Et le mal viendra, Jérome Camut / Nathalie Hug (Fleuve Noir) par Le Corbac

« La violence engendre la violence » (Eschyle)
Que ce soit celle du cœur…
Que ce soit celle de la haine…
Que ce soit celle de la vengeance…
Que ce soit celle de la colère…
Que ce soit celle des idéaux…
Que ce soit celle de la culpabilité…

La violence est présente partout, tout autour de nous, à chaque instant.
Regardez les Black Friday’s, regardez les manifestations qui dégénèrent en pillage, regardez les animaux abattus pour leurs organes soit disant aux pouvoirs fantastiques, regardez ces migrants qui crèvent à nos frontières, regardez nos sdf qui meurent l’hiver, les homosexuels agressés parce qu’ils se tiennent la main, ces femmes parce que leur jupe est trop courte, ces gens parce qu’ils ont une religion différente…
La violence est le moteur de notre époque, la violence est devenu si banalisée que pour lutter contre elle il n’y a probablement d’autre arme que… la violence.
Notre monde se meurt, que ce soit d’un point de vue climatique, que ce soit les espèces qui sont abattues ou les humains qui se tuent mutuellement.
Le monde se meurt et personne ne bouge… ou presque.
Qu’une voix s’élève et qu’elle ameute le peuple, elle sera baillonnée et étouffée sur l’autel du capitalisme.
Qu’un projet visant à améliorer nos conditions de vie soit présenté et il sera anéanti et noyé au nom du consumérisme et de la propriété individuelle.
Et nous, que faisons nous? Nous soupirons, nous nous attristons et puis nous passons à table (ceci étant une généralité bien évidement) en regardant des pays crever de faim, des pseudos états se déchirer pour un bout de territoire, lançant des milliers d’individus sur les routes, à la rencontre, quoiqu’il arrive, de la mort. Chez eux ou ailleurs, qu’est ce que cela va changer, après le film du soir nous irons nous coucher et dormirons du sommeil des justes.
Et puis parfois, parfois une voix s’élève.
Il s’agit de deux voix en l’occurrence: celle de Jérôme Camut et de Nathalie Hug. En couple dans la vie comme dans l’écriture ces deux là se positionnent, prennent parti et avec leur dernier opus Et Le Mal Viendra pousse encore plus loin le travail entamé avec W3 et IslaNova.
Je ne peux qu’être en colère de les voir à la traîne derrière un Bussi, un Chattam ou un Thilliez car ils vont plus loin, beaucoup plus loin et frappent fort et avec efficacité.
Depuis le premier volume de W3 ( Le Sourire des pendus/Livre de poche) ils ne font qu’enfoncer le clou, qu’appuyer là où ça fait mal.
Sous couvert de cette littérature divertissante qu’est le roman policier, ils se sont mis en tête de remettre l’église au centre du village.
L’humanité et ses libertés bafouées, l’être humain et son manque d’empathie dés qu’il sort de sa zone de confort, l’individu et son absence de compassion vis à vis d’autrui, nous et notre égoïsme qui ne laissera probablement à nos petits-enfants que ruines et désolation, violence et massacre, pillage et destruction.
IslaNova (Pocket) avait déjà bordé le sujet de notre stupidité à détruire le monde, Et la Mal Viendra le continue en mieux, en plus virulent, de manière plus agressive et virulente.
On retrouve l’ensemble des personnages de IslaNova, avant et après l’épisode d’Oléron et de son annexion par l’armée du 12 Octobre.
Construit à deux temps, entre avril 2016 et mai 2018, cette fresque intimiste nous emmène de l’Afrique à l’Europe, des réserves où l’on abat les singes à ces lieux de détentions français dissimulés aux yeux de tous où l’on enferme les pseudo éco-terroristes.
Plus qu’un roman policier, il s’agit de l’ histoire de ces individus au lendemain des attentats du Bataclan, de ces individus qui sont en quête de pardon et de rédemption, qui veulent, malgré tout le Mal qui les entoure, continuer à croire qu’ils peuvent faire le Bien et améliorer le Monde, qui ne peuvent s’empêcher de croire que l’être humain est bon.
Plus encore que IslaNova, Et le Mal Viendra est un véritable pamphlet, une mise en garde contre nos pertes de liberté, contre la menace que nous faisons peser tout un chacun sur nos petits-enfants car comme le dit Mickey 3D « ils te diront comment t’as pu laisser faire ça? T’auras beau te défendre, leur expliquer tout bas que c’est la faute aux anciens, y aura plus personne pour te laver les mains »
(https://www.youtube.com/watch?v=Iwb6u1Jo1Mc&feature=youtu.be)
En conclusion Jérôme Camut et Nathalie Hug nous offrent un véritable roman humain sans aucun manichéisme, et surtout un Manifeste pour la Vie.

Le Corbac.

La coupure, Fiona Barton, Fleuve Noir, par Bruno D.

C’est un roman ou la gente féminine sera certainement plus sensible que moi à l’histoire et aux thèmes traités. Les rapports mères/filles et le rapport à la maternité sont ici explorés de façon fort adroite. A partir de la découverte d’un corps de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres, une coupure de journal relatant ce fait « presque » divers va venir bouleverser la vie de femmes et faire remonter le passé.

