lui offrir un refuge ? Un roman qui dessine des personnages d’une belle profondeur et nous entraîne dans un rythme infernal dans une noirceur abyssale. Pour moi, tout simplement inoubliable.

West, Carys Davies (Seuil Cadre Vert) par Aurélie

Résultat de recherche d'images pour "West, Carys Davies"Je me rends compte qu’à chaque fois qu’un Western entre dans mon champ de vision,  je décoche une flèche et le mange tout cru !
Celui-ci avait la saveur d’une quête vouée à l’échec, d’une enfance fragile, de petits colifichets échangés au prix d’une vie, de la valeur d’une terre.
Un Western raconté à la manière d’une fable, un western dont je sors repue… jusqu’au prochain !
À déguster avec une bonne tarte à l’abricot et un café tout chaud dès le 3 janvier !
Traduit de l’anglais par David Fauquemberg
Aurélie.

Braves gens du Purgatoire, Pierre Pelot (Héloïse d’Ormesson) par Yann

Pfff, gros morceau là … Je ne sais même pas vraiment comment attaquer. Pierre Pelot, nom de Dieu, on parle pas du premier venu, là. Et pour son dernier, non, son ULTIME bouquin. Ca semble pas envisageable quand on suit le bonhomme depuis plus de trente ans, quand on a découvert à 12 ou 13 ans les aventures de Dylan Stark (rééditées chez Bragelonne en 2017) puis dévoré les textes sortis de l’imagination fiévreuse d’un Pierre Suragne aussi inspiré que prolifique, au sein des défuntes collections Fleuve Noir Angoisse et Fleuve Noir Anticipation avant de le suivre au fil du temps et des éditeurs jusqu’à ce texte dont on a du mal à admettre qu’il est la dernière étape avant que Pelot ne se taise.

Je suis la brume, Mais si les papillons trichent, Mecanic Jungle, L’enfant qui marchait sur le ciel, Et puis les loups viendront, Le Dieu truqué, voilà pour quelques bouquins signés Suragne, suivis de tant d’autres ensuite. Grande est la tentation de rappeler la carrière de l’homme des Vosges, d’essayer de comptabiliser précisément tous les romans qu’il a pu écrire, avant d’y ajouter les bandes dessinées, nouvelles, pièces de théâtre … L’article qui lui est consacré sur Wikipédia semble assez honnête et complet pour pouvoir être cité et l’on y trouvera la liste vertigineuse que l’on se refuse à aborder ici. Deux trois titres, peut-être, en vrac, quelques indices pour éveiller des mémoires défaillantes et rappeler, surtout, que, plus que par la quantité, c’est par la qualité que brille l’oeuvre de Pierre Pelot : L’été en pente douce, C’est ainsi que les hommes vivent, Sous le vent du monde, Méchamment dimanche, La forêt muette, L’ombre des voyageuses (et on admirera en passant l’art du titre) … Voilà pour la piqûre de rappel. Maintenant, si aucun des titres cités ne vous parle, dites vous simplement que vous êtes passé(e) à côté d’une des voix les plus singulières et puissantes de la littérature française de ces dernières années, rien de moins, et je pèse mes mots. Et ça n’est finalement pas si étonnant quand on considère l’aimable indifférence qui semble entourer l’auteur et ses livres depuis plusieurs décennies. Pour faire simple, quand on parle de Pelot, on cite le nombre de livres écrits et publiés puis on déplore le fait qu’il ne soit pas plus connu, en gros exactement ce que je viens de faire. Parce que, merde, oui, il y a là une espèce d’injustice, quelque chose que l’on ne comprend pas mais qui donne envie de gueuler « Mais lisez-le, bordel, lisez ses livres, plongez-vous là-dedans, vous en avez pour des années de plaisir ! ». Et puis on se rend bien compte que tout ça est un peu vain et que ce n’est pas notre petite voix (même si on braille) qui va changer la face du monde.

