Dieu n’aime pas Papa, Davy Mourier et Camille Moog (Delcourt), par Perrine

Ce n’est pas la première fois que je vous parle de Davy Mourier dont j’aime l’humour au 6ème degré. Dans la série La petite mort il nous parle comme son nom l’indique de la faucheuse, dans Davy Mourier vs Cuba de la dictature touristique. Comme toujours on retrouve dans Dieu n’aime pas Papa un pamphlet sur un sujet de fond très sérieux, ici la religion (mais pas que…), emballé dans un humour archi noir.

Je me suis marrée (beaucoup) mais j’ai surtout été extrêmement émue par le sujet et le traitement qui en est fait à travers le regard d’un petit garçon qui, plein d’innocence, essaye de comprendre, en toute bonne foi et malgré une souffrance terrible.

C’est bien fait, intelligent et savoureux, encore un Mourier que je valide !

Perrine.

Ma soeur, serial killeuse, Oyinkan Braithwaite (Delcourt), par Aurélie

Terminé dans ma voiture avant d’aller au travail , il m’était impossible d’attendre la fin de journée pour lire les 30 dernières pages !

Un roman noir exceptionnel dont le titre nous dit tout. Korede sait depuis toujours qu’elle doit protéger sa petite soeur. Ça se complique quand la petite soeur en question commence à tuer des hommes. Encore plus quand Ayoola, absolument irrésistible, séduit le beau médecin que Korede convoitait depuis des mois…

Jusqu’où peut aller Korede pour sauver Ayoola malgré un énervement grandissant vis-à-vis de cette soeur qui ne vit que pour son plaisir sans penser aux conséquences ? Vous pourrez le savoir très vite, cette bombe sera disponible en librairie dès demain grâce aux éditions Delcourt. Un texte qui détonne et qui vous donne une énergie folle. J’ai été remontée à bloc pour affronter ma journée !

Traduit de l’anglais (Nigeria) par Christine Barbaste.

Aurélie.

Au loin, Hernan Diaz (Delcourt) par Aurélie

Au loin, aux côtés d’Håkan dans un western comme je les aime.
Au loin, dans l’immensité de territoires vierges.
Au loin, le plus loin possible de la société, quand on se rend compte qu’elle ne peut rien nous apporter de bon. Loin de tous ces hommes armés de certitudes dangereuses, de méchanceté, d’armes qui les rassurent et les rendent bien trop dangereux.
Au loin, un frère à retrouver qui devient un mirage les années passant.
Au plus près d’une nature qui a tant à nous apprendre, dans laquelle on peut trouver refuge.
Au plus près d’un style qui nous enveloppe et nous emporte dans l’Amérique du milieu du 19e siècle, en pleine mutation, chargée de la fièvre de l’or, du conflit nord/sud, de la découverte de nouveaux territoires, de l’avancée scientifique.
Au plus près de l’existence d’un homme à la philosophie unique qui me rappelle « Le Garçon » de Marcus Malte, une de mes meilleures lectures de ces dernières années.
« Au loin », un roman que je suis heureuse de découvrir grâce à Marie-Laure Pascaud avec quelques mois de retard. Le catalogue littérature de Delcourt est encore tout jeune mais contient déjà de grands textes. Surtout, prenez le temps d’y fureter : des plumes très différentes mais une même exigence littéraire qui met en avant des choix audacieux et d’un goût certain !
Traduit par Christine Barbaste.
Aurélie.

Au loin, Hernan Diaz, Delcourt, traduit par Christine Barbaste

Résultat de recherche d'images pour "au loin delcourt"Finaliste du Pulitzer et du Pen/Faulkner Award 2018 aux Etats-Unis, lauréat du prix Page des Libraires / Festival America en France, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ Au loin ne passe pas inaperçu. Son auteur, Hernan Diaz, est directeur-adjoint de l’université hispanique de la Columbia University et il livre ici son premier roman.

Né en Argentine, Hernan Diaz en est parti à l’âge de deux ans pour la Suède, avant de retourner brièvement en Argentine puis de partir pour Londres et enfin New-York, où il vit depuis une vingtaine d’années. Ce parcours peu banal a laissé son empreinte dans l’esprit de Diaz, qui interroge désormais les notions d’exil et de nationalité à travers un prisme construit tout au long de sa vie et de son expérience personnelle.

Au loin est le récit de l’émigration de deux jeunes suédois aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle. Séparé de son frère Linus lors du voyage, Hakan débarque en Californie, seul et les poches vides, avec pour seule obsession l’idée de gagner New-York afin d’y retrouver Linus. Partant à contre-courant du flux incessant des pionniers de l’époque, il s’attaque à la traversée des Etats-Unis d’ouest en est, à pied.

Roman d’initiation en même temps que western, le récit d’Hernan Diaz parvient à toucher le lecteur en détournant habilement les clichés propres à ces genres littéraires et le voyage à rebours de Hakan devient une épopée intime, la description d’un long trip hallucinant (et parfois halluciné) où le jeune homme évolue au gré des rencontres que le hasard met sur sa route. Souvent démuni quant à l’attitude à adopter face à ses semblables, Hakan sera mis à rude épreuve et fera rapidement, bien malgré lui, l’apprentissage de la violence et de la cupidité, notions dont il s’efforcera toujours de se tenir à distance. Lorsqu’il devra faire usage de sa force phénoménale (le jeune homme est bâti comme une armoire à glace), ce sera dans une sorte  d’état second, et il n’en tirera ni plaisir ni fierté. Malheureusement pour lui, son fait d’armes va suffire à le faire connaître à travers le pays et donnera naissance à la légende du Hawk, monstre humain à la force terrifiante, capable d’assommer un homme d’un coup de poing.

La grande force de ce roman est d’étirer le voyage d’Hakan sur des années, au cours desquelles on assistera à une perte progressive des repères du jeune homme initial, que ceux-ci soient géographiques ou psychologiques.

« Le monde est rond » commença-t-il. (…)   « Après le bateau, nous avons marché. Puis j’étais dans le désert. Longtemps. D’abord, c’était rouge. Puis blanc. Puis de nouveau rouge. J’ai marché longtemps dans le désert. Seul. Puis j’étais dans les plaines, longtemps aussi. Puis j’ai revu le désert. Avant le shérif, avant toi, j’ai revu le désert, mais j’ai tourné le dos », précisa-t-il. Reste qu’il s’était bien mal expliqué. Il aurait mieux fait de se taire. Il y eut un long silence.                                    « J’ai fait le tour du monde ? »

Tombant dans le dénuement physique autant que spirituel au fur et à mesure des épreuves auxquelles il est confronté, Hakan, nouveau Candide, perd ses illusions en même temps que ses objectifs et c’est en cela qu’il nous émeut et nous interroge, lui dont la solitude sera finalement le seul mode de vie qu’il supporte. Etranger sur ces terres promises, il finira par ne rester concentré que sur l’essentiel : rester en vie.

Faux western, on l’a dit mais vrai roman d’apprentissage, Au loin est une belle réussite dont on espère qu’elle en appelle d’autres. Avec Hakan, Hernan Diaz crée un personnage inoubliable, mélange d’instinct et de culture, sauvage autant qu’honnête mais, surtout, seul, dans ce monde comme dans ses pensées, migrant, apatride, en quête désespérée de sens au milieu de ses semblables si différents, qui n’auront de cesse de le décourager dans ses tentatives d’intégration et de compréhension du monde.

Yann