Évasion, Benjamin Whitmer (Gallmeister) traduction Jacques Mailhos

Un auteur suivi dès le départ avec Pike, rencontré au Quais du polar, alors qu’il n’y avait pas grand monde à sa table. Maintenant, je pense qu’il y en aura plus.

J’ai pas lu la préface, bof…

Soit,  cet auteur me fait grand peur, car avec trois livres son talent s’épanouit de plus en plus, et dès  le départ « Pike », c’était déjà du grand roman, ni noir , ni blanc, aucune couleur, juste de la grande littérature américaine. Il va finir par se planter je pense ^^.

La trame est évidemment du « déjà vu » mais le traitement non, avec cette écriture qui ne fait que  » s’améliorer » si on peut dire ainsi. Cette manière de décrire l’humain et la nature dans un contexte de froideur et je ne parle pas que de la météo.

C’est l’histoire de prisonniers qui s’évadent avec course poursuite dans les bois par grand froid. Ok, mais avec de courts chapitres et laissant « parler » chaque protagonistes avec des flashbacks laissant planer le mystère de « comment on en est arriver là ». Sinon c’est rapide, les gens partent reviennent dans le récit ou pas. On a aussi la description d’une ville dont le capitaine d’industrie n’est que le directeur de la prison pourvoyeur d’emploi, vous voyez le bronx ?

Je ne sais pas si c’est la quintessence du noir, mais par contre ce qui est sur, c’est que cet auteur fait partie d’une génération qui fait perdurer le roman américain tout en apportant une touche innovatrice.

Un clin d’œil à Yann Leray, qui n’avait pas vu la forme subtile qu’est la fin !!!

Oui, une fin comme on en lit rarement pas tant sur le fond qui est pourtant touché mais la forme, impossible de vous le raconter, attendez vous juste à un sublime moment de lecture, une fin jouissive,  ce qui parfois arrive, enfin à mon âge… Ok je sors !

1968. Le soir du Réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, autour de laquelle vit toute une petite ville du Colorado encerclée par les montagnes Rocheuses. L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs. À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une trafiquante d’herbe décidée à retrouver son cousin avant les flics… De leur côté, les évadés, séparés, suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable. Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin. Avec ce troisième roman impressionnant, Benjamin Whitmer s’impose comme un nouveau maître du roman noir américain.

Les Spectres de la terre brisée de S. Craig Zahler, Gallmeister

Le western littéraire serait il de retour ?

En tous les cas, Mr Zahler s’en occupe avec une grande sauvagerie, voir ses livres et sa filmographie, avec le génial Bone Tomawak et le sublime Section 99 plus d’info sur ses films ici:

http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=191638.html

Bon revenons en à vous, ^^, et à ce livre. D’abord une mise au point  ou poing, arrêtez de dire tarantinesque, c’est plutôt du Sam Peckinpah, cf certaines chroniques.

Sur fonds de vengeance, rien de neuf à l’ouest, à part peut être certains personnages un peu plus « épais que d’autres ». La trame est on ne peut plus vue et revue et son traitement de même. J’ai pas trouvé le frisson et l’excitation du premier livre qui était fort ingénieux,  un très bon livre . Celui ci n’en est pas déplaisant pour autant mais, il manque de rythme, seule la bataille finale s’en sort avec les grands honneurs, sonnez le deguello  !!! Le reste des pages s’enlisent bien souvent. Ce n’est pas au niveau de l’écriture, peut être le traitement de la trame. Un bon régime weight watcher de moins de150 pages, aurait il suffi ? Non lo so !!!

Une lecture en demi teinte donc, est ce que j’en attentais trop de l’auteur ?

 

Même si il manque un « je ne sais quoi », ce livre reste pas mal mais bien en dessous de son premier, en poche collection totem, ci dessous….

 

4 eme de couv :

Mexique, été 1902. Deux sœurs kidnappées aux États-Unis sont contraintes à la prostitution dans un bordel caché dans un ancien temple aztèque au cœur des montagnes. Leur père, John Lawrence Plugford, ancien chef de gang, entame une expédition punitive pour tenter de les sauver, accompagné de ses deux fils et de trois anciens acolytes : un esclave affranchi, un Indien as du tir à l’arc, et le spectral Long Clay, incomparable pro de la gâchette. Le gang s’adjoint également les services d’un jeune dandy ambitieux et désargenté, attiré par la promesse d’une rétribution alléchante. Peu d’entre eux survivront à la sanglante confrontation dans les badlands de Catacumbas.