Un des (nombreux) personnages de Braves gens du Purgatoire s’appelle Simon Clavin. Il est (ou a été) écrivain mais n’a jamais accédé à la reconnaissance à laquelle il pensait avoir droit. Et là, en un paragraphe dense et précis comme il sait les écrire, Pelot nous livre une des clés de cette espèce de malédiction (ou que l’on considère comme telle) :

Il fut invité dans des foires, dans des salons du livre, assis derrière une table et sa pile de livres, le crayon à la main, avec d’autres, regardant passer la foule qui s’écoulait vers les locomotives de cette grande gare, les têtes d’affiche pas nécessairement écrivains, juste signataires d’un ouvrage négrifé racontant leur vie dont les foules n’ignoraient rien pour les avoir accompagnés fidèlement sur le petit écran depuis des siècles. Il fit cela, il fut cela, durant quelque temps, avant de ne plus le supporter et de grogner que l’exercice de son écriture ne passait pas obligatoirement par ces simagrées « professionnelles », contrairement à ce qu’on lui serinait, de ne plus jouer ce jeu de triche. Il s’engageait sur un chemin de traverse qui ne s’annonçait pas tracé pour une promenade tranquille. Et qui ne le fut pas.

Beaucoup de choses sont dites ici, en quelques lignes, qui suffiront à prendre la mesure du malentendu : autant l’homme aime écrire (Anna de Sandre dit de lui qu’il est un graphomane), autant le cirque médiatique et les exercices auxquels il impose de se prêter lui sont insupportables. Il n’en faut guère plus pour se voir griller la place sous le feu des projecteurs … Si l’on ajoute au tableau quelques éditeurs négligents qui laissent disparaître corps et biens quelques titres du catalogue Pelot, on comprendra le ras le bol du monsieur. On se félicitera au passage du travail de réédition effectué par les éditions Bragelonne qui ont remis en avant une trentaine de titres, essentiellement piochés dans la partie Sf ou western de son oeuvre.

Cela étant posé, qu’en est-il de ce Braves gens du Purgatoire que l’on voit arriver avec autant de plaisir que d’appréhension puisque, on l’a dit, ULTIME, merde ! Ancré au coeur de ces Vosges que Pelot n’a jamais quittées, ce roman noir de 500 pages ne fait que confirmer ce que l’on savait déjà et qui a été dit plus haut : on a ici affaire à un conteur hors norme, un gars qui semble écrire comme d’autres respirent, qui sait trousser une histoire et la développer à son rythme, un homme qui possède autant de talent que de vocabulaire et ce n’est pas peu dire.

Lorsque les cadavres de Maxime et Anne-Lisa sont découverts chez eux par un voisin, le choc est rude pour les habitants du petit village de Purgatoire, et la version selon laquelle Maxime aurait tué sa femme avant de retourner l’arme contre lui bien vite remise en question. Lorena, leur petite fille, va devoir fouiller le passé de sa famille et l’histoire du village pour essayer de comprendre qui en veut aux siens.

Evidemment, résumé comme ça, voilà, ça ne rend absolument pas hommage au texte et il faut tout le talent de ce diable d’homme pour nous emporter dès les premières lignes et nous laisser 500 pages plus loin, moulus, essoufflés, admiratifs. Car on n’a encore pas abordé l’essentiel, à savoir l’écriture, l’art d’enchaîner les mots, de faire des phrases, vous voyez à peu près de quoi je parle. Et, donc, on a ici affaire à un magicien. L’écriture de Pierre Pelot (et c’est peut-être là une autre raison de sa difficulté à s’imposer) est exigeante, riche, foisonnante, luxuriante. On y entre la tête baissée, comme on s’aventurerait dans une forêt dense, et l’on suit les mots, les phrases, sur plusieurs lignes, une page parfois et il faut savoir se laisser mener par la voix de l’auteur, comme on suivrait un sentier pour éviter de se perdre dans les bois. Pas de grandiloquence ni de prétention ici, aucune intention d’en mettre plein la vue, non, l’homme aime simplement dérouler le fil de son récit, et s’autoriser des descriptions, des détails ou des digressions, tout en tenant fermement le cap de sa narration.

