Eden, Monica Sabolo (Gallimard), par Roxane

Très belle surprise que ce nouveau roman de Monica Sabolo (autrice de Summer, Crans-Montana) qui évoque l’adolescence et les changements s’y opérant, sur fond de nature mystérieuse. Tout commence avec la disparition de la placide Lucy, évaporée du jour au lendemain sans laisser aucune trace. La jeune adolescente blonde et mutique s’était installée depuis peu, avec son père écrivain et fervent défenseur de la bible, dans un village jouxtant une réserve naturelle dont nous n’aurons aucune précision quand à sa localisation. (Même si beaucoup d’éléments relatifs à la communauté amérindienne nous aiguillent quelque peu.) La confusion plane chez les habitants : d’ordinaire habitués au départ soudain de leurs semblables vers « la ville », personne ne semble remarquer la tension grandissante liée à ce drame.

Nita est l’une des rares jeunes filles à avoir côtoyé Lucy. Si en apparence, elles semblent diamétralement opposées en tout points; elles nouèrent pourtant une relation pudique où chacune s’exprimait plus aux travers des silences que des mots. Très vite, des changements vont opérer lentement mais surement chez Lucy, ils n’échapperont pas à Nita. Vêtements de rechange bien plus sexy qu’à l’ordinaire planqués au fond du sac, maquillage appliqué avec ferveur dans les toilettes du lycée, murmures et rumeurs au sein des groupes d’élèves…

Un matin, lorsque la police annonce que Lucy est retrouvée bel et bien vivante, meurtrie et en état de choc, Nita comprends que ce qu’elle soupçonnait était loin de la vérité. L’enquête en cours, de nombreux garçons natifs du village sont suspectés et interrogés, tandis que les sociétés d’exploitation forestière ne cessent de prendre de l’ampleur, détruisant chaque jour un peu plus, l’identité du village et de ses habitants. C’est en creusant l’histoire de son village et son histoire familiale que Nita va petit à petit, lever le voile sur des secrets enfouis depuis trop longtemps.

Si le pitch de base peut sembler assez classique, et il l’est effectivement, l’ambiance qui se dégage de ce roman est tout à fait envoutante. La sensualité des premiers émois adolescents, mêlés à une nature foisonnante, ainsi qu’aux secrets portés par chacun, tout converge vers une tension narrative dans laquelle il fait bon se perdre. Le rapport à la nature, à sa faune, quasi mystique, où l’on soupçonne la présence de forces occultes, et qui semble le sanctuaire de rituels traditionnels, tout cela est grisant. Nita se révèle être un personnage tout en nuance, tantôt discrète, sage, sportive, puis plus sanguine, à la hargne exacerbée, une hardeur impossible à calmer. Il est vraiment plaisant de la suivre elle et son ascension personnelle, presque autant que la résolution de l’intrigue. Mention spéciale aux cinq serveuses du bar l’Hollywood, me faisant penser à un mix entre les films Coyote Girls et The Craft, dangereusement libres ! S’il évoque de nombreuses thématiques très en vogue ces derniers temps (l’importance de la nature, les violences faites aux femmes, la sororité comme moyen de lutter) il n’empêche que Eden est un très beau roman, enivrant.

Roxane.