Un monstre et un chaos, Hubert Haddad (Zulma), par Fanny

Happée, subjuguée, effarée, emportée. « Un monstre et un chaos » vient d’une histoire tristement ancienne, celle de la violence des hommes faite à leurs semblables.

Avec son écriture d’une rare finesse, sa manière de déployer les scènes avec maestria, son sens du rythme et de la dramaturgie, Hubert Haddad signe un très -très- grand roman.

Ils étaient jumeaux, Ariel miroir d’Alter, deux jeunes garçons d’une bourgade polonaise, Mirlek. Ce sont les enfants du désastre, déjà marqués par les blessures familiales liées à la Grande Guerre, entourés d’âmes fracassées.
Shaena entoure ces deux gamins qui surgissent, se fondent, surprennent, découvrent, vivent ! Puis un jour, un monstre d’acier s’approche du shtetl, articulé par des hommes assoiffés de sang, de rage, de haine.
Soudain, Alter perd Ariel, sa maigre famille, son foyer tremblant. Il erre, soutenu par le refuge de la forêt, il avance, hébété.

Alter se retrouvera dans le ghetto de Lodz. Il ne se soumet pas au port de l’étoile, résiste à sa manière, surgit, guette, rencontre, se débat, s’échappe, puis se laisse apprivoiser par Maître Azoï qui tient en ce lieu, un théâtre de marionnettes. Mais dans cet espace entravé existe aussi, et a vraiment existé, Chaïm Rumkowski, autoproclamé « Roi des Juifs ». Ce personnage sauve ce qui déjà ne lui appartient plus et brise son peuple avant de le mener au chaos.
Rumkowski transforme le ghetto en camp de travail, petites mains qui se brisent sur les fils tendus des machines, tout cela pour servir le Reich.
Dans cette apocalypse, Alter trouve des bouts de tissus dans la caverne de Maître Azoï, il polie, biseaute, assemble, peint, vernit, crée sa marionnette, miroir de l’âme.

J’ai été envahie par ce roman, j’y ai ressenti tellement de choses, à la fois la beauté et la cruauté, la maigreur et l’opulence, la lâcheté et le courage, l’infamie et la résistance.
« Un monstre et un chaos » vous happera jusqu’à la dernière page, les blessures profondes venant chercher l’onguent provenant de cette culture yiddish vive et éternelle.

« Un monstre et un chaos » est un éblouissement littéraire, un roman d’une force immense. Ne l’oubliez pas, n’oubliez jamais.

Fanny.