La toile du monde, Antonin Varenne, Albin Michel par Le Corbac

Y a du Franck et Vautrin, du Malraux et du Cronin, un peu de Miller et de Tennesse aussi sous la plume d’Antonin Varenne.
Quelques personnages judicieusement choisis et représentatifs d’une certaine société, du conformisme ou de son opposé, de l’émancipation et de la soumission; des personnages en quête, cherchant la liberté ou l’amour, la vengeance ou le pardon, la reconnaissance ou leur existence; des personnages qui vont se croiser et partager quelques instants intimes de leur vie, quelques idéologies personnelles, de nombreuses visions de l’existence sous l’œil de la Grande Catin, la Prostituée européenne : Paris.
Paris, le dernier et ultime personnage, Paris féminisée qui regarde tous ces hommes s’agiter sous ses jupes, sur ses hanches, sur son corps afin de la transformer, de la plier à leurs désirs pour prouver leur virilité, imposer leur force et leur puissance. Paris sur laquelle passent tous ces hommes qui la dénudent, la déflorent et la laissent là, dans le lit de la Seine, quelques billets déposés dans les mains avides de ses propriétaires après l’avoir souillée de longues semaines. Paris donc qui se raconte, se dévoile, s’applique à poser sur sa situation un regard on ne peut plus objectif, mélancolique et fataliste dans les lignes d’un journal, La Fronde, et sous la plume cachée de Aileen Bowman.
Cette jeune femme aux origines étrangères, journaliste pour le New York Times et féministe assumée, tendance libertaire et libertine, portant un nom de famille aux consonnances indiennes (L’homme Arc) et des pantalons « masculins ».
Cette jeune femme, tendue, à vif, refusant tout compromis sur sa manière de vivre vient bouleverser la morale et la vie de notre bon vieux continent encore enfermé dans ses certitudes et traditions ancestrales et un tant soit peu archaïques
Entre un frère bâtard, mi indien mi blanc, un artiste peintre en pleine ascension et un couple de parisien bon teint, les rencontres de Aileen sont autant de chroniques douces amères d’un pays, d’une civilisation qui change de siècle et peine à évoluer.
La toile du monde, petit théâtre où se joue l’avenir, dans lequel les individus se cherchent, se fuient, est un vaudeville dramatique à l’écriture photographique immortalisant la fin d’un monde et les premiers pas d’une nouvelle Ere.
Le Corbac