Et c’est ainsi que l’on se retrouve plongé au coeur d’une histoire qui prend sa source au sortir de la seconde guerre mondiale et à laquelle sont mêlés, de près ou de loin, bon nombre d’habitants du village. Autour de Lorena et Justin gravite une galerie de personnages que Pelot peint avec sa justesse coutumière, s’attardant avec une tendresse particulière sur des destins brisés par la vie (on pensera ici notamment à Gervaise et Zébulon mais, surtout, à Simon, dont la mort du fils rappelle sans fard celle du drame que vécut l’auteur en 2013 et serrera la gorge des plus endurci(e)s). Dans cette généalogie, chacun(e) se débat avec son histoire et celle de la communauté, et les échos de la tragédie initiale n’ont pas fini de se faire entendre dans la vallée.

Pierre Pelot – écrivain – portrait – chez lui dans les Vosges

Que dire de plus? Braves gens du Purgatoire est un grand beau livre, un de plus à l’actif de son auteur et on le refermera avec une émotion particulière et l’envie, encore une fois, de faire découvrir l’homme et son oeuvre, de le défendre encore et encore tant il nous semble important qu’il soit, un jour enfin, reconnu à sa juste valeur en dehors du cercle de celles et ceux qui le côtoient depuis des années, dont je suis, accompagné par ses livres depuis toujours ou presque. On ne le dira jamais assez, lisez Pierre Pelot, on ne vous demande rien d’autre.

Yann.

Sauvage, Jamey Bradbury (Gallmeister) par Lou

Oh babe, we definitely gotta talk about ‘dis book. « Le wendigo (pluriel : wendigowak / wendigos1) est une créature surnaturelle, maléfique et anthropophage, issue de la mythologie des Amérindiens algonquiens du Canada, qui s’est étendue dans tout le folklore d’Amérique du Nord.

Cette légende est partagée par plusieurs nations amérindiennes et peut désigner la transformation physique d’un humain après la consommation de viande humaine comme une possession spirituelle. »

(Wikipédia)

Oui je sais t’es surpris que je commence avec un truc copier coller de wikipédia minou mais j’ai pas vraiment le choix. T’as déjà vu ce film Vorace avec Guy Pearce et qui se déroule pendant la guerre de Sécession ? C’est là que j’ai appris c’était quoi un wendigo pour la première fois de ma life toute entière.

Ma montre et mon billet que Jamey Bradbury (qui vit en Alaska comme par hasard) elle s’est inspirée de ce mythe des petits indiens d’Amérique. Et en plus elle le fait royalement trop bien. Genre vraiment.

Déjà t’as à peine retourné le bouquin que tu vois qu’il a été lu et apprécié par John Irving (respect mec respect), et qu’en plus il place Sauvage entre les soeurs Brönte et Stephen King. Tu peux toujours faire le fanfaron à te méfier des coups de pouce donné par des auteurs qui défoncent pour en promouvoir d’autres. Là comme premier roman ça a de la gueule comme promo’.

Sinon l’histoire t’as peut-être envie que je t’en touche deux ou trois mots ?

Bah je vais en dire un peu plus. Parce que sinon tu comprendras rien.

Jamey Bradley fait partie de ces auteures qui te pondent une histoire lue sur un ton monocorde avec un espèce de truc sourd qui gronde entre les lignes. Que t’as l’impression que ça va te péter à la gueule à la fin du bouquin, quasiment 300 pages plus loin. Mais en fait elle se démerde encore mieux que ça. Là où tu pensais quand même avoir un peu de répit et te laisser distraire sur l’ensemble de l’histoire, ce sera juste une série de patate dans ta tronche là comme ça, un peu comme on rajoute du ketchup dans les frites pour que ce soit meilleur.

Sauvage, ça raconte l’histoire de Tracy qui est une ado presque adulte et qui est hyper balèze à la chasse et aussi elle a une autre passion dans la vie c’est faire du traîneau avec ses chiens sur le glace. Tant mieux parce que son père il fait pareil. Y’a un truc relou c’est que sa maman elle est décédée, genre renversée par une voiture. Mais elle vit encore à l’intérieur de Tracy.

