Rafale, Marc Falvo (Editions Lajouanie), par Le Corbac

Gabriel n’est pas un ange, ce serait plutôt le contraire et pourtant Marc Falvo nous le rend beau, doux, tendre et attachant son gaillard.
Bon, c’est vrai que Gabriel officie comme homme de main pour Garbo, propriétaire d’un Cercle de jeu dans une région indéfinie de la France (quoique que…). L’essentiel de son taf consistant à aller récupérer les dettes des joueurs mauvais payeurs, souvent plus avec ses poings que sa tête. Parfois aussi il transporte des trucs ou sert de « garde du corps ». Donc c’est vous dire si la violence physique et lui se connaissent bien.
En plus il a tellement dérouillé dans ses bastons de jeunesse qu’on ne peut pas dire qu’il ait le physique facile ni la fibre romantique donc sa vie sentimentale se résume à pas grand-chose. Il a même réussi à foirer son mariage, lourder sa fille et maintenant se taper une femme mariée qui ne quittera pas le confort matériel offert par son petit mari chéri.
Sans compter son dos qui depuis quelque temps lui fait des misères et lui rappelle qu’il vieillit, même s’il essaie de se maintenir en forme.
Donc au final, hormis la bibine et son job il n’a pas vraiment de vie.
Jusqu’à ce mois de décembre…
C’est pas l’esprit de Noël qui déboule, mais son existence qui se chamboule. Une petite brise souffle d’abord, et petit à petit ce qui n’était qu’un vague vent gênant va devenir un mistral, un ouragan, une tempête qui va souffler en Rafales sur sa vie et tout retourner.
Son petit train-train quotidien de malfrat à la petite semaine va voler en éclats parce qu’un joueur a disparu, parce qu’il s’est engueulé avec sa maîtresse. De fil en aiguille, au rythme de son enquête il se retrouve en quête de lui-même.
Plus rien ne tourne rond, tout part à vaux l’eau et le brave Gabriel se remet en question.
Dans ce roman, une histoire noire digne des vieux polars des années 60 et un hommage à ces histoires de truands pas si mauvais que ça, qui ont finalement un grand cœur caché sous leur veste de cuir, Marc Falvo va explorer et faire exploser les certitudes d’un homme vieillissant qui a foiré sa vie et réalise petit à petit qu’il n’est finalement pas ce qu’il est.
Sa nature et ses convictions sont noyées sous les rafales de pluie qui vont lui tomber dessus. Cette enquête qu’il va mener seul, sans en informer quiconque va l’obliger à se révéler à lui-même, à se regarder dans une glace et prendre en pleine face la médiocrité de sa vie.
Il va glisser dans la colère et la rage, dans une frénésie limite obsessionnelle qu’il n’arrivera à calmer ou à résoudre en recourant à la seule chose qu’il connaît : la violence.
Elle l’entoure et l’habite, présente dans son cœur et ses poings, dans le regard des autres et dans celui qu’il porte sur lui.
Alors Rafale est un roman policier mais (pour reprendre la phrase de l’éditeur) pas que…
Roman d’amour, roman de la paternité, roman sur la déchéance d’un homme programmé pour obéir et servir, roman du choix et de la remise en question, roman de la rédemption et de la prise de conscience, du doute et de la quête existentielle… il y a un peu de tout cela mais pas que…
Dans un style simple et efficace, dans une langue parlée, Marc Falvo va rythmer son histoire comme il sait le faire : avec verve et sans blabla inutile, avec humour et cynisme, avec dérision et réalisme. L’auteur confirme ici sa capacité à produire et de bonnes et de belles histoires qui nous emportent sans temps mort dans son monde.
Alors, oui, Gabriel Sacco n’est pas un ange mais il a donné des ailes au Corbac.
A la revoyure Camarade…

Le Corbac

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