Dire que j’ai apprécié ce livre ne serait pas honnête, je l’ai trouvé lent, très lent, et malgré des chapitres courts, assez indolent. C’est psychologique et l’auteur développe la personnalité de ses héros féminins au fur et à mesure, elle lève petit à petit le voile sur une sombre histoire, mais je dois bien avouer qu’après 200 pages, j’étais toujours dubitatif !

Emma Simmonds et sa mère Judith d’un coté, et Angela Irwing de l’autre sont en première ligne. Kate Waters et Joe son stagiaire, journalistes aux Dayly Post vont enquêter parce que le flair de la journaliste dit qu’il y a matière à un scoop.

Angela cherche des réponses depuis 40 ans, on lui a dérobé son bébé à la maternité et depuis ce temps, on ne peut pas dire que cela tourne rond pour elle. Elle n’a jamais pu faire son deuil et on n’a jamais résolu l’affaire. Aucune piste, ni même direction pour enquêter, le bébé est il simplement disparu, est il vivant, que s’est il passé, qui est derrière ce drame qui la mine depuis longtemps ?

Douleur de mères, remords ou rédemption, cette coupure de journal va déclencher une descende aux enfers chez ces femmes qui ont finalement de lourds secrets bien enfouis à cacher.

On est bien dans un roman de style anglo saxon avec la structure à la mode que l’on trouve dans d’autre best sellers (La fille du train, pas aimé, ou Ames Soeurs , j’ai adoré) ; à savoir une succession de chapitres qui porte le prénom d’une héroïne et on passe de l’une à l’autre……Bof, je vous le dis, c’est vraiment pas ma tasse de thé.

Bien sûr, la fin va apporter son lot de révélations, mais même à ce moment précis et sans spoiler, certains éléments m’ont semblé peu probables.

Pour résumer, je suis sûr que cette « Coupure » aura bonne presse, pour ma part je n’irai pas jusque là puisque je ne n’ai pas accroché et que je reste sur ma faim, malgré une romancière douée qui a reçu beaucoup de louanges pour son premier opus très largement diffusé et traduit dans de nombreux pays.

Traduit par Séverine Quelet.

Bruno.

 

 

[Gataca], Franck Thilliez, Fleuve Noir, par Bruno D.

Evolution, Extinction, Latéralité, Violence, que de thèmes abordés dans ce [Gataca] datant déjà de 2011 et qui avait échappé à mes lectures au même titre que « L’anneau de Moebius, Fractures, Vertiges », par manque de disponibilité et une longue période sans lecture.

Fondateur parce que ce roman réunit pour la 2ème fois Franck Sharko et Lucien Hennebelle après « Le Syndrome [E] ». Personnages denses et profonds, couplés à une intrigue riche et complexe, c’est la signature de Franck Thilliez. Nos héros sont sur la corde raide, presque au bout du rouleau, marqués à jamais dans leur chair par des drames familiaux. On est déjà accro à Lucie et Franck et on sent bien que quelque chose continue de se mettre en place, de prendre norme pour notre plus grand bonheur.

Une jeune étudiante spécialisée en biologie évolutive, Eva Louts, est découverte morte dans la cage d’un chimpanzé d’un centre de Primatologie sur Meudon. Point de départ de cette enquête addictive que nous propose cette fois ci l’auteur.

Pourquoi y a t il des gauchers, la violence est elle inscrite dans les gênes, l’ADN et le génome humain, qu’est ce donc que cela ? Compliqué évidemment pour les profanes que nous sommes ! Dans ce bouquin Franck Thilliez soigne particulièrement sa dissertation scientifique. Il vulgarise de façon magistrale toutes ces questions autour de l’évolution et de l’extinction. C’est tout simplement remarquable tant au niveau scénario que méthodologie.

Etonnant tellement vous apprendrez des choses dans cette histoire, et viscéral tellement Franck et Lucie se livrent un peu plus à chaque page tournée et à chaque minute qui passe. L’auteur prend un malin plaisir à faire souffrir nos héros, et à nous emmener dans les méandres de la science évolutive et l’univers de la génétique.

Je n’ai pas pu résisté très longtemps, et j’ai avalé, gobé ces quelques plus de 500 pages sur moins de deux journées. Chaque chapitre apporte son lot de rebondissements, et grâce un rythme enlevé et une écriture précise, l’auteur nous précipite au cœur de la science, cette science qui peut tout changer, et nous amener au pire comme au meilleur ; sauver des hommes et améliorer la condition humaine ou au contraire tuer .

[Gataca] ne doit rien au hasard, c’est le fruit d’un énorme travail de recherche et d’écriture, mais c’est surtout un plaisir de chaque instant qui vous laissera pantois et groggy devant les questions soulevées par l’auteur, dont un voyage jusqu’à nos propres origines n’est pas des moindres !

Aujourd’hui, alors que le prochain Thilliez verra Lucie et Franck emménager dans les nouveaux locaux de la PJ, replonger quelques années en arrière, et découvrir le début de leur histoire fut un excellent moment d’autant plus que l’auteur a mis les petits plats dans les grands en nous proposant une grande aventure policière et scientifique.