Au coeur de la folie, Luca d’Andrea, Denoël, par Bruno D.

Traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza.

Après  L’essence du mal  premier livre de cet auteur italien, voici  Au cœur de la Folie . On ne peut pas dire que le romancier n’a pas de la suite dans les idées et on devine que l’on va partir pour un voyage mouvementé où les repères risquent d’exploser et ou la vie ….ou la survie ne tiendra finalement pas à grand chose.

Nous sommes en 1974, en hiver, région sud Tyrol, Marlène la belle, fuit son mari, Herr Wegener, respecté et finalement pas très respectable, emportant avec elle dans un précieux pochon, des saphirs à la valeur inestimable, confiés par l’organisation «  Le Consortium », puissance incarnée du mal le plus profond. Seulement, voilà, hiver et routes difficiles couplés à la peur, font que Marlène se plante en voiture au fin fond d’une vallée très isolée et perd connaissance. Elle est sauvée et recueillie par Simon Keller, un « Baur », sorte d’homme des montagnes, énigmatique, presque sauvage et rustre, inquiétant, mais néanmoins plein d’attention pour la jeune femme.

Les 50 premières pages sont d’une précision chirurgicale avec la présentation de personnages froids et cyniques, dangereux ; des êtres construits dans la violence du passé, et ayant survécus à de drôles d’exactions. Effrayant ! Sacré contraste entre Herr Wegener, Georg, à la noirceur absolue, et la beauté des paysages immaculés de blanc servant de décor.

Et puis, il y a le Consortium avec « L’homme de Confiance », un être méticuleux, un fantôme, bras armé de l’officine, une bombe à retardement lâchée dans la nature et que l’on n’arrête pas ; invisible, doté de multiples ressources, insensible à la douleur, un Terminator au service du Mal !

La folie se déchaîne au cœur de ce roman et c’est aussi l’occasion pour l’auteur de confronter le monde merveilleux des contes et légendes locales pour enfants au monde réel et terrifiant des adultes, tout en n’omettant pas de parler de traditions et transmission du savoir ancestral.

C’est un scénario glauque et violent ou la vérité n’est jamais toute blanche ou toute noire. Seul peut être « Le Maso », chalet isolé, lieu d’habitation depuis 1333 de la famille du « Baur », transmis de génération en génération, semble un havre de paix, inatteignable, loin de la cruauté moderne…..mais je dis bien « semble » parce la monstruosité, la désolation, ou « Lissy » ne sont jamais bien loin, et au cœur de cet isolement, au cœur de la folie, personne ne vous entend crier !

Entre légendes de montagne et peur primale, ce huis clos suffocant et fantastique réveille nos pires consciences et nous emmène dans un univers particulier qu’affectionne visiblement Luca D’Andréa. Pas encore du Stephen King, mais en deux romans et petit à petit, on ne pourra que remarquer quelques similitudes et convergences, comme un hommage au Maître du genre. Merci aux éditions Denoël et à Joséphine Renard de faire parvenir jusqu’à nous ces « Sueurs froides » transalpines et de nous faire découvrir de nouveaux auteurs.

Bruno