Allez tous vous faire foutre, Aidan Truhen, Sonatine par Le Boss

Allez tous vous faire foutreFabrice POINTEAU (Traducteur), excellent traducteur par ailleurs,

 

Allez soit, si on essayait de placer ce livre dans un rayon de librairie, on aurait un peu de mal, entre David Ellis et Anonyme au pire des cas, et non pas au meilleur. Dans le style non sense, barré, là on a un drôle de zigoto, et l’auteur et son héros.

Rien que la phrase d’intro est excellente, en gros, comment mes ami es mettent autant de temps pour ne pas se rendre compte que je suis un connard et même encore. Un mantra, comme le nom du livre, à répéter tous les jours, un peu d’individualisme et d’égoïsme ne nuit pas.

Ecrit à la première personne, Jack Price va nous dévoiler sa vie, une routine, juste un putain de businessman de plus, à le lire on l’inviterait presque à l’anniversaire d’un de nos gosses reste que c’est un putain de dealer. Mais pas de bas niveau, après le café, Jack s’est mis à la coke avec une grande réussite.

Sa vie est pépère il gère son entreprise en bon père de famille, jusqu’au jour, où une de ses voisines est tuée. Et cela le dérange, car cela dérange son job, et alors qu’il veut juste comprendre pourquoi sa voisine a été tuée, il se prend une putain de rouste en essayant d’enquêter.

Alors là, fallait pas le toucher, parce qu’en plus il n’en a rien à foutre….Vous avez beau lui dire que les 7 plus grand assassins du monde ont un contrat sur lui, il s’en bat les couilles…pour notre plus grand plaisir. Jack va nous faire comme un burn out, et ils vont le payer grave.

C’est avec maestro que nous allons rentrer dans cette histoire, aux situations les plus folles et cocasses.

De l’action totalement débridée, des réflexions éparses, surgissant du cerveau malade de Jack et de son coach l’écrivain, c’est un des livres les plus jouissifs qu’il m’ait été donner de lire depuis un bout de temps.

Mais suis je bien normal de rire aux éclats suivant les turpitudes de Jack ou du bordel qu’il fout ? Cela, c’est à vous de le découvrir.

Un grand moment de bonheur dans ce monde triste, à ne pas manquer, mais les gens coincés peuvent passer leur chemin, les manichéens aussi, et , et et

Atchoummmmmmmmmmmm !!!

Le Boss.

 

 

 

Le poids du monde, David Joy, éditions Sonatine, par Le Boss.

C’est son deuxième  livre traduit, impasse sur le précédent, je découvre donc, tout en sachant que le premier avait fait un certain buzz.

Alors, play,  4 ème de couv qui donne l’impression qu’on a bien tous les éléments d’une tragédie courante dans le rural noir américain.

 

Alors, on a :

1  – Le lieu, trou du cul du monde

2  – Retour de guerre, jeunesse en péril

3  – Le niveau sociétal exigé

4 – Armes, drogues, fait divers et d’été

etc etc …

Mais, si on sort de ce carcan infligé depuis 3 ou 4 ans par la mode polardesque, on peut dire que David Joy fait partie des 1 % qu’on peut et se doit de lire. Ne voyez aucun rapprochement avec certains motards….

J’entends et je vois des gens qui commencent à se lever pour partir, restez assis, on va répondre à votre Pourquoi  tonitruant ….

Ou pas ?

Soit, ce mec a quelque chose de plus que les autres, une sorte de don qui lui permet d’écrire du très bon à partir d’une trame mille et une fois revue par le cinéma ou les livres. Ce talent de la description des personnages, de leurs âmes, et du fameux « nature writing », s’il existe. Il a l’art et la manière aussi de compliquer un banal scénario, en une ode à la lumière inexistante dans les Appalaches décrits. Paradoxale, il est vrai, que cette phrase suscitée, mais qui s’explique par une lueur intérieure que David Joy fait apparaitre avec ses personnages si consistants. Vous êtes encore là ? Moi j’ai failli me perdre.