Parce que Tracy tu vois si elle est fortiche à la chasse et qu’elle ressent (et quand je dis ressentir c’est ressentir genre jusque dans les émotions et les perceptions tu vois ?), c’est qu’elle a hérité d’un truc de sa mère. Tu verras quoi parce que je peux pas te dire sinon je vais te niquer l’histoire.

Un jour elle se ballade dans la forêt et elle se fait dégommer par un gus alors comme c’est un peu une ouf elle sort son couteau et elle pense l’avoir planté mais elle s’évanouit et quand elle se réveille y’a pu personne.

C’est juste comme ça que s’amorce l’histoire. T’attends pas à avoir des réponses à tout tout le temps comme on fait dans les bouquins qui veulent te rassurer sur la vie ou quoi. Non là y’a plein de trucs qui restent en suspends mais c’est fait avec tellement de génie que.

Que putain moi j’ai qu’une seule envie c’est que Jamey Bradbury tu vois elle soit ma pote et qu’elle me parle de l’Alaska comme tu me parlerais de ta sortie hebdomadaire chez Sephora. J’ai envie que Tracy elle me fasse la formation, qu’elle me dise comment ça marche les trucs de sorcières.

Et en plus moi aussi des fois j’ai l’impression que y’a plein de messages qui passent par le sang. Pas comme Tracy elle fait hein mais tu sais tous les trucs que tes vieux ils te lèguent dans la vie genre leurs tares et leurs bagages émotionnels et psychologiques et tout.

Petit, faut absolument que tu lises Sauvage. Bon oké ça sort le 7 mars mais tu vas le noter dac ? Je vais t’aider à avoir envie de le noter tu vas voir, tu te rappelles de My Absolute Darling de Gabriel Tallent ? Bah Tracy elle pourrait être la cousine de Turtle. Et ça.

Ça <3

Longue vie à Jamey (t’as un prénom tellement cool meuf)

Sioux !

Lou

Traduit par Jacques Mailhos.

Carnets noirs, Stephen King (Albin Michel) par Seb

Ouais, je sais … Tout le monde sait que je suis un inconditionnel du Maître (le simple fait de le nommer de la sorte en dit certainement long n’est-ce pas …).
Avec sa trilogie en cours, et son premier volet Mr Mercedes, Stephen King m’avait enchanté, enchanté parce que je m’étais régalé et que par-dessus ce plaisir, il y avait la joie de le voir retrouver son meilleur niveau (prix Edgar 2015 quand-même).

Avec le second tome de son triptyque, Carnets noirs, il confirme son grand retour, au sommet, tout là-haut. Bien sûr ce n’est pas Ça, Misery, Simetière ou Différentes saisons. Parce que notre champion joue désormais dans la cour du polar, et ça change pas mal de choses.
J’avoue que je ne sais pas trop comment aborder cette chronique, j’avance mot à mot, sans avoir une idée précise de mon angle d’attaque, il se peut que je n’en aie pas. Peut-être qu’il sera suffisant de laisser parler mon cœur de lecteur, que ça suffira à vous convaincre, si tant est que vous ayez besoin d’être convaincus.
L’entreprise dans laquelle je me lance est vaste parce que l’œuvre l’est aussi, et certainement très ambitieuse.

Nous retrouvons donc avec une grande joie notre inspecteur à la retraite Bill « Kermit » Hodges. Les années ont passées depuis que Brady le fou a foncé dans la foule avec sa Mercedes. Bill Hodges a monté sa boîte d’enquête et de services, il a engagé Holly et le moins que l’on puisse dire c’est que son affaire roule du tonnerre. Mais la première surprise réside là. Notre « Bill l’ancien inspecteur » n’apparaît qu’à la page 159, soit la seconde partie du roman. Et vous voulez que je vous dise ? Hé bien, jusqu’à l’arrivée de Bill Hodges dans l’histoire, on ne voit pas le temps passer. Au début, comme quelqu’un qui attend l’arrivée d’un vieux pote, on se demande à quel moment il va arriver, et puis l’histoire est si passionnante qu’on l’oublie vite, Bill.

