Céline, Peter Heller (Actes Sud) par Yann

Les aventures d’Hig et Bangley dans La constellation du chien (Actes Sud) avaient constitué une des très bonnes surprises de 2013. Déjà traduit par la talentueuse Céline Leroy, ce premier roman brillait à la fois par son humanité et son humour, qualités auxquelles ne peuvent pas prétendre nombre de récits post-apocalyptiques. Peter Heller récidivait deux ans plus tard avec Peindre, pêcher et laisser mourir (même éditeur, même traductrice) qui confirmait son talent pour créer des personnages attachants et des histoires oscillant entre humour et tension, violence et lyrisme, au coeur d’une nature omniprésente.

S’il s’est fait un peu attendre pour son troisième roman, Peter Heller ne déçoit pas avec l’histoire de Céline, artiste et détective privée, 68 ans au compteur, mariée à Pete et spécialisée dans la recherche de personnes disparues. A la demande de Gabriela, belle jeune femme dont le récit va l’émouvoir, Céline part sur les traces du père de celle-ci, photographe très réputé, porté disparu vingt ans plus tôt dans le parc du Yellowstone, vraisemblablement victime d’une attaque d’ours. En se lançant dans cette enquête, Céline prend conscience que le récit de la jeune femme résonne en elle et que sa propre histoire familiale y trouve bien des échos. Mais, au-delà de cet écho intime, c’est un pan de l’histoire des Etats-Unis qui va se rappeler à eux.

On se laissera une nouvelle fois surprendre par l’attention et la tendresse que Peter Heller porte à chacun de ses personnages, en premier lieu Céline et Pete, couple magnifique et attendrissant d’amour et de complicité, mais également les rencontres qu’ils seront amenés à faire au cours de leur enquête, depuis Gabriela jusqu’à l’agent du FBI qui les talonne sans chercher à être particulièrement discret. Et si l’on n’est pas forcément en phase avec l’ « entertainment humaniste » dont parle l’éditeur, il sera difficile de nier cette empathie que l’on avait déjà ressentie dans les deux premiers romans de l’auteur.

Les histoires de Gabriela, Céline et Hank (le fils de Céline) ont en commun la disparition ou le manque et c’est  cette dimension qui baigne le roman, bien au-delà d’une simple enquête. Il y sera également question de remords et de culpabilité, de la difficulté à assumer certains choix. Lorsque des « intérêts supérieurs » apparaissent dans le tableau, la dimension intime du drame de chacun se trouve reléguée au second plan mais continue de guider les personnages.

Revenant sur un épisode peu glorieux de l’histoire des Etats-Unis, Peter Heller parvient à livrer un roman aussi vivant qu’émouvant, où les tragédies intimes servent de moteur aux protagonistes. A l’efficacité du récit viennent s’ajouter l’humour omniprésent et les splendides paysages du Montana, le tout contribuant à faire de Céline une très agréable lecture de ce début d’année.

Yann.