Plussoyons sur cette qualité d’écriture sur les êtres et ce qui les relie dans ce livre. Ces enfances perdues, cette société à la dérive lâchée par toutes et tous. Réjouissons nous de leurs malheurs, de leur pauvreté, de leurs faiblesses, ils nous ressemblent tant, car on a droit à un très bon livre.

Ainsi soit il…

Résumé :
Après avoir quitté l’armée et l’horreur des champs de bataille du Moyen-Orient, Thad Broom revient dans son village natal des Appalaches. N’ayant nulle part où aller, il s’installe dans sa vieille caravane près de la maison de sa mère, April, qui lutte elle aussi contre de vieux démons. Là, il renoue avec son meilleur ami, Aiden McCall. Après la mort accidentelle de leur dealer, Thad et Aiden se retrouvent soudain avec une quantité de drogue et d’argent inespérée. Cadeau de Dieu ou du diable ?
Traduit par Fabrice Pointeau.

 

Le Boss.

 

Les neuf cercles, R.J. Ellory, Sonatine, par Seb

« La guerre était un feu d’artifice pour le divertissement creux de dieux obscurs. La guerre purgeait les hommes de ce qu’ils avaient de meilleur. Elle les purgeait avec du feu, des balles, des lames, des bombes et du sang. Elle les purgeait avec du chagrin et de la douleur, et avec cette espèce d’incrédulité particulière et incommunicable qu’elle engendrait chez tous ceux qui assistaient à la cérémonie de la bataille. En dix mille ans, seule la distance avait changé. Peut-être, en des temps immémoriaux, y avait-il eu une petite noblesse à voir le visage de l’homme que vous tuiez, à regarder la lumière déjà trop brève s’éteindre dans ses yeux, à entendre le silence lorsqu’il cessait de respirer. »

Ce passage brillant plante parfaitement le décor. Un des thèmes de fond dans ce roman noir est les dégâts colossaux que génère la guerre dans l’intimité de ceux qui l’ont faite. Les fameux troubles post-traumatiques qui accompagnent pour toujours les combattants en chevauchant leur ombre.  Le traumatisme de la bataille, la grande malédiction du survivant. Le jeune shérif John Gaines est un rescapé du Vietnam. Il a fait son temps là-bas, à l’autre bout du monde. Sans trop savoir comment il avait réussi cet exploit, il est passé entre les balles, a été épargné par les snipers, les éclats d’obus aveugles, les pièges patients et mortels, il a survécu aux forêts épaisses, à la mousson, des siècles de pluie. Même les animaux de la jungle se sont détournés de lui, pas un serpent ne l’a mordu, pas une araignée fatale, rien. Pour réaliser cet exploit, il s’est juste tenu debout pour marcher, accroupi pour guetter, surveiller, monter la garde. Il a suivi le flot humain, il a tiré, tué, souvent, sans jamais connaître le prénom sa victime. Il a senti le souffle de la mort, vu des entrailles étalées au grand jour, perdu des frères d’arme, entendu des cris d’agonie, des ultimes respirations, partagé des derniers regards, de ceux qui vous tatouent l’âme.

John Gaines est revenu des neuf cercles de l’enfer, et maintenant il est shérif d’une petite ville dans un petit comté à califourchon entre Louisiane et Mississippi. Le sud, profond, dense et perclus de traditions et croyances. Le sud à l’histoire confédéré et celui du vaudou.

