Invasion, Luke Rhinehart, Aux Forges de Vulcain par Le Corbac

« Des boules de poils intelligentes débarquent sur Terre »… quand j’ai lu cette première phrase de 4ème de couverture, j’ai tout de suite pensé à CRITTERS, surtout avec la suite: « elles n’ont d’autre but que de s’amuser ».
Pour s’amuser, elles s’amusent, et gentiment en plus. Rien à voir avec ces boules de poils aux crocs acérés des années 80 qui viennent foutre le bordel sur notre chère planète, assoiffées de sexe et de sang, lubriques et agressives.
Quoique…
Quoique les Protéens ( c’est ainsi qu’ils se nomment), ne sont pas arrivés sur Terre pour se prendre la tête mais plutôt pour nous la prendre.
Luke Rhinehart étant américain, sa base sera…américaine.
Mais il n’empêche que son livre est universel et ne peut nous laisser indifférents.
Roman de la contestation, roman de la rébellion, roman de lutte, roman révolutionnaire.
Déjà, avec  L’Homme Dé, il avait rué dans les brancards, secouant les règles de bienséance et chamboulant les bonnes mœurs sociétales de la middle-class.
L’âge ne l’a pas assagi, bien au contraire.
Ce joyeux trublion se permet d’écrire avec toute l’arrogance du bouffon: critiquer et donner son désaccord sur ce qu’il pense de la gouverne de son seigneur et maître sans perdre la tête (au sens propre bien évidemment).
Acide et cruelle, réaliste et positionnée avec outrance, sa plume nous dessine le portrait de ce couple de rebelles, de réfractaires à l’hégémonie des médias et de la consommation, à la préséance de la renommée et de la richesse sur le bien commun.
Luttant depuis leur enfance contre cet absolutisme bienpensant, contre l’endoctrinement d’une société basée sur la consommation et l’enrichissement avec comme finalité le pouvoir, la domination mais toujours avec ce manque de reconnaissance.
Cette jeune nation que sont les Etats-Unis d’Amérique est encore bien vacillante, titubante encore parfois sur ses jeunes jambes.
Besoin d’expansion géographique, politique et économique donc militaire en fait, besoin d’étendre son pouvoir et de se faire voir, nécessité de se démarquer de ses vieux oncles européens et donc de devoir faire plus fort…ou pire.
Théorie complotiste, omniscience des services de renseignements dans la vie de chaque individu, surveillance, méfiance…où est donc l’insouciance ?
Insouciance, légèreté, amusement, gaudrioles et autres fariboles… C’est ce qu’il nous manque. L’humour et l’amour de la plaisanterie, le plaisir de chahuter, de s’amuser, de rire et de ne pas se prendre au sérieux; voilà ce que l’Homme a perdu.
Alors vi, je le dis Luke Rhinehart exagère, caricature jusqu’à l’excès, piétine les plates bandes et dépasse la ligne blanche très souvent mais bon Dieu que c’est bon!
Cultivé et informé, se positionnant clairement sur une opinion politique et un point de vue humaniste, Luke Rhinehart nous offre une œuvre picaresque à la Cervantès, le récit de ces petites gens si banales qui n’abandonneront jamais leurs idéaux ni leur foi en l’espèce humaine et qui toujours lutteront contre ces gigantesques moulins corporatistes, capitalistes, énigmatiques, administratifs et incompétents.
Une comédie dramatique dans l’air du temps, un drame comique qui devrait nous interpeller.
Le Corbac.

Et j’abattrai l’Arrogance des Tyrans, Marie-Fleur Albecker (Aux Forges de Vulcain) par le Corbac

Et j'abattrai l'arrogance des tyrans

Merci Marie-Fleur Albecker et David Meulemans pour cette excellente lecture. Ce furent des éclats de rire, des remarques à haute-voix, des extraits lus dans la libraire. Cette écriture si badine mise aux services d’un tel discours est un régal.

Il y avait longtemps (Révolution de Sébastien Gendron doit être le dernier) que je n’avais pas lu un tel pamphlet, une telle ode à la lutte et à la rébellion.

Merci pour ce pur moment de bonheur.

« Peuple exploité par les plus riches et par les grands de ce monde, révoltez-vous ! Pauvres hères trimant au nom du profit et de la reconnaissance de vos patrons, de vos dirigeants, de vos chefs; misérable piétaille piétinée comme le raisin à la pige, battu comme le blé mûr par les administrations à la solde des puissants ; tristes sires qui ne supportez plus les ingérences, les arrestations arbitraires, les lois inégales et les réglementations humiliantes : prenez les armes et battez-vous. Luttez et défendez vos droits et idéaux. L’injustice n’est pas votre apanage, tout comme la pauvreté et l’échine courbée ne font pas partie de vos traits de caractère. Attisez la vindicte du plus grand nombre, regroupez les démunis et les exploités, les femmes et les étrangers, les rejetés du système sous prétexte de ne pas être nés au bon endroit, les nantis aux idées libertaires et progressistes (peu nombreux comme de coutume) qui croient en l’égalité de chaque individu viendront vous soutenir. Trouvez des meneurs forts, bavards, crédules et pourtant si réalistes ; trouvez des combattants, des beaux parleurs, des emblèmes représentatives d’une tentative vaine d’évolution des mœurs et de la société et laissez vous guider.

Accédez quelques heures, jours ou semaines à ce sentiment de béatitude et sentez vous pousser par une tornade contestataire et justifiée. Profitez de ces quelques moments d’euphorie galvanisante…

Après l’été qui agite les sangs vient l’automne humide qui freine les ardeurs. Suite à un hiver rude et violent qui fait cesser toute activité, qui détruit les pousses précoces et les tentatives de réveil arrive le printemps. Le printemps qui n’est que le renouveau d’une situation qui a existé, qui existe et qui existera toujours. Le renouveau de cette richesse réservée à une minorité se croyant au-dessus du panier parce que bien née, parce que détentrice d’une pseudo-autorité attribuée de droit(s), parce que riche, parce que forte, parce que corrompue manipulée, refusant de perdre une miette de leur pouvoir, parce qu’ancré dans la certitude qu’ils font ce qu’il faut pour vous, respectant vos origines, vos intelligences, vos us et coutumes ; vous le bas-peuple, le petit peuple, les rouages de cette mécanique implacable qui ne vise qu’à vous désincarner et vous réduire à l’état de simples coquilles vides et obéissantes.

Profitez de ces moments de liberté, de cette bise qui vous souffle dans les cheveux, dans ce vent léger qui vous pique les yeux, dans ce vent dur qui tente vainement de vous ralentir ; profitez de ces sensations et sentiments que vous découvrez, qui vous donnent enfin le sentiment de vivre, les émotions que doivent ressentir toutes ces bêtes enchaînées à qui l’on rend la liberté.

Parce que…

Parce que tout à une fin et que la loi du plus fort, du plus riche, du plus influent l’emporte toujours.

Alors si c’est pour mourir écartelé ou décapité, battu comme un chien ou bien devoir vivre dans la solitude inquiétante de la peur de voir la porte s’ouvrir, dans la tristesse d’avoir tout perdu et de devoir subir en outre les regards défiants et les sous-entendus malaisants de votre village… Alors je vous le dis : battez- vous quand même car d’autres dans les années et les siècles à venir vous imiteront et un jour, un jour vous aurez gagné !«