Evasion, Benjamin Whitmer, Gallmeister, traduit par Jacques Mailhos

Benjamin Whitmer - Evasion.Comme le fait à juste titre remarquer Pierre Lemaitre dans sa préface, l’Amérique de Benjamin Whitmer « tient debout sur deux piliers (la violence et la drogue) ». On ne nous ment pas sur la marchandise, il y a dans Evasion suffisamment d’amphétamines pour faire halluciner une ville entière et assez de brutalité pour pouvoir considérer Charles Bronson comme un aimable baba cool.

Certes … mais ce serait faire injure au roman de Benjamin Whitmer que de s’arrêter à cette dimension binaire, de négliger tout ce que cet homme arrive à faire passer à travers une histoire dont le résumé tient en deux ou trois lignes, que voici : Le soir du réveillon 1968, douze détenus s’échappent de la prison d’Old Lonesome, Colorado. Le directeur Jugg, pas spécialement réputé pour sa magnanimité, lâche ses gardes à leurs trousses et les fournit en amphétamines afin de s’assurer qu’ils ne fassent pas le boulot à moitié. La chasse à l’homme peut commencer…

Benjamin Whitmer est un poète. Il ne le sait sans doute pas, ou récuserait le terme si on le lui soumettait, mais ce qu’il arrive à insuffler à ses romans, par sa sensibilité, par les images qu’il éveille en nous, par la souffrance et les fêlures de ses personnages, c’est une forme de poésie. Son écriture va au-delà de celle de la plupart de ses contemporains et c’est ce qui fait de ses livres les monuments de littérature noire qu’ils sont. On l’a dit, l’intrigue est squelettique, mais on s’en fout, il nous embarque à fond la caisse et parvient à nous tordre le ventre en même temps qu’à nous faire rire. Car ce type a un humour dévastateur et un sens inouï de l’image qui tue, de la comparaison improbable qui fait mouche.

La neige et des éclats de glace lui fouettent le visage si violemment qu’il a du mal à respirer. C’est comme d’essayer de respirer du napalm. Sauf que c’est tout l’inverse.

Ou encore :

La femme qui se trouve là ressemble à une cigarette à moitié écrasée. Ses cheveux jadis blonds se sont desséchés comme de la paille au soleil et elle est assise à la table de la cuisine dans une robe de chambre si crasseuse et usée qu’on ne voudrait même pas l’incinérer dans un tas de détritus par crainte de la fumée toxique qu’elle pourrait dégager.

Un poète on vous dit. Et les dialogues sont à la hauteur du reste, même au-dessus si c’est possible. On se souviendra en particulier de cette conversation irréelle entre le directeur Jugg et Tom Parker, monument d’absurdité qui nous aura tiré quelques éclats de rire …

Mais, bien au-delà de la violence et de l’humour, Benjamin Whitmer parvient également à nous toucher par l’empathie que l’on ne peut que ressentir pour ses personnages, tous blessés par la vie, la cuirasse fendue par la bêtise ou la méchanceté qui les entourent dès leur venue sur terre. On ne croit guère à la rédemption à Old Lonesome mais on ne peut pas dire que personne n’y pense.

Evasion ne serait pas ce qu’il est sans l’extraordinaire travail de traduction accompli par le talentueux Jacques Mailhos qui, sa modestie dût-elle en souffrir, restitue avec une précision hallucinante la langue violente et tourmentée de Benjamin et Whitmer et de ses personnages. Traduire autant de nuances de « fuck » reste une prouesse à ajouter au tableau de celui qui nous régale déjà (et entre autres) par ses nouvelles traductions de l’immense Crumley (chez Gallmeister toujours).

Si vous avez encore des doutes sur mon enthousiasme à la lecture de ce bouquin, reprenez cette chronique au début et, une fois terminée, jetez vous dans la librairie la plus proche .