L’histoire justement. Tout commence en 1978. Nous sommes dans la maison d’un immense écrivain, John Rothstein. Dans les années 50 il s’est rendu célèbre par une trilogie (tiens !), celle du Coureur, qui met en scène un jeune américain du nom de Jimmy Gold. Succès monumental. Dramaturge, poète, auteur de nouvelles, l’écrivain misanthrope s’est ensuite retiré de la vie publique et s’est réfugié dans sa ferme, dans un coin paumé, Talbot Corners dans le New Hamphire. A partir de ce moment-là, il n’a plus rien publié. Presque vingt ans de silence assourdissant pour ses fans, nombreux, qui s’épuisent d’attendre. L’un d’eux, Morris Bellamy a décidé de ne plus attendre. Il a toujours aimé l’écriture et le style de Rothstein mais il est carrément à plat ventre devant sa fameuse trilogie, qu’il tient tout simplement pour une pièce essentielle du patrimoine de la littérature américaine.

Alors Morris, féru de littérature passé par la case maison de redressement, a monté un coup. Il sait, grâce à la rumeur et à des infos de première mains chopées au vol, que l’écrivain ne s’est peut-être pas arrêté d’écrire, il n’a rien publié mais cela ne veut pas dire qu’il a cessé de gratter du papier. La rumeur dans le village de Talbot Corners, où sa femme de ménage ne peut pas vraiment tenir sa langue, dit que Rothstein conserve dans son coffre une grosse somme d’argent, parce qu’il ne fait pas confiance aux banques, mais surtout, surtout, un énorme tas de carnets noirs, carnets à l’intérieur desquels il aurait continué d’écrire durant toutes ces années. Pour son seul plaisir. Pour Morris Bellamy, c’est une évidence. Ces carnets contiennent la suite de la trilogie, car il faut bien le dire, le troisième et dernier volet l’a beaucoup énervé. Rothstein s’est appliqué à abimer son héros, à engluer son Jimmy Gold dans la routine de l’américain moyen, lui le rebelle, l’insoumis. C’en est trop, Morris exige que l’écrivain se rattrape, qu’il efface cette insulte. La passion de Morris Bellamy pour la trilogie « Gold » est telle que c’est devenu une affaire personnelle.

Donc un soir, il débarque avec deux connaissances à lui. Ils sont cagoulés et Morris les a motivés avec l’appât du gain, lui se fout un peu du fric, ce qui l’obsède, ce sont les carnets. Tiré du lit, l’ermite génial n’est pas très coopératif, il n’aime pas les gens et il va bientôt aborder les 80 balais. Ça tourne mal, Morris file avec plus de 160 carnets moleskine noirs et accessoirement, dans les 20 mille dollars. Sur le chemin du retour, concentré et méfiant, il se débarrasse de ses deux pieds-nickelés de complices, abandonnés sur une aire de repos avec du plomb dans la paillasse à défaut d’en avoir eu dans la tête pendant qu’ils étaient vivants. Morris est fou de joie, il tient le trésor, le graal. Il va enfin savoir ce que sont devenus les personnages de la trilogie Gold, savoir si Jimmy a relevé la tête et tout envoyé valdinguer.

Mais il doit se méfier, le meurtre va faire la une, les corps seront découverts sur l’aire de repos, la police pourrait faire le rapprochement avec lui. Il n’oublie pas qu’il est venu plusieurs fois au village de Talbot Corners, qu’ils ont bu des coups à la taverne, posé des questions. Il va donc être patient, enterrer les carnets et le fric, et attendre quelques temps que toute cette histoire se calme. Et après … à lui le grand panard, la lecture de la suite des aventures du Coureur, et même pas besoin de s’inquiéter pour l’avenir, avec les dollars qui accompagnent les carnets, il peut lire, lire encore et relire les carnets en bullant tranquille peinard.

Mais Morris va commettre une erreur, une simple erreur, tellement banale que c’en est à pleurer.

