Des vies débutantes, Sébastien Verne (Asphalte), par Yann

Pari osé que celui des éditions Asphalte qui ont décidé de ne publier qu’un titre pour cette rentrée littéraire, premier roman d’un auteur dont on saura seulement qu’il vit à Lyon. Peu importe, l’essentiel est ailleurs, dans ce texte ramassé sur moins de 200 pages, au titre évocateur et poétique.

On y fait la connaissance d’Adrien, jeune français installé aux Etats-Unis, chauffeur de taxi dans le Wisconsin, pour les rencontres et la paie, photographe par passion. Grâce à une de ses photos prise chez un client, il est embauché dans le centre photographique de Rockport, Maine, où il fera la rencontre de Gloria, responsable de la galerie, et de Travis, photographe également, qui l’entraîne dans de menus trafics jusqu’au jour où les acolytes vont viser un gros coup.

Construit en trois parties, Des vies débutantes démarre donc dans la ville de La Crosse, Wisconsin et permet à Sébastien Verne de décrire le bourg et certains de ses habitants, à travers l’objectif d’Adrien, fasciné par ce monde et les personnages qui y vivent, ces « nighthawks » chers à Edward Hopper comme à Tom Waits. Adrien y fait son apprentissage de la vie américaine et prend la mesure des destins qui l’entourent. Subjugué par la mythologie locale, il s’y frottera involontairement en ayant pour cliente (qu’il ne verra jamais) Mme Dahmer, mère du tristement célèbre Jeffrey, effroyable tueur en série de la fin des années 80. Ce sera pour lui l’occasion de réaliser une série de clichés grâce auxquels il sera embauché à Rockport.

« Il photographie beaucoup, tente de saisir cette Amérique arc-boutée sur une culpabilité éternelle, lointain héritage des premiers arrivants mus par la foi et la rage d’installer leurs vies dans ces terres froides du Wisconsin. »

Le récit se poursuit dans le Maine et, à travers de nouvelles et cruciales rencontres, le destin d’Adrien va basculer progressivement jusqu’à faire de lui un fugitif, un homme qui retourne en France et s’y cache durant une vingtaine d’années. C’est un mail de Gloria qui va le sortir de l’espèce de torpeur dans laquelle il s’est laissé aller ces dernières années et le pousser à traverser à nouveau l’Atlantique pour retrouver cette femme qu’il a toujours regrettée. Mais il reste encore un prix à payer pour effacer cette erreur de jeunesse commise avec Travis et Adrien va devoir faire des choix.

Des vies débutantes est un hommage de l’auteur à ces Etats-Unis qui manifestement le fascinent, l’hypnotisent. Les grands espaces, ce pays neuf où tout semble encore être à faire, sont synonymes de liberté et c’est bien ce que cherche Adrien, avec la fougue de sa jeunesse et une envie de vivre autre chose qu’une existence morne et étriquée dans son pays d’origine. Alors, malgré quelques maladresses dans la narration et une écriture qui manque parfois de relief, Sébastien Verne parvient à embarquer le lecteur avec lui en parlant autant d’Amérique que de photographie, de liberté que d’apprentissage et réussit donc son pari avec ce premier roman qui, sans aucun doute, en appelle d’autres. Une nouvelle réussite donc pour Asphalte, qui poursuit ainsi son aventure éditoriale en dehors des sentiers battus.

Yann.

La légende de Santiago, Boris Quercia (Asphalte), par Le Corbac

La légende de Santiago s’arrête où va commencer celle de Boris Quercia.
Elle est née dans Les Rues de Santiago (Asphalte -20/02/2014) et s’est envolée par Tant de chiens (Asphalte – 05/10/2015) pour se graver dans le marbre en devenant Légende.
(Ouais j’ai adoré ce bouquin. C’est un truc géant!…Parce que c’est l’histoire de l’homme. Tu sais, le gars avec un pénis à la place du cerveau, celui qui se croit et se la joue indispensable superman du quotidien. Mais c’est aussi celui qui a des doutes, qui sait qu’il a commis des erreurs, qui est capable de jeter un regard objectif sur son passé. Et aussi celui qui sait pas quoi ni comment faire pour s’en sortir, pour avancer, encore et toujours; celui qui doute se laisse aller se dit: « on verra demain »…Le lâche, l’homme en fait. C’est déprimant dit comme ça?
Bon je vais essayer autrement alors.
Boris Quercia nous livre avec adresse un double roman; à la fois un polar à la trame très classique mais puissamment efficace et un roman très humain, décrivant avec justesse l’homme – au sens d’individu doté du sexe masculin – et ses questionnements, ses doutes et ses incertitudes existentielles. Un roman à la fois plein de rythme, tenu par un suspense de bon aloi et avec cette ligne rouge qu’est la vie de Santiago que nous suivons comme un rail…
C’est mieux comme ça?… Ouais? Cool alors…Tu veux quoi? Que j’abrège et sois plus concis?…OK)

En gros un super truc à lire dont tu ressortiras bourré d’optimisme et d’adrénaline.

Traduit par Isabel Siklodi.
Le Corbac