1974. Un jour, la berge du fleuve rend au monde des vivants le corps d’une jeune fille disparue vingt ans plus tôt. Et tout un passé trouble se dresse tel un tsunami de souvenirs et méfaits. Un mur d’eau dur comme le béton, profond comme les abysses, dans lequel flottent des histoires de jalousie, de rancœur, de l’enfance si précieuse (notre seul véritable bien), de l’amour et de la mort. L’amour inconditionnel et la perte, soudaine et définitive. L’autre thème du livre. Voici ce qu’en dit l’auteur dans ce passage d’une grande beauté et d’une empathie flamboyante :

 « L’amour peut être aveugle. Il peut être silencieux. Il peut se déchaîner comme un torrent ou hurler comme une tempête. Il peut être le début ou la fin d’une vie. Il peut éteindre le soleil, arrêter la mer, illuminer l’ombre la plus profonde. Il peut être la torche qui éclairera la voie vers la rédemption, vers la liberté. Il peut faire tout ça. Mais quel que soit son pouvoir, nous ne le comprendront jamais vraiment. Nous ne savons pas pourquoi nous éprouvons un tel sentiment envers une autre personne. Nous savons simplement que nous devons être près d’elle, à ses côtés, sentir le contact de sa main, ses lèvres sur notre joue, son odeur, sa main dans nos cheveux, la réalité de son existence, et savoir qu’elle sera toujours chez elle dans notre cœur. Nous en avons besoin, mais nous ne le comprenons pas.

Alors que la perte…Nous comprenons la perte. La perte est simple. Elle est parfaite dans sa simplicité.

L’autre est là, puis il n’y est plus. 

Il n’y a rien à ajouter. »

Le passé a rendu un corps, et comme pour raviver les peines à vif et les souffrances terribles, il l’a rendu tel qu’il était vingt ans plus tôt, non profané par le temps, conservé par la vase, comme une preuve du crime ultime, celui d’avoir tué la jeunesse. Avec ce cadavre beau comme une princesse drapée dans un linceul de fange, la cohorte des suspects et des proches va défiler sous le regard inquisiteur de John Gaines, et intercalés entre ceux-ci, les spectres du Vietnam, qui n’en demandaient pas tant.

Ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce roman, c’est le travail sur le personnage du shérif. Sur celui de la victime et la puissance du récit de la narratrice, témoin triste du drame. Il n’y a pas de bonne histoire sans grands personnages. C’est une entreprise vouée à l’échec que de tenter d’écrire un roman avec des personnages faibles, bâclés, juste esquissés. Les personnages font l’histoire, ils sont l’histoire. Ils sont les seuls capables de faire naître en nous les grandes émotions, de celles qui restent, l’empathie, la peine, le chagrin, la joie, la colère, l’amour, et ce délicieux sentiments de bonheur distillé entre les lignes, le non-dit, non-écrit, le suggéré, qui supplante ce qui est écrit, énoncé.

John Gaines vient de là. Nancy Denton (la victime) aussi. Toute la force de ce roman émane de cette alchimie. Alors bien sûr il peut y avoir comme un sentiment de déjà vu, le flic traumatisé par le Vietnam ce n’est pas une grande nouveauté. Le filon est usé, cramé. Dans Les neuf cercles cela fonctionne néanmoins, certainement parce que R.J Ellory n’en fait pas des tonnes.

Et puis il y a « l’autre » personnage. Vaste, secret, mystérieux, terriblement attirant, Le Sud. Poisseux et humide à souhait, magnifique dans son immobilité, tantôt bruyant, tantôt silencieux comme dans ces intervalles qui précèdent l’arrivée de la mort. Le Sud, sa musique, sa culture, sa bouffe, ses vieilles croyances trempées dans la magie. Le Sud de Faulkner, de Burke, de Gautreaux, peut-être le meilleur endroit pour raconter une histoire.

John Gaines est un héros de la guerre, malgré lui. Mais ce n’est pas un super-héros. Il est jeune, devenu shérif à cause des évènements, il commet des erreurs, il se plante, subit parfois l’enquête. Il se coltine une vie personnelle douloureuse, la solitude comme une brûlure permanente.

Tout ce que j’ai à dire de plus sur ce bouquin, c’est que je n’ai pas tout lu de R.J Ellory, (c’est plutôt une chance ça), mais je crois que celui-ci est mon préféré.

Voilà.