Je suis désolé chère lectrice ou lecteur de te laisser là, en plan, au milieu du gué. Je brûle d’en dire un peu plus, de t’appâter un chouia plus, mais ce n’est pas possible, ce serait du gâchis, du plaisir en moins pour toi, beaucoup de plaisir en moins. Et moi j’ai envie que tu empruntes le même chemin que moi, ce chemin magnifique et inquiétant, imprévisible et garni de fausses pistes, de rebondissements, de suspense aiguisé et de coups d’éclats et … d’un colossal cri d’amour pour la lecture et l’écriture, pour la littérature. Parce que, au final, c’est de ça qu’il s’agit, rien que de ça. Comme il l’avait déjà fait dans son génial Misery, Stephen King plonge dans le monde de l’écriture, les mystères de la création, le fonctionnement du cerveau d’un auteur et tout ce qui s’y passe et qu’il ne maîtrise pas forcément. Et aussi de ce qui se passe dans l’esprit des lecteurs quand ils s’adonnent aux livres. Et c’est un pied gigantesque. Quelle joie de le voir, par le truchement de ses personnages, faire des allusions à la bible de la littérature, bible qu’il cite si souvent dans son grand livre Ecriture, mémoires d’un métier. Cette bible c’est The elements of style de Strunk et White, et cette fameuse règle n°13 : omettre les mots inutiles.

Toujours par l’entremise des personnages ou du récit, il fait des clins d’œil savoureux et respectueux aux piliers de la littérature américaine, de ci de là, au fil des pages, on croise Les raisins de la colère, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, la nouvelle d’Hemingway Les tueurs adaptée plus tard au cinéma ou encore Louons maintenant les grands hommes de James Agee et Walker Evans.

Plus fort encore, il se permet un clin d’œil à sa propre œuvre, mais d’une manière subtile et humble, en faisant apparaître furtivement, l’excellent film Les évadés, adaptation réussie de ce que je tiens pour un chef d’œuvre de nouvelle du King, Rita Hayworth ou la rédemption de Shawshank.
Oui, ce roman est un merveilleux cri d’amour pour la littérature, un cri sincère et puissant, qui résonne et trace sa route en nous.

Il y a tout cela dans « Carnets noirs », mais il y a bien plus. Ce style, inimitable, qui vous cueille par surprise, même quand vous vous y attendez. Cette manière d’écrire, de narrer, qui vous rend addict si vous y êtes sensibles, et nous sommes nombreux hein, à y être sensible. Il y a cette technique d’écriture, si puissante, qui s’immisce au cœur des personnages, cette faculté de les rendre si humains, si réels. Je vais vous faire une confidence. A un moment, quand je lisais ce roman et que je ne pouvais pas le lâcher, vraiment pas, j’ai fait une courte pause pour me faire un café. En faisant chanter la cuillère de miel dans la tasse de porcelaine, je me disais qu’après avoir fini Carnets noirs je devrais me procurer cette trilogie de Jimmy Gold, Le coureur. Avant de réaliser que cette œuvre n’existait pas, pas plus que l’écrivain John Rothstein. Voilà le pouvoir du Maître, Stephen King.

Et puis, il n’a rien perdu de son sens de l’image, de la scène, on ne peut plus cinématographique, comme avec cette description anodine, page 143 : Elle grimaça, mais aussitôt le sourire en coin retroussa de nouveau ses lèvres. Comme un bout de papier se consumant dans un cendrier. Efficace hein ?!
Ah oui, une dernière chose, le clin d’œil aux films Les sentiers de la perdition et Le parrain 2, c’était vraiment cool …

Traduit de l’américain par Océane Bies et Nadine Gassié.

Seb.

Au nom du père, Eric Maravélias (Série Noire – Gallimard) par Le Boss

C’était pas simple de sortir d’un premier livre aussi tapageur….,

Il en aura fallu du temps, et le temps aidant, autre lieu, autre style, bref, c’est gagné, tant pis pour ceux qui voulaient une continuité de son premier.

C’est un Eric en pleine forme et surprenant que nous retrouvons dans ce livre, du moins sa plume..( en epérant qu’il mette plus de jogging^^)

Axé sur un futur assez proche, on évolue dans une quasi noirceur, indélébile comme l’encre de ses pages… »oh ppppppppppppputainn je m’aime^^ ».

Certains vous parleront de tragédie grecque, moi je dirai, violence, humain.

Sans noircir les traits, 5 ans entre les deux livres, et bien il fallait sûrement cela.

 

Plus de vingt ans après que Dante Duzha a quitté la Macédoine en raison des bouleversements politiques que connaît le pays, un incident imprévu fait vaciller l’empire qu’il s’est construit en France.
Dans un Paris crépusculaire, au bord de la guerre civile, gangrené par les crimes et les trafics, l’insidieux poison des secrets de famille nourrit les rancœurs et les haines les plus tenaces. Alors quand entrent en scène l’amitié trahie, les amours impossibles, les ambitions démesurées… c’est le vent furieux des passions humaines qui se déchaîne; puis la violence s’installe, entraînant inexorablement les personnages de cette tragédie moderne vers un destin tragique.

Le Boss.

Nino dans la nuit, Capucine et Simon Johannin (éditions Allia) par Lou

Y’a des livres petits frères, c’est à dire c’est ceux que t’admire tout en voulant les défendre enfin plutôt les protéger tellement ils sont beaux et que tu te ramasses la gueule dessus avec juste une putain d’envie d’écrire partout sur toutes les feuilles qui te tombent sous la main jusqu’à la feuille de PQ même si c’est la dernière.

C’est plus élaboré que L’Été des charognes, c’est celui qui consacrera je pense. Mais c’est juste parce que Nino et moi on a souvent fait pareil comme le millier de garçons parisiens de 20 piges et que du coup Nino il a son histoire et moi pas encore.

Y’a Laura qu’avait raison et même si elle porte des salopettes bleues et qu’elle ressemble pas du tout à Lale physiquement comme mentalement, j’avais l’impression qu’on me tenait la main au fil des pages l’air de dire « vas y tu peux y aller c’est pratiquement fait pour toi ce texte ».

Simon mon vieux je sais qu’on se connait pas mais laisse moi t’appeler mon vieux c’est une marque de respect chez moi qui veut tout dire mais je crois que désormais tes romans et moi c’est jusqu’à ce que la morve nous sépare.

Pour ceux qui savent pas mais qui voudraient savoir, Nino se laisse bouffer par la nuit avec tout l’aspect métaphorique que ça implique. Enfant de la nuit, fils de la nuit y’a que la nuit qui le fait vibrer vivre ce que tu veux mais tant qu’il fait jour ça le dégomme comme on dégomme les vampires dans l’imaginaire. Et ça t’en es conscient que quand tu l’as vécu et y’a tellement de copains à moi qui l’ont vécu.

De la légion étrangère aux petits boulots de merde pour s’offrir un sursis entre deux plans qui rapportent gros parce qu’ils sont risqués, de la sueur qui se planque dans ton cul quand les flics te repèrent mais que t’es né sous une bonne étoile parce que t’as la bonne couleur de peau et qu’on te fout quand même la paix alors que dans tes neurones c’est déjà comme l’Enfer de Sartre.

Lis moi. Ces putains. de 280 pages.

Amour propre, Sylvie Le Bihan (JC Lattès) par Aurélie

Un quatrième roman qui marque pour moi la maturité d’une auteure tourmentée qui a trouvé en l’écriture un exutoire à des démons personnels dévorants.

Une fois de plus, c’est une femme forte qui incarne l’héroïne du roman, à ceci près que s’affirme cette fois une douceur inédite qui finit de parfaire une plume à part dans le paysage littéraire français.

J’ai adoré passer ces quelques jours à Capri avec Giulia, qu’elle soit face à cette maternité qu’elle n’a jamais accepté dans ce lieu si propice à l’introspection. Le grand plus de ce texte si personnel ? Nous plonger dans la grande Histoire littéraire, nous donner envie de découvrir les écrits de Malaparte au plus vite. Est-ce au contact de ses mots que le style de Sylvie prend un tour si poétique ? En tout cas le mariage de ce grand écrivain et de ce thème si difficile à aborder sans tabou fait merveille. Les mots de l’auteure nous percutent, nous remuent, nous bouleversent et nous placent face à des vérités que nous n’étions peut-être pas prêts à entendre.

Bref, un grand roman.